‹ De l'influence sociale des concilesChapitre 18 sur 60 · DU SBRTAGR AU TEMPS OB LA FÉ01MLUT · texte numérisé non relu

DU SBRTAGR AU TEMPS OB LA FÉ01MLUT

cMtiana et Louis X rendit sa célèbre wdonMnoe dMS kiqaelle il reconnaît que selon le droit de nature dmque homme doit être franc (1). Sans dmite ce prince, comme dit judicieusement M. Guizot, c n'entendait c point donner la franchise aux colons, il la leur ven^ c dait à bonnes et convenables conditions, niAÎs il c n'en est pas moins certain en principe, que le roi € croyait devoir la leur vendre, en fait qu'ils étaiest c capables de l'acheter (2). »

Un autre auteur, également protestant, mais plus haineux contre le catholicisme que M. Guizot, lord Macauiay, rendait il y a peu d'années à l'Eglise romaine un hommage d'autant plus précieux qu'il émanait d'une plume ennemie. Nous devons citer ici ses propres paroles :

c U serait injuste de ne pas reconnaître que la c religion fut le grand mobile de ces deux affranchis- « sements (celui de l'esclave et celui du serf) et il « est permis de douter qu'une religion plus pure eût € été un agent plus actif. L'esprit charitable de la < morale chrétienne est, sans contredit^ opposé aux

(1) Ordonnances des rois^ etc , tom. I, p. 288.

(2) Cours d'histoire moderne, ftom, IV, p. 281.

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c ^fitinctions de caste ; elles sont surtout odieuses « aux memfbres de l'Église de Rome, coamie iocompatibles avec d'autres distinctions inhérentes à ses propres doctrines; cette Église attribueà sesprêtres une sorte de dignité mystérieuse, donnant droit au respect de tout laïque, et elle les recrute indistinctement parmi toutes les nations, dans toutes les classes de la société. Ces doctrines^ quelque erronées qu'elles puissent paraître, furent à plusieurs reprises le remède à bien des maux. Une superstition n'est pas, à nos yeux, complètement pernicieuse, qui, dans un pays accablé sous la tyrannie d'une race sur une autre, parvient à créer une aristocratie indépendante de ces races, change les rapports entre l'oppresseur et l'opprimé, et force « le maître héréditaire â fléchir le genoux devant le « tribunal spirituel du serf héréditaire. Même de nos c jours le pajHsme contraste avantageusement avec « toute autre forme de religion chrétienne, dans les « pays où existe encore l'esclavage des noirs. Il est « notoire que l'antipathie entre l'Européen et l'Afri- « cain n'est pas aussi forte à Rio -Janeiro qu'à a Washington. Dans notre pays, au moyen âge, les

« doctrines de TÉglIse catholique produisirent de salu-

< taires effets. Il est vrai , peu de temps après la bataille « de Hastings. des abbés et des prélats saxons furent « violemment déposés; un grand nombre des meilleurs « bénéfices ecclésiastiques devinrent la proie d'avenc( tuners venus du continent ; mais, même alors, la • voix pieuse des prêtres de la race normande s'éleva « contre cette violation de la constitution de l'Église ; « plusieurs d'entre eux ne voulurent pas accepter la € mitre des mains du conquérant^ et rappelèrent à « Guillaume que s'il tenait au salut de son âme, il ne c devait pas oublier que les vaincus étaient ses frères « en Jésus-Christ. C'est ainsi que les Anglais eurent « pour premier protecteur dans la caste dominante, <c l'archevêque Anselme. Alors que le nom anglais « était une injure, alors que toutes les dignités civiles « et militaires du royaume étaient censées exclusive- € ment réservées aux compagnons de Guillaume , ce fut

< avec des transports de joie que la race méprisée c apprit qu'un des siens, Nicolas Breakspeare, avait « été élevé au trône pontifical (1) et avait tendu son

(1) Nicolas Breakspeare était le fils d*un mendiant en Hertfordshire. Il fut élu pape en 1154, sous le nom d'Adrien IV.

pied à baiser à des ambassadeurs fils des plus nobles maisons de Normandie. Ce fut un sentiment tout aussi national que religieux qui attira les multitudes autour de la cbâsse de Beeket, le premier Anglais (1), après la conquête, qui se fut montré terrible aux tyrans étrangers. On comptait encore un successeur de ce même Becket en tête de ceux qui obtinrent la charte qui sauvegarda enfin les privilèges des barons normands de larace saxonne{2). Quant à la grande part que prirent plus tard les ecclésiastiques catholiques à l'affranchissement des serfs, nous en trouvons des preuves sans réplique dans le témoignage du protestant sir Thomas Smith, un des plus habiles conseillers d'Elisabeth. Le prêtre appelé au lit de mort d'un propriétaire de serfs pour lui administrer les derniers sacrements ne manquait jamais de l'adjurer, au prix du salut de son âme, d'émanciper ses frères pour lesquels lésus-Christ était mort. L'Église se

(1| Il résulte de recherches assez récentes, que Thomas Becket était d'origine normande et non saxonne ; mais comme sa naissance était ohscure, cela n'ôte aucune force aiix considérations morales présentées par Macaulay.

(2) Etienne Langton, archevêque de Cantorbéry.

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c servit avec tant de succès de ce formidable moyen

< qu'avant même la reformations elle avait affiraachi c presque tous les serfs du royaume, excepté les c siens, qui, nous devons le dire à sa gloiroi sem— « blent avoir été traités avec une grande bienveil—

< lance (1). »

Il nous semble que Macaulay résua» admirablement dans cette page de son histoire la part prise par l'Église catholique à Taffranchissement des serfs et à l'amélioration des classes inférieures de la socî^é.

11 faut remarquer que l'Église conquit plus d'action sur l'Europe renouvelée par les barbares qu'elle n'en avait eu sur l'empire romain. Sans doute Justinien

obéit à son influence l"" en multipliant les facilités données à l'affranchissement, 2'' en abolissant d^ni* tivement la condition de déditiee$j espèce de milieu entre la servitude et le droit de citoyen, et en admet* tant de plein saut tout affranchi aux bienfaits de Tin-gâiuité. c II accomplissait pour les affranchis, dit c ingénieusement M. Wallon, ce qu'autrefois Carac calla avait décrété pour les hommes libres de l'em-

(1) Macaulay, Histoire â! Angleterre, traduct. de M. de Peyronnet, tom.I, pages 17 et 18.

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« pire : le nom de eitoyen fut partout, dans les actes « particuliers et dans les lois» substitué à celui de « Latin (1). »

Quelques-uns des successeurs de lustinien font encore des lois favorables aux affranchissenients (2) : mais ces réformes, d'ailleurs partielles et incomplètes^ sont presque toujours dues à l'initiative du prince ; on n'y sent pas directement la main de l'Église. Les conciles orientaux ne s'occupaient guère de cette question ; et quand les patriarches de Constaatinople eurent détaché l'Empire de l'Église romaine, répiscopat schismatique, devenu obséquieux et servile, perdit cette vaillance pour les réformes qui dis* tingu9 toujours l'épiscopat occidental, resté uni au trône vigoureux et fécond de la papauté*

D'ailleurs ces Goths, ces Francs, ces Anglo- Saxons qui, sous les auspices de l'Église, s'étaient

(i) Histoire de l'esclavage dans V antiquité ^ par M. Wallon, t. in, p. 450.

(2) Tels que Basile, Léon le Sage, Constantin, Porpbyrogénête, etc. Mais une loi de Léon maintenait l'interdiction pour les esdaves, du droit de témoigner, droit queTÊglise accordait à ses serfs dès les onzième et douzième siècles. « Si, dit cet empereur, on défend de témoigner aux hommes qui, libres, laissent dégrader leur ame par la servitude du vice, comment raccorder à des esclaves ? » (Wallon, ibidj

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convertis à la religion catholique et formés graduellement à la civilisation, conservèrent longtemps pour les chefs de cette religion, une déférence toute filiale. Naturellement les évéques usèrent de Tinfluence qui leur était accordée pour tâcher d'adoucir le sort des vaincus, qui étaient de même race qu'eux, et que la conquête avait presque tous réduits à l'état de servitude. Le mouvement, une fois commencé, se continua, lors même que quelques-uns des meilleurs parmi les barbares de race germanique entrèrent dans les rangs du clei^é chrétien. L'esclavage n'était pas une institution aussi traditionnelle, aussi enracinée dans la société nouvelle que dans la vieille société romaine ou bysantine. Les conciles purent

donc le miner peu à peu sans être accusés de saper les fondements mêmes de l'ordre public* Quand

Louis X réhdit sa célèbre ordonnance, il laissa bien

loiii derrière luiAiaDS cette voie nouvelle, les timides

réformateurs du Bas-Empire.

Mais ce n'était pas tout d'affranchir les serfs : il

fallait apprendre la prévoyance ft ces hommes que

leur seigneur nourrissait dans les années de famine,

si fréquentes au moyen âge ; il fallait non-seulement

tendre la main aux indigents, mais ouvrir des asiles aux infirmes et aux malades. En un mot, TÉglise devait patroner ceux qu'elle appelait à la liberté» leur apprendre à user sagement de ce bienfait nouveau , et leur enseigner les devoirs de la responsabilité per* sonnelle, qui paraissent quelquefois si pénibles et si laborieux à accomplir, mais qui sont la condition du maintien de la dignité humaine dans la pauvreté.

L'Église sut remplir admirablement ce rôle de patronage, de charité et d'initiation à l'égard des classes inférieures sorties du servage et devenues libres par son influence.

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