‹ De l'influence sociale des concilesChapitre 57 sur 60 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Il ne nous appartient pas, à nous, simples fidèles, de préjuger toutes les mesures que pourra prendre le concile. Mais, ce que nous savons, c'est que si les sociétés modernes, même non catholiques, veulent se réconcilier avec cette grande ^puissance morale qu'on appelle l'Eglise, elles la trouveront disposée à les seconder pour faire régner partout Tordre et la paix, pour étendre les saines lumières et pour favoriser les progrès d'une véritable civilisation.

C'est bien là le sens du touchant et sublime appel adressé par le père de la chrétienté aux schismatiques orientaux et même à nos frères séparés, les protestants. L'impiété est pour ceux qui conservent quelque chose des croyances chrétiennes un ennemi commun qui tendrait à détruire toute religion ; et nulle société ne peut vivre sans foi et sans autels.

Il faut remarquer que tous les pays du monde, dont l'esprit national diffère si fort, et qui sont civilisés à des degrés si divers, se trouveront représentés dans ces grandes assises de la catholicité. On ne pourra pas dire que ce concile sera purement

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romain, et voudra italianiser le monde entier. Rien ne serait plus contraire aux intentions de notre grand et saint Pontife, qui a, au plus haut degré, le sentiment de l'universalité de l'Église.

< Ce serait un grand mal, dit un illustre catholique € anglais (1), si, ce qu'à Dieu ne plaise, TÉglise se « renfermait en Europe dans un petit nombre de na- « tionalités. Ce fut une belle et grande idée d'introt duire en Amérique la civilisation latine, et de

« communiquer aux catholiques qu'elle renferme,

€ quelque chose de l'énergie religieuse de la France.

« Pour moi, j'aime à croire que toutes les races euro-

« péennes auront leur place dans l'Église, et je pense

€ qu'elle a souffert de la perte de l'élément anglais,

« pour ne rien dire de l'élément germanique. L'un

« des grands motifs qui doivent nous faire bénir

« Pie IX, restaurateur de notre hiérarchie, c'est que,

« en nous donnant une Éghse propre, il a accueilli

€ notre élément national dans l'Église catholique,

a et par conséquent, ce qu'il y a de légitime dans

« nos préférences, dans notre tournure d'esprit,

(J) Newmann.

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c dans nos habitudes intellectuelles et morales. » Il est, en effet, ce nous semble, dans les intentions mêmes de la Providence divine que l'Église agisse sur le monde entier, et que le monde devenu chrétien réagisse à son tour sur elle : sortie du judaïsme, elle a bien vite dépouillé toute teinte judaïque. Elle se garderait bien de remplacer cette couleur nationale par une autre.

Puisse le concile de 1869 amener la grande réunion morale de tous les peuples autour de la basiUque de Saint -Pierre comme la construction de Babel donna lieu à leur dispersion. Toutes prétentions nationales, tout esprit de coterie devront disparaître dans cette magnifique universalité. Il ne sera plus question de primato (1). La primatie d'un peuple est incompatible avec le véritable esprit de l'Église. Sans doute, les nations doivent garder leur autonomie, et le patriotisme sera toujours une des plus belles vertus de l'humanité. Mais devant lu grande unité chrétienne^ chaque

(t) Le Primato de Gioberti n'est que la manifestation d'une vanité nationale exaltée jusqu'au paroxysme de la plusaveugle passion.

Voir la note G à la fin du volume.

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pays doit incliner son drapeau. Les fleuves les plus majestueux peuvent bien faire acte d'humilité en présence de l'Océan. La fierté ne leur est permise que dans la pensée qu'ils contribuent à grossir ses eaux.

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