‹ De L'Inondation Péritonéale dans L'avortement TubaireChapitre 26 sur 29 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Observations.

Nous avions pensé primitivement à mettre ce chapitre au début afin de frapper tout d’abord l'esprit du lecteur par des faits caractéristiques : mais la discussion en aurait alors été plus difficile.

Nous aurions pu aussi exposer nos observalions au fur età mesure, dans le courant de notre sujet : mais elles auraient été désunies par la nécessité de présenter tantôt la clinique, tantôt l’anatomie.

En les réunissant ici nous aurons l'avantage de ne pas les morceler et en même temps de pouvoir plus facilement souligner les détails intéressants à l'esprit averti du lecteur.

D'ailleurs, toutes les fois que nous avons eu à faire allusion à l’une d'elles, une note a pu immédiatement permettre de s’y reporter aussitôt.

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Ogservarion Î (inédite). — Cette observation, tout particulièrement intéressante, est due à la bienveillance de M. le P° Quenu, qui a bien voulu en laisser la libre disposi- Lion à son interne Louis Bazy.

Il s’agit d'une dame Armande J.…., âgée de vingttrois ans, entrée à l'hôpital Cochin, salle Bichat, lit n° 2, le 21 décembre 1904.

Voici quelle était son histoire.

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Cette femme n'avait aucun passé génital. Elle avait eu ses règles à leur époque normale, le 16 octobre 1904, puis le 10 novembre, et enfin le 6 décembre. Mais depuis ce Jour, sans avoir rien présenté de spécial, la malade avait continué à perdre jusqu'au début des accidents.

Ceux-ci apparurent dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 décembre. Le vendredi, à l’occasion d’une fête de famille, la malade fit quelques excès de table, elle se coucha fort tard, vers trois ou quatre heures du matin: à ce moment elle fit des abus vénériens.

Aussi, elle se releva peu de temps après pour vomir, non des aliments, mais de la bile : en même temps, apparaissent des douleurs abdominales attribuées, comme de juste, à l'indigestion. C’est pourquoi ce n'est que le dimanche 18 que le médecin fut appelé: il posale diagnostic d’appendicite, mit de la glace sur le ventre et proposa une consultation chirurgicale.

Pour diverses raisons, cette consultation ne put avoir lieu que le mercredi suivant, 21 décembre, à trois heures après midi. Le chirurgien appelé, qui fut M. le P° Quenu, ayant examiné la malade, constata une température de 37°,9 ; le toucher vaginal ne donna pas de signe net, mais le ventre était ballonné, et, devant des symplômes non discutables d’hémorragie interne, M. Quexu porta le diagnostic de rupture de la trompe et fit transporter la malade à Cochin, en spécifiant bien qu'on eût à l’opérer immédiatement. L'assistant du service, M. Pierre Duvar, n'ayant pu intervenir, la femme ne put être opérée qu'à 9 heures du soir par le chirurgien de garde; à ce moment la température était à 37° et le pouls à 130.

Opération : (d’après le compte rendu extrait du registre

d'opérations). — Laparotomie. Grossesse ectopique avec épanchement sanguin abondant abdominal. On ne trouve pas de ruplure de la trompe. On pense à un avortement tubaire dont l'hémorragie est terminée : et, mettant tout en place, après avoir épongé le sang, on ferme et on draine.

Le lendemain 22, l’état est euphorique, mais la température est à 38° et Le pouls 158.

La mort survient à 10 heures du soir : la malade avait continué à saigner.

En effet, à l’autopsie, on constate un renflement de l’extrémilé utérine de la trompe gauche, contenant des caillots et de nouveau du sang abondant dans le péritoine.

L'examen des pièces, fait par M. Landel, montra qu'il s'agissait bien, histologiquement, d’une grossesse tubaire non rompue.

Comme on le voit, cette observation est intéressante à plus d’un titre.

Tout d'abord, comme nous l’avons dit, la femme n'a pas eu de retard de règles, mais il est évident que les dernières, arrivées le 6 décembre, ont dù commencer à décoller l'œuf, ce qui explique la prolongation de la perte de sang jusqu'au 16. Mais les excès de table et de coït de la nuit du 16 au 17 achèvent nettement les choses puisque c'est à partir de ce moment que débutent vraiment les accidents.

Et, étant donnée cette cause occasionnelle, on comprend fort bien l'erreur de diagnostic du médecin appelé, d'autant que, même trois jours après, le toucher, de par la grande Jeunesse de la grossesse, ne donne rien, ne peut rien faire soupçonner.

Mais ce qui est primordial dans cette observation, c’est

l'hésitation du chirurgien, parfaitement compréhensible après tout ce que nous avons dit ici, devant l'absence de lésions de rupture.

Notons seulement que la malade a vécu vingtcinq heures, tout en recommençant à saigner, ce qui est intéressant quant à l'indication de l'intervention d'urgence, car c'est la conlinualion de l'hémorragie et non le choc qui l’a tuée. Et nous n'insisterons pas sur l’importance de cette observalion au point de vue du réel danger de l'avortement par l'hémorragie. Mais d’autres peuvent la corroborer.

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