RECHERCHE DE L'INOSITE DANS L'URINE DE L'HOMME PENDANT
l'état de maladie.
Les seuls cas d'urine inositique qui, à ma connaissance, aient été consignés dans les journaux scientifiques, appartiennent à des médecins étrangers. C'est M. Cloetta qui le premier, comme je l'ai dit en commençant, a découvert l'inosite dans l'urine, et la personne qui la lui avait fournie était affectée de la maladie de Bright. Le lïiôme observateur en a rencontré une fois dans l'urine d'un diabétique. Sur quatre urines inosi tiques observées par le docteur Neukomm, trois appartenaient à des albuminuriques et une à un diabétique. Enfin, les cas de MM. Lebert et Vohl se rapportaient à des glycosuriques.
C'est la connaissance dé ces quelques faits isolés qui rri'a donné l'idée d'entreprendre de nouvelles recherches. Existait-il une maladie comparable au diabète, qUi fût causée uniquement par le passage de l'inosite dans l'urine, et qui méritât le nom d'inosurie essentielle ou de diabète inositique? Dans ce cas, quels en étaient les symptômes, la nature et le traitement? Ou bien l'inosurie n'était-elle qu'un symptôme, qu'un épiphénomène qui apparaissait dans certains états morbides? Et alors quelles étaient les maladies dans lesquelles on observait ce symptôme, et quelle en était la signification? Telles sont les questions que je me suis posées et dont j'ai cherché la solution.
fi. l-
Rcclicrcbo dp l'inosite dunn Purine des polyuriqucM.
La maladie qu'on désigne sous les noms de polyurie, de polydipsie, de diabète insipide, est trop bien connue pour que je croie devoir en rapporter les symptômes. Je rappellerai seulement, que M. le professeur Claude Bernard a démontré qu'on pouvait la produire artificiellement comme le diabète sucré, en piquant un point déterminé du plancher du quatrième ventricule du cerveau. Outre cette analogie d'origine, le diabète sucré et la polyurie offrent des ressemblances trèsfrappantes sous le rapport des symptômes, et sousle rapport de l'aspec des urines excrétées qui sont incolores et limpides. Mais vient-on à les analyser, on trouve qu'elles diffèrent complètement l'une de l'autre, en ce que l'une contient de la glycose, tandis que l'autre en est absolument dépourvue-
En songeant que les polyuriques maigrissent ordinairement, c'està-dire perdent de leur tissu musculaire, et par conséquent l'inosite qui y est contenue, que leur soif est vive comme celle des malades dont l'urine renferme de la glycose, et qu'ils accusent quelquefois une saveur sucrée dans la bouche, l'idée me vint que dans leur urine, la glycose pourrait bien être remplacée par l'inosite. Que si l'on objecte maintenant qu'une urine inositique ne serait point insipide, je répondrai qu'une certaine quantité de ce corps dissoute dans le produit de la sécrétion rénale pourrait n'être point sensible au goût en présence des sels contenus dans l'urine, et être cependant très-appréciable aux réactifs.
J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs polyuriques, j'ai analysé leurs urines, et je rapporterai succinctement les résul tats que j'ai obtenus.
Obs. I. — X..., cocher d'omnibus, couché à la Charité, salle Saint- Ferdinand, n» 15, est âgé de 54 ans. Depuis trois mois, à la suite d'un refroidissement, il a beaucoup maigri; sa peau est sèche et se desquamme. L'appétit est très-développé et les digestions sont pénibles ;
mais le symptôme le plus insupportable est une soif excessive. En effet, le sujet boit dans les vingt-quatre heures de 12 à 14 litres d'eau, et il rend sensiblement la môme quantité d'urine. Celle-ci est limpide, tout à fait incolore, et n'agit nullement sur la liqueur de Feliling avec laquelle on la fait bouillir.
Pour y rechercher Tinosite, j'en évaporai 50 grammes au bain-marie, jusqu'à ce que le liquide'fûtramené environ au dixième de son volume, et je le versai rapidement dans un verre à pied. Je l'étendis de huit à dix fois son volume d'alcool à 95°, et je laissai le précipité pendant douze heures se rassembler au fond du vase. L'alcool fut alors décanté avec précaution ; je le remplaçai par un même volume d'alcool à 95°, avec lequel j'agitai le dépôt pour le laver, et j'abandonnai le tout au repos. Dès que le précipité fut bien rassemblé au fond du vase, je décantai le liquide surnageant; le dépôt fut reçu dans une petite capsule de porcelaine et dissous dans une faible quantité d'eau. Cette dernière solution, qui devait contenir l'inosite, fut évaporée, et à la fin de Topération, j'ajoutai une gouttelette du réactif mercuriel, et j'évaporai à siccité. Le résidu ainsi obtenu resta blanc, et indiqua par conséquent l'absence de l'inosite.
L'essai fut répété avec de semblables précautions sur 30 grammes de la même urine, et la coloration caractéristique de la présence de l'inosite fit encore défaut. Enfin, quinze jours plus tard, alors que l'état du malade était amélioré, que la faim et la soif avaient notablement diminué, j'analysai un nouvel échantillon d'urine, et j'y constatai cette fois encore l'absence de l'inosite.
Obs. il — Un infirmier placé dans le service de M. Béhier, à l'hôpital de la Pitié, était tourmenté par une soif ardente. Son appétit était très-développé et ses forces à peu près conservées. La quantité d'urine rendue dans" les vingt-quatre heures était d'environ 9 à 10 litres, et cette urine était limpide et incolore comme du l'eau distillée. J'en évaporai 60 grammes aux 9/10 do leur volume, et le résidu de l'évaporation fut traité par l'alcool à 95". J'obtins ainsi un dépôt, que je lavai une seconde fois avec de l'alcool concentré, et que je fis dissoudre ensuite dans une petite quantité d'eau. Je filtrai et j'essayai cette solution limpide par le réactif mercuriel ; mais le résidu obtenu resta complètement blanc, et me permit ainsi de conclure à l'absence de l'inosite. Pourm assurer que je m'étais entouré de toutes les précautions désirables, j'a-
joutai à 60 grammes prélevés sur le môme échantillon d'urine quelques cristaux d'inosite, et en répétant l'opération comme précédemment, j'obtins un résidu d'un rose vif, qui décela d'une manière évidente la présence de la faible proportion d'inosite introduite artificiellement.
Obs. III. — Salle Sainte-Jeanne, n" 20 (Hôtel-Dieu). Ce malade, âgé de 30 ans, dit avoir reçu il y a trois ans environ un coup de pied de cheval dans la région de l'hypocondre droit. Bientôt après cet accident, il se produisit un ictère très-prononcé, puis les urines devinrent sucrées, et le malade fut soumis en ville au traitement des diabétiques. Quand il entra à l'Hôtel-Dieu, son urine fut examinée, et l'on y constata l'absence complète de glycose; mais la soif ardente à laquelle le sujet était en proie établissait suffisamment qu'on avait affaire à une polyurie. La quantité de boisson ingérée dans les vingt-quatre heures était d'environ 15 litres, et la quantité d'urine rendue dans le même temps était encore plus considérable. C'est dans ces conditions que je recueillis l'urine de cet homme, qui me paraissait emprunter un intérêt tout spécial, à cette circonstance qu'elle avait renfermé de la glycose à un moment donné de la maladie, et qu'elle n'en renfermait plus le jour de mon examen. Je fis deux parts égales de cette urine : l'une fut traitée parle procédé de l'alcool concentré, l'autre fut soumise au procédé d'analyse par les acétates plombiques et l'hydrogène sulfuré, et dans les deux cas, je constatai l'absence de l'inosite.
Obs. IV. — Salle Saint-Charles, n" 19 (Pitié). Une femme d'un embonpoint très-prononcé, couchée dans le service do M. Béhier, dit avoir été prise tout à coup, à la suite d'une longue course, d'une soif inextinguible. Au moment de son entrée à l'hôpital, elle buvait environ 17 litres d'eau par jour, et le volume de l'urine rendue était plus considérable encore que celui des boissons ingérées. Cette urine, hmpide et incolore comme de l'eau, ne contenaitpas lamoindre trace de glycose, quoique kl malade accusât un goût sucré dans la bouche, et par conséquent on ne pouvait hésiter à reconnaître dans ce cas une polyurie. Pour chercher l'inosite dans l'urine de cette malade, j'en pris 100 grammes, et je les précipitai successivement par l'acétate neutre, puis par l'acétate basique de plomb. Je lavai le dernier précipité obtenu, je le décomposai par l'hydrogène sulfuré, et le liquide provenant de cette décomposition, évaporé avec les précautions convenables, puis additionné d'une gout*
teleltedu réactif raercuriel, fournit un résidu blanc, qui indiquait l'absence certaine de l'inosite.
De ces quatre observations, je puis donc déjà conclure, que dans le diabète insipide, il n'y a point inosurie, et qu'on ne saurait par conséquent, en assimilant cette maladie au diabète sucré, attribuer à l'élimination de l'inosite par l'urine, les principaux symptômes que l'on remarque chez les polyuriques.
g II.
necUercbe de Pinosite dans l'urine des femmes en lactation.
Il est une catégorie d'urines dans lesquelles j'ai cru devoir aussi rechercher spécialement l'inosite : ce sont celles des femmes récemment accouchées et en lactation, qui réduisent très-éuergiquement la liqueur de Fehling, comme l'a démontré M. Blot, et qui cependant, d'après les analyses faites avec le plus grand soin par M. Leconte, ne renferment point de glycose.
1° Hôpital des Cliniques, service d'accouchements, n° 28. Femme accouchée depuis trois jours en pleine lactation. Son urine, chauffée avec la liqueur de Fehlmg, communique à cette dernière une couleur jaune serin qui, par le refroidissement, passe au jaune verdâtre. J'ai précipité 60 grammes de cette urine par l'acétate neutre, puis par l'acétate basique de plomb. Le dernier précipité obtenu a été décomposé par l'hydrogène sulfuré, et en recherchant l'inosite dans le liquide qui provenait de celte décomposition, je n'ai obtenu qu'un résultat négatif. Pour m'assurer que j'avais convenablement opéré, j'ai recommencé l'analyse de la même urine, en y ajoutant une petite quantité d'inosite, et j'ai obtenu cette fois la coloration rose caractéristique de la présence de cette substance.
2° Hôpital des Cliniques, service d'accouchements,- n° 33. Femme accouchée depuis cinquante-quatre heures, seins remplis de lait. L'urine agit sur la liqueur do Fehling comme la précédente. L'essai a été fait sur 60 grammes, par le môme procédé et avec les mômes précautions que dans le premier cas, et le résultat a encore été négatif. Une contre-expérience a été faite, en ajoutant artificiellement de l'inosite à cette urine, et cette fois cette substance a été retrouvée.
S" Enfin, l'urine d'une troisième femme accouchée et en lactation s'étant absolument conduite comme les deux premières, il est naturel de conclure que l'inosile qui, par sa formule chimique appartient au même groupe que la galactose, n'existe point en quantité appréciable dans l'urine des femmes récemment accouchées qui nourrissent, et qu'elle ne joue aucun rôle par conséquent, dans le phénomène de coloration en jaune et de réduction, qui se produit quand on fait bouillir celte urine avec le réactif de Fehlina;.
g III.
Eteottevche «le PîMcsii© iia»» l'eirine de» distbctiqucs ; inosuric et glycituairie HiRiiiUuiiécs.
Ptiisquo l"iuosit(> ;ivait déjà élé trouvée dan? l'urino dos diabétiques, mon atîeiiliun devait se porter naturellement de ce roté. En eflet, il était important de savoir si toutes les urines qui rcurermonl de la glycose étaient en même temps inositiqucs, ou bien si l'inositc ne s'y rencontrait que quelquefois, et dans quelle proportion ou l'y ti'ouvait; si l'iiiosite et la glycose s'excluaient l'une l'autre; si dans certains cas la glycose disparaissait et était remplacée complètement par l'inosile, de manière que la maladie méritùl alors le nom de diabète inositique; si enfin on observait des symptômes particuliers, sur les sujets dont l'urine renfermait une plus ou moins forte proportion û'inosite.
Pour les urines simplement polyuriques et qui ne renfermaient point de glycose, j'ai pu précipiter l'inosite indifféremment, soit par l'alcool concentré,, soit par l'acétate de plomb basique; mais quand l'uriue contient du sucre de raisin, la précipitatiou de l inosite par l'alcool n'est plus possible, parce qu'une proportion considérable de glycose serait entraînée en môme temps que l'inosite par l'alcool concentré, et dans ce cas, il faut recourir à la précipitation par le sousacétate de plomb.
Étant donc donnée une urine de diabétique, pour y rechercher l'inosite, on en pèsera 20 grammes, on les traitera par l'acétate de plomb neutre, jusqu'à ce que ce réactif cesse d'y former un précipité, on filtrera dans un verre à expérience, et l'on précipitera la li-
queur flltrée par l'acétate de plomb basique. Cela fait, on laissera reposer le tout jusqu'à ce que le dépôt soit bien rassemblé au fond du verre, et que le liquide surnageant soit limpide. Ce dernier sera décanté avec précaution, puis remplacé par une quantité triple ou quadruple d'eau distillée, destinée à laver le précipité, et à entraîner la glycose qui pourrait être emprisonnée dans sa masse. Au bout de quelques heures de repos, le liquide surnageant devenu limpide sera décanté à son tour, puis remplacé par une nouvelle quantité d'eau, qui ne devra plus contenir de glycose, comme il sera facile de s'en assurer en la faisant bouillir avec de la liqueur de Febling. Ce résultat étant obtenu, on décantera encore une fois la liqueur claire, puis on délayera le précipité ainsi lavé dans 15 à 20 grammes environ d'eau distillée, et on le décomposera par un courant d'hydrogène sulfuré. Quand la décomposition sera complète, on filtrera et l'on évaporera le produit de la filtration dans une petite capsule de porcelaine, en y faisant tomber, quand il ne restera plus que 1 à 2 grammes de liquide, une gouttelette du réactif mercuriel. On inclinera la capsule dans tous les sens, pour que le liquide s'étale convenablement sur ses parois, puis on évaporera doucement à siccité. Si la liqueur essayée contenait de l'inosite, le résidu sera coloré en rose, tandis qu'il restera blanc jaunâtre si l'urine n'était point inositique.
Si l'on verse sur ce résidu 5 grammes environ d'eau distillée, qu'on porte à l'ébullition, qu'on jette sur un filtre et qu'on évapore de nouveau à siccité, en ajoutant une goutte du sel mercuriel, la couleur rose reparait une seconde fois s'il y avait de l'inosite, et dans le cas contraire, le résidu reste blanchâtre. C'est donc là une contre-expérience qu'il est bon de répéter dans les ras douteux. Quand l'essai que je viens de décrire a indiqué d une manière certaine la présence do l'inosite dans l'urine examinée, si l'on désire isoler cette substance et la doser, on procédera comme je l'ai indiqué précédemment.
J'ai cherché l'inosite dans un certain nombre d'urines de diabétiques, et je vais exposer les résuUnt?; qim IVxprM'icnpp m'n fournis.
Obs. t. — Mnfirrno'pcIIp de V ... N B'>-<nnçnn, "s! ' i larimètre indique dans son ui'ine la présence de bU grammes de gJioo;,e.
Cette même urine a été essayée au point de vue de l'inosite, et le résultat que j'ai obtenu a été négatif.
Obs. II. — X..., diabétique, rend de l'urine qui renferme 65 grammes de glycose par 1,000. Je prélevai un échantillon de cette urine pour y rechercher l'inosite, et je ne réussis pas à y découvrir la moindre trace de cette substance.
Ods. III. — Diabète très-léger, puisque l'urine ne renferme que 5 grammes de glycose par 1,000; point d'inosite.
Ods. IV. — Mademoiselle M..., âgée de 4 ans, est atteinte du diabète sucré, et le polarimètre indique la présence de 40 grammes de glycose dans son urine. Je recherchai l'inosite à différentes périodes de la maladie dans plusieurs échantillons de cette urine, et j'arrivai toujours à des résultats négatifs.
Obs. V. — X..., diabétique, rend 50 grammes de glycose par 1,000 grammes d'urine. Je prélève 30 grammes de cette urine que je précipite successivement par l'acétate neutre, puis basique de plomb. Je décompose le dernier précipité obtenu par l'hydrogène sulfuré, et l'analyse du liquide provenant de cette décomposition me démontre l'absence de l'inosite dans l'urine examinée.
Ods. VI. — X..., âgé de 34 ans, garçon épicier, est couché à la Pitié, salle Saint-Paul, n° 29. Il rend dans les vingt-quatre heures quatre à cinq litres d'une urine assez chargée de glycose. La recherche de l'inosite dans ce liquide a donné un résultat négatif.
0ns. VII. — Un échantillon d'urine diabétique qui m'avait été donné par M. Leconte, fut soumis à l'analyse par le procédé précédemment décrit, et j'y constatai la présence de l'inosite. Ici donc glycosurie et inosurie simultanées.
Obs. VIII. — M. le comte de L..., confié aux soins de M. le professeur Rayer, est affecté depuis quelque temps du diabète sucré. Je recherchai l'inosite dans un échantillon de son urine, qui renfermait 40 grammes de glycose par 1,000, puis quatre mois plus tard, dans un nouvel échantillon qui en renfermait 47 grammes, et ces deux analyses m'ont donné toutes deux des résultats négatifs.
Obs. IX. — Dans un cas de diabète léger, et dans lequel l'urine ana-
lysée par le procédé de la fermentation, ne contenait que 8 grammes de glycose par 1,000, je n'ai pu réussir à découvrir la moindre trace d'inosile.
Obs. X. - L'urine d'un diabétique qui contenait 16 grammes de glycose par 1,000, et que je devais à l'obligeance de M. le docteur Leconte, fut divisée en trois portions qui furent soumises toutes trois au procédé d'analyse par le plomb et l'acide sulfhydrique, et dans toutes les trois, le réactif mercuriel donna un résidu rose, indiquant d'une manière très-positive l'existence de l'inosite. Ainsi donc, ici encore la glycosurie et l'inosurie sont simultanées.
Obs. XI.— M. le docteur L... est diabétique depuis plusieurs années. L'échantillon de son urine dans lequel je recherchai l'inosite, renfermait 65 grammes de glycose par 1,000, et l'analyse ne me permit pas d'y découvrir la moindre trace d'inosite. Un second essai fait plusieurs mois après le premier sur une nouvelle quantité d'urine, me fournit également un résultat négatif.
Obs. Xn. -X... est affecté d'un diabète léger, puisque son urine ne contient que 3 grammes de glycose par 1,000. J'y ai recherché l'inosite, et la coloration rose obtenue à l'aide du réactif mercuriel m'a démontré l'existence de cette substance dans le liquide examiné.
Obs. Xin. — Madame R..* qui est adonnée à la culture des lettres, est atteinte d'un diabète léger. L'échantillon d'urine qui me fut remis, et que j'examinai au polarimètre, contenait 22 grammes de sucre par 1,000 grammes. J'y recherchai l'inosite, et j'y constatai la présence de cette substance.
Obs. XIV. — M. Dup... est affecté aussi d'un diabète peu intense, puisque l'urine qu'il m'a remise ne contenait que 8 grammes par 1,000 grammes de glycose. L'essai que je fis pour y rechercher l'inosite ne me donna qu'un résultat négatif.
Obs. XV. — M. B..., architecte,— urine contenants grammes de glycose par 1,000 grammes; point d'inosite.
Obs. XVI. — M. Dum... est affecté d'un diabète très-intense, puisque son urine renferme 75 grammes de glycose par 1,000 grammes. Les essais auxquels je me suis livré pour y découvrir l'inosite ont été infructueux.
Obs. XVII. — M. Fr..., dont l'urine conticul une forte proportion de sucre, ne rend point non plus d'inosite.
Obs. XVIII. — M. X..., 30 grammes de glycose par 1,000; point d'inosite.
Obs. XIX. — M. Ferdinand L... est atteint d'un diabète qui date do plusieurs années. Son urine renferme en moyenne de 30 à 40 grammes de glyco<;e par 1,000. J'ai recherché l'inosite dans divers échantillons do cette urine recueillis à plusieurs mois d'intervalle, et toujours mes essais ont été infructueux.
Obs. XX. — M. d'Arm... est à la fois goutteux et diabétique, comme on a souvent occasion de l'observer. Quand j'analysai son urine, je la trouvai très-chargée de sucre, car elle en contenait 76 grammes par 1,000, et elle renfermait en outre une forte proportion d'acide urique cristallisé; mais j'y recherchai en vain l'inosite.
Obs. XXI. — X..., couché au n° 21 do la salle Saint-Charles, à l'hôpital de Lariboisière, est arrivé à une période très-avancée du diabète. Sa toux fréquente et l'aspect des matières expectorées indiquent l'existence de tubercules en voie de ramollissement. L'amaigrissement est très-prononcé, et l'urine est très-chargée de sucre, mais je n'ai pu y découvrir la présence de l'inosite.
Obs. XXII. — X..., couché au n° 17 du m?me service, rend aussi une forte quantité de glycose, mais le dépérissement est moindre, et l'état général plus satisfaisant. Je n'ai point trouvé d'inosite non plus dans son urine.
Obs. XXIII. — X..., couché au n° 19 de la salle Saint-Landry, à l'hôpital de Lariboisière, boit sept à huit litres d'eau dans les vingt-quatre heures. L'urine est rendue en quantité proportionnelle, et l'analyse y démontre la présence d'une quantité considérable de sucre, mais l'absence complète de l'inosite.
Obs. XXIV. — M. de Bonnef..., employé de commerce, est diabétique depuis quatre ans environ. Il a beaucoup maigri, et il est tellement affaibli qu'il a dû renoncer à son travail. Il a perdu l'appétit, et sa langue est continuellement sèche et noirâtre. L'urine contient environ 40 à 45 grammes de glycose par 1,000 grammes. J'ai opéré sur CO grammes de ce liquide, pour y rechercher l'inosite, et le réactif mercu-
riel ne ma pas donné la moindre coloration rose, qui indiquai la présonce de celle substance.
Obs. XXV.— M. B... rend une urine qui contient 42 grammes de glycose par 1,000; j'y ai recherché l'inosite en opérant sur 40 grammes de liquide, et plusieurs essais successifs m'y ont démontré l'absence de l'inosite.
Obs. XXVI. — Une urine do diabétique qui contenait 40 grammes de glycose, et qui m'avait été donnée par M. Leconte, fut analysée au. point de vue de l'inosite, et le résultat fut négatif.
Obs. XXVIl. — X... est depuis longtemps glycosurique : la fermentation indique dans son urine la présence de 64 grammes de glycose; mais je n"y ai point constaté la présence do Tinosite.
Obs. XXVIII. — M. Duham..., dont l'urine a contenu jusqu'à 45 grammes de glycose par 1,000, est aujourd'hui à peu près guéri, car la fermentation de ce liquide n'indique plus que la présence d'une quantité à peine appréciable de glycose. Mais en raison môme de cette circonstance, il m'a paru très-intéressant d'y rechercher l'inosite. J'ai fait l'essai sur 60 grammes, et je n'ai obtenu qu'un résultat négatif.
Obs. XXIX. — G... est affecté d'un diabète peu intense; son urino ne renferme que 12 grammes de glycose par 1,000, et point d'inosite.
Obs. XXX. — M. le docteur X... n'est diabétique que depuis peu de temps. Son urine, examinée au polarimètre, fut trouvée contenir 63 grammes de glycose par 1,000. J'en prélevai 30 grammes, je les précipitai par les acétates neutre et basique de plomb, et ce dernier précipité, décomposé par l'hydrogène sulfuré, me fournit une liqueur qui, évaporée à siccité en présence d'une gouttelette du réactif mercuriel, donna une coloration rose intense annonçant la présence de l'inosite.
Pour qu'il ne restât aucun doute sur la valeur du procédé que je viens d'indiquer, je résolus d'essayer d'extraire l'inosite elle-même. Dans ce but, je pris 200 grammes de la même urine, je la traitai par l'acétate neutre de plomb, je filtrai et je précipitai la liqueur claire obtenue par l'acétate de plomb basique. Ce dernier précipité fut décomposé par l'hydrogène sulfuré, et la liqueur claire qui résulta de cette décomposition devait contenir l'inosite. Pour m'en assurer, je la fis évaporer au quatre cinquièmes de son volume, puis je la précipitai par
l'alcool à 90°. Je fis bouillir un instant cet alcool dans un tube à essai, puis je versai immédiatement le contenu du tube dans un verre à expérience où je le laissai reposer. Au bout de trois jours, je décantai soigneusement l'alcool clair, et il me resta un dépôt amorphe d'un blanc jaunâtre, qui n'était autre chose que de l'inosite impure. Il aurait suffi de la traiter une seconde fois par l'alcool concentré bouillant pour l'obtenir cristallisée.
Cette expérience indique suffisamment la sensibilité du procédé applicable à la recherche de l'inosite, et elle prouve que quand le réactif mercuriel a donné la coloration rose caractéristique avec une urine, on peut affirmer qu'elle renferme de l'inosite.
M. le docteurX. . . , soumis iramédiatementà l'usage de la teinture d'iode, prise à l'intérieur, constata au bout de quelques jours qu'il n'avait plus la bouche poisseuse, et que les symptômes du diabète s'étaient considérablement amendés. En effet, l'analyse de son urine me démontra que le sucre avait presque complètement disparu. II était intéressant de savoir s'il en était de même de l'inosite. Pour cela, je pris 120 grammes de cette urine, je la précipitai par le plomb, je décomposai le précipité par l'hydrogène sulfuré, et dans le liquide provenant de cette décomposition, je constatai très-nettement la présence de l'inosite. D'où il suit que dans ce cas, la disparition presque totale de la glycose n'avait point entraîné la disparition complète de l'inosite. Je n'ai point eu à ma disposition une sufiBsante quantité de cette dernière urine, pour tenter d'en extraire l'inosite; mais cependant, en raison de l'intensité de la coloration obtenue avec le réactif mercuriel, je suis porté à croire que la proportion d'inosite contenue dans cette urine était un peu moindre que dans l'échantillon qui renfermait 63 grammes de glycose.
La série d'analyses d'urines diabétiques que je viens de rapporter me permet, il me semble, d'établir certains faits. Le premier, c'est que toutes les urines sucrées ne sont point inositiques, puisque sur 30 urines analysées, je n'ai rencontré que 5 fois l'inosite, c'est-à-dire environ 16 fois sur 100. Pour que cette moyenne eût eu plus de valeur, il aurait fallu pouvoir analyser plusieurs centaines d'urines diabétiques; mais cependant, ce chiffre doit-être considéré comme une première donnée intéressante, et qui devra être prise en consi-
dération par les expérimentateurs qui poursuivront les recherches sur ce sujet.
Le second fait que mes expériences mettent en évidence, c'est que l'inosite et la glycose peuvent exister simultanément dans l'urine, et qu'elles ne s'excluent point l'une l'autre, en un mot, qu'il n'y a point incompatibilité entre ces deux corps. Au contraire, à en juger par les résultats que j'ai obtenus, et par ceux qui ont été observés en Allemagne, ces deux substances, si voisines par leur composition chimique, auraient une certaine tendance à se trouver réunies. Je me garderai bien de dire cependant qu'il en est toujours ainsi, et que quand une urine renferme de l'inosite, elle est toujours en même temps sucrée par de la glycose. Une pareille conclusion serait probablement erronée, comme l'établiront les analyses rapportées dans le chapitre suivant.
La proportion de glycose contenue dans une urine inositique peut être extrêmement variable. En effet, j'ai constaté la présence de l'inosite dans des urines très-chargées de sucre , et dans d'autres qui en contenaient à peine , de sorte qu'il n'y a aucun caractère fixe à invoquer sur ce point. Je ne sais point jusqu'alors s'il existe chez les diabétiques des symptômes propres à l'inosurie, et qui permettent de dire à l'avance, que tel malade perd à la fois par les urines de la glycose et de l'inosite. Mais quand un plus grand nombre de ces cas auront été observés, il est possible qu'on arrive à saisir quelque phénomène propre à l'inosurie, et qu'il y ait lieu dès lors de modifier la thérapeutique du diabète en vue de ce symptôme.
C'est ici le moment, ce me semble, de dire quelques mots d'une forme particulière de consomption analogue au diabète, et dans laquelle l'urine ne contient point de glycose. Cette maladie, que Prout, Bostok et quelques autres auteurs anglais ont déjà mentionnée, et que Willis a désignée sous le nom à'azoturie, a été observée en France par M. Bouchardat(l), qui en résume ainsi les principaux symptômes : L'amaigrissement sans cause apparente en est le premier
(l)Bouchardat, Annuaire pour 1861. Supplément, p. 292.
pliénoinùDe; il y a do la soif, la Louche cstsùclie, l'appétit trôs-irrôgulior, souvent excessif, parfois vomissements bilieux, alternatives de constipation et de diarrhée, pouls fréquent, essoufflement pour la moindre fatigue, voix cassée, insomnie, tristesse, hypocondrie, affaiblissement progressif, quantité des urines rendues plus considérable qu'à l'état normal. L'exploration des oi'ganes ne fournit que des résultats négatifs, sauf une très-légère augmentation du volume du fuie dans les cas graves, et un peu de sensibilité à la pression dans la région de cet organe. Cette forme de consomption peut être aiguti, mais elle est le plus souvent chronique. M. Bouchardat l'attribue à une activité exagérée de l'une des fonctions du foie.
On peut rapprocher de la description de M. Bouchardat, deux cas observés par Baron (1), et dans lesquels les principaux symptômes notés furent de l'amaigrissement, une peau sèche et jaunùtre, une faim impérieuse, de la fatigue générale, de la faiblesse, un sommeil interrompu , des urines abondantes plus copieuses que les boissons, quand les sujets avaient mangé des farineux ou des aliments féculents et sucrés. Elles étaient pâles, aqueuses, quelquefois un peu mousseuses, médiocrement acides, et leur pesanteur spécifique n'était pas augmentée.
En examinant les circonstances qui se rattachent à cette forme de consomption, Baron a peusé qu'elle pouvait être rapportée à une diminution de la sécrétion des fluides destinés à l'accomplissement de la digestion duodénale, et particulièrement de la bile, dont sans doute la quantité était insulïïsante pour que cette digestion s'effectuât complètement. Les urines ont été analysées, et l'on n'y découvrit point de sucre. L'absence de sucre fut notée aussi dans l'urine des malades de M. Bouchardat, et ce savant observateur constata seulement qu'elles laissaient un résidu fixe beaucoup plus considérable que les ui'ines des personnes en santé, et qu'elles renfermaient une quantité d'urée quelquefois double ou triple de celle qui existe dans l'urine à l'état physiologique.
Dans ces faits si intéressants qui se rapprochent à la fois du. dia-
(t) Baron, Gazctlc médicale de Paris, 185G, p. G63.
bète sucré et de la polyurie, l'inosite n'a malheureusement point été rccliercbée dans Tuiine, et c'est une lacune qu'il serait fort important de combler, quand de pareils cas se représenteront. Il ne serait pas impossible, on le conçoit, que cette forme de consomption reconnût pour cause déterminante le passage de l'inosite dans l'urine. Mais c'est là une simple hypothèse, qui a besoin d'être confirmée par l'expérience.
Becbcrche de l'inoïKitc dnns les urines albuniîncuscs et chylca^cs.
On se rappelle, comme je l'ai dit précédemment, que c'est dans l'urine d'une personne atteinte de la maladie deBright, que M. Cloctta constata, pour la première fois, îa présence de l'inosite. Cette observation devait donc attirer tout particulièrement mon attention vers cette catégorie d'urines, où je croyais avoir les chances les plus nombreuses de rencontrer la substance qui faisait l'objet de mes recherches. Dans ce but, j'ai recueilli un certain nombre d'urines albumineuses provenant de maladies de Briglit, d'affections du cœur, et d'autres maladies, et je les ai soumises à l'analyse. Mais pour cet essai, une première précaution est indispensable, c'est l'élimination aussi complète que possible de l'albumine contenue dans le produit de la sécrétion rénale.
Etant donc donnée une urine albumineuse, si l'on veut y rechercher l'inosite, on en pèsera 20 grammes, on y ajoutera 5 à 6 gouttes d'acide acétique, et l'on portera à l'ébuUition. On fdtrera, on laissera refroidir le liquide filtré, on le traitera par l'acétate de plomb neutre; on filtrera de nouveau, et l'on précipitera la liqueur claire par l'acétate de plomb basique. Ce dernier précipité, lavé à plusieurs reprises, sera décomposé comme à l'ordinaire par l'hydrogène sulfuré, et dans le produit de la décomposition, on cherchera l'inosite à l'aide du réactif mercuricl.
Obs. I. - X..., couché au n" 22 de la salle Sainte-Agnès (Hôtel- Dieu), est atteint d'une néphrite albumineuse. J'ai recherché l'inosite
dans 20 grammes de son urine, et je n'ai pu réussir à en découvrir la moindre trace.
Obs. II. — Un homme atteint d'une néphrite albumineuse, et qui avait été admis à la Charité, salle Saint-Félix, me fournit une urine albumineuse que j'essayai avec soin, et dans laquelle je ne trouvai point d'inosite.
Obs. III. — Charité, salle Saint-Jean-de-Dieu, n" 26, maladie de Bright chronique, avec œdème général, urine chargée d'albumine, mais ne renfermant point d'inosite.
Obs. IV. — Chez un autre sujet affecté comme le précédent d'une néphrite albumineuse, et placé à la Charité au n° 22 de la salle Saint-Ferdinand, je constatai encore l'absence de Tinosite dans l'urine.
Obs. V. — M. de M..., atteint d'une néphrite albumineuse chronique, rend une urine albumineuse, trouble, dans laquelle j'ai pu constater, à l'aide du microscope, la présence de cristaux d'oxalate de chaux et de quelques spermatozoïdes, mais l'essai fait pour y déceler la présence dé l'inosite n'aboutit qu'à un résultat négatif.
Obs. VI. — M. Lam..., souffrant d'une maladie de Bright chronique, me fournit un échantillon d'urine dans lequel je trouvai une proportion notable d'albumine, des globules sanguins altérés, un grand nombre de spermatozoïdes, mais point d'inosite.
Obs. VII. — Un garçon de pharmacie, âgé de 20 ans environ, fut atteint à la suite d'un refroidissement d'une néphrite albumineuse. Son urine était tellement chargée d'albumine, qu'elle se prenait pour ainsi dire en masse par l'ébuUition. J'en prélevai 50 grammes pour y rechercher l'inosite, et j'arrivai à un résultat négatif.
Obs. VIII. — X..., âgé de 26 ans, domestique, a été admis pour une néphrite albumineuse au n° 63 de la salle Sainte-Jeanne (Hôtel-Dieu). 11 y a un an, il était entré dans un autre service du même hôpital, et il y avait été soigné pour un diabète parfaitement caractérisé. Je ne sais si à cette époque son urine était déjà albumineuse en môme temps que sucrée. Aujourd'hui, les symptômes de la glycosurie ont disparu, et les réactifs ordinaires du sucre n'accusent point la présence de ce corps; mais le malade présente une infiltration des membres inférieurs, son urine est très-albumineuse, et il y a une amblyopio telle que le sujet
peut à peine se conduire dans la salle. L'appétit est assez développé et la soif peu vive, car la quantité de boisson ingérée dans les vingt-quatre heures n'est guère que de 2 litres 1/2. Ce cas est très-intéressant, à cause de la -substitution de l'albumine au sucre, substitution qui s'observe quelquefois, et qui a été mentionnée par différents auteurs.
J'ai examiné l'urine de ce malade au point de vue de l'inosite, et dans le premier échantillon que je soumis à l'analyse, et qui avait été rendu pendant la nuit, j'obtins à l'aide du réactif mercuriel une coloration rose très-intense, qui ne me laissa aucun doute sur l'existence de l'inosite dans cette urine. J'avais préalablement constaté qu'elle ne donnait aucune réduction, quand on la faisait bouillir en présence de la liqueur de Fehling, de sorte qu'il était évident, dès lors, que chez ce malade l'élimination de la glycose par les reins avait fait place à l'ino-
surie.
Pour remédier à l'amblyopie, qui devenait de jour en jour plus prononcée, un séton fut passé à la nuque; mais ce séton, sans produire l'effet qu'on en attendait, détermina bientôt l'apparidon d'un vaste érysipèle phlegmoneux, qui alluma une fièvre intense et qui aggrava considérablement l'étatdu malade. C'estdans ces conditions, et quinzejours après la première analyse, que je recueillis un nouvel échantillon d'urine. Je constatai qu'elle était très-albumineuse et qu'elle ne contenait point de glycose; mais je ne réussis point cette fois à y découvrir d'inosite. Je me proposais de répéter cet essai un peu plus tard, pour voir si la disparition de l'inosite avait été seulement temporaire et accidentelle, ou si elle était au contraire définitive; mais le malade devint de jour en jour plus souffrant, et ne tarda pas à succomber.
Obs. IX. —X..., atteint d'une maladie du cœur, rend une urine légèrement albumineuse, dans laquelle je n'ai point trouvé d'inosite.
Obs. X. - Un autre malade, dans des conditions fort analogues au précédent, me fournit un échantillon d'urine dont je prélevai 30 grammes. Après l'avoir acidulée par l'acide acétique, je la portai à l'ébullition, je filtrai, puis j'évaporai aux 5/6 environ et je précipitai par l'alcool à 95°. Le précipité ainsi obtenu fut lavé par l'alcool à 95" puis traité par l'eau bouillante qui devait entraîner l'inosite, et cette solution fut essayée par le réactif de l'inosite, mais je n'obtins point la coloration rose caractéristique de la présence de ce corps.
Obs. XL - M. de M... est affecté d'une cystite calculeuse .: dans son
urino, qui renferme une faible proportion d'albumine, je n'ai point trouvé d'inosile.
Obs. XII. — M. Pr..., peintre distingué, souffre depuis longtemps d'un état névropatbique, et son urine est presque toujours légèrement albumineuse. J'y ai vainement cherché l'inosite.
Ods. XIII. — Chez un sujet affecté d'ascite et couché ij l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Grisolle, l'urine était albumineuse et ne contenait point d'inosite. La ponction de l'abdomen fut faite, et je recueillis une certaine quanti) é du liquide qui s'écoulait par la canule du trocart. J'acidulai ce liquide par l'acide acétique; je le chauffai pour coaguler l'albumine, je filtrai et j'obtins ainsi 30 grammes de ce liquide filtré, qui fut divisé en deux parties égales. La première fut traitée par les réactifs plombiques, puis par l'hydrogène sulfuré; la seconde partie fut traitée par l alcool concentré, et ni par l'un ni par l'autre de ces procédés, je ne pus déceler la présence de l'inosite dans le liquide de la ponction.
Obs. XIV. — Un malade couché au n° 23 de la salle Sainte-Agnès (Hôtel-Dieu), avait longtemps rendu de Talbumine par les urines. Mais quand je l'observai, il existait un œdème prononcé des membres inférieurs, et le produit de la sécrétion rénale ne renfermait point d'albumine. J'y recherchai l'inosite, et je n'arrivai non plus qu'à un résultat négatif.
Obs, XV. — X..., atteint d'une insuffisance auriculo-ventriculaire et qui est couché au n" 16 de la salle Saint-Félix (Charité), perd par les urines une très-minime quantité d'albumine, mais point d'inosite.
Obs. XVI. — M.Da... Urine pâle, acide; elle contient de l'albumine, des cellules épithéliales et des globules de muco-pus, mais point d'inosite.
Obs. XVH. — IM. Lat... d'H... souffre depuis longtemps d'une maUidie des reins. Son urine renferme une proportion assez notable d'albumine. J'y ai recherché l'inosite, et deux essais successifs faits à plusieurs jours d'intervalle m'ont donné la certitude que celte urine était inositique. Ici donc, comme dans la huitième observation, albuminurie et inosurie simultanées.
Obs. XVHI. -- Femme enceinte; membres inférieurs très-œdématiés; urine albumineuse; point d'inosite.
Obs. XIX. — Salle Saint-Bernard, 27 (Hôtel-Dieu), femme arrivée à la fin de sa grossesse. Les jambes ne sont point gonflées, mais il y a eu déjà plusieurs attaques d'éclampsie, et l'urine est albumineuse. J'en ai analysé 30 grammes, et je n'y ai point trouvé trace d'inosite,
Obs. XX. — Salle Saint-Bernard, n° 4 (Hôtel-Dieu), femme qui a eu des attaques d'éclampsie avant ses couches, et dont l'urine est encore légèrement albumineuse, quoique l'accouchement ait eu lieu depuis vingt-deux jours. 30 grammes de ce liquide soumis à l'analyse ne m'ont donné qu'un résultat négatif.
Obs. XXJ.— Madame L..., âgée de 19 ans, enceinte pour la première fois, présentait une infiltration marquée des membres inférieurs. Pendant le travail de l'accouchement, elle fut prise tout à coup de violentes attaques d'éclampsie, qui me mirent dans la nécessité d'appliquer immédiatement le forceps. Quatre attaques se produisirent encore après l'accouchement, mais elles furent de moins en moins prolongées, et l'œdème disparut graduellement. Cependant, le membre inférieur gauche fut atteint de phlegmatia alba dolens, qui retarda de plusieurs semaines le rétablissement complet de la malade. L'urine qui fut rendue dans l'intervalle des attaques éclamptiques était albumineuse, mais je n'ai pu y découvrir d'inosite.
Obs. XXn. — Madame V..., âgée de 38 ans, était arrivée à la fin de sa -grossesse, et présentait un œdème si considérable des membres inférieurs, des organes génitaux et des parois abdominales, qu'elle ne pouvait presque plus supporter la station assise, et que la position horizontale s'accompagnait aussi d'une gêne extrême de la respiration. Pour remédier à la suffocation qui était imminente, je pratiquai une saignée du bras qui amena beaucoup de soulagement; mais trois heures après, il survint une violente attaque d'éclampsie, qui fut suivie de plusieurs autres à de courts intervalles, et au milieu des convulsions épileptiques, madame V... donna le jour à un enfant mort. Plusieurs attaques d'éclampsie eurent lieu encore après l'accouchement, mais elles furent de moins en moins prolongées, et la malade ne tarda pas à se rétablir. Avant la première attaque éclamptique, je constatai que l'urine de madame V... était très-albumineuse ; j'en pris 20 grammes pour y rechercher l'inosite, mais je n'y découvris aucune trace de l'existence de ce corps.
Obs. XXm. - A la suite des urines albumineuses, j'ai cru devoir
placer les urines dites chyleuses ou albumino-graisseuses, dont j'ai eu occasion d'analyser plusieurs échantillons. La première de ces urines avait été rendue par un créole de l'île de la Réunion. Je m'assurai d'abord qu'elle ne contenait point de glycose, puis je l'acidulai par l'acide acétique; je la portai à l'ébuUition pour coaguler l'albumine, je filtrai, je précipitai par les acétates neutre et basique de plomb, et le dernier précipité obtenu, décomposé par l'hydrogène sulfuré, me fournit un liquide dans lequel le réactif mercuriel n'indiqua nullement l'existence de l'inosite.
Obs. XXrV. — Une urine chyleuse, qui avait été rendue par un habitant de la Havane, fut analysée par le même procédé que la précér dente, et fournit comme elle un résultat négatif.
Obs. XXV. — Un troisième échantillon d'urine albumino-graisseuse m'ayant été donné par M. Fordos, je l'analysai comme les précédents, et j'acquis encore la certitude qu'elle ne contenait pas d'inosite.
Il ressort des observations que je viens de présenter sous le titre d'urines albumineuses, que l'inosurie est un symptôme qui peut être observé quand il y a élimination d'albumine par les urines, mais que c'est un symptôme assez rare et probablement passager, qui ne parait pas avoir une influence prononcée sur la marche de la maladie principale. Un des cas que j'ai observés a offert une particularité curieuse, c'est que la glycose a été remplacée dans l'urine par l'inosite. Ce fait est de nature à mettre en évidence l'étroite parenté physiologique qui existe entre la glycose et l'inosite, et au sujet de laquelle j'entrerai tout à l'heure dans de nouveaux détails. Pour le moment, je me borne à appeler particulièrement l'attention sur ce fait, et à dire que quand on trouve de l'inosite dans une urine albumineuse, ou doit interroger soigneusement les antécédents du malade, pour savoir si à une époque antérieure, son urine n'a point contenu de la glycose. J'ajoute qu'on devra redoubler d'attention pour y rechercher cette substance, et que si l'on ne l'y découvre point actuellement, on ne devra point être surpris de l'y trouver plus tard. Je reviendrai encore sur cette intéressante question; mais ce qu'il importe d'établir tout de suite comme un fait incontestable, c'est que l'mosune peut exister en même temps que l'albuminurie-
Becbcrebe de l'Inoalto Uans les urines de maladies diverses I^'inosurie est-elle ane nioladie essentielle ou seulement on symptôme ?
Jusqu'à présent il n'a été question que de la recherche de l'inosite dans les urines qui contenaient de l'alhumine ou de la glycose et dans les urines des polyuriques. Mais je n'ai point borné là mes investigations, et mon attention a été tout naturellement attirée vers l'analyse des urines rendues dans diverses maladies, étude qui, à ma connaissance, n'avait point encore été faite, et qui semblait pleine d'intérêt. Il est en effet des maladies qui s'accompagnent d'un amaigrissement rapide, et il était rationnel de penser que cette destruction des muscles pouvait avoir pour conséquence l'élimination par les reins d'une certaine quantité d'inosite. Il en est d'autres qui ne se révèlent par aucune lésion matérielle et appréciable à l'autopsie, et dans celles-là encore, il était possible que l'analyse démontrât le passage dans le produit de la sécrétion rénale d'un corps de la famille des sucres, et qui jusqu'alors n'y avait point été signalé.
C'est sous l'impression de ces idées, que j'analysai un certain nombre d'urines recueillies dans les hôpitaux et en ville, et que j'ai groupées dans le tableau ci-contre :
MALADIES DIVERSES DANS LE COURS DESQUELLES L'iNOSITE A ÉTÉ RECHERCHÉE
DANS l'urine.
Noms Nombre des d'urines maladies. analysées.
Tubercules pulmonaires 4
Catarrhe bronchique 2
Pneumonie 2
Pleurésie purulente 1
Péritonite tuberculeuse 1
Chloro-anémie 2
Ictère 3
A reporter. , . 15
Nombn. •
f^f. d'urines
analysées.
Report... 15
Fièvre bilieuse 1
Dyspepsie 3
Affection du cœur 2
Goutte 3
Calcul du rein 4
Variole 2
Anthrax 1
Spermatorrhée i
Névralgie sciatique 2
Paralysie générale 2
Asthme nerveux 1
Hypochondrie 1
Amaurose i
Diabète momentanément amélioré 1
Total 40
Toutes ces analyses furent négatives, et dans aucun cas je ne fus assez heureux pour constater le passage de l'inosite dans l'urine.
Ainsi donc, sur un nombre total de i 02 urines pathologiques analysées, je n'ai trouvé que sept fois l'inosite, et j'ai toujours constaté que sa présence coïncidait soit avec la glycose, soit avec l'albumine. Cependant, je n'oserais affirmer qu'il en est toujours ainsi, et que l'inosurie implique forcément la glycosurie ou l'albuminurie. Je me contente de dire que l'inosurie est un symptôme commun à la glycosurie, à l'albuminurie, et peut-être encore à d'autres états pathologiques, et que dans l'état actuel de mes recherches, elle ne me paraît point de voir être considérée comme une entité morbide. L'observation citée par M. Vohl semble indiquer pourtant, qu'un glycosurique dont l'urine aurait cessé de contenir de la glycose aurait continué à s'affaiblir sous l'influence de l'élimination exclusive de l'inosite par les urines ; mais cette observation est incomplète, en ce que le malade a été perdu de vue, et qu'on n'a pu s'assurer si la glycose avait reparu ultérieurement dans le produit de la sécrétion rénale, condition qui me pa-
raît assez probable d'après les faits que je connais. Je suis donc porté à croire qu'il y a eu dans ce cas, plutôt alternance que substitution définitive.