HOPITAUX ET INSTITUTIONS DE CHARITÉ
Nous devoBs encore ici chercher ce qui s'est passé dans le sein de l'Église avant de citer les conciles qui ont donné en quelque sorte, aux faits déjà accomplig, la sanction de leurs décrets.
Dans les premiers temps de rétablissement du christianisme^ les apôtres ne se regardèrent que comme les dispensateurs des dons que leur faisaient les fidèles : ils employaient ce fonds commun au soulagement des pauvres, des malades et des infirmés. Mais les soins de la prédication, de la conversion et
„, du goavernemei^ <jies âmes^absorbaient le temps de
ces premiers missionnaires de l'Évangile ; ils furent obligés de cahiier à des diacres spécialement choisis à cet effet la visite dès pauvres et la répartition des aumônes. ' On sait que le préfet de Rome demanda à Laurent,
HOt»lTAU\ fiT INâTItUtlONS DE GHAniTB. 99
le premier des sept diacres de TÉglise, oà étaient ses trésors. -^ Je yoqs les ferai voir dans deux ou trois jours ^ répondit-iU Le préfet lui accorda ce délai. Le moment marqué étant arrivé, Laurent alla trouver le préfet et lui dit : • Venez voir nos trésors, vous les trouverez tous rassemblés. » Le préfet le suit jusque dans un lieu où étaient réunis un grand nombre de pauvres, les uns estropiés, les autres couverts de plaies. — < Voilà les trésors que je voiis avais promis, € dit le courageux diacre au préfet étonné et déçu : j'y « ajoute les perles et les pierreries ; vous voyez ces « vierges et ces veuves, c'est la couronnederÉglise. » Dans ce langage symbolique et mystique^ le magistrat païen ne voulut voir qu'une amère raitterie. On sait à quel affreux martyre il condamna l'intrépide chrétien qui avait si étrangement trompé ses cupides espérances. Les diacres, pourtant, ne soulageaient qu'à
demi les évêques des devoirs de l'hospitalité à ré§ard des pèlerins et des étrangers, et ne leur épargnaient pas ceux d'une haute surveillance pour la distribution des aumônes aux pauvres et aux infirmes. La dispersion même des personnes à secourir rendait cette tâche pliis diificile.
100 HOPITAUX ET llfSTITCTIONS DE CHAAITé.
Dès que Constantin eut donné la liberté à l'Église, les évéques construisirent des maisons spéciales, les unes pour recevoir les voyageurs, les autres pour y réunir les malades et les pauvres infirmes et les y faire vivre en commun, sous la direction des diacres ou d'autres membres du clergé^ et plus tard sous celle des moines ({ui se consacrèrent à ces œuvres de charité. Ces maisons s'appelèrent hospitia.
L'impératricp Flaccille, digne femme du grand Théodose^ allait elle-même «. visiter les hôpitaux « fondés par l'Église de Constantinople, donner des « soins aux malades couchés dans leurs lits, leur « préparer des infusions, goûter les bouillons, leur < présenter l'assiette, leur couper le pain, laver les « coupes, leur rendre enfin tous les services qui sont « ordinairement dans les attributions d'une esclave « et d'une servante (1 ) » .
(1) « Ecclesiarum hospitia videre, œgrotis in lecto decumben- « tibus curationem adhibere, tractare oUas, jùsculum gustare, u patinam illis déferre, frangere panem, eluere pocula, omnia t denique alla munera obire, • quœ servi et ancillœ exequi de- « bent. « Theodoret, Historia ecclesiastica^ liv. V, cap.iviii. Théodoret, dans l'intitulé de son chapitre, — si toutefois les titres sont de lui, — appelle cette impératrice Placilla. Mais d'après des médailles contemporaines de cette princesse, Thistorien Lebeau la nomme Flacille. Voir aussi le dictionnaire de Moréry et la Vie de Théodose, par Fléchier.
HOPITAUX BT INSTITUTIOKS D£ CHAAITjfc. 101
Ainsi dans le temps où le premier trône de l'univers connu^ était entouré de tant de faste, celle qui en partageait les honneurs et le prestige se faisait la servante des pauvres, et remplissait ces offices autre-^ fois laissés aux esclaves. Qu'elle s'élevait en s'abaissant ainsi, et combien de tels actes d'humble charité partis de si haut devaient paraître étranges à ce qui restait encore du vieux monde païen !
« Parmi les revenus de chaque Église, dit Thomas-
< sin, il y en avait toujours une troisiàne ou au moins € une quatrième partie consacrée a l'entretien des
< pauvres. Et si la portion affectée à l'évêque était
< grande et surabondante, c'est parce que l'apôtre
< Paul et les conciles même l'avaient particulièrement € chargé de l'hospitalité, puisque nous voyons que
< les premiers et les plus anciens hôpitaux ont éié € fondés par les évêques et ont été gouvernés par
< des prêtres qu'ils y ont établis (1) » .
Néanmoins il faut reconnaître que ces fondations
n'ont pas toujours été dues à Tépiscopat.
Ainsi un patricien de Rome, Pammaque, voulant se consacrer plus particulièrement à Dieu après la
(1) Thomasûn, Discipline de l'Église, tom ^^ fol. 1096. .
10^ iiOPITAUZ BT INSTITUTION» DB CHAHITik.
mort de sa femme Pauline, fit construire un grand hospice près de Rome pour recevoir les voyageurs : Xenodoehiutn. Saint Jérôme lui écrit à ce sujet pour le féliciter de s'être élevé tout d'abord aux plus hauts degrés de la vertu , en imitant l'hospitalité du grand patriarche Abraham : il l'exhorte enfin à ne pas donner seulement son argent, mais sa propre personne à Jésus-Christ (1).
Fabiola, patricienne non moins illustre par sa naissance, institua le premier hôpital pour les malades Nosoeomium qui ait été fondé à Rome ; et là elle les servait de ses propres mains, sans se laisser rebuter par les infirmités les plus dégoûtantes (2).
Un peu plus tard, en 787, Datécès, archiprêtre de Milan, institua le premier hospice pour les enfants exposés, victimes innocentes de la séduction et de la débauche. (3)
(1) ««Audio te Xenodochium in porta fecisse romano, etc. « Initia transgrederis, statim summa tenens, primus inter moa nachos, in prima urbe, priitàsm sequeris patriarchum, etc. « Moneo non sglum pecimiam, aed te ipsum Cliristo offerte. » St Jér. Epist, ad Parumach,
{2) « Prima omnium vo$oxo|»icoy instituit, in quo sgrotos colligeret de plateis et consumpta languoribus atque média miseforum metnbra fovebat, etc » St Jérôme, ^pitap, in Fabiola,
(3) Économie politique du moyen âge, par Cibrario, traduct. d'HumbertFerrand, p. 245. Paris, Debécourt, 1843.
HOMTAUX BT INSTITUTIONS PE CHARITÉ. 103
Le code Jastinien distinguait déjà six espèces d'hospices l"" pour les pèlerins Xenodochium, 2* pour les viellards Gerontoomium, 3* pour les orphelins Orphanotrophium^ pour les mendiants Piocolrophiumy pour les. malades Notocomium^ pour les enfants pauvres, Brephotophfium. {\).
On sait qu'au retour d'une expédition victorieuse en Espagne, vers 540, Childebert, accompagné de la reine Vethrogote, s'arrêta à Lyon, et y jeta les» premiers fondements de l'immense hôpital qui se développe encore aujourd'hui sur la rive droite du Rhône. Mais ce qui est moins connu, c'est que cette fondation fut approuvée et confirmée par le cinquième concile d'Oriéans, présidé par saint Sacerdos, arche vêque de Lyon. On cite comme ayant assisté à ce concile saint Âurélien d'Arles, saint Nicet de Trêves, saint Agricole de Ghâlon, saint Gai de Clermont, saint Eleuthère d'Auxerre^ saint Lô de Goutances, saint Lubin d6 £|târtres. Tous ces évêques souscrivirent au décret qui fut promulgué par rapport à l'établissement de l'Hôtel-Dieu Lyonnais. Il fut défendu à rarchevçque de Lyon et à ses successeurs de
(1) Cod. De episcopis et clericU, leg. XLVI.
104 UOPITAUX BT INSTITUTIONS DE CHARITE.
se rien attribuer, ni à eux-mêmes^ des biens de cet hôpital ; c mais on chai^ea l'archevêque de tenir la main à ce qu'il fût toujours gouverné par des adminis* trateurs soigneux^ et que Ton y reçut les étrangers(l) ».
Ainsi, au sixième siècle, c'était une assemblée de saints qui remplissait les fonctions attribuées aujourd'hui au Conseil d'État, Leurs décisions n'étaient certainement pas moins éclairées^ et elles devaient avoir «
à cette époque une immense autorité morale.
Les conciles, au surplus, s'efibrcèrent de généraliser ces fondations pieuses et de les soumettre à une discipline régulière.
Les monastères de religieux, de religieuses et de chanoinesses durent se compléter en quelque sorte çjn fondant des hôpitaux. Cela résulte d'un canon du concile d'Aix-la-Chapelle tenu en 816. Voici quelles en sont les dispositions principales: applicables en par* ticulier aux chanoinesses de cette ville, elles l'étaient à tous les monastères en général.
• Chaque monastère devra avoir :
l"" Un lieu pour recevoir les voyageurs et pèlerins,
(1) Fieury, HisMreecclésiaitique, xom. II, p. 448.
HOMTAux rr msTiTonoNg db grabitA. 105
près de la porte du monastère (ad portatn monasterii loeui talii rite habendus^ in quot adventantes nifeipiantur.)
T Un hôpital pour les pauvres attenant à l'Église où les prêtres attaché au monastère célébraient le service divin (Justa eeelêiiam in qua pre^byteri êxpîmt offieium, sit hoipitale pauperum).
S'' Un lieu dans Tintérieur même du monastère, où les femmes et les veuves pauvres fussent logées et entretenues. {Sit etiam intra monasterium reeeptaculum ubi xÂdwB et paupereulœ tantum modo recipiantur et alantur.)
4* Les dimes des terres de Tabbaye et des oblations en présents faits au monastère sont consacrés à l'hôpital des pauvres {Obktiones fidelium^ patrimonia ' fauperum.)
5o L'hôpital des pauvres et des pèlerins était confié ^ un administrateur probe et intègre, aussi ennemi de Tavarice qu'amateur de Thospitalité ; il ne devait
rien détourner à son usage du patrimoine des pauvres. (1) > Le deuxième concile d'Aix-la-Chapelle tenu en 836
(1) Can. 28.
t06 HOPITAUX £T IflfTITOnONS DB GHAftlTÀ.
décrète que les évêques auront des hôpitaux près de leurs palais, pour recevoir les voyageurs et tes pèle* rins. (1)
Le type des hospices de ce genre est celui de St.- Bernard de Menthon, où Tonabritait et où Ton secourait les voyageurs qui avaient à traverser le passage difficile de Mont-joux(Mons Jovis).Cet admirable éta* blissement s'est soutenu depuis environ neuf siècles avec le même esprit de dévouement et de charité. On sait que le Mont-joux, où Ton adorait autrefois une statue de Jupiter » a pris le nom de St-Bémard, depuis que ce saint y a fait sa célèbre fondation, en la plaçant sous la protection de Jésus-Christ, dont l'autel s'est élevé à la place du sanctuaire dédié au plus grand et au plus redouté Dieu des païens.
Les conciles prenaient sous leur protection ces établissements pieux quels qu'en fussent les fondateurs. Un concile de Meaux de 845 nous apprend que des hôpitaux ou hospices de ce genre avaient été fondés en France par des religieux d'Ecosse, qui les desservaient eux-mêmes en menant une vie de communauté. Il se plaint au roi de ceux qui ont usurpé
(t) Cap. 3.
HOFITAUX ET INSTITUTIONS DB CHAAITÂ. 107
les terres et les revenus de ces hôpitaux, et qui en ont chassé ces pauvres religieux étrangers (1).
Un autre concile composé des évêques des provinces de Rheîms et de Rouen adresse les mêmes plaintes à Louis de Germanie (2).
Le concile de Toul de 859 implore pour toutes les espèces d'hôpitaux la protection des Rois ou des Empereursy comme étant placés sous leur sauvegarde particulière (3)
Il faut maintenant rappeler les efforts spéciaux faits
par de nombreux conciles afin d'empêcher la propagation et les ravages d'une affreuse maladie, qui, dès le sixième siècle, devint l'effroi de la société tout entière. Nous voulons parler de la lèpre.
Pour le bien de l'humanité, l'Église parut d'abord
pousser la sévérité jusqu'à la rigueur, afin de séquestrer loin des hommes le malheureux atteint de cette maladie hwrible et contagieuse.
On devait prononcer sur le lépreux l'office des morts; puis le célébrant lui disait : « Au nom du Père,
(1) Can. 4.
(2) Concil, Gallxœ^ tom. III, cap. xxx, p. 124.
(3) Can. 14.
108 HOPITAUX ET IWftT It UTI O Ng DB CHAIITÉ.
c du Fils et du St-Esprit, pour la sécurité de tousi i je te déclare mort au inonde et à toute société des « hommes. Ami ladre, sous peine d'une mort « véritable» il t'est défendu de revenir dans les villes, c bourgs, villages et autres lieux habités. Tu établiras « ta demeure au sein des forêts ou des cimetières € abandonnés.
c Ami ladre, demande la patience à Dieu, jettec toi dans ses bras; les hommes te bannissent et te « repoussent. »
< La charité des fidèles te donne cette robe pour ff te vêtir, cette crécelle pour avertir les passants de ff ta présence, cette coupe de fer pour boire aux fon- <c taines, et ce crucifix, afin qu'en regardant les soufc frances de Jésus tii apprennes à supporter les « tiennes* »
Le plus pressé était d'ordonner le bannissement du lépreux du sein d'une société, où son niai infect aurait pu se répandre dans d'effrayantes proportions. Mais après avoir songé au plus grand nombre, l'Église devait aussi pourvoir dans sa miséricorde aux besoins de ce malheureux proscrit. Aussi dès l'année 549, voici ce qu'ordonne à cet égard le cinquième concile
HOPITAUX BT iNsrrnmoNS ve charité. 109
d'Orléans; tenu en l'»nëe 549 sous la présidence de SacerdoSy archevêque de Lyon •
« QttiHque par la grâce de Dieu, il appartienne i c tous les prêtres du Seigneur et à tous les fidèles de « fournir aux pauvres les choses dont ils ont besoin, « la charité veut cependant qu'en ce qui concerne « les lépreux, chaque évêque prenne sur son Église € pour subvenir, autant que possible, à la nourriture c et au vêtement de ceux des habitants de la ville « épiscopalê ou de son diocèse qu'il saura être atf teints de cette maladie, afin que les soins de la mi- € séricorde ne fassent pas défaut à ceux qu'une € cruelle infirmité condamne à une intolérable indi- € gence(l)
€ Ainsi, dit un auteur moderne, lorsqu'il s'agit des autres indigents, les fidèles et les prêtres peuvent suffire et il est permis à l'évêque de s'en rapporter à en%
(1) « Et licet, propitio Deo, omnium Domini sacerdotum vel t quorumcumque hœc cura possit esse fidelium ut egentibus « necessaria debeant çninistrare : specialiter tamen de leprosis « id pietatis causa convenit, ut unusquisque episcoporum, quos « incolas banc infirmitatem ihcurrisse, tamen territorii quam c civitatis agnoverit, de dbno ecclesiœ juxta possibilitatem vic- « tui et vestui necessaria subministret, ut non eis desit miseri- • coi^isB cura, quos per duram infintiitatem intolerabilis <eon- « stringit inopia. •
ttO HOPITAUX BT ISfftTITUTIOXS ]>■ CRAHITB.
pour les secours à distribuer, mais il en est autrement pour les lépreux ; il faut que Tévéque en fasse son affaire (lersonndle, et qu'il fournisse lui-même les choses nécessaires à son existence (1) »
Les hospices qui donnaient à ceux qui s'y présentaient le gîte et le couvert, au moins en passant, auraient pu favoriser la paresse et la fainéantfêe, mais Gharlemagne avait pourvu â cet abus par de sages règleofients ; on a de lui un capitulaire qui défend ce qu'on appellerait aujourd'hui le vagabondage, sur les revenus de son bénéfice, il veut que chaque famille de ses fidèles nourrisse ses pauvres dans la localité même, et que Ton force les gens valides à travailler en leur refusant l'aumône (2).
A dater de cette époque, on voit se fonder et se multipljter les hôpitaux de lépreux connus sous le nom de maladreries : ils s'élevaient à une Certaine distance
(1) Châtelet, UEglise et la Ffànc^au moyen âge, tom. !•', p. 126-127. — Lyon, cbez Molhon,"1859.
(2| - De mendicis qui per pat^âa discuiTunt, \olumus ut unusqulsque fidelium npstrorum suum pauperem de bénéficie nutriat, et non permittat aliubi ire mendicando. Et ubi taies inventi fuérint, nisi manibus laborent, nuUus eis quidquam tribuere pî8Bsumat. »• [Capiiul, de Noyon, ann, 806; Baluz, tom, I, p. 454).
HOPITAUX BT mSTlTirriONR DE CHARITÉ. 111
dés villes. On tolérait aussi que des lépreux de haute condition eussent des maisons à eux, mais ces maisons étaient dans un lieu isolé, ils devaient y vivre isolés et reclus. Dès que les maladreries devenaient un peu nombreuses, on leur donnait une église, un cimetière et un curé. C'est ce qui fut réglé par le troisième concile de Latran, en 1 179 (1).
On. dut à ces excellentes prescriptions de voir disparaître la lèpre de l'Europe chrétienne. Ce fut un des plus grands services qui aient pu être rendus à la société. Dans un temps où la police sociale était si peu avancée, l'église seule, par sa haute surveillance et par le prestige moral dont elle était entourée, put obtenir une obéissance stricte à des décrets si rigoureux dans leur application immédiate, et si iitites à l'humanité dans leur but et leur résultat.
Le concile dé Paris, en 1212, fit un r^lement général sur tous les hôpitaux, soit de lépreux, soit de pèlerins, soit de pialaydesK II ordonna que si les revenus étaient suffisants, oh y vécût en communauté, on y
(1) Ubicumque lot simul suh communi viia fuerint congregaii, eU:. Can.,23. Ces établissements étaient dispensés de la dîme. Ily eut jusqu'à deux mille léproseries ou maladreries au temps du roi Louis Vm. — Thomassin, Loco citaiOy fol. 1107.
1 12 HOPITAUK KT MSTITOTIONB DB CSAftlVÉ.
gardât la déaappropriation, la continence et robéissance au supérieur. Chacun devait y revêtir l'habit religieux : et il fallait que le ncmibre des gens bien portants qui servaient les malades, fût inférieur i celui des malades eux-mêmes ( 1 )•
Il y avait dans tous ces hôpitaux, non-seulement des prêtres et des religieux, mais des sœurs de charité.
Etienne, évéque de Noyon, en 1215, borna le nombre des religieux et des religieuses de Thôpital fondé par son prédécesseur à 5 prêtres, 2 clercs, 5 convers laïques, et 1 3 sœurs. Il deVait y avoir pour ces religieux et ces religieuses, une année de noviciat, et on exigeait d'eux les trois vœux monastiques (2).
II y avait, en outre, des ehetaleriei qui étaient militaires en même temps qu'hospitalières : de ce nombre bit Tordre de saint Jean-Baptiste et celui de saint Thomas. Les chevaliers de cet ordre prenaient rengagement de secourir les pauvres, d'exercer envers eux les œuvres de charité et de protéger par les armes les pèlerins qui allaient visiter Jérusalem.
' (1) Part, ni, Can. 9.
(Z) Spieilegùm, iota. XIII, p. 334
nOPITAUX ET INSTITUTIONS DE CHAEITÉ. 113
Oq peut ranger dans la même catégorie les chevaliers de Notre-Dame du Mont-Garmel, qui formaient le vœu de défendre la foi par répéci en même temps qu'ils exerçaient la charité envers les pauvres, et particulièrement envers les lépreux (1).
Mais une association moins connue et qui se forma à peu près dans le même temps, ce fut celle des frères de la pirtUerie^ dite Piraterie Roschildiemiey parce que les frères Roschild en furent les fondateurs. C'était un ordre de chevalerie maritime. Pour leurs excursions nautiques, ils avaient droit d'employer les navires de tout habitant au moyen d'une indemnité. Avant de se lancer sur les mers pour tenter une aventureuse entreprise, ils confessaient leurs fautes et recevaient l'Eucharistie, pour s'assurer la protection de Dieu. Quand ils arrachaient des chrétiens captifs des mains des forbans, qui étaient encore tous païens, ils donnaient des vêtements à ces malheureux chrétiens, et les reconduisaient dans leurs familles avec toutes
(1) Économie politique du moyen âge, par Gbrario, traduction et additamenia d'Humbert Ferrand, p. 244-245. Les chevaliers du Temple comptaient au nombre de leurs obligations. oeUe de protéger la liberté des pèlerins et d'assurer la liberté des routes.
114 HOPITAUX ET mSTITUTIONS DB CHARITÂ.
les précautions de la plus attentive charité: puis le butin fait sur l'ennemi était partagé également entre tous les frères, sans que le chef même pût prétendre à un lot plus fort que le dernier admis dans la société (1). C'était observer littéralement le principe évangé^ Hque relativement à l'ouvrier de la onzième heure.
Un autre ordre, celui des hospitaliers du Saint- Esprit, fut fondé à Montpellier en 1070, pour soigner et élever les enfants trouvés ou exposés. Innocent III confia au même ordre l'administration du grand hôpital du Saint-Esprit à Rome, où il reçut mille malades et éleva plus de deux mille orphelins (2).
Nous ne devons pas oublier ici les frères de saint Antoine qui s'appliquaient dans leurs hôpitaux â guérir toutes les infirmités, et spécialement la maladie appelée le feu sacré ou feu saint Antoine^ qui faiéait éprouver à ceux qui en étaient atteints la sensation de la brûlure (3).
^l)Saxoni8 Grammatici Hû/orfa Daniœ, in-4o, P- 406-529. ^(2) En 1198 et en 1204 : Histoire du pape Innocent III ^ par Hûrter,' traduc^, par MM. de S*-Chéron et J. B. Gaiber, tom. m, p. 443.
(3) L'église de Saint-Antoine, dans le département de l'Isère, •fut bâtie par ces pieux hospitaliers : c'est encore Tune des plus ..belles églises gothiques du midi de la Francei
HOPITAOX BT INSTITUTIONS DE CHARlTé. 1 15
Enfin, il ne faut pas omettre de mentionner deux ordres religieux fondés pour la rédemption des captifs» savoir I les trinitaires fondés par Jean Martha en 1197» et les frères chevaliers de la Merci, fondés par Jaoques I*% roi d'Aragon, et par Saint Raymond de Pemiafort, en 1218, et confirmés en 1230 par Grégoire IX. Le cardinal Jacques de Yitry nous apprend que les trinitaires, en l'honneur de la Sainte-Trinité dont ils portaient le nom, faisaient trois parts de leurs revenus ; l'une destinée à la rédemption des chrétiens qui languissaient dans les fers des Sarrasins ; la seconde au soulagement des pauvres et des infirmes auxquels ils donnaient asile dans leur maison et dont ils se faisaient eux-mêrpes les esçlaves : la troisième était réservée pour leurs propres besoins (1).
Toutes ces fondations étaient dues à l'impulsion première des Conciles, qui du sixième au douzième siècle, ne cessèrent de rappeler les devoirs de l'Église envers les pauvres, les infirmes et les pèlerine.
(l)Cibrario, Economie polit, du moyen âge, traduct. d'HumbertFerrand, p. 241, et Balmès, Pi-otestantisme comparé au catholicisme, tomf II, p. 401 et suivantes.
116 HOKTAtni R UISTITOnOlfS DE CHARITÉ.
C'est peut* être ici le lieu de dire quelques mots de la chevalerie elle-même, qui devint au commence-* ment du douzième siècle une institution quasi-religieuse. La chevalerie transforma en quelque sorte la jeunesse féodale. Elle lui apprit à respecter la veuve, Torphelin, la dame ou demoiselle abandonnée, et à se mettre généreusement au service de la faiblesse : on peut dire qu'elle rendit la force polie et la rudesse courtoise : « Des notions morales si élevées, souvent « si délicates, si scrupuleuses, surtout si humaines « et toujours empreintes du caractère religieux, « émanent évidemment du clergé. Le clergé seul « alors pensait ainsi des devoirs et des relations des « hommes : son influence fut constamment employée « à diriger vers Taccomplissement de ces devoirs, « vers l'amélioration de ces relations, les idées et « et les coutumes qui avaient enfanté la cheva-
.(4lerîe(i). »
Nous ne voulons pas décrire avec détail les cérémonies qui avaient lieu pour la réception d'un che-
(1) Ce bel hommage a été rendu au clergé catholique par un illustre protestant, M. Guizot. Voir son Cours d'histoire maderne, tom. IV, p. 209.