‹ De l'influence que la mort du poumon exerce sur la mort du curChapitre 6 sur 9 · DO · texte numérisé non relu

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Diaprés cette donnée, il paraît qu'on <leYrait ranimer la \ie des asphixiés, en poussant au cerveau du sang rouge, qui en est l'excitant naturel. Distinguons à cet égard deux périodes dans Tasphixie: 1'^. celle où les fonctions cérébrales sont seules suspendues; 2'^. celle où la circulation s'est déjà arrêtée, ainsi que le mouvement de la poitrine; car cette maladie est toujours caractérisée par la perte subite de la vie animale, et ensuite par celle de l'organique, qui ne vient que consécutivement. Or, tant que l'asphixie est à la première période dans un animal, j'ai observé qu'en transfusant vers le cerveau du sang rouge, au moyen d'un tube adapté à la carotide d'im autre animal, et à la sienne, le mouvement se ranime peu à peu; les fonctions cérébrales reprennent en partie leur exercice, et môme souvent des agitations subites dans la tête, les yeux, etc., annoncent le premier abord du sang; mais aussi bientôt le mieux disparait, et l'animal retombe si la cause aspMxiante continue, si par exemple le robinet adapté à la trachée-artère reste fermé.

D'un autre côté, isi on ouvre le robinet dans cette i)remière période, presque toujours le contact d'un air nouveau sur le poumon ranime peu à peu cet organe. Le sang se colore, est poussé rouge au cerveau, et la vie se rétablit sans la transfusion précédente qui est toujours nulle pour l'animal dont l'asphixie est à sa seconde période, c'està-dire, dont les mouvements organiques ceux du

cœur spécialement sont suspendus; en sorte que cette expérience ne nous offre qu'une preuve de ce que nous connaissions déjà; savoir, de la différence d'influence du sang noir et du rouge sur le cerveau, et non un remède contre les asphixies.

J'observe de plus qu'elle ne réussit pas après l'injection du sang veineux par une seringue. Alors, quoique la cause asphixiante ait cessé après l'injection, quoiqu'on pousse du sang artériel par la même ouverture, soit en le transfusant de l'artère d'un autre animal, soit en l'injectant après l'avoir pris dans une artère ouverte, et en avoir rempli un siphon, l'animal ne donne que de faibles marques d'excitation; souvent aucune n'est sensible; toujours la mort est inévitable.

En général l'aspliixie occasionnée 'par le sang pris dans le système veineux même, et poussé au cerveau, est plus prompte, plus certaine, et diffère bien manifestement de celle que fait naître dans le pomnon même, le changement gradué du sang rouge en sang noir, lors de l'interruption de l'air, de l'introduction des gaz dans la trachée, etc., etc.

Après avoir établi, par diverses expériences, l'influence funeste du sang noir sur le cerveau qui le reçoii} des artères dans l'interruption des phénomènes chimiques du poumon, il n'est pas inutile, je crois, de montrer que les phénomènes des asphixies observés sur l'homme, s'accordent très bien avec

ces exi)ériences qui me paraissent leur servir d'explication.

1°. Tout le monde sait que toute espèce d'asphixie porte sa première influence sur le cerveau; que les fonctions de cet organe sont d'aborvi anéanties; que la vie animale cesse, surtout du côté des sensations ; que tout rapport avec ce qui nous environne est tout-à-coup susx>endu, et que les fonctions internes ne s'interrompent que consécutivement. Quel que soit le mode d'asphixie, par la submersion, par la strangulation, par le vide, par les divers gaz, etc., le même symptôme se manifeste toujours.

2°. Il est curieux de voir comment, dans les expériences où l'on asphixie un animal dont une artère est ouverte, à mesure que le sang s'obscurcit et devient noir, l'action cérébrale se trouble et se trouve déjà presqu'anéantie, que celle du cœur continue encore avec énergie.

3°. On sait que la plupart des aspMxiés qui échappent à la suffocation, n'ont éprouvé qu'un engourdissement général, un assoupissement dont le siège évident est au cerveau, que chez tous ceux où le pouls et le cœur ont cessé de se faire sentir, la mort est presque certaine. Dans de nombreuses exl)ériences, je n'ai jamais vu l'asphixie se guérir avec cette période.

'4°. Presque tous les malades qui ont survécu à cet accident, surtout lorsqu'il est déterminé par la val>eur du charbon, disent avoir ressenti d'abord une

douleur plus ou moins ylolente à la tête, effet probable (lu premier contact du sang noir sur le cerveau. Ce fait a été noté par la plupart des auteurs qui ont traité cette matière.

5°. Ces expressions vulgaires, « le charbon entête, porte à la tête, etc.» ne prouyent-elles pas que le premier effet de Taspliixie que cette substance détermine par sa vapeur, se porte sur le cerveau et non sui' le cœur? Souvent le peuple, qui voit sans le prestige des systèmes, observe mieux que nous qui ne voyons quelquefois que ce que nous cherchons à apercevoir d'après l'opinion que nous nous sommes préliminairem.ent formée.

6°. Il est divers exemples de malades qui, revenus de l'état d'asphixie où les a plongés la vapeur du charbon, conservent plus ou moins longtemps diverses altérations dans les fonctions intellectuelles et dans les mouvements volontaires, altérations qui ont évidemment leur siège au cerveau. Plusieurs jours après l'accident, s'il a été à un certain degré, les malades vacillent, ne peuvent se soutenir sur leurs jambes; leurs idées sont confuses. C'est en moins ce que présente en plus l'apoplexie. Quelquefois des mouvements convulsifs se manifestent presque tout-à-coup à la suite de l'impression des vapeurs méphitiques. Souvent un mal de tête a duré plusieurs jours après la disparition des autres symptômes. On peut voir dans les observateurs, dans l'ouvrage du C. Portai, en particulier, ces preu-

ves multipliées de l'influence funeste et souvent prolongée du sang noir sur le cerveau où le transmettent les artères.

Cette influence, quoique réelle sur les animaux à sang froid, sur les reptiles en particulier, est cependant beaucoup moins manifeste. J'ai fait, sur les côtés de la poitrine, deux incisions à une grenouille; le poumon est sorti de l'un et l'autre côté; je l'ai lié là où les vaisseaux y pénètrent; l'animal a cependant vécu encore très longtemps, quoique toute communication fût rompue entre le cerveau et l'organe pulmonaire. Si au lieu de lier celui-ci, on en fait l'extirpation, le même phénomène se remarque.

(Dans les poissons que l'organisation des branchies fait essentiellement différer des reptiles, le rapi)ort entre le poumon et le cerveau m'a paru un peu plus immédiat, quoique cependant beaucoup moins que dans les espèces à sang rouge et chaud.

J'ai enlevé, dans une carpe, la lame cartilagineuse qui recouvre les branches : celles-ci, mises à nu, s'écartaient et se rapprochaient alternativement de l'axe du corps. La respiration a paru se faire comme à l'ordinaire, et l'animal a vécu très longtemps sans trouble a.pparent dans ses fonctions.

J'ai embrassé ensuite, par un fil de plomb, toutes les branchies et les anneaux cartilagineux qui les soutiennent; ce fil a été serré de manière que tout mouvement s'est trouvé empêché dans l'appareil

pulmonaire. Bientôt la carpe a langui; ses nageoires ont cessé d'être tendues; le mouvement musculaire s'est peu à peu affaibli; il a cessé entièrement, et ranimai est mort au bout d'un quart d'heure.

iLes mêmes phénomènes se sont à peu près manifestés dans une autre carpe dont j'avais arrache les branchies; seulement j'ai observé que l'instant qui a suivi Texpérience, a été marqué par divers mouvements irréguliers, après lesquels l'animal s'est relevé dans l'eau, s'y est maintenu comme à l'ordinaire, a perdu beaucoup de sang et a ensuite succombé entièrement au bout de vingt minutes.

Au reste, le genre particulier de rapports, qui unit le cœur, le cerveau et le poumon dans les animaux à sang rouge et froid, mérite, je crois, de fixer d'une manière spéciale l'attention des physiologistes. Ces animaux ne doivent point être sujets, comme ceux à sang rouge et chaud, aux défaillances, à l'apoplexie et aux autres maladies 0(1 la morfc est subite par l'interruption de ces rapports; ou du moins leurs maladies analogues à celles-là, doivent porter d'autres caractères; leur asphixie est infiniment plus longue à s'opérer. Revenons aux esjjèces voisines de l'homme.

D'après l'influence du sang noir sur le cœur, sur le cerveau et sur tous les organes, j'avais pensé que les personnes affectées d'anévrismes variqueux, devaient moins vite périr asphixiées que les autres,

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si elles se trouvaient privées d'air, parce que le sang rouge, passant dans leurs veines, traverse le poumon sans avoir besoin d'é^^rouver d'altération, et doit, par conséquent, entretenir l'action cérébrale.

Pour m'assurer si ce soui)çon était fondé, j'ai fait d'abord communiquer sur un chien rartère carotide avec la veine jugulaire, par nn tuyau recourbé qui portait le sang de la première dans la seconde, et lui communiquait un mouvement de pulsation très sensible. J'ai ensuite fermé le robinet adapté préliminairement à la trachée-artère de l'animal qui a paru en effet rester plus longtemps sans éprouver les phénomènes de TaspMxie. >[ais la différence n'a pas été très marquée; elle s'est trouvée nulle sur un second animal, où j'ai répété la même expérience.

^N^ous pouvons, je crois, conclure avec certitude des expériences et <ies considérations diverses, exposées dans ce paragraphe,

1°. Que, dans l'interruption des phénemènes chimiques du poumon, le sang noir agit sur le cerveau comme sur le cœur, c'est-à-dire en i)énétrant le tissu de cet organe, et en le privant par là de l'excitation nécessaire à son action;

2^'. Que son inliuence est beaucoup plus prompte sur le premier, que sur le second de ces organes.

3^. Que c'est l'inégalité de cette influence qui détermine la différence de cessation des deux vies,

dans l'aspMxie où Paniinale est toujours anéantie avant l'organique.

Nous pouvons aussi concevoir, d'après ce qui a été dit dans cet article et dans le précédent, combien est peu fondée Topinion de ceux qui ont cru que, chez les suppliciés par la guillotine, le cerveau pouvait vivre encore quelque temps, et même que les sensations de plaisir et de douleur pouvaient s'y rapporter. L'action de cet organe est immédiatement liée à sa double excitation, 1°, par le mouvement, 2 . par la nature du sang qu'il reçoit. Or cette excitation devenant alors subitement nulle, l'interruption de toute espèce de sentiment doit être subite.

Quoique dans la cessation des phénomènes chimiques du poumon, le trouble des fonctions cérébrales inliiie beaucoup sur la mort des autres organes, cependant il n'en est le principe que dans la vie animale où même d'autres causes se joignent aussi à celle-là, comme nous allons le voir. La vie organique cesse par le seul contact du sang noir sur les divers organes. La mort du cerveau n'est qu'un phénomène isolé et partiel de l'asphixie, laquelle ne réside exclusivement dans aucun organe, mais les frappe tous également par l'influence du sang qu'elle y envoie. Ceci va se développer dans l'article suivant. •

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