‹ De l'influence que la mort du poumon exerce sur la mort du curChapitre 7 sur 9 · LA MORT DE TOUS LES OR&ANES · texte numérisé non relu

LA MORT DE TOUS LES OR&ANES

Je viens de montrer comment l'interruption clea phénomènes chimiques du poumon anéantit les fonctions du cœur et du cerveau. H me reste à faire voir que ce n'est pas seulement sur ces deux organes que le sang noir exerce son influence, que tous ceux de l'économie en reçoivent une funeste impression, lorsqu'il j est conduit par les artères, et que par conséquent l'asphixie est, comme je l'ai dit, une maladie générale à tous les organes.

Je ne reviendrai pas sur la division des phénomènes pulmonaires en mécaniques et chimiques. Que la mort commence par les uns ou par les autres, c'est toujours, comme je l'ai prouvé, l'inter-

ruption des derniers qui fait cesser la yie: eux seuls vont donc m'occuper.

Mais avant d'analyser les effets produits par la cessation de ces piiénoniènes sur tous les organes, et par conséquent le mode d'action du sang noir sur eux, il n'est pas inutile, je crois, d'exposer les phénomènes de la production de cette esjDèce de sang à l'instant où. les fonctions pulmonaires s'intei rompent. Ce paragraphe qui paraîtra peut-être intéressant, pouvait indifféremment appartenir aux deux articles précédents, ou à celui-ci.

I I. EXPOSER LES PHÉNOMÈNES DE LA PRODUCTION DU SANG NOIR DANS l'iNTERRUPTION DES FONCTIONS- CHIMIQUES DU POUMON.

On sait en général que le sang se colore en traversant le poumon, que de noir qu'il était il devient rouge ; mais jusqu'ici cette matière intéressante n'a été l'objet d'aucune expérience précise et rigoureuse. Le poumon des grenouilles, à larges ventricules, à membranes minces et transparentes, serait propre à observer cette coloration., si d'un côté la lenteur de la respiration chez ces animaux, la différence de son mécanisme d'avec celui de la respiration des animaux à sang chaud, la somme trox> petite du sang qui traverse leurs poumons, n'em-

péchaient d'établir des analogies complètes entre eux et les espèces voisines de rhomnie, ou l'homme lui-mênio, et si d'nn antre côté la ténnité de lenrs vaisseaux pulmonaires, l'impossibilité de comparer les changements dans la vitesse de la circulation, avec ceux de la couleur du sang, ne rendaient incomjjlètes toutes les ex^jériences faites sur ces petits amphibies.

C'est sur les animaux à double ventricule, à circulation pulmonaire complète, à température supérieure à celle de l'atmosphère, à deux systèmes noncommuniquants pour le sang rouge et le sang noir, qu'il faut rechercher les phénomènes de la resiûration humaine et de toutes les fonctions qui en dépendent. Quelles inductions rigoureuses peut-on tirer des expériences faites sur les espèces où des dispositions opposées se rencontrent?

D'un autre côté, dans tous les mammifères que leur organisation pulmonaire range à côté de l'homme, l'épaisseur des vaisseaux et des cavités du cœur empêche, sinon de distinguer entièrement la couleur du sang, au moins d'en saisir les nuances avec précision. Les exioériences faites sans voir ce fluide à nu, ne peuvent donc qu'offrir des approximations, et jamais des notions rigoureuses.

C'est ce qui m'a déterminé à rechercher d'une manière exacte, ce que jusqu'ici on n'avait que vag-uement déterminé.

Une des meilleures méthodes pour bien juger la

couleur du sang, est, à ce qu'il me semble, celle dont je me suis servi. Elle consiste, comme je l'ai déjà dit souvent, à adapter d'abord à la trachéeartère, mise à nu et coupée transversalement, ud robinet que l'on ouvre ou que l'on ferme à volonté, et au moyen duquel on peut laisser pénétrer dans le poumon la quantité précise d'air nécessaire aux expériences, y introduire différents gaz, les y retenir, pomper tout l'air que l'organe renferme, le distendre par ce fluide au-delà du degré or<linaire, etc. L'animal respire très bien par ce robinet lorsqu'il est ouvert; il vivrait avec lui pendant un temjjs très long, sans un trouble notable dans ses fonctions.

On ouvre en second lieu une artère quelconque, la carotide, la crurale, etc., afin d'observer les altérations diverses de la douleur du sang qui en jaillit, suivant la quantité, la nature de l'air qui pénètre les cellules aériennes.

En général, il ne faut pas clioisir de petites artères; le sang s'y arrête trop vite. Le moindi'e spasme, le moindre tiraillement peut y suspendre son cours, tandis que la circulation générale continue. IJ'un autre côté, les grosses artères dépensent en peu de temps une quantité si grande de ce fluide, que bientôt l'hémorragie pourrait tuer l'animal. Mais on remédie à cet inconvénient, en adaptant à ces vaisseaux un tube à diamètre très petit, ou plutôt en ajustant au tube adapté à l'artère, un robi-

net qui, ouvert à volonté, ne fournit qu'un jet de la grosseur qu'on désire.

Tout étant ainsi préparé sur un animal quelconque, (l'une stature un peu grande, sur un ckien par exemple, voyons quelle est la série des jDliénomènes que nous offre la coloration du sang.

En indiquant, dans ces phénomènes, les temps Irréels que la coloration reste à se faire, je ne dirai que ce que j'aurai vu, sans prétendre que dans l'iiomme la durée des phénomènes soit uniforme, que cette diu^ee soit même constante dans les animaux examinés aux époques diverses du sommeil, de la digestion, de l'exercice, du repos, des jjassions, s'il était possible de répéter les expériences à ces époques diverses. En général c'est peu connaître, comme je l'ai dit, les fonctions animales, que de vouloir les soumettre au moindre calcul, parce que leur instabilité est extrême. Les phénomènes restent toujours les mêmes, /et c'est ce qui nous im- X3orte; mais leurs variations, en plus ou en moins, sont sans nombre.

Revenons à notre objet, 'et commençons par les pliénomènes relatifs au changement en noir du sang rouge, ou plutôt au non-changement en rouge du sang noir.

1°. Si on ferme le robinet tout de suite après une inspiration, le sang commence, au bout de trente secondes, à s'obscurcir; sa couleur est foncée après une minute; elle est parfaitement semblable à celle

du sang veineux, après une minute et demie ou deux minutes.

2°. La coloration en noir est plus prompte de plusieurs secondes, si on ferme le robinet à l'instant où l'animal Tient d'expirer, surtout si, l'expiration avant été forte, il a rendu beaucoup d'air: après une expiration ordinaire, la différence est peu sensible.

3°. Si, on adapte au robinet le tube d'une seringue à injection, et qu'en retirant le piston on pompe tout l'air contenu dans le poumon, soit en une fois, soit en deux, suivant le rapport de capacité de la seringue et des vésicules aériennes, le sang passe tout-à-coup du roùge au noir : vingt à trente secondes suffisent T)our cela. Il semble qu'il ne faille alors que le temps nécessaire pour évacuer le sang rouge contenu deiDuis le poumon jusqu'à l'artère ouverte, et que tout de suite le noir lui succède. Il n'y a point ici de gradation. Les nuances ne deviennent jDoint successivement plus foncées pendant la coloration; elle est subite: c'est le sang qui sort par les artères, tel qu'il était dans les veines.

4°. Si au lieu de faire le vide dans le poumon, on y pousse une quantité d'air un -peu plus grande que celle que l'animal absorbe dans la plus grande ^inspiration, et qu'on l'y retienne en /Ifermant le robinet, le sang reste plus longtemps à se colorer; ce n'est qu'après une minute qu'il s'obscurcit; il ne jaillit complètement noir qu'au bout de trois;

cela varie cependant suivant l'état et la quantité d'air qui est poussée. lEn général, plus il y a de iiuide dans le i^oumon, plus la coloration tarde à se faire.

Il résulte de toutes ces expériences, que la durée de la coloration du sang rouge en noir, est en général, en raison directe de la quantité d'air contenue dans le poumon; que tant qu'il en existe de resxûrable dans les dernières cellules aériennes, le sang conserve plus ou moins la rougeur artérielle; que cette couleur s'affaiblit à mesure que la 13ortion respirable diminue; qu'elle reste la même qu'elle est dans les veines, quand tout l'air vital a été épuisé à l'extrémité des bronches.

J'ai remarqué que dans les diverses expériences où l'on aspMxie un animal, en fermant le robinet et en retenant ainsi de l'air dans sa poitrine pendant l'expérience, s'il agite avec force cette cavité, par des mouvements analogues à ceux de l'inspiration et de l'expiration, la coloration en noir tarde plus à se faire, ou plutôt celle en rouge est plus longTie à cesser, que si la poitrine reste immobile: c'est qu'en imprimant à l'air des secousses, ces mouvements le font probablement circuler dans les cellules aériennes, et par conséquent présentent sous plus de x>oints, sa portion respirable au sang qui doit, ou s'unir à elle, ou lui communiquer ses principes devenus hétérogènes à sa nature. Ce que je dirai bientôt sur les animaux qui respirent

dans des vessies, rendra évidente cette explication.

Je passe maintenant à la coloration en ronge du sang rendu noir par les expériences précédentes. X»es phénomènes dont elles ont été l'objet se passent pendant le temps qui de l'asphixie conduit à la mort: ceux-ci ont lieu durant Tépoque qui de raspMxie ramène à la vie.

1°. Si on ouvre le robinet fermé depuis quelques minutes, l'air pénètre aussitôt les bronches. L'animal expire avec force celui qu'eUes contiennent, en absorbe du nouveau avec avidité, et répète précipitamment six à sept grandes inspirations et expirations. Si pendant ce temps on exa,mine l'artère ouverte, on voit presque tout-à-coup un jet très rouge succéder au noir qu'elle fournissait: l'intervalle de l'un à l'autre est tout au plus de trente secondes. Il ne faut que le temps nécessaire pour que le sang noir contenu depuis le poumon jusqu'à l'ouverture de l'artère se soit évacué; à l'instant le rouge lui succède. C'est le même phénomène, en sens inA-erse, que celui indiqué plus haut, au sujet de l'asphixie, par le vide fait en pompant l'air avec la seringue. On ne voit point ici de nuances successives du noir au rouge; le passage est tranchant; l'éclat de la dernière couleur paraît même plus vif que dans l'état ordinaire.

2°. Si, au lieu d'ouvrir subitement le robinet, on laisse pénétrer l'air dans la trachée-artère par une

— Titrés petite fente, la coloration est beaucoup moins'; vive, mais elle est aussi prompte.

3''. Si- on adapte au robinet une seringue chargée (l'air, qu'on pousse ce fluide vers le poumon, après avoir ouvert le robinet, et qu'on le referme ensuite, le sang devient rouge, mais beaucoup moins manifestement que lorsque l'entrée de l'air est due à une inspiration volontaire. Cela tient probablement à ce que la portion d'air injectée par la seringue refoule dans le fond des cellules celle qui existe déjà dans le poumon, tandis qu'au contraire si on ouvre sim^Dlement le robinet, l'expiration réjette d'abord l'air devenu inutUe à la coloration, et l'inspiration le remplace ensuite par de l'air nouveau. L'expérience suivante parait confirmer ceci.

4P. Si, au lieu de pousser de l'air sur celui quiest déjà/ renfermé dans le poumon, on pompe d'abord celui-ci, et qu'on en injecte ensuite du nouveau, la coloration est plus rapide et surtout plus vive que dans le cas précé<ient. Cependant elle l'est encore un peu moins que quand c'est par l'inspiration et l'expiration naturelles qae se renouvelle l'air.

5°. Le poumon étant mis à découvert de l'un et l'autre côtés, par la section latérale des côtes, la circulation continue encore pendant un certain temps. Alors si, au mo^-en de la seringue adaptée au ro])inet de la trachée-artère, on dilate alternativement les vésicules pulmonaires, et qu'on les vide

de Pair qu'on y a poussé, les couleurs, rouge et noire, s'obserA^ent tour à tour, et à un degré à peu Ijrès égal à celui de l'expérience précédente, pendant le temps que la circulation dure, et malgré l'absence de toute fonction mécanique.

Nous pouvons, je crois, tirer des faits que je viens d'exposer, les conséquences suivantes:

1°. La rapidité avec laquelle le sang redevient rouge quand on ouvre le robinet, ne permet guère de douter que le principe qui sert à cette coloration, ne passe directement du i^oumon dans le sang, à tTavers les parois membraneuses des vésicules, et qu'une voie plus longue, telle, par exemple, que celle du système absorbant, ne saurait être parcourue par lui. J'établirai d'ailleurs bientôt cette assertion sur d'autres faits.

2". L'expérience célèbre de Hook, par laquelle on accélère les mouvements affaiblis du cœur, chez les aspliixiés ou chez les animaux dont la poitrine est ouverte, en poussant de l'air dans leur trachéeartère, se conçoit très bien d'après la coloration observée précédemment dans la môme expérience. Le sang rouge, en pénétrant les fibres du cœur, fait cesser l'affaiblissement dont les frappait le contact du sang noir.

3'\ Je ne crois pas que jamais on soit venu à bout de ressuciter par ce moyen les mouvements du cœur, une fois qu'ils sont anéantis par le contact du sang noir. Je l'ai toujours inutilement tenté,

quoique plusieurs auteurs prétendent y avoir réussi. Cela se conçoit aisément; en effet, pour que l'action (le l'air vivifie le cœur, il faut que le sang qu'elle colore pénètre cet organe: or, si la circulation a cessé, comment pourra-t-il y arriver?

On doit cependant distinguer deux cas dans l'interruption de l'action du cœur par l'aspMxie. Quelquefois la syncope survient, et arrête le mouvement de cet organe avant que l'influence du sang noir ait pu produire cet effet: alors, en poussant de l'air dans le poumon, celui-ci, excité par ce fluide,' réveille sympatiiiquement le cœur, comme il arrive lorsqu'une cause irritante est appliquée dans la syncoi)e, sur la pituitaire, le visage, etc. Ce sont les nerfs qui forment alors les moyens de communication entre le poumon et le cœur. Mais quand ce dernier a cessé d'agir, parce que le sang noir en pénètre le tissu, alors il n'est plus susceptible de répondre à l'excitation sympathique qu'exerce sur lui le poumon, parce qu'il contient en lui la cause de son inertie, et que pour surmonter cette caase, il en faudrait une autre qui agît en sens inverse, je veux dire le contact du sang rouge; or ce contact esfc devenu impossible.

J'ai voulu m'assurer quelle était l'influence des différents gaz respires, sur la coloration du sang. J'ai donc adapté au tube fixé dans la trachée-artère, différentes vessies dont les unes contenaient de l'hydrogène, les autres du gaz acide carbonique.

L'animal, en respirant et en inspirant, fait alternatiyement gonfler et resserrer la yessie. IL reste d'abord assez calme; mais au bont de trois minutes, on le Toit qui commence à s'agiter; la respiration se précii)ite et s'embarrasse: alors le sang qui jaillit d'une des carotides ouverte, s'obscurcit et. devient enfin noir au bout de quatre ou cinq minutes.

La différence dans la durée et dans l'intensité de la coloration, m'a toujours paru très peu marquée, quel que fût celui des deux gaz dont je me servisse pour l'expérience. Cette remarque mérite d'être rapprochée des expériences des commissaires de rinstitut, qui ont vu l'aspliixie complète ne survenir qu'après dix minutes, dans l'hydrogène pur, et se manifester au bout de deux, dans le gaz acide carbonique. Le sang noir circule donc plus longtemps dans le système artériel, lors de la première que lors de la seconde aspliixie, sans tuer ranimai et sans anéantir par conséquent l'action de ses organes.

Cela confirme quelques réflexions que je présenterai sur la différence des asphixies.

Pourquoi la coloration est-elle plus tardive en adaptant les vessies au robinet, qu'en fermant simplement celui-ci sans faire respirer aucun gaz? cela tient à ce que l'air contenu dans la traeliée-artère et dans ses divisions, à l'instant de l'exx)érience, étant à plusieurs reprises poussé dans la vessie et

repoussé dans le poumon, toute la portion respirable qu'il contient se présente successivement aux orifices capillaires, qui la transmettent au sang.

Au contraire, en se contentant de fermer le robinet, l'air ne peut être agité que diiïicilement d'un semblable mouvement; en sorte que dès que la portion respirable de celui que renferment les cellules bronchiques est épuisée, le sang cesse de se colorer en rouge, quoiqu'il reste dans la trachée et dans ses grosses divisions, une quantité assez grande de ce fluide, qui n'a point été dépouillée de son principe vivifiant, comme il est facile de s'en assurer, même ai)rès l'entière asphixie de l'animal, en coupant la trachée au dessous du robinet, et en y plongeant ensuite une bougie.

En général il paraît que la coloration ne se fait qu'aux extrémités bronchiques, et que la surface interne des gros vaisseaux aériens est étrangère à ce phénomène.

On peut d'ailleurs se convaincre de la réalité de l'explication que je viens de présenter, en pompant préliminairement l'air du poumon, en adaptant ensuite au robinet une vessie pleine d'un des deux gaz, que l'animal inspire et expire seul et sans mélanges. Alors la coloration est presque subite. Mais ici, comme dans l'expérience précédente, il n'y a que peu de différence dans l'intensité et dans la rapidité de cette coloration, soit que l'un, soit que l'autre gaz ait été employé. J'ai choisi de ces deux

gaz, parce qu'ils entrent dans les phénomènes de l'inspiration naturelle.

.Lorsqu'on adapte à la trachée-artère une vessie pleine d'oxigène que l'animal respire alors presque pur, le sang reste très longtemps à se colorer en noir; mais il ne prend pas d'abord une teinte plus rouge que celle qui lui est naturelle, comme je l'avais soupçonné.

I II. LE SANG RESTE NOIR PAR L'INTERRUPTION DES PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DU POUMON, PÉNÈTRE TOUS LES ORGANES, ET Y CIRCULE QUELQUE TEMPS DANS LE SYSTÈME VASGULAIRE A SANG ROUGE.

î^ous venons d'établir les phénomènes de la coloration du sang dans l'interruption des phénomènes chimiques du poumon. Avant de considérer l'influence de cette coloration sur la mort des organes, prouvons d'abord que tous sont pénétrés par le sang resté noir.

J'ai démontré que la force du cœur subsistait encore quelque temps à un degré égal à celui qui lui est ordinaire, quoique le sang noir y aborde j que ce sang jaillit d'abord avec un jet semblable à celui du rouge; que l'affaiblissement de ce jet n'est que graduel et consécutif, etc. Je pourrai» déjà conclure de là, 1°. que la circulation artérielle continue encore pendant un certain temps^

quoique les artères contiennent un fluide différent de celui qui leur est habituel; 2°. que l'effet nécessaire de cette circulation prolongée, est de pénétrer de sang noir tous les organes qui n'étaient accoutumés qu'au contact du rouge. Mais déduisons cette conclusion d'expériences précises et rigoureuses.

Pour bien apprécier ce fait important, il suffit de mettre successivement à découvert les divers organes, pendant que le tube adapté à la trachée est fermé, et par conséquent que l'animal s'asphlxie. J'ai donc ainsi examiné tour à tour les muscles, les nerfs, les membranes, les viscères, etc. Yoici le résultat de mes observations:

1°. La matière colorante des muscles se trouve dans deux éfcats différents: elle est libre ou combinée; libre dans les vaisseaux où elle circule avec le sang auquel elle appartient; combinée avec les fibres, et alors hors des voies circulatoires; c'est cette dernière partie qui forme spécialement la couleur du muscle. Or elle n'éprouve dans l'asphixie aucune altération; elle reste constamment la même; au contraire, l'autre noircit sensiblement. Coupé en travers, l'organe fournit une infinité de gouttelettes noirâtres qui sont les indices des vaisseaux divisés, et qui ressortent sur le rouge naturel des muscles : c'est le sang circulant dans le système artériel de ces organes, auxquels il donne la teinte livide qu'ils présentent alors, et qui est très sensible sur le cœur où beaucoup de ramifications

se rencontrent à proportion de celles des autres jnuscles.

2''. Les nerfs sont habituellement pénétrés par une foule de petites artères qui rampent dans leur tissu, et qui vont y porter l'excitation et la vie. Dans l'aspliixie, le sang noir qui les traverse, s'annonce par une couleur brune obscure que l'on voit succéder au blanc de rose naturel à ces organes.

3°. Il est peu de parties où le contact du sang noir soit plus visible que sur la peau: les taches livides, si fréquentes dans l'asphixie, ne sont, comme nous l'avons dit, que l'effet de l'obstacle qu'il éprouve à passer dans le système capillaire général, dont la contractilité organique insensible n'est point suffisamment excitée par lui. A cette cause sont aussi dus l'engorgement et la tuméfaction de certaines parties, telles que les joues, les lèvres, la face en général, la peau du crâne, quelquefois celle du cou, etc. Ce phénomène est le même que celui que présente le poumon, lequel ne pouvant être traversé par le sang, dans les derniers instants, devient le siège d'un engorgement qui affecte surtout le système capillaire. Au reste, ce phénomène y est toujours infiniment plus marqué que dans le système capillaire général, par les raisons exposées plus haut.

4". Les membranes muqueuses nous offrent aussi, lorsque les fonctions chimiques du poumon s'interrompent, un semblable phénomène. La tuméfac-

tion si fréquente de la langue, ckez les noyés, chez les pendus, chez les asphixiés par les vapeurs du charbon, etc., la lividité de la membrane de la bouche, des bronches, des intestins, etc., observée par la plupart des auteurs, ne tient pas à d'autres principes. En voici d'ailleurs la preuve:

Ketirez, sur un animal, une portion d'intestin; fendez-la de manière à mettre sa surface interne à découvert; fermez le robinet préliminairement adapté à la trachée-artère; au bout de quatre à cinij minutes, quelquefois plus tard; une teinte brune obscure a succédé au rouge qui caractérise cette surface dans l'état naturel.

5°. J'ai fait la même observation sur des bourgeons charnus d'une plaie faite à un animal pour y observer cette coloration par le sang noir. Remarquons cependant que dans les deux expériences précédentes, ce phénomène est plus lent à se produire que dans plusieurs autres circonstances. 6°. La coloration des membranes séreuses, par le moyen que j'ai indiqué, est beaucoup plus prompte, comme on peut s'en assurer en examinant comi^arativement les surfaces interne et externe de l'intestin, i)endant que le robinet est fermé: cela tient à ce que, dans ces sortes de membranes, la teinte livide qu'elles prennent dépend non du sang qui les pénètre, mais des vaisseaux qui rampent audessous d'elles; telles sont les artères du mésentère sous le xjéritoine, celles du ijoumon sous la

plèvre, etc. Or, ces vaisseaux étant considérables, c^est la grande circulation qui s'y opère, et par conséquent le sang noir j aborde, presque dès l'instant où il est produit. Dans les membranes muqueuses, au contraire, ainsi que dans les cicatrices, c'est par le système capillaire de la membrane elle-même, que se fait la coloration. Or ce système est bien plus lent à recevoir le sang noir, et à s'en pénétrer, que le premier; quelquefois même il refuse de l'admettre en certains endroits: ainsi j'ai vu plusieurs fois la membrane des fosses nasales être très rouge dans des animaux aspîiixiés, tandis que celle de la bouche était livide, etc.

En général le sang noir se comporte de trois manières dans le système capillaire général: 1°. il est des endroits où il ne pénètre nullement, et alors les parties conservent leur couleur naturelle; 2**. il en est d'autres où il passe manifestement, mais où il s'arrête, et alors on observe une simple coloration s'il y en aborde peu, cette coloration, plus une tuméfaction de la partie si beaucoup y pénètre; 3°. enfin dans d'autres cas le sang noir traverse sans s'arrêter le système capillaire, et passe dans les veines, comme le faisait le sang rouge.

Dans le premier et le second cas, la circulation générale trouve l'obstacle qui l'arrête dans le système capillaire général; dans le troisième, qui est beaucoup plus général, c'est aux capillaires du pou-

— Simon que le sang va suspendre son coars, après avoir circulé dans les veines.

Ces deux genres d'obstacles coïncident souvent l'un avec l'autre. Ainsi, dans l'asphixie, une partie du sang noir circulant dans les artères, s'arrête à la face, aux surfaces muqueuses, à la langue, aux lèvres, etc.; l'autre partie, bien plus considérable, qui n'a point trouvé d'obstacle dans le système capillaire général, va engorger le poumon et y trouver le terme de son mouvement.

Pourquoi certaines parties du système capillaire général refusent-elles d'admettre le sang noir, ou, si elles l'admettent, ne peuvent-elles le faire passer dans les veines, tandis que d'autres, moins facilement affaiblies par l'influence de son contact, favorisent sa circulation comme à l'ordinaire? Pourquoi le premier phénomène est-il plus particulièrement observable à la face? Cela ne peut dépendre que du rapport qu'il y a entre la sensibilité de chaque partie et cette espèce de sang: or ce rapport nous est inconnu.

J'ai voulu me servir de la facilité que l'on a de faire varier la couleur du sang, suivant l'état du poumon, pour distinguer l'influence de la circulation de la mère sur celle de l'enfant. Je me suis procuré une chienne pleine; je l'ai aspliixiée en fermant un tube adapté à sa trachée-artère. Quatre minutes après que toute communication a été intercei)tée entre l'air extérieur et ses poumons, elle

a été ouverte; la circulation continuait: la matrice a été incisée ainsi que ses membranes, et j'ai mis le cordon à découvert sur deux ou trois fœtus. Nous ;Q'avons aperçu aucune différence euttre le sang de la veine et des artères ombilicales: il était également noii* dans l'un et l'autre genres de vaisseaux.

Je n'ai pu avoir d'autres cMennes pleines et d'une assez grande stature pour répéter cette expérience d'une autre manière. Il faudrait en effet, 1°. mettre à nu le cordon, et comparer d'abord la couleur naturelle du sang de l'artère avec la couleur naturelle de celui de la veine ombilicale. Leur différence, dans plusieurs foetus de cochon d'Inde, m'a paru infiniment moindre qu'elle ne l'est chez l'adulte, dans les deux systèmes vasculaires, et même elle s'est trouvée entièrement nulle dans plusieurs circonstances. Les deux sangs offraient une noirceur égale, malgré que la respiration de la mère se fit très bien encore, son ventre étant ouvert; 2°. On fermerait le robinet de la trachée, et on observerait si les changements de la coloration du sang de l'artère ombilicale du fœtus (en supposant que son sang soit différent de celui de la veine) correspondraient à ceux qai s'opéreraient inévitablement alors dans le système artériel de la mère, ou si les uns n'influeraient point sur les autres. Les expériences faites dans cette vue et sur de grands animaux, pourront beaucoup éclairer le mode de

communicatioii vitale de la mère à l'enfant. On a aussi à désirer des observations sur la couleur du •sang dans le fœtus humain, sur la cause du passage de sa couleur livide à un rouge très marqué, quelque temps après être sorti du sein de sa mère, etc., etc.

Je pourrais ajouter différents exemjjles à ceux que je viens de rapporter, sur la coloration, par le sang noir, des différents organes. Ainsi, le rein d'un chien ouvert pendant qu'il s'asphixie, présente une lividité bien plus remarquable que durant sa YÎe, dans la substance corticale, où se distribuent surtout les artères, comme on le sait. Ainsi la rate ou le foie, coupés en travers, ne laissent-ils plus échapper que du sang noir, au lieu de ce mélange de jets noirs et rouges qu'on observe lorsqu'on fait la section de ces organes sur un animai vivant, dont la respiration est libre, etc.

Mais nous avons, je crois, assez de faits pour établir avec certitude que le sang resté noir après l'interruption des phénomènes chimiques du poumon, circule encore quelque temps, pénètre tous les organes, et j remplace le sang roage qui en arrosait le tissu.

Cette conséquence nous mène à l'exjjlication d'un phénomène qui frappe sans doute tous ceux qui font des ouvertures de cadavres, savoir, qu'on n'y rencontre jamais que du sang noir, même dans les vaisseaux destinés au sang rouge.

Dans les derniers instants de Pexistence, quel que soit le genre de mort, nous verrons que le poumon s'embarrasse presque toujours, et finit ses fonctions avant que le cœur n'ait interrompu les siennes. Le sang fait encore plusieurs fois le tour de son double système, après qu'il a cessé de recevoir l'influence de l'air: il circule donc noir pendant un certain temps, et par conséquent reste tel dans tous les organes, quoique cependant la circulation soit bien moins marquée que dans l'aspMxie, ce qui établit les grandes différences dont nous parlerons. Eien de plus facile, d'après cela, que de concevoir les phénomènes suivants :

1°. Lorsque le ventricule et l'oreillette à sangrouge, la crosse de l'aorte, etc., etc., contiennent du sang, c'est toujours du noir, comme le savent très bien ceux qui ont l'habitude d'injecter souvent. En exerçant les élèves dans la pratique des opérations chirurgicales sur le cadavre, j'ai toujours vu que lorsque les artères ouvertes ne sont pas entièrement vides, et qu'elles laissent suinter un peu le sang, ce sang offre constamment la même couleur.

2°. Le corps caverneux est toujours gorgé de cette espèce de fluide, soit qu'il se trouve dans l'état de flaccidité habituelle, soit qu'il reste en érection, comme je l'ai vu sur deux sujets apportés ù, mon amphithéâtre; l'un s'était pendu, l'autre avait éprouvé une violente commotion, à laquelle il paraissait avoir subitement succombé.

3°. On ne trouve presque jamais rouge, le sang qui distend plus ou moins la rate des cada^Tes; cependant l'extérieur de cet organe et sa surface concave, présentent quelquefois des taclies d'une couleur écarlate très vive, que je ne sais trojj à quoi attribuer.

4^. Les membranes muqueuses perdent à la mort la rougeur qui les caractérisait pendant la vie; elles prennent presque toujours une teinte sombre, foncée, etc.

5°. Lorsqu'on examine le sang épanché dans le cerveau des ai)oplectiques, on le trouve presque constamment noir.

6°. Souvent, au lieu de se porter au dedans, c'est au dehors que le sang se dirige. Toute la face, le cou, quelquefois les épaules, se gonflent alors et s'infiltrent de sang: il est assez commun de voir (les cadavres où se rencontre cette disposition que je n'ai encore jamais vu coïncider avec un épanchement interne. Or examinez alors la couleur de la peau; elle est violette ou d'un brun très foncé, signe manifeste de l'espèce de sang qui l'engorge. Ce n'est pas, comme on l'a dit, à cause de cette couleur, le reflux du sang veineux qui produit ce phénomène, mais bien la stase du Isang noir qlii circule, à l'instant de la mort, dans le système capillaire extérieur, où il trouve un obstacle, et qu'il engorge au lieu de le rompre, d'en briser les parois et de s'épancher, comme il arrive, dans le cer-

veau. Je présume que cette différence tient à la résistance plus grande, à la texture plus serrée des vaisseaux externes que des internes.

Je ne pousse pas plus loin les conséquences nombreuses du principe établi ci-dessus, savoir, de la circulation du sang noir daas le système artériel pendant les derniers moments qui terminent la vie; j'observe seulement que lorsque c'est par la circulation que commence la mort, comme dans une plaie du cœur, etc., les phénomènes précédents ne s'observent pas, ou^du moins sont très peu sensibles.

Passons à l'examen de l'influence que le poumon exerce sur les organes dont il pénètre le tissu. *

I m. LE SANG NOIR x'eST POINT PROPRE A ENTRE- TENIR l'activité et la VIE DES ORGANES j QU'iL PÉNÈTRE DÈS QUE LES FONCTIONS CHIMIQUES DU POmiON ONT CESSÉ.

Quelle est l'influence du sang noir abordant aux organes par les artères? Pour le déterminer, remarquons que le premier résultat du contact du sang rouge est d'exciter ces organes, de les stimuler, d'entretenir leur vie, comme le prouvent les observations suivantes:

1°. Comparez les tumeurs inflammatoires, l'érysipèle, le phlegmon, etc., à la formation desquelles le sang rouge concourt essentiellement, avec les taches scorbutiques, les pétéchies, etc., etc., que le sang noir produit sui'tout; vous verrez les unes ca-

ractérisées par l'exaltation, les autres par la prostration locale des forces de la vie.

2°. Examinez deux hommes, dont Pun à face ronge, à poitrine large, à la surface cutanée que le moindre exercice colore fortement en rose, etc., annonce la plénitude du développement des fonctions qui clia.ngent en rouge le sang noir, et dont l'autre à teint blême et livide, à poitrine resserrée, etc., indique, iJar tout son' extérieur, que ces fonctions languissent cliez lui: vous verrez quelle est la différence dans l'énergie de leurs forces respectives.

B''. La plupart des gangrènes séniles commencent par une lividité dans la partie, lividité qui est l'indice évident de l'absence ou de la diminution du sang rouge.

4°. La rougeur des brancMes est, dans les poissons, le signe auquel on reconnaît leur vigueur.

5''. Plus les bourgeons charnus sont rouges, meilleure est leur nature: plus ils sont pâles ou bruns, moins la cicatrice a de tendance à se faire.

6°. La couleur vive de toute la tête, de la face surtout, l'ardeur des yeux, etc., coïncide toujours avec l'extrême énergie que prend, dans certains accès fébriles, l'action du cerveau.

7°. Plus les animaux ont leur système pulmonaire développé, plus la coloration du sang y est active, i)ar conséquent, plus la vie animale de leurs organes divers est parfaite et bien développée.

. 8°. La jeunesse qui est l'âge de la yigueur, est celui où le sang rouge prédomine dans l'économie. Qui ne sait que les vieillards ont, à proportion, et leurs artères plus rétrécies, et leurs veines plus larges que dans les premières années? qui ne sait que le rapport des deux systèmes vasculaires est inverse dans les deux âges extrêmes de la vie?

J'ignore comment le sang rouge excite et entretient, par sa nature, la vie de toutes les parties. Peut-être est-ce par la combinaison des principes qui le colorent, avec les divers organes auxquels il parvient- En effet, voici la différence des phénomènes qu'offrent les deux systèmes capillaires, général et pulmonaire :

Dans le premier, le sang, en changeant de couleur, laisse dans les parties les principes qui le rendent rouge ; au lieu que dans le second, les éléments auxquels il doit sa noirceur sont rejetés par l'expiration et par l'exhalation qui l'accompagnent. Or cette union des principes colorant le sang artériel, avec les organes, n'entre-t-elle pas pour beaucoup dans l'excitation habituelle où ils sont entretenus, excitation nécessaire à leur action? Si cela est, on conçoit que le sang noir ne pouvant offrir les matériaux de cette union, ne saurait agir comme excitant de nos diverses parties.

Du reste je propose cette idée sans y tenir en aucune manière; on peut la mettre à côté de l'action sédative, que j'ai dit être peut-être exercée sur

— soles nerfs par le sang noir. Quelque probable que paraisse une opinion, dès que la rigoureuse expérience ne saurait la (iénaontrer, tout esprit judicieux ne doit y attacher aucune importance.

Eeciierclions donc, abstra<:tion faite de tout système, comment le contact du sang noir sur les parties en détermine la mort.

On peut, comme nous l'avons fait en parlant de la mort du cœur, diviser ici les parties en celles qui appartiennent à la vie animale, et en celles qui concourent aux phénomènes organiques. Voyons comment les unes et les autres finissent alors d'agir.

Tous les organes de la vie animale sont sous la dépendance du cerveau; si ce viscère interrompt ses phénomènes, les leurs cessent alors nécessairement. Or nous avons vu que le contact du sang noir frappe d'atonie les forces cérébrales d'une manière presque soudaine. Sous ce premier rapport, les organes locomoteurs, vocaux et sensitifs, doivent donc rester dans l'inertie chez les asphixiés; c'est même la seule cause qui en suspend l'exercice dans les expériences diverses où l'on pousse du sang noir au cerveau, les autres parties n'en recevant point. Mais lorsque tous les organes sont, comme lui, soumis à son influence, deux autres causes se joignent à celle-ci :

1°. Les nerfs qui s'en trouvent pénétrés, ne sont plus par là même susceptibles d'établir des communications entre le cerveau et les sens d'une part,

de Tautre entre ce même viscère et les organes locomoteurs ou vocaux;

2*^. Le contact du sang lioir sur ces organes euxmêmes, y anéantit leur action. Injectez, en effet, dans l'artère crurale d'un animal, cette espèce de, sang pris dans une des veines; vous verrez bientôt ses mouvements s'affaiblir d'une manière sensible, quelquefois même une paralysie momentanée survenir. J'observe que, dans cette expérience, c'est à la jjartie la plus supérieure de l'artère qu'il faut injecter ce fluide, lequel doit être poussé en assez grande abondance. Si on ouvrait le vaisseau à sa partie moyenne, les muscles de la cuisse recevant presque tous du sang rouge, continueraient, sans aucune altération, à exercer leurs mouvements divers. Cela m'est arrivé dans deux ou trois circonstances.

Je sais qu'on peut dire que la ligature de l'artère, nécessaire dans cette expérience, est seule capable de paralyser le membre. En effet il m'est arrivé deux fois, sinon d'anéantir entièrement, au moins d'affaiblir les mouvements par ce seul moyen ; mais aussi souvent j'ai remarqué que son influence était presque nulle, sans d.oute parce qu'alors les capillaires supi)léent, ce qui ne peut arriver dans l'expérience connue de Sténon, où la ligature est appli(iuée à l'aorte, et où le mouvement est toujours tout de suite intercepté. Cependant le résultat de rinjection du sang noir est presque constamment

le même que celui que j'ai indiqué; je dis presque, car, l*'. je l'ai yu manquer une fois, quoiqu'avec les précautions requises; 2°. l'affaiblissement des mouvements varie, suivant les animaux, et dans sa durée, et dans le degré auquel on l'observe.

Il j a aussi dans cette expérience une suspension manifeste du sentiment, laquelle arrive quelquefois plus tard que celle du mouvement, mais qui est toujours réelle, surtout si on a le soin de répéter trois à quatre fois, et à de légers intervalles, l'injection du sang noir.

(On produit un effet analogue, mais plus tardif et plus difficile, en adaptant à la canule placée dans la crurale, un tube déjà fixé dans la carotide d'un autre animal, dont la tracliée-artère est ensuite fermée, de manière que son cœur pousse du sang noir dans la cuisse du premier.

Les organes de la vie interne, indépendants de l'action cérébrale, ne sont point arrêtés, comme ceux de la vie externe, par la suspension de cette action, lorsque le sang noir circule dans le système artériel; le seul contact de ce sang est la causa qui en susi)end les fonctions. La mort de ces organes a donc un principe de moins que celle des organes locomoteui's, vocaux, etc.

J'ai déjà démontré cette influence du sang noir sur les organes de la circulation; nouis avons vu comment le cœur cesse d'agir dès qu'il en est pénétré; c'est aussi en partie parce que ce fluide se

répand dans les parois artérielles et veineuses par les petits vaisseaux qui concourent à la structure de ces parois, qu'elles s'affaiblissent et cessent leurs fonctions.

11 sera sans doute toujours difficile de prouver d'une manière rigoureuse, que les sécrétions, l'exhalation, la nutrition, ne sauraient puiser dans le sang noir les matériaux propres à les entretenir; car cette espèce de sang ne circule pas assez longtemps dans les artères, pour pouvoir faire des expériences sur ces fonctions.

J'ai voulu cependant tenter quelques essais : ainsi l'\ j'ai mis à découvert la surface interne de la vessie d'un animal vivant, après avoir coupé la symphise et ouvert le bas-ventre; j'ai examiné ensuite le suintement de l'urine par l'orifice des urètres, pendant que j'aspMxiais l'animal en fermant le robinet adapté à sa trachée-artère; 2*^. j'ai coupé le conduit déférent, préliminairement mis à nu, pour voir si, pendant l'asphixie, la semence coulerait, etc.

En général j'ai toujours remarqué que pendant la circulation du sang noir dans les artères, aucun fluide ne paraissait s'écouler des divers organes sécréteurs. Mais j'avoue que dans toutes ces expériences et dans d'autres analogues que j'ai aussi tentées, l'animal éprouve un trouble trop considérable, et par l'asphixie et par les grandes incisions qu'on lui fait souffrir; le temps que dure l'expérience est trop court, pour xDouvoir en tirer des con-

séquences de nature à être admises sans méfiance par un esprit méthodique.

C^est donc principalement par l'analogie de ce qui arrive aux autres organes, que j'assure que ceux des sécrétions, de l'exhalation et de la nutrition, cessent leurs fonctions lorsque le sang noir y aborde.

Cela s'accorde d'ailleurs très bien avec divers phénomènes des asphixies: 1°. ainsi le défaut d'exhalation cutanée pendant le temps assez long où lo sang noir circule dans les artères avant la mort, est-il peut-être une des causes de la permanence de la chaleur animale dans les sujets attaqués de cet accident; 2°. ainsi j'ai constamment observé sur différents chiens morts lentement d'asphixie, pendant la digestion, en leur retranchant peu à peu l'air au moyen du robinet, que les conduits hépathique, cholédoque et le duodénum contiennent beaucoup moins de bile qu'ils n'en présentent ordinairement, lorsqu'à cette époque on met à découvert ces organes sur un animal vivant; B'^. ainsi, comme je l'ai dit, le sang ne perdant rien par les diverses fonctions indiquées plus haut, s'accumule en grande quantité dans ses vaisseaux. Yoilà même pourquoi il est très fatigant de disséquer les cadavres de pendus, d'asphixiés par le charbon, etc. La fluidité et l'abondance de leur sang embarrasse. Cette abondance, observée par divers auteurs, peut tenir aussi à ce que les absorbants affaiblis ne prennent

point, après la mort par asphixie, la portion séreuse du sang contenu dans les artères, comme il arrive chez presque tous les cadavres où cette portion se sépare du caillot qui reste dans le vaisseau: ici il n'y a ni séparation, ni absorption.

Les excrétions paraissent alors aussi ne point se faire par l'affaiblissement qu'excite dans l'organe excréteur le contact du sang noir; ainsi a-t-on observé fréquemment la vessie très distendue chez les aspMxiés, comme le remarque C. Portai. C'est l'urine qui s'y trouvait avant l'accident, et qui n'a pu être évacuée, quoique la vie ait encore duré quelque temps. En général, jamais les asphixies par le sang noir seul et sans délétère, ne sont accompagnées de ces contractions si f l'équentes à l'instant de plusieurs autres morts, ou quelques instants après, dans le rectum, la vessie, etc., contractions qui vident presqu'entièrement ces organes de leurs fluides, et qui doivent être bien distinguées du simple relâchement des sphincters, d'où naissent des effets analogues. Toujours les s}Tnptômes d'un affaiblissement général dans les parties se manifestent; jamais on ne voit ce surcroît de vie, ce développement .de forces qui marquent si souvent la dernière heure des mourants.

Yoilà pourquoi, peut-être, on remarque dans les cadavres des personnes asphixiées, une grande souplesse des membres. La roideur des muscles paraît, en effet, tenir assez souvent à ce que la mort

les frappant à l'instant de la contraction, les libres restent rapprocliées et très cohérentes entre elles. Ici, au contraire, nn relâchement général, un défaut d'action universel, existant dans les parties lorsque la vie les abandonne, elles restent en cet état, et cèdent aux impulsions qu'on leur communique.

J'avoue cependant que cette explication présente une difficulté dont je ne puis donner la solution; la voici: les aspliixiés par les vapeurs méphitiques, périssent à peu près de la même manière que les noyés; ou du moins, si la cause de la mort diffère, le sang noir coule également pendant un temps assez long dans les artères. On peut le voir en ouvrant la carotide sur deux chiens, en même temps que chez l'un on fait parvenir, par un tube adapté à sa trachée-artère, des vapeurs de charbon dans le poumon, et que chez l'autre on pousse, dans cet organe, une certaine quantité d'eau, que l'on y maintient en fermant le robinet, et qui se trouve réduite en écume comme chez les noyés.

Malgré cette analogie des derniers phénomènes de la vie^, les membres restent souples et chauds pendant un certain temps dans le prenider; ils deviennent roides et glacés dans le second, surtout si on plonge son corps dans l'eau pendant l'expérience ( car j'ai observé qu'il y a une perte moins prompte du calorique, en noyant l'animal par l'eau qu'on injecte, et qui intercepte sa respiration, qu'en

le plongeant tout entier dans un fluide ). Mais revenons à notre objet.

Nous pouvons conclure, je crois, avec assurance, de tous les faits et de toutes les considérations renfermés dans cet article, 1°. que lorsque les fonctions chimiques du poumon s'interrompent, tous les organes cessent simultanément leurs fonctions, par l'effet du contact du sang noir, quelle que soit la manière d'agir de ce sang, ce que je n'examine point; 2''. que leur mort coïncide avec celle du cerveau et du cœur, mais qu'elle n'en dérive pas immédiatement; 3°. que s'il était possible à ces deux organes de recevoir du sang rouge pendant que le noir pénétrerait les autres, ceux-ci fitiiraient leurs fonctions, tandis qu'eux continueraient les leurs. 4°. qu'en un mot l'aspMxie est un phénomène général qui se développe en même temps dans tous les organes, et qui n'est prononcé très spécialement dans aucun.

D'après cette manière d'envisager l'influence du sang noir sur les parties, il parait que pour peu que son passage dans les artères se continue, la mort en est bientôt le résultat. Cependant certains vices organiques ont prolongé quelquefois au-delà de la naissance, le mélange des deux espèces de jsang, mélange qui a lieu, comme on sait, chez le fœtus: tel était le vice de conformation de l'aorte naissant par une branche dans chacun des ventricules, chez un enfant dont parle Sandifort; telle

paraît être encore, au premier coup d'oeil, l'ouverture du trou de Botal chez l'adulte.

Eemarquons cependant que l'existence de ce trou ne suppose point toujours le passage du sang noir dans l'oreillette à sang ro âge comme tout le monde le croit}. En effet, les deux valvules semi-lunaires entre lesquelles il est situé, quand on le rencontre au-delà de la jiaissance, fe'appliquent nécessairement l'une contre l'autre, par la pression que le sang contenu dans les oreillettes exerce sur elles, lors de la contraction simultanée de ces cavités. Le trou est alors nécessairement bouché, et son oblitération est beaucoup plus exacte que celle de l'ouverture des ventricules par les valvules mitrale et triscupide, ou que celle de l'aorte et de la pulmonaires par les sigmoîdes.

Au reste, il est très commun de rencontrer ce trou ouvert dans les cadavres; je l'ai déjà vu plusieurs fois. Quand il n'existe pas, rien de plus facile que de détruire l'adhérence ordinairement très faible, contractée par les deux valvules qui le ferment, en glissant entre elles le manche d'un scal- Ijel. Si on examine l'ouverture qui résulte de ce procédé, on voit qu'on n'a produit souvent aucune solution de continuité, et qu'il n'y a qu'un simple décollement. Le trou de Botal, ainsi artificiellement jjratiqué, présente la même disposition que celui qu'offrent naturellement certains cadavres. Or si on examine cette disposition, on verra que lorsque les

oreillettes se contractent, nécessairement le sang se forme à lui-même nn obstacle, et ne peut passer de Tune dans Tautre. Il est facile même de s'assurer de la réalité du mécanisme dont je parle, par deux injections de couleur différente, faites en môme temps des deux côtés du cœur, par les veines caves et par les pulmonaires.

D'après tout ce que nous avons dit, et de Pinfluence qu'exerce le sang sur les divers organes, soit par le mouvement dont il est agité, soit par les principes divers qui le constituent, et de la mort qui succède, dans les organes à l'anéantissement de ces deux modes d'influence, il est évident que les organes blancs où le sang ne pénètre point dans l'état ordinaire, et que le cœur n'a point, par conséquent, directement sous sa dépendance, doivent cesser d'exister différemment que ceux qui y sont ^immédiatement "soumis. L'aspliixie ne peut point tout-à-coup les atteindre; ils ne sauraient, comme les autres, cesser presque subitement leurs fonctions, dans les plaies du cœur, les syncopes, etc. En un mot, leur vie étant différente, leur mort ne doit point être la même. Or je ne puis déterminer comment cette mort arrive; car je ne connais point assez la vie qui la précède. Rien encore ne me paraît rigoureusement démontré sur le mode circulatoire de ces organes, sur les fluides qui les pénètrent, sur leurs rapports nutritifs avec ceux où aborde le sang, etc., etc.

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