‹ De l'influence sociale des concilesChapitre 28 sur 60 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le onzième siècle^ si agité et si troublé dans son cours, touchait à sa fin , quand eurent lieu les grandes assises de la catholicité (1), réunies à Clermont sous la présidence du pape Urbain II.

C'est là que furent décidées les croisades, ce magnifique élan du moyen âge ; les croisades^ qui eurent tant d'influence sur la civilisation du monde.

Dans un éloquent discours qu'Urbain II prononça au concile de Clermont, nous devons citer le passage suivant (2)^ qui s'adressait à \A portion laïque de cette

(1) 11 y avait à ce concile 14 archevêques, 225 évêques, plus de 90 abbés, des religieux, des princes et des seigneurs de tous les pays.

(2) Je me sers ici de Teitcellente traduction que M. Sémichon a donnée de ce discours, Paix et Trêves de DieUj p. 114 et suivantes.

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imposante réunion, c'està-dire bm barons et aux

chevaliers :

c Vous qni êtes ceints de ce magnifiqw appareil des aroifes^ vous déchirer vos frères et vous vous égorgez les uns les autres. Non, elle n'est pas la milice du Christ, cette milice qui détruit le bercail du Rédempteur. La sainte Église s'est réservé là milice pour sa défense, c'est à noos qu'il appar«* tient d'être sa voix. Non, en vérité, vous ne suivez pas le chemin qui vous conduira au salut et à ta vie. Vous, oppresseurs des orphelins, ravisseurs de la veuve, vous, homicides, sacrilèges, vous qui pillez le bien d'autrui, vous, qui, pour répandre le sang chrétien, attendez le salaire ordinairement réservé aux brigands, et qui, semblables aux vau-* tours flairant les cadavres, cherchez en tout lieu des guerres et des batailles. Certes^ cette vie est détestable et complètement réprouvée de Dieu. Si TOUS voulez prendre soin du salut de vos âmes, cessez ces luttes impies, élancez-vous pour la défense de l'Église d'Orient. Car c'est d'elle qu'est émanée toute la joie de notre salut, c'est elle qui vous a ouvert les sources fécondes dm Isfît divin et

« qui VOUS a révélé les dogmes saints de Tévangile. « Nous vous disons cela, mes frères^ afin que vos « mains s'abstiennent de frapper vos frères et que « vous réserviez votre glaive contre les nations étran- « gères ennemies de la foi. »

C'est là un langage vigoureux et énergique : le Saint Père n'épargne pas les reproches sanglants aux barons féodaux, au sujet des violences dont ils souillent leur blason : mais en même temps il ouvre une issue, par les croisades, à cette fièvre de combats et d'aventures qui les dévorent.

D'un autre côté, tous ces princes et ces seigneurs qui prennent part à la grande expédition d'outre-mer désirent vivement que, pendant leur absence, leurs terres et leurs châteaux soient à l'abri de toute agression. S'ils quittent une femme et des enfants encore en bas âge, ils veulent qu'on leur garantisse fortement la sécurité de ces êtres si chers, soit qu'ils reviennent un jour de la Palestine, soit qu'ils y trouvent une mort glorieuse.

Aussi non-seulement les évêques, mais même les comtes, barons et^chevaliers qui assistaient au con-

cile de Clermont votèrent avec empressement les canons suivants^ qui furent comme le Code des Paix et Trêves de Dieu à celte époque.

« Voici la paix qui fut confirmée par le pape et € tous les évêques qui assistèrent au concile de c Clermont, avec le concours du comte Fulcon et de « tous les grands. »

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