OB L*E8CLAVAGE
personne. Le pontife souverain, chef de cette étrsnge société, loin de t^anniser les chrétiens sdtimis à son autorité, devait s'&ppelter plus tard et s'appelle encore aujourd'hui : k attvileur des sefviteûf^ de Dieu{l).
Mais il y avait entre les hommes, dans le monde païen, une inégalité bien autrement tranehée que celle qui résultait de la difllîrence des conditions entre hommes libres : c'était celle qui était fondée sur l'es^ clavage. L'eselave n'était pas considéré comme tin homme, mais comme une chose. La loi Âquilia plaçait sur la même ligne celui qui avait tué la bête de somme d'un autre et le meurtrier d'un esclave qui n'était pas à lui. Dans les deux cas elle ne condamnait le coupable qu'à payer le préjudice sou&rt par le maHre. Pout en tixîer le taux, on faisait estimer Teselave ou la bête de somme.
Chose singulière ! Pendant que le sort des plébéiens s'améliorait à Rome, par suite du progrès des institutions politiques, la d^tinée des esclaves dete-
(1) Ce n'était qu'une sorte d'application de ce texte évangélique : « Le Fil« de lliomme est venu servir, non être servi... . Que celui qui est le premier d'entre vous soit le serviteur de tous, • etc.
DE L'SSCtAYAGE. 47
hait de plus en plui( dore et intolérable : ces malheureux étaient pour la plupart dés étrangers amenés de toutes les parties du monde eohqtiises par les arbres romaines. Une f^us rude discipline parut néce&âaire pour faire plier au jôug de Tobéissance et pour iMin^ tenir dans la servitude des barbares accoutui^és à une liberté sauvage. La résignation qui accepte les souffrances ne pouvait être pratiquée par Tes^ clave, la charité ne pouvait Têtre lion plus par 16 maître ; ces deux vertus étaient étrangères au pa* ganisme. Il n'y avait pour retenir les esclaves sous le joug d'autre frein que les châtiâients qui leur étaient prodigués avec une cruauté sans
bornes.
Cependant on vit sous les empereurs une rétfctiKMi
se produire en faveur de ces parias^ de ces déishé-^ rites de toute protection sociale. Un auteur pafeA, Sénèque, osa dire qu'un esclave était de la même nature qu'un autre homme.
Les politiques contemporains s'étonnèrent de ces sentiments et de ces idées que la philosophie exprimait pour la première fois. Ils ne s'apercevaient pai^ qu'il s'opérait au sein de là société un sourd t<*avail
48 DB l'csclavagb.
dont l'origine était encore à peu près inconnue. Ils ignoraient que l'instrument du supplice de Tesclave^ la croix, avait été ennoblie par la mort d'un Dieu dans un coin de la Judée^ et qu'il deviendrait bientôt un signe révéré dans tout l'univers ; ils ne savaient pas que les disciples du Crucifié allaient chercher, dans les classes les plus obscures de la société, toutes les souffrances pour les consoler, toutes les humiliations pour les bénir ; enfin ils ne voyaient pas qu'une nouvelle aurore s'était levée dans le monde, et que ses rayons avaient déjà pénétré au fond des cachots* de *^ V Ergastulunij sur les fers de l'esclave.
En présence des tendances sociales de l'antiquité profane, devant les décisions et les affirmations de la jurisprudence romaine, une doctrine plus haute s'était fait entendre. Elle déclarait les esclaves égaux par la nature à tous les hommes^ égaux aussi aux autres hommes dans la participation aux grâces divines. Cette loi d'égalité était intimement liée au dogme nouveau par ses premiers apôtres. « Nous avons tous « été baptisés dans le même Esprit^ disait saint Paul, « pour n'être tous ensemble qu'un même corps, ^^'' « soit Juifs, soit Gentils, soit esclaves ou hommes
DE L*E«CLATAGB. 49
« libres (1) », et ailleurs : « pour vous tous qui avez « été baptisés en Jésus-Christ il n'y a plus de Juif ni c de Grec, il n'y a plus d'esclave ni de libre ; mais € VOUS n'êtes tous qu'un en Jésus-Christ (2) », et plus loin : € sachez revêtir Thomme nouveau à l'image « de Celui qui l'a créé...
€ Là où il n'y a ni Gentil, ni Juif, ni circoncis, ni € incirconcis, ni Barbare, ni Scythe, ni esclave, ni < libre ; mais Jésus-Christ est tout en tous (3). »
Dans sa vie apostolique, saint Paul est conséquent à la doctrine qu'il enseigne. Un esclave se fait son disciple après avoir quitté son maître. Le maître le réclame ; l'apôtre alors renvoie l'esclave, mais avec une lettre si émue qu'elle nous attendrit aujourd'hui encore. C'est l'épîlre connue sous le nom d'épître à Philémon. Nous croyons devoir en reproduire le texte, quoiqu'il perde infiniment à être traduit :
« Je me souviens de vous sans cesse dans mes « prières, et je rends grâces à mon Dieu, en appre- « nant quelle est votre foi et votre charité envers
(1) Ep. aux Corinthiens, cap. xii,vers. 13.
(2) Aux Galat., cap. m, v. 26, 27, 28.
(3) Aux Coloss., cap. m, v. 10 et 11.
50 l«B L*E6GLAVAGE.
c ^ésufi-Christy et commcint les ecBurs 4^ saiats se < reposent en vous.
« C'est pourquoi, bien que je ptii$se au nom de Jésus- Christ vous ordonner en toute confiance une « chose convenable, la charité me fait plutôt user de c prières envers vous tel queje suis (1 ), moiPaul, vieilli lard et maintenant encore captif poiir Jâsus-Christ.
c Je vous prie donc et vous conjure en faveur de <c mon fils Onésime, que j'ai engendré dans mes « chaînes, qui vous a été autrefois inutile, mais qui « maintenant nous est utile à vous et à moi.
« Je vous le renvoie et je vous prie de le recevoir c comme le fils de mes entrailles.
« J'avais désiré le retenir auprès de moi afin qu'il f me servît en votre nom dans les chaînes que je porte • pour rÉyangile ; mais je n'ai rien voulu faire sans « votre avis, afin que votre bonne œuvre ne soit pas « nécessaire mais volontaire. Car peut-^être qu'il s*est « éloigné de vous poqr un peu de temps, afin que « vous le receviez pour l'éternité, non plus comme « un esclave, mais au lieu d'un esclave, comme un « frère qui m'est fort cher, combien plus à vous à
(1) Dans le grec rocovro»; Tocovyr&iv.
DE L*fiSCL4VAG^. 51
• qai il «pp^rUent selp» le monde et le Seigneur, Si « vouci pie considérez donc pomme uni à vous» re- « cevez^le pomme moi-même. Que s'il tous a fait ^ quelque tort, ou vous doit quelque chose, je s^tis- « ferai pour lui. Moi Paul, je récris de ma main^ « c^est moi qui vous le rendrai ; pour ne pas dire que f vous vous devez vous-même à moi. Oui, mon frère,
< doqqez-moi cette joie en Notre-Seigneur. Donnez à
< mon cœur ce soulagement* Je vous écris plein de « confiance dans votre déférence pour moi, sachant « même que vpus ferez plus que je ne dis, »
Philémon comprit ce langage et s*empressa'de faire ce que saint Paul lui demandait avec tant de grâce et dignité : il lui fit dire que non-seulement il pardonnerait à Onésime, mais qu'il lui donnait la liberté. Onésime se montra digne de la confiance et de raffection du grand apôtre^ il fit de tels progrès dans la piété et la sainteté qu'on le nomma évêque d'Éphèse après Timotbée, et il y obtint I9 couronne du martyre (1).
Ainsi cet esclave, afl'ranchi de la veille, fut appelé i gouverner une Église, et ses reliques furent honorées sur les autels. On voyait aussi quelquefois une
il) Martyrol. 16 février.
52 DE l'esclavage.
patricienne d'illustre naissance, s'agenouiller devant les restes de celle qui avait été sa servante ; mais qui, chrétienne comme elle, avait subi avec héroïsme Tépreuve du martyre (1).
Cependant les apôtres ne prétendaient pas appeler les esclaves à la liberté ; leur prédication ne devait pas être une excitation à des bouleversements sociaux. Ils se contentaient d'ennoblir les services de Tesclave par ridée du devoir, et de changer la tyrannie du maître en une autorité paternelle.
Saint Paul disait aux esclaves : « ne servez pas « seulement vos maîtres lorsqu'ils ont l'oeil sur vous, « comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes, « mais comme serviteurs de Jésus-Christ, faisant de « bon cœur la volonté de Dieu. Servez-les donc avec « affection, regardant en eux le Seigneur, et non les « hommes. »
Puis il se retournait du côté des maîtres :
« Et vous, maîtres, agissez de même envers vos <( esclaves, vous gardant de les traiter durement et « avec menaces, sachant que vous avez les uns et les « autres un maître commun dans le ciel, devant
(1) Sainte Blandine et sainte Félicita étaient des esdaves.
hh l'usclavaûe. 53
(« lequel il n'y a point d'acception de personne (1). » Il faut encore citer ici les recommandations morales faites aux esclaves par saint Paul dans Tépitre à Timothée. « Exhortez les esclaves à être soumis à leurs c maîtres, â ne leur rien dérober, mais à leur com- « plaire en tout, à ne les point contredire mais à leur « montrer en toute chose une fidélité parfaite afin « que, dans toute leur conduite, ils fassent honneur « à la doctrine de Dieu, notre Sauveur. »
« Telle est, en elfet, dit un ingénieux et profond « commentateur, la vraie raison des devoirs délicats, « onéreux, imposés aux esclaves et aux serviteurs < chrétiens ; telle est aussi la pensée qui doit les por-" « ter à les accomplir. Il n'en est pas de plus noble et « de plus sainte. C'est la pensée de faire honneur à « leurs personnes dans leurs sentiments, et par toute c leur conduite à la religion et aux enseignements de « Jésus-Christ.
« Lorsqu'on lit ces choses on ne peut pas se dé- « fendre d'un certain étonnement, en voyant l'impor- « tance que saint Paul attache à la conduite morale
(2) Aux Éphés., cap. vi, vers. 5 et suivants.
54 DE L*ESCLAVAGB.
« des esclaves. Quel honneur pouvait revenir à TÉ- « glise chrétienne, à la doctrine évangélique, de la « conduite de ces hommes dégradés, généralement € regardés comme nuhy plus encore que comme « vils ? De quel œil la société de cette époque devait- « elle voir l'importance qu'on leur donnait ? Et « n'était-il pas à craindre que cette considération « qu'on leur témoignait, au lieu de relever « le christianisme^ ne le fit regarder comme « la religion des âmes abjectes, des rebuts de « l'humanité?
fl C'était pourtant Tune des preuves les plus écla- « tantes de la sagesse du christianisme. Une religion n qui pouvait inspirer les plus nobles sentiments, im- « poser la pratique des vertus les plus pures à des « classes d'hommes dégradés, avait manifestement « une puissance plus qu'humaine. Et en n'établissant « aucune distinction sous le rapport des sentiments et « des devoirs, non-seulement entre les Romains et les « barbares, entre les classes civilisées et celles qui ne « l'étaient pas, mais même entre ce qui était humai- « nement le plus puissant et le plus distingué et ce « qui était légalement le plus vil, moralement le plus
DE l'esclavage. 55
« affaissé^ elle se déclarait la religion de Thumanité « comme celle delà charité et de la vertu (1). >
Dans rintervalle qui sépare la naissance de TÉglise de son entrée officielle dans le monde par suite de la conversion de Constantin, l'Église montra toujours la même charité pour les esclaves, et cette charité alla quelquefois jusqu'à une sorte de partialité. D'après les philosophoumœna (2) le pape saint Calliste aurait été esclave avant d'entrer dans le sacerdoce.
Quand un personnage riche se faisait chrétien, il lui arrivait souvent de commencer par affranchir ses esclaves ; c'était l'œuvre la plus conforme à ce que Ton pourrait appeler l'opinion publique dans l'Église.
Les esclaves chrétiens avaient repris le sentiment de leur dignité. Les femmes ne cédaient plus aux caprices sensuels de leurs maitres(3). Le martyre de sainte Pota-
(1) IjCs lettres pastorales ou réflexions sur les épîtres de saint Paul à Timotbée et à Tite, par Mgr Ginouilhac, évêque de Grenoble. Grenoble, Jourdan, libraire, Grande-Rue, 1866.
(2) Il est vrai que la science n'a pas encore dit son dernier mot sur ce manuscrit récemment découvert, attribué tour à tour à Origène et à saint Hippolyte, et qui paraît n*étre l'ouvrage ni de Tun ni de l'autre. '
(3) C'est ce que fit, par exemple, la mondaine Aglaé, quand elle embrassa le christianisme.
56 De l'bsciavagk.
mienne est Théroïsme de la chasteté chrétienne : dénoncée par son maître au préfet, elle résiste victorieusement à la tyrannie sociale qui se faisait la complice de la tyrannie domestique ; jetée dans une chaudière d'eau bouillante, elle demande d'y descendre avec ses vêtements pour ne pas être exposée toute nue aux regards de la populace, et meurt en bénissant Dieu d'avoir obtenu cette grâce su*prême.
On trouvait donc dans cette classe jusque-là si méprisée toutes les fiertés et toutes les délicatesses de la pudeur.
Or, on aurait pu croire que l'Église, après avoir été reconnue par Constantin, ferait tous ses efforts pour obtenir l'amélioration du sort des esclaves.
Mais quand l'Église devient l'alliée du pouvoir, elle craint de lui trop demander de peur de le compromettre lui-même avec la société qu'il dirige. Le paganisme, qui avait encore une vie apparente assez forte, puisque Julien crut pouvoir lui rendre son ancienne prépondérance, se soutenait surtout par les habitudes et les intérêts qu'il était censé protéger. Si le christianisme avait réclamé des mesures qui parussent
Ds l'esclavage. 57
avoir pour but l'émancipation complète des esclaves, il aurait peut-être amené une réaction en faveur du vieux parti religieux. Constantin, qui n'avait pas voulu porter atteinte à la liberté du culte païen, aurait craint de remuer, d'agiter jusque dans ses fondements l'Empire romain tout entier, en laissant entrevoir une pareille pensée politique.
D'ailleurs, le monde n'était pas mût pour une réforme d'une telle portée.
Mais les grands docteurs de l'Église ne manquèrent pas de dire hautement leur pensée sur cette grande iniquité sociale. Ainsi saint Augustin la combat en ces termes :
€ Que l'homme commande, a dit le Seigneur, aux < poissons de la mer, aux oiseaux du ciel et à tous les « reptiles rampant sur la terre ... mais Dieu ne veut « pas que la créature raisonnable, faite à son image, € domine sur d'autres que sur des créatures dérai- « sonnables ; il ne veut pas que l'homme domine sur « l'homme, mais l'homme sur la brute (1). »
Enfin les conciles combattirent pied à pied les
abus de la domination du maître sur l'esclave : ils
(1) De civiiate Dei, lib. XIX, cap. xv.
58 DB L'BSGLAVAGB.
favorisèrent toutes les mesures tendant à adoucir les maux de la servitude, et à supprimer la servitude elle-même. Leur action s'est toujours exercée dans le même sens. C'est ce qu'il est facile de montrer par l'analyse même des canons de ces admirables assemblées religieuses.
Pendant le temps des persécutions, les chrétiens n'ayant pas la liberté de leurs mouvements, les conciles ne furent pas très-multipliés.
Il ne se tint pas de concile oecuménique, proprement dit, avant celui de Nicée (1). Mais il y eut des conciles particuliers ; et quoique l'infaillibilité en droit ne leur appartienne pas, puisqu'ils ne représentent pas l'Eglise tout entière, leur autorité morale a été en fait, et peut être encore très-grande ; on comprend que des pontifes respectables se rassemblant dans une pensée d'union avec l'Église romaine devaient être écoutés respectueusement par leur province
(1) Voir le Petit traité sur les conciles, par le Père Marin de Boylesve. Bouquerel, Paris, 1868. En 22 ou 23 pages, toutes les notions essentielles sur les conciles sont réunies dans ce petit livre si substantiel.
PB l'bsclatage. 59
ecclésiastique, quand ils éclaircissaient quelque point du dogme ou faisaient quelque règlement de dis-* cipline.
Les abus de l'aulorité et de k force, que les maîtres chrétiens se permettaient encore à l'égard des esclaves, attirèrent de bonne heure l'attention des conciles. Nous citerons d'abord un concile d'Elne (1) à la date de 300 ou 305, auquel on attribue 81 canons pénitentiaux parmi lesquels on trouve celui-ci : « Si « une personne, dans un moment de colère, a fia- • gellé (2) sa servante ou esclave avec un empor- « tement tel qu'au bout de trois jours elle rende « dans les souffrances le dernier soupir ; si la niai- « tresse de cette esclave lui a donné volontairement € le coup mortel, elle sera condamnée à sept ans de a pénitence; si le coup a été involontaire, à cinq
« ans pendant lesquels elle sera exclue de la commu- < nion. »
(\) Concilium Eliheritanum ; d'Elne en Roussillon, et non d*EWire dans le royaume de Grenade (Art de vérifier les dates ^ errata, tome III).
(2) Siflagris verberaverit. C'était un fouet à lanières em]Aoyé pour châtier les esclaves. Aussi Juvénal se sert-il de cette expression : ad sua flagra deducere, ce qui voulait dire : traiter en esclave.
60 DE L*BSCLATAGE«
Il faut remarquer que l'Église était encore à cette époque en dehors de l'État^ puisque Constantin ne la reconnut officiellement qu'en 314 ou 315. Gela n'empêchait pas qu'elle n'eûl une juridiction coercitive et pénale acceptée par les fidèles. On voit qu'elle en usait dans l'intérêt de l'humanité.
En 517, le concile d'Epaone excommunie pour dçux ans le maître qui a tué son esclave sans avoir eu recours à l'intervention du juge. L'autorité absolue du maître n'est plus reconnue • on tend à lui substituer la justice sociale, égale pour tous.
Le même concile soustrait aux supplices corporels l'esclave <iui, même coupable, se réfugie dans une église. Mais on pourra le tondre et lui imposer des travaux forcés (l). On sent que la société ecclésiastique a dû ici se m.ettre d'accord avec la société civile pour l'observance de ce règlement.
Un concile d'Orléans, 549, excommunie les maîtres qui, après avoir promis de pardonner à leurs esclaves réfugiés dans les églises, manquent aux serments
(1) « Servus, reatu culpabilis, si ad ecclesiam confugerit, a corporalibus tantum suppliciis excusetur De capillis vero, vel quocumque opère, placuit a Dominis juramenta non exi^i. » Canon. 39.
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prononcés par eux... « Que si le maître est païen ou « appartient à une secte étrangère à l'Église, qu'il « se fasse représenter par un chrétien sincère, qui € se porte caution pour lui et qui vienne jurer et « promettre le pardon en son lieu et place. A cette € condition seulement, on lui rendra sonesclave(l).» C'était donner au malheureux esclave une espèce de patron officieux qui surveillait le maître païen ou hérétique.
Le concile de Merida (666) défend aux évoques de faire mutiler leurs esclaves, il ordonne de les faire juger par le juge de la ville, afin de mettre en garde fout pouvoir épiscopal contre un excès de colère (2). Cette précaution de Tépiscopat prise contre lui-même n'est-elle pas admirable ?
Ce n'est pas tout ; quelque soit le délit dont le juge aura convaincu l'esclave, il ne devra pas lui faire subir le supplice ignominieux de la décalvation (3). Ainsi les évêques du concile ne se contentaient
(1) Canon 22.
(2) Ut omnis potesias episcopalis modum suœ portât irœ,
(3) Quidquid coram judice verius patuerit, « Absque turpi deealvatione maneat emandatum, » (Canon 15). C'était Tarracbement des cheveux et de la peau du crâne.
62 DE l'esclavage.
pas de poser des limites à leurs propres emportements ; ils en mettaient à la sévérité du juge.
Le onzième coneile de Tolède (675) est d'une rigueur inflexible à l'égard des prêtres qui feront tuer on mutiler leurs esclaves, c Après avoir répandu le « sang d'un homme ils ne sont plus dignes de çqu- « férer les divins sacrements. En conséquence ils « sont dégradés et emprisonnés avec des chaînes « dans VErga$tulum. De plus ils seront exclus de la c communion, excepté à l'heure de la mort. »
Le concile de Worms (868) renouvelle la prescription de l'excommunication de deux ans pour le maître qui aura tué son esclave, sans l'intervention du juge.
Le concile d'Orange (441) prescrit de ne point livrer mais de défendre les esclaves qui se réfugiaient aux pieds des autels ; il ordonne que l'on condamne partout quiconque prendrait les esclaves de l'Église au lieu des siens qui s'y seraient réfugiés ; et qu'on lance les censures ecclésiastiques contre celui qui rendrait à l'état de servitude ou de servage des hommes affranchis dans l'Église ou recommandés à l'Église par testament (1).
(1) « In ecclesla manumissos, vel per testamentuna commen-
DE L*£SCLAVAGB . 63
Déjà l'usage s'était introduit de racheter ses péchés par raffranchissement de ses esclaves à Theure de la mort. Cet acte d'humanité était ainsi formulé : c pour notre salut et la guérison de notre âme » CPro nostra soluté et remedio animœ nostrœ). Puis on faisait l'Église exécutrice testamentaire de ce legs charitable. C'était confier l'exécution de ses dernières volontés à des mains sûres et incorruptibles.
On remarquera aussi que l'affranchissement des esclaves impliquait leur liberté complète, et qu'ils ne pouvaient pas même être ramenés à cet état de demiservitude que l'on appelait colonat ou servage de la glèbe.
• Quand des esclaves avaient reçu le bienfait de la Kberté, l'Église devenait leur patronne, elle était expressément chargée de leur défense. C'est ce que décide le cinquième concile d'Orléans, en 549 (I).
Le concile de Mâcon (580) confirme cette décision et lui donne une extension plus grande encore. L'église reçoit la mission de défendre les esclaves affran-
« datos, si quisin servi tu tem, vel obseqiiium, vel ad colonariam « conditionem imprimere teataverit, animadversione ecclesias- • tica coerceatur. » (Canon 7) .
(1) Canon 7.