LS
repère. On ignore donc de combien elle est enceinte. Elle a 117 centimètres de circonférence abdominale.
Le travail débute spontanément le soir du 20 janvier et progresse lentement pendant Ja nuit. À 7 heures du matin, pour combattre l’inertie utérine par suite de la distension, on fait la rupture artificielle des membranes à 6 centimètres de dilatation, Il sort quatre litres de liquide opalescent. Un léger écoulement de sang mélangé aux eaux fait penser à un décollement partiel du placenta ; et pourtant les membranes avaient été rompues avec un perce-membrane peu volumineux dans l'intervalle des contractions sur un point élevé du sac.
Les battements du cœur s’altèrent progressivement. Sur cette indication on fait une application de forceps sur la tête dans l’excavation à 8h. 40. L’extraction de la tête et du thorax à travers l'anneau vulvaire est difficile et à cette occasion, on suspecte une distension pathologique de l'abdomen fœtal. Pour confirmer le diagnostic, on introduit les doigts entre la paroi vaginale et le tronc du fœtus et on sent la distension exagérée du ventre de ce dernier. Avant de procéder à la paracentèse, on fait des tractions modérées et répétées sur l’enfant et on parvient à l’extraire. Il naît asphyxié et malgré les soins donnés, il meurt quinze minutes après l’accouchement. Dans un cas aussi intéressant on fit une autopsie très soignée et voici ce qu’on à trouvé :
Fille. Longueur, 43 centimètres. Poids, 2370 grammes. Diamètre bipariétal, 8,8. Cheveux d’une longueur de deux centimètres. Nutrition générale médiocre. Pas de signes extérieurs de syphilis. Distension énorme de l’abdomen (Circonférence ombilicale, 49 centimètres), par la présence de liquide dans le péritoine. On fait la ponction avec un petit trocart. Caractères du liquide ascitique. Il est très riche en albumine. Couleur citrine. Réaction alcaline. Pas de flocon fibrineux ou purulent. Poids absolu, 200 grammes. Poids spécifique, 1002. Veinosités sur le ventre.
A l'examen interne, on constate des faits intéressants. On trouve une infiltration ædémateuse du cuir chevelu, une légère hydrocéphalie externe avec ramollissement de tout l’encéphale. Plus de séparation entre la substance blanche et la grise. Infiltration séreuse du tissu cellulaire sous-cutané de toute la région du thorax. Poumons presque complètement atélectasiés. Cœur normal d’un poids de 16 grammes. Aucune trace d'endocardite fœtale. Trou de Botal non encore obturé. Cavité abdominale occupée par un énorme foie pesant 460 grammes. Rate volumineuse et congestionnée d’un poids de 16 grammes. En avant des viscères abdominaux, on trouve‘un kyste formé par les feuillets de l’épiploon et renfermant un liquide semblable à celui de la cavité abdominale. Reins normaux. Dans un pareil cas il était important d'examiner histologiquement les viscères fœtaux. L'examen fut fait par M. Staurenghi, premier assistant d'anatomie à l’université de Pavie. Il fut confirmé par M.Stefanini,agrégé d'histologie à la même uni-
AS
versité. Les éléments constitutifs du foie, des reins et de la rate furent reconnus normaux à l'examen microscopique.
Cette façon d'interpréter les faits précédents se rapproche en partie dela manière de voir de MM. Frankenhauser et Bar (1).
Ces deux auteurs expliquent également l’hydramnios dans certaines circonstances par des embarras de la circulation.
Le docteur allemand rapporte l'hydramnios dans la grossesse gémellaire à la communication entre les deux circulations fœtales, auquel cas l'inégalité de pression sanguine chez les fœtus produirait une stase dans le système circulatoire du plus faible.
L'accoucheur français met l’hydramnios en coïncidence avec la syphilis sur le compte des lésions du fœtus ou des annexes ayant pour effet d'entraver la circulation dans le système de la veine ombilicale.
Peut-être malgré la communication entre les deux circulations fœtales, faudrait-il comprendre comme le professeur italien le cas suivant, où l'insertion vélamenteuse aurait produit l’hydramnios, entravé le développement de l'enfant et causé sa mort :
‘ OBsERVATION 22 (5 octobre 1886). La femme G..., couturière, âgée de 27 ans, entre à la salle de tra-
vail de l’hôpital de Lariboisière le 5 octobre 1886 à 1 heure du soir. Bonne constitution. Bassin normal. Elle a déjà eu un enfant à terme, qui est venu spontanément par le sommet et qu’elle a élevé au sein. Il est bien portant. Chaque mois elle est réglée régulièrement pendant trois jours. Règles pour la dernière fois du 5 au 8 mars. Elle est enceinte de 7 mois environ. Elle a eu des vomissements très pénibles au début de sa grossesse. Il y a trois semaines son ventre a grossi rapide-
(4) Recherches pour servir à l’histoire de l’hydramnios, Thèse de Paris,
PAGE EPS
ment. C’est une grossesse gémellaire sans antécédents héréditaires. La première poche des eaux s'est rompue spontanément, sans douleur, à 1 heure du soir le 5. Les premières douleurs apparaissent le à à 4 heures du soir. Le même jour, à 6 h. 1/2, la dilatation est complète. Vingtcinq minutes après, la femme expulse un enfant par le sommet, qui se dégage en occipito sacrée. On rompt artiliciellement les membranes de la deuxième poche et,à 7 h. 10, l'enfant, qui s’est engagé en droite postérieure, vient au monde avec un procubitus de la main. Durée totale du travail trois heures.
Deux filles. La première mort-née pèse 950 grammes. La deuxième, vivante, d’un poids de 1240 grammes, meurt 3 heures après sa naissance.
Délivrance naturelle dix minutes après l'expulsion. Une masse unique comme placenta. Circulation commune. Deux poches séparées par une cloison formée par deux amnios. Des deux cordons le premier a une insertion vélamenteuse, Liquide amniotique de la première poche s'élève à 5 litres mesurés. Liquide amniotique de la seconde poche normal.
La mère sort de l’hôpital dans un état satisfaisant le 13 octobre.
Dans son observation de grossesse gémellaire, Truzzi signale aussi le développement anormal de l’enfant dans la poche où se trouve l’hydramnios.
L'insertion vélamenteuse ne pourrait-elle pas être ineriminée également dans cet autre cas de grossesse gémellaire compliqué d’hydramnios et arrêté dans sa marche au sixième mois de son cours ?
OBSERVATION 23 (17 novembre 1887).
La femme G..., âgée de 25 ans, sans profession, entre à la salle de travail de l’hôpital de Lariboisière à 5 heures du soir le 17 novembre 1887. Bonne constitution. Bassin normal. Un accouchement antérieur, à terme, spontané, par le sommet, d'un enfant élevé au sein par la mère et actuellement bien portant. Les règles se font régulièrement tous les mois pendant trois jours. Dernières règles le 22 mai. Elle est enceinte de 5 mois 1/2. Il y a de l'hydropisie de l'amnios et de l’æœdème des membres inférieurs. Les premières douleurs surviennent le 18 novembre à midi. On rompt artificiellement les membranes à la dilatation de 5 francs. La dilatation est complète à 4 h. 20 du soir. Le premier enfant est expulsé par le sommet au bout de dix minutes. Le second enfant vient au monde en se présentant par le siège après le même laps de temps. Durée totale du travail 1 h. 40.
— jt —
Deux garcons qui ont vécu quelques instants. Le premier pèse 650 grammes ef mesure 32 centimètres ; le second 520 grammes et 31 centimètres.
La délivrance se fait naturellement 30 minutes après l'expulsion du fœtus. Une seule masse placentaire avec une seule poche se présentant par sa face fœtale. |Insertion vélamenteuse d’un cordon. Membranes entières, 18/33. Liquide amniotique abondant (5 litres).
La mère quitte l’hôpital le 3 décembre 1887 dans un état satisfaisant.