CHAPITRE II
DES RECHERCHES FAITES PAR DIFFÉRENTS AUTEURS SUR LA PRÉSENCE DE l'INOSITE dans L'URÏNE. RÉSULTATS OBTENUS, BUT A ATTEINDRE-
Le titre que j'ai donné à mon travail indique suffisammen,t le but que je me suis proposé, la recherche de l'inosite dan? l'urine, et c'est à résumer ce qui avait été tenté jusqu'alors dans ce sens par différents auteurs, que je m'appliquerai tout d'abord.
C'est à M. Cloetta, que revient l'honneur d'avoir signalé le premier l'existence de l'inosite dans l'urine, découverte qu'il a consignée dans le travail que j'ai précédemment cité. Après avoir extrait l'inosite du tissu du rein, M. Cloetta eut la pensée que cette substance se rencontrerait peut-être également dans le produit de la sécrétion de cet organe. Ses recherches portèrent d'abord sur l'urine la vache et sur l'urine de l'homme sain. Quatre livres de cette dernière furent essayées par un procédé que l'auteur n'indique point, et dans les deux cas la présence ^e l'inosite ne put être constatée. Mais M. Cloetta fut plus heureux en opérant sur une urine pathologique, et il signala, dit-il, avec toute certitude, la présence de l'inosite dans l'urine d'une personne atteinte de la maladie de Bright, quoique son analyse n'eût
porté que sur une quantité de ce liquide moindre que celle qu'il avait employée, quand il s'était agi de rechercher l'iuosite dans l'urine de l'homme en santé. Au moment où il fit cette analyse, des purgatifs drastiques avaient été administrés, et la proportion d'albumine excrétée par les reins était si peu considérable, que l'urine se troublait à peine sous l'influence de la chaleur. Cependant, il y avait persistance des symptômes urémiques.
Dans l'année qui suivit cette découverte de M. Cloetta, M. Newkomm, chef de clinique de M. le professeur Lebert, frappé de l'analogie qui existait entre la glycose et l'inosite, rechercha cette dernière substance dans l'urine d'un diabétique admis le 11 septembre 1857 à la Clinique de M. Lebert, et il y fut assez heureux pour l'y rencontrer, comme il le rapporte dans sa thèse inaugurale (1). 11 dit en avoir rencontré aussi dans trois cas de maladie de Bright.
Depuis cette époque, M. le professeur Lebert, dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire, m'a dit qu'il avait trouvé de l'inosite dans des urines de diabétiques fortement sucrées. M. Cloetta en a constaté également une seule fois dans l'urine d'un malade affecté de glycosurie.
Enfin, en 1858, M. le docteur Vohl (de Bonn) (2) a aussi rencontré l'inosite dans l'urine d'un diabétique, mais cette fois avec des particularités qu'il importe de signaler. En effet, cette urine présenta tout d'abord les caractères qu'elle offre habituellement dans le diabète. Sa densité était de 1,036, son odeur fade, douceâtre, non urineuse, et elle renfermait une quantité de sucre que l'auteur n'a point indiquée. Au bout d'un certain temps, la proportion de glycose diminua peu à peu, et il en fut de même pour l'urée ; mais en même temps la quantité d'urine rendue dans les vingt-quatre heures augmenta notablement, et l'état général du malade alla toujours en s'aggravant. Ce fut dans ces circonstances, que M, Vohl se rappelant que M. Cloetta avait
(1) Newkomm, Veber dus Vorkommen von leucin und tyrotin und anderer umsatzstoffe im menschlichen Kôrper bei krankeiten, Zurich, 1859.
(2) Vohl, loco cilato.
trouvé de l'inosite dans une urine albumineuse, rechercha cette sub- , stance dans l'urine de son malade et l'y découvrit. Il remarqua, en
outre, qu'elle s'y montrait en proportion croissante et inverse de j celle de l'urée et du sucre, de telle sorte que finalement, l'urine analysée ne contenait plus qu'une quantité minime d'urée, que le sucre avait complètement disparu, et que 18 à 20 grammes d'inosite purent être extraits de l'urine rendue en vingt-quatre heures. Les analyses
qui étaient faites tous les trois jours furent malheureusement inter- ,
rompues à cette époque. Dans ce cas, M. Vohl pense que la glycose ,
s'est transformée dans l'organisme en inosite; mais ce n'est là qu'une j
opinion théorique et qui aurait besoin d'être démontrée. Ce qu'il y a j
de certain, c'est que M. Vohl a essayé dans son laboratoire, comme je \
l'ai dit déjà, de transformer artificiellement le sucre de raisin en iuo- ]
site, et qu'il n'y a pas réussi. j
Tels sont les seuls faits que j'ai pu recueillir sur l'existence de Fi- ;
nosite dans l'urine, et c'est guidé par eux que j'entrepris de faire l
des recherches sur cet intéressant sujet. |
L'inosite se rencontre-t-elle normalement dans l'urine de l'homme j
sain, ou bien n'y existe-t-elle que pendant l'état de maladie? Le pas- {
sage de cette substance dans l'urine, ou en un mot l'inosurie, consti- |
tue-t-elle un état morbide spécial et défini, ayant ses symptômes I
propres et sou traitement, comme le diabète sucré par exemple, ou | bien l'inosurie n'est-elle qu'un symptôme commun à plusieurs maladies? Telles sont les principales questions que je me suis posées, et
dont je me suis efforcé de chercher la solution. "j
Mais pour atteindre le but, il m'a semblé tout d'abord qu'il était | indispensable de trouver un procédé simple et d'une exécution rapide, qui permit de reconnaître dans une urine quelconque la présence de l'inosite ; qu'il fallait en un mot posséder un r^ac^t/ de i'i- | nosite dans l'urine qui, soit par un changement de couleur, soit par la formation d'un précipité, soit par tout autre phénomène objectif ' facile à saisir, décelât sûrement la présence de cette substance, sauf ! bien entendu, quand cette indication aurait été obtenue, à l'extraire i ensuite par un procédé chimique régulier, et à en faire le dosage. '■
Les recherches auxquelles je me livrai pour atteindre ce but ne
m'ont point fait découvrir jusqu'aujourd'hui ,un agent chimique qui, mis en contact directement et sans préparation préalable avec une urine contenant de l'inosite, fournit une indication immédiate de la présence de ce corps. Mais cette indication, j'ai réussi à l'obtenir par des moyens détournés qui, s'ils exigent un peu plus de temps, offrent en revanche Jjeaucoup plus de certitude, et comportent à la fois plus de sensibilité e,t de précision. J'ai été guidé dans ce genre de recherches, et par les propriétés de l'inosite que j'ai trouvées consignées dans les traités de chimie, et sijirtout par d'autres réactions que j'ai déterminées à l'aide de ce corps, et que je crois avoir signalées le premier.
CHAPITHE m.
DES MOYENS CHIMIQUES PROPRES A DÉMONTRER l'EXISTENCE DE L'I- N,0SITE DANS L'UR.INE. — QUELQUES RÉACTIONS NOUVELLES DE L'I- NOSITE.
S'il ne se fût agi que de rechercher l'inosite dans l'eau, la tâche, eût été facile, car les chimistes savent reconnaître la présence de ce .corps dans une solution aqueuse qui n'eu renferme qu'un demi-millième. Le procédé employé dans ce cas, et que j'ai déjà indiqué, consiste à évaporer à siccité dans une capsule de porcelaine, la solution aqueuse d'inosite additionnée de quelques gouttes d'acide nitrique, à laisser refroidir, puis à humecter le résidu sec avec du chlorure de calcium et de l'ammoniaque, et à chauffer de nouveau jusqu'à dessiccation. On voit en effet, dans ce cas, se produire immédiatement une belle coloration rose caractéristique de l'inosite.
J'eus tout d'abord l'idée de recourir à ce procédé pour trou,ver l'inosite dans l'urine. Je fis dissoudre une certaine quantité de celte substance dans l'urine d'une personne en santé, et j'opérai comme je viens de le dire pour une solution aqueuse d'inosite ; mais au lieu d'un résidu rose, je n'obtins qu'une couleur jaune sale, qui est^cç^e de l'extrait d'urine.
En présence de cette difficulté, je fus contraint, avant de chercher à
produire la coloration rose, de soumettre l'urine inositique à un traitement préalable, et j'opérai comme l'a conseillé!. Vohl, c'est-àdire que j'évaporai l'urine à une douce chaleur, et que j'y versai de l'eau de baryte jusqu'à ce qu'eUe devint légèrement alcaline. Je filtrai et je traitai par l'alcool affaibli le produit de la filtration; je filtrai de nouveau, je concentrai à une douce chaleur, et je traitai par l'alcool concentré. Le Uquide trouble ainsi obtenu fut abandonné à lui-même dans un tube à essai, et il s'en déposa un précipité blanc, qui fut recueilli sur un filtre, et qui devait renfermer l'inosite. Pour l'essayer, je le délayai dans un peu d'eau distillée, et je l'évaporai avec précaution jusqu'à siccité, en présence de quelques gouttes d'acide nitrique, k la fin de cette évaporation, je vis apparaître sur les bords de la capsule une coloration rose vif; mais outre qu'elle s'était produite sous l'influence de l'acide azotique seul, je remarquai qu'elle virait au pourpre par l'addition de quelques gouttes d'ammoniaque, et il fut dès lors certain, que la coloration rouge obtenue était due à l'acide urique de l'urine qui avait été précipité par l'alcool concentré, beaucoup plus qu'à l'inosite qui avait été précipitée en même temps.
Pour lever tous les doutes à cet égard, je pris une égale quantité de la même urine ; mais cette fois je n'y ajoutai point d'inosite, et j'opérai sur cet échantillon comme sur le précédent. La même coloration se manifesta par l'évaporation en présence de l'acide nitrique, et il fut évident dès lors, que l'inosite y était tout à fait étrangère. Enfin, pour démontrer que ce phénomène était dû à l'acide urique ou aux urates de l'urine, je fis dissoudre dans l'eau distillée unurate alcalin, je traitai cette solution par l'alcool concentré, et le dépôt formé se conduisit vis-à-vis de l'acide azotique et de l'ammoniaque absolument comme l'urine précédemment examinée.
Ces faits prouvent suffisamment, que quand il s'agit de démontrer l'existence de l'inosite dans le produit de la sécrétion rénale, on ne saurait recourir à l'acide nitrique, au chlorure de calcium et à l'ammoniaque, qui la décèlent si bien dans l'eau, et cela parce que la présence de l'acide urique donne lieu à une coloration, qui empêche de saisir ceUe qui est due à l'inosite elle-même.
Arrêté par cet obstacle, je me suis efforcé d'arriver autrement à la solution du problème , et de trouver des réactifs dont l'action sur l'inosite ne fût point troublée par la présence de l'acide urique. Mais avant d'en parler, je désire présenter dé simples remarques sur ce qui se passe quand on fait réagir sur l'inosite l'acide azotique, le chlorure de calcium et l'ammoniaque. En opérant comme l'indiquent les traités de chimie, on détermine l'apparition d'une coloration rose ou plus exactement lie de vin, qui a été considérée jusqu'alors comme caractéristique de la présence de l'inosite. Par le refroidissement et l'exposition à l'air, le résidu, qui était de couleur lie de vin, redevient incolore en attirant l'humidité atmosphérique, mais si on le chauffe avec précaution, on fait reparaître la coloration primitive, qui s'efface ensuite par absorption de la vapeur d'èau ambiante, pour reparaître de nouveau, même à plusieurs jours d'intervalle, sous l'influence d'une chaleur convenablement appliquée.
En répétant de plusieurs manières cette réaction, je m'aperçus que quand on chauffe une dissolution aqueuse d'inosite en présence dé lacide azotique seul, et qu'on évapore avec précaution jusqu'à siccité, on voit une coloration rose très-pâle apparaître sur les bdrdâ de la matière desséchée. Si alors on humecte le résidu avec quelques gouttes de chlorure de calcium, et qu'on chauffe de nouveau, on développe immédiatement une belle couleur rouge brique. L'addition de l'ammoniaque m'a donc paru inutile pour produire ce phénomène de coloration, et j'ajouterai même qu'il n'est pas nécessaire que là solution d'inosite soit évaporée àsiccité, aii moment où l'on y ajoute le chlorure de calcium, pour qu'en desséchant le mélange on fasse apparaître la couleur rouge.
Cette modification ayant été apportée au procédé primitif, je ne tardai pas à trouver d'autres propriétés chimiques de l'inosite. En effet, en cherchant quelle était l'action des chlorures sur l'inosite, je constatai bientôt une propriété remarquable du chlorure de zinc.
Étant donnée une solution aqueuse d'inosite, si on l'évaporé dàiis une petite capsule de porcelaine, et que pendant que Févaporation se produit, on y fasse tomber quelques gouttes d'une solution de chlorure de zinc, qu'on évapore de nouveau avec précaution, et que quand
il ne reste plus qu'une petite quantité de liquide, on l'additionne de quelques gouttes d'acide azotique et qu'on évapore à une douce chaleur jusqu'à siccité, on voit aussitôt se produire sur les parois de la capsule une belle couleur rouge brique.
Ce procédé, qui est suffisamment sensible, est surtout précieux âù point de vue particulier de la recherche de l'inosite dans l'urine. En effet, j'ai dit précédemment, que quand on verse de l'alcool à 90° dans une urine inositique, on précipite à la fois l'inosite et une partie de l'acide urique, et que la présence de ce dernier corps, par la coloration rouge vif qu'il produit au contact de l'acide azotique, s'oppose à ce qu'on ait recours pour déceler l'inosite dans l'urine, à l'acide nitriqtîé, àù chlofùre de calcium et à l'ammoniaque. Or cette difficulté n'existe plus quand on utilise la propriété du chlorure de zinc que je viens d'indiquer. Pour s'en convaincre, il suffit de mettre dans une petite capsule de l'acide urique et de l'eau distillée, de porter à l'ébullition, d'ajouter quelques gouttes de solution de chlorure de zinc, d'évaporer de nouveau, et enfin de faire tomber dans la dernière portion du liquide quelques gouttes d'acide azotique. Si alors on évapore à siccité, on n'obtient qu'un résidu blanchâtre. Mais si aii lieu d'opérer ainsi sur de l'acide uriqUe pur, on agit sùr un mélange d'acide urique et d'une petite quantité d'inosite, le résidu dans ce cas se colore en rouge brique, absolument comme si l'acide urique n'existait point dans le mélange, ce qui prouve au moins que ce dernier corps ne modifie point l'action du chlorure dé ziflc et de l'acide azotique sur l'inosite.
Après avoir essayé sur la dissolution aqueuse d'inositë, l'effet du chlorure de zinc et de l'acide azotique, je cherchai coinment se comporteraient dans cette circonstance d'autres chlorures substitués au chlorure de zinc. Avec le chlorure de bârium et le chlorhydrate d'ammoniaque, le résidu pit une teinte rose pùle ; avec les chlorures de manganèse, de nickel, le bichlorure de mercure, j'obtins une coloration d'un roUgé plus ou moins foncé.
En présence des résultats obtenus par l'action dé l'acide azotique sur les chlorures, je pensai que je pourrais émjïïoyer, au lieu d'acide azotique, certains azotates acides, et ceux que j'ai particulièrement
essayés sont les azotates acides ùc plomb et de bismuth et le protoazotate de mercure. Par exemple, si l'on dissout dans l'eau une trèspetite quantité dïnosite, qu'on y ajoute une goutte de chlorure de nickel, qu'on fasse bouillir, qu'on verse dans la capsule une goutte d'une solution acide d'azotate de plomb et qu'on évapore, on obtient aussitôt une belle couleur rouge, qui pâlit sous l'influence d'une chaleur trop vive et trop prolongée. La preuve que cette coloration est bien due à l'inosite, et non à la simple oxydation du plomb par le fait seul de la chaleur, c'est que si l'on répète l'expérience à blanc et sans inosite, le résidu qui se produit est noirâtre et nullement rouge.
Si la dissolution d'inosite est traitée par le chlorure de nickel et l'azotate acide de bismuth, on obtient encore un résidu rouge, fort semblable au précédent, et qui pâlit comme lui par l'action d'une chaleur trop intense. L'expérience répétée à blanc ne donne point de résidu rouge. Avec le chlorure de zinc et les azotates de plomb et de bismuth réagissant isolément sur la dissolution aqueuse d'inosite, j'ai aussi obtenu un résidu rougeâtre.
Le proto-azotate de mercure, dont j'ai à parler maintenant, m'a paru notablement plus sensible que les précédents, et surtout que l'azide azotique, quand il s'est agi de déceler la présence de trèspetites quantités d'inosite. Dans plusieurs essais, je l'ai fait agir sur divers chlorures ; et avec unjmélange de chlorure de nickel et debichlorure de mercure, il m'a paru présenter une très-grande sensibilité. L'essai se fait absolument comme avec l'acide azotique, et le résidu est d'un rose plus ou moins foncé. J'ajoute que l'acide urique traité par le bichlorure et le proto-azotate de mercure ou par le chlorure de nickel et le proto-azotate de mercure se conduit comme quand il est traité par le chlorure de zinc et l'acide azotique, c'est-àdire qu'il donne un résidu blanc jaunâtre, qui ne ressemble en rien à celui que fournit l'inosite, et que quand il est mêlé à cette dernière substance, il ne nuit nullement à la manifestation de la coloration qui caractérise l'inosite.
Une dissolution aqueuse d'urée étant donnée, si on la porte à l'ébuUition, qu'on y verse deux à trois gouttes d'une solution concen-
trée de bichlorure de mercure, qu'on continue à faire bouillir, qu'on fasse tomber dans la capsule deux à trois gouttes de proto-aïolate de mercure et qu'on évapore à siccité, on obtient un résidu blanchâtre. Mais si à l'urée on a mêlé une petite quantité d'inosite et qu'on opère comme je viens de le dire, on voit, en soumettant le résidu à l'action d'une forte chaleur, se produire une belle couleur violet foncé. Cette couleur n'est soluble ni dans l'eau, ni dans l'alcool, ni dans l'éther. 4'ammoniaque la dissout en partie, et elle reparait après évaporation avec sa couleur primitive. Traitée par l'acide nitrique, elle subit une légère modification dans sa nuance, qui passe au rouge vineux.
Quand on verse de l'azotate de protoxyde de mercure dans une solution saturée de sublimé corrosif, il se produit immédiatement un précipité blanc, et la liqueur surnageante reste limpide. C'est qu'en effet le protoxyde de mercure s'unit au chlore du bichlorure pour le transformer enprotochlorure de mercure blanc insoluble, et la liqueur débarrassée de son protoxyde de mercure se trouve ramenée alors à l'état d'azotate de deutoxyde. Ce résultat me fit penser que, quand pour rechercher l'inosite dans une liqueur, je faisais agir successivement le bichlorure et l'azotate de protoxyde de mercure, l'agent essentiel de la réaction était probablement l'azotate de bioxyde de mercure, et en effet, les expériences que je fis pour le vérifier ne me laissèrent plus de doute à cet égard; mais elles m'apprirent en même temps qu'il était indispensable, pour que l'expérience réussît bien, que l'azotate de bioxyde de mercure ne fût ni trop concentré ni trop étendu. Or voici la formule à laquelle je me suis arrêté après de nombreux tâtonnements :
Pr. Mercure 16 grammes.
Acide azotique ordinaire. . . 32 —
Laissez réagir à froid vingt-quatre heures; au bout de ce temps, versez dans une capsule, et évaporez jusqu'à ce que le liquide ait perdu la moitié de son poids. Pendant cette évaporation, on doit avoir soin d'agiter constamment le liquide avec une baguette de verre, pour faciliter le dégagement des vapeurs rutilantes. Cela fait, on
laisse refroidir la capsule, on pèse 24 grammes d'eau distillée, c'està-dire un poids égal à celui que la solution mcrcurielle a perdu par l'évaporation, et on l'ajoute à la liqueur. Immédiatement on voit se produire un dépôt d'azotate basique. On laisse reposer vingtquatre heures, et l'on décante la liqueur claire. C'est ce liquide que l'expérience m'a démontré être le meilleur réactif pour déceler l'existence de l'inosite dans l'urine, et je pourrais ajouter que c'est aussi le plus sensible, le plus commode et relativement le plus simple pour la recherche de l'inosite en solution dans l'eau.
Pour s'en servir, on met dans une petite capsule de porcelaine la substance qui contient de l'inosite, on verse dessus une faible quantité d'eau, on évapore à une douce chaleur en imprimapt continuellement au liquide un mouvement circulatoire qui .en favorise la volatilisation, et quand il n'en reste plus que quelques gouttes au fond de la capsule, on y fait tomber à l'aide d'une pipette en verre effilée, une seule gouttelette du réactif mercuriel. Un précjpité jaunâtre apparaît, on l'étend autant que possible sur les parois de la capsule, et l'on évapore de nouveau en redoublant de précautions. (Si l'on n'a pas encore l'habitude de ce genre de recherches, le uiieux est d'opérer au bain-marie.) Quand tout le liquide a disparu, si l'on n'a pas mis trop de réactif, le résidu est blanc jaunâtre, et si V,on continue l'^ipplication de la chaleur, on le voit bientôt devenir d'un rose plus ou moins foncé, selon la proportion d'inosite qu'il renferme. Par le refroidissement, la couleur rose disparaît, et le fond de la capsule redevient jaunâtre; mais dès qu'on chauffe légèrement, la teinte rose se montre de nouveau. Cette apparition et cette disparition successives de la teinte rose peuvent être obtenues plusieurs fois. Dans les cas douteux, on peut traiter le résidu par l'eau bouillante, filtrer et évaporer, en ajoutant, comme la première fois, une gouttelette de réactif. Dès que l'évaporation est achevée, la nuance rose reparaît, et l'on peut répéter plusieurs fois cette opération avec succès; mais on remarque, après plusieurs essais successifs, que la couleur rose devient de plus en plus pâle, et finit par n'être plus appréciable.
On ne,saurait objecter que la coloration rose du résidu est due à la «impie, oxydation du mercure, car la coloration produite par cette
oxydation ne ressemble en rien à celle qui résulte de la présence de l'inosite, et, de plus, elle ne se manifeste qu'à une température trèsélevée, tandis que la couleur rose de l'inosite se produit à la chaleur du bain-mar-ie, disparaît par le refroidissement, et se montre de nouveau sous l'influence d'une faible chaleur. J'ai dit déjà que l'acide urique et l'urée ne produisaient rien de semblable. J'en puis dire autant de l'amidon, du sucre de lait, de la mannite, du glycocolle, de la taurine, de la cystine et de la matière glycogène du foie. Quant à l'albumine et à la glycose, elles méritent une mention spéciale, à cause de la fréquence avec laquelle on les rencontre dans l'urine.
Si l'on verse quelques gouttes du réactif mercuriel dans de l'eau albumineuse, on remarque que le liquide se colore en rose, et si l'on évapore à siccité, on obtient un résidu coloré, qui peut masquer jusqu'à un certain point la coloration spéciale de l'inosite ; aussi est-il indispensable que le hquide dans lequel on recherche l'inosite soit débarrassé d'albumine. J'en dirai autant de la glycose, qui noircit en présence du réactif mercuriel. Mais il est facile d'obvier à ces difficultés, comme je vais le dire tout à l'heure avec plus de détails.
En résumé, ce que je tiens à établir tout de suite, c'est qu'il existe un agent chimique très-sensible, qui donne avec l'inosite une réaction caractéristique, et qui permet, à l'aide d'une manipulation facile, et en opérant sur une petite quantité de liquide, de déceler la présence de cette substance dans l'urine; que ce réactif, qui n'est autre chose que la solution mercurielle dont je viens de donner la formule, peut être appliqué indifféremment à la recherche de l'inosite dans toutes les urines de l'homme sain ou malade, et dans celle de plusieurs animaux, qu'il est applicable aussi à la recherche de l'inosite dans d'autres liquides de l'organisme, et qu'il est doué d'une sensibilité remarquable, qui permet d'apporter beaucoup de précision dans les essais.
Pour expérimenter le réactif que je viens d'indiquer, il fallait ajouter à de l'urine une quantité connue d'inosite, et voir quelle était la proportion minimum de cette substance, qu'il était possible
de reconnaître avec certitude. J'ai fait cette expérience un certain nombre de fois, avec de l'inosite que je devais à l'obligeance de MM. Cloetta et Schérer, et je suis arrivé, en opérant seulement sur 10 et 20 grammes d'urine, à retrouver l'indice de la présence de l'inosite, dans des urines qui n'en contenaient que 75 centigrammes et 1 gramme par 1,000. Pour cela, plusieurs manipulations peuvent être mises en usage, selon que l'urine contient de l'albumine ou de la glycose, ou qu'elle ne renferme ni l'une ni l'autre de ces deux substances.
Vrine ne contenant ni albumine ni glycose.
Dans ce cas, qui est le plus simple, on peut opérer la précipitation de l'inosite :
1° Par- f alcool. Pour cela, on pèse 10 ou 20 grammes d'urine, on y verse de l'eau de baryte, qui produit un précipité, en même temps qu'elle décolore le liquide, on filtre, on évapore dans une petite capsule à une douce chaleur, ou mieux encore au bain-marie, aQn de ne pas colorer le résidu, et quand le contenu de la capsule a été évaporé aux quatre cinquièmes environ, on le fait couler brusquement dans un verre à pied, et l'on verse dessus de l'alcool à 95°, qui produit un trouble considérable. On abandonne au repos pendant vingt-quatre heures, puis on décante avec précaution, à l'aide d'une pipette, l'alcool clair. On verse sur le dépôt une nouvelle quantité d'alcool concentré et froid, on agite, puis on laisse reposer douze heures. Au bout de ce temps, on enlève l'alcool comme précédemment, on reçoit le dépôt dans une capsule, on y ajoute de l'eau, on évapore, et quand la plus grande partie du liquide est évaporée, on y fait tomber une gouttelette du réactif mercuriel, et l'on dessèche le résidu. Si l'urine essayée renfermait de l'inosite, celle-ci a été précipitée par l'alcool concentré, et le dépôt, traité par l'eau et par le réactif mercuriel, donne un résidu qui présente la couleur rose caractéristique.
2° Par l' acétate de plomb basique. On pèse 20 grammes de l'urine à essayer, on y verse par petites quantités une solution saturée d'acétate de plomb neutre jusqu'à ce qu'une nouvelle addition ne trouble plus le liquide, on filtre, on néglige le précipité resté sur le filtre,
mais dans la liqueur Ultrée on verse de l'acétate de plomb basique. Un nouveau précipité se produit; on essaye si le liquide surnageant n'est plus troublé par une nouvelle addition de sel plombique, et quand ce résultat est obtenu, on laisse reposer vingt-quatre heures. On décante alors la liqueur claire, on verse de l'eau sur le dépôt, on agite pour le laver et entraîner tout ce qui est soluble, on laisse reposer de nouveau, et l'on décante encore. Le précipité ainsi obtenu et convenablement lavé contient l'inosite combinée à l'acétate basique de plomb. Pour isoler ce dernier corps, on place le précipité dans un verre à pied, ou le délaye dans 15 à 20 grammes d'eau distillée, et on le fait traverser par un courant de gaz acide sulfliydrique jusqu'à ce que la décomposition soit complète. Cela fait, on sépare par le filtre , la liqueur claire du dépôt de sulfure de plomb, on l'évaporé dans une capsule, et quand la plus grande partie du liquide a disparu par l'évaporation, on fait tomber dans la capsule une seule gouttelette de l'azotate de bioxyde de mercure préparé comme je l'ai précédemment indiqué. Le liquide se trouble ou devient légèrement jaunâtre, on le répand soigneusement sur les parois de la capsule, en même temps qu'on le chauffe doucement jusqu'à siccité, et bientôt on voit apparaître la couleur rose. Si le résidu était trop coloré pour qu'on pïït distinguer bien nettement la nuance rose, on verserait dans la capsule une petite quantité d'eau, on ferait bouillir, on filtrerait, et l'on essayerait de nouveau la liqueur filtrée , en l'évaporant avec addition d'une goutte du réactif mercuriel. En répétant ainsi l'opération, on obtient quelquefois un résultat plus net que le premier, et il est bon d'y avoir recours dans les cas douteux. Pour être sûr de ne pas verser trop de solution mercurielle dans la capsule, je me sers d'un tube en verre effilé, que je plonge dans le réactif, et qui ne le laisse échapper que par gouttes très-ténues. J'ajoute encore que, par le refroidissement et l'exposition à l'air, la couleur rose est remplacée par une couleur jaunâtre, mais qu'elle reparaît dès que le fond de la capsule est soumis à une chaleur convenable.
Ce procédé, dont le principal inconvénient est de nécessiter un dégagement d'hydrogène sulfuré, présente sur le précédent un avantage marqué, celui de donner avec toutes les uriues, mOme avec celles qui
sont le plus colorées, une liqueur parfaitement incolore et qui facilite beaucoup les recherches ; aussi est-ce à lui que je conseille d'avoir le plus souvent recours, à moins que l'urine soit très-peu chargée de matière extractive, comme dans la polyurie, dans l'urine dite nerveuse des hystériques, etc., cas dans lesquels la précipitation par l'alcool concentré réussit bien.
Essai des urines albumineuscs.
On pèse 20 grammes d'urine, on y verse quelques gouttes d'acide acétique, et l'on porte à l'ébullition pour coaguler l'albumine. On filtre, on laisse refroidir, on traite par l'acétate neutre de plomb, on filtre de nouveau, et l'on précipite cette fois par l'acétate basique de plomb. On laisse reposer, on décante le liquide surnageant, on lave à plusieurs reprises le précipité avec de l'eau, puis on le décompose par l'hydrogène sulfuré, et l'on essaye par le réactif mercuriel le liquide limpide qui provient de la décomposition. S'il arrivait qu'il contint encore une certaine proportion d'albumine, l'addition du réactif colorerait immédiatement eu rose le liquide de la capsule, mais en évaporant à siccité, reprenant le résidu par l'eau bouillante, filtrant, puis évaporant ce dernier liquide avec une goutte de la solution de mercure, on n'obtient de résidu rose qu'autant que l'urine essayée renfermait de l'inosite.
Les urines dites chyleuses ou laiteuses, les urines sanguinolentes et les urines purulentes seront traitées comme les urines albumineuses.
Essai des arines contenant do la glycoso.
J'ai dit que la glycose, chauffée à siccité en présence du réactif mercuriel, communiquait au résidu une teinte uoire qui masquait complètement la couleur rose de l'inosite; aussi était-il indispensable, pour rechercher cette dernière substance dans les urines qui renfermaient de la glycose, de pouvoir l'isoler de celle-ci. La précipitation par l'alcool n'était point applicable dans ce cas, car l'alcool à 95° précipite une forte proportion de glycose. Quant à l'acétate de plomb tribaslque, il en précipite aussi une certaine quantité; mais comme
on n'opère que sur très-peu d'urine, la faible proportion qui se trouve dans la liqueur, après la décomposition par l'hydrogène sulfuré, n'empêche point la coloration rose de se produire si le liquide
renferme de l'inosite.
Ceci posé, pour rechercher l'inosite dans une urine diabétique, on pèsera 20 grammes de cette urine, on la traitera par l'acétate de plomb neutre, on filtrera, et l'on traitera la liqueur claire obtenue par l'acétate de plomb tribasique. Quand cette dernière précipitation sera complète, on laissera le dépôt se rassembler convenablement au fond du vase, puis on décantera le liquide surnageant, et on le remplacera par huit à dix fois son volume d'eau distillée. On agitera, on laissera reposer, puis on décantera, et l'on recommencera plusieurs fois cette dernière opération, jusqu'à ce que l'eau de lavage ne réduise plus la liqueur de Fehling. Cela fait, on versera sur le pré cipité 20 grammes environ d'eau, on agitera, et l'on décomposera par l'acide sulfhydrique. On obtiendra ainsi une liqueur parfaitement incolore, qu'on essayera par le réactif merouriel, comme je l'ai déjà indiqué. Seulement, comme le liquide peut contenir encore une faible quantité de sucre, si l'on chauffe à feu nu, on redoublera de précaution à la fin de l'opération, pour que le résidu ne soit point soumis à une température trop élevée, et que la coloration noire ne se produise pas.
J'ai à peine besoin d'ajouter, que si une urine diabétique était en môme temps albumineuse, comme cela s'observe quelquefois, il faudrait tout d'abord se débarrasser de l'albumine, avant de faire les précipitations par les acétates neutre et basique de plomb.
Quand, en opérant comme je viens de l'indiquer sur un petit échantillon d'une urine quelconque, on a acquis la certitude qu'elle contient de l'inosite, et qu'on veut extraire celle-ci, on recommence l'opération absolument de la même manière, mais en agissant cette fois sur un demi-litre ou sur un litre de liquide, et lorsque le précipité obtenu à l'aide de l'acétate basique de plomb a été décomposé par l'acide sulfhydrique, on évapore doucement au bain-marie, et le pro- ^ duit de l'évaporation est traité par l'alcool concentré bouillant, qui en 86 refroidissant, laisse cristalliser l'inosite. C'est en suivant cettiï
marche, que j'ai réussi à extraire de l'inosite de l'urine d'un diabétique.
Si, au lieu d'employer l'acétate de plomb, on a précipité par l'alcool concentré, il suffira, poui obtenir l'inosite, de laver plusieurs fois à fi'oid le précipité avec l'alcool fort, puis de le traiter par l'alcool concentré bouillant, qui dissoudra l'inosite et la laissera cristalliser par le refroidissement. Les cristaux obtenus, on les desséchera pour en déterminer le poids.
Après avoir trouvé un procédé qui permit de constater l'existence de l'inosite dans un petit échantillon d'une urine quelconque, je me suis mis en devoir de rechercher cette substance dans le produit de la sécrétiou rénale, et ce sont les résultats que j'ai obtenus, que je vais maintenant exposer.