LA IO ONE
les membranes on avait arraché un morceau. L’amnios se laissait dé-
coller jusqu'au point où se faisait la division en forme de fourche. Cette découverte sûrement intéressante nous engage vivement à re-
garder le délivre dans un accouchement au point de vue médico-légal.
Cazeaux rapporte un exemple de ce genre dû au docteur Panis, professeur d’accouchements à l'école de médecine de Reims.
OBSERVATION 28 (Panis).
Mme H... (de Reims), âgée de 36 ans, a eu quatre enfants. Les couches ont été très heureuses, et ses enfants sont tous nés vivants et très forts. Sur le point d’accoucher du cinquième, Mme H... me fit appeler le 17 janvier dernier à 6 heures du matin. J’appris à mon arrivée que les eaux s'étaient écoulées à 3 heures, et qu’au moment de la rupture des membranes, il s'était écoulé du sang avec les eaux. Les mouvements de l’enfant s'étaient fait sentir la veille jusqu’au soir. Mme H... avait dormi toute la nuit et ne s'était éveillée qu’au moment de la rupture des membranes. Je pratiquai le toucher et je trouvai le sommet de la tête en occipito-iliaque gauche postérieure, une dilatation de 3 centimètres. Le travail marcha d’une manière régulière, mais un peu lente ; l'écoulement de sang continua, mais avec peu d’abondance, et à 10 heures du matin, Mme H... mit au monde un enfant mort qui se dégagea en position antérieure.
Etonné de la mort de cet enfant, dont la face était peu colorée, dont le développement était parfait et dont les mouvements n'avaient cessé d’être sentis jusqu’au moment où la mère s'était endormie, je cherchai la cause de cet accident, et je la trouvai dans le cordon ombilical, aussitôt que j’eus extrait le placenta. En effet, ce cordon était inséré sur les membranes, à 8 centimètres du placenta ; les vaisseaux qui le constituaient s'étaient séparés, rampaient dans les membranes et venaient se rendre à la circonférence du placenta. C'était précisément en cet endroit que les membranes elles-mêmes avaient été rompues. Je conclus dès lors que la mort était dûe à l'hémorrhagie causée par la rupture du vaisseau veineux et je m'expliquai alors pourquoi cet écoulement de sang avait commencé au moment même de la rupture des membranes (1).
Langerhans (2) relate une hémorrhagie de cette sorte:
(1) Cazeaux, Traité théorique et pratique des accouchements, chapitre Hémorrhagie puerpérale.
(2) LanGerHans, Archiv für gynécologie, 13° vol., 1878, p. 304.
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OBSERVATION 29 (LANGERHANS).
Chez une primipare àgée les douleurs commencèrent à 9 heures du soir. Au dire de la sage-femme les membranes se rompirent à 4 heure du matin ; en même temps survint une hémorrhagie abondante mais de courte durée et le fœtus perdit son méconium. Néanmoins la sagefemme attendit jusqu’à 1 heure de l'après-midi pour appeler un médecin à son aide. L’enfant se présentait par le sommet ; la tête était au détroit supérieur ; les bruits du cœur ne s’entendaient pas, et la femme était très épuisée. On termina l'accouchement par une application de forceps. L'examen de l’arrière-faix donna les renseignements suivants : le cordon s’insérait sur le point des membranes opposé au placenta ; entre le bord du placenta et le point d'implantation du cordon, les vaisseaux couvraient de leurs mailles la superficie des enveloppes de l’œuf ; ces dernières s'étaient déchirées vers le milieu de cet espace ; la rupture avait intéressé une artère qui traversait obliquement cet intervalle et avait le volume d’une plume de corbeau. C’était là évidemment la cause de l’hémorrhagie et de la mort de l’enfant.
Halliday Croom (1) écrit une courte note sur un cas de cette façon relevé dans sa clientèle privée :
Ogservarion 30 (HAzLinay CRoow).
Je fus appelé, près d’une femme de 40 ans, en travail depuis quelque temps, qui avait eu une hémorrhagie considérable. Quand je la vis, les membranes étaient rompues et la tête engagée, l’hémorrhagie avait cessé. Peu de temps après mon arrivée, l’enfant fut expulsé mort et anémié.
Le placenta fut extrait facilement avec quelques caïllots au bout de dix minutes.
J'ai considéré le cas comme étant une hémorrhagie accidentelle,
M'étant informé, j'appris que les membranes s’étaient rompues une heure avant mon arrivée et que, depuis leur rupture jusqu’à la naissance, écoulement de sang avait été continu. En examinant le délivre, je vis que le cordon s’insérait sur les membranes. Les vaisseaux avant de gagner le placenta au bord inférieur duquel ils étaient reliés se divisaient et couraient à la surface des membranes dans une étendue de trois pouces. Les troncs veineux étaient plus nombreux en même temps que plus longs et plus flexueux. Deux d’entre eux étaient rompus, manifestement au point de la déchirure des membranes,
(1) Loc, cit.
SCD pe Hugues (1) publie aussi une observation inédite à ce sujet.
OBsERvATION 31 (HUGUES).
Magdeleine X., âgée de 27 ans, primipare, arrive à la Maternité de Marseille, le 187 novembre 1863. Elle a eu ses dernières règles en janvier de la même année, elle est par conséquent dans le 9e mois de sa grossesse. Les douleurs ont commencé le 1* novembre à 10 heures du soir. Elle a continué à souffrir toute la nuit et toute la journée du lendemain, et le 2 novembre à 8 heures du soir les membranes se sont rompues ; il s’est écoulé une assez grande quantité d’eau mêlée de sang. Le col n’était pas encore bien dilaté; le toucher et le palper abdominal faisaient reconnaître une présentation du vertex, mais on ne pouvait pas encore diagnostiquer la position, les parties fœtales étant encore très élevées ; l’auscultation faisait entendre la circulation fœtale à droite, assez rapide. Elle resta dans cet état jusqu’au 3 à 8 heures du matin, heure à laquelle l’orifice avait une dilatation de 2 centimètres. Il y avait toujours un écoulement sanguin, pas très abondant cependant. À midi, la dilatation était de 3 centimètres, et on pouvait, par le toucher, reconnaître une deuxième position du vertex. On entendait toujours les bruits fœtaux. A trois heures et demie, les douleurs reprennent de plus belle ; la femme accusait en même temps une forte douleur dans la fosse iliaque droite. A 5 heures, on ne sentait plus le bord postérieur de l’orifice du col et à 6 heures la dilatation était complète. L'écoulement sanguin devient alors plus abondant et la circulation fœtale se ralentit. A 9 heures, l'accouchement avait lieu ; l'enfant se dégageait en deuxième position du vertex, et une grande quantité de caillots était expulsée après lui. La femme venait de mettre au monde une fille pâle, décolorée, mais dont le développement était parfait puisque son poids était de 3200 grammes. Cet enfant ne donnait plus que quelques signes de vie ; quelques instants après, il était mort.
On procède à la délivrance dix minutes ou un quart d'heure après ; mais en faisant des tractions sur le cordon, celui-ci cassa. On fit alors des frictions sur le ventre pour faire contracter l'utérus et aussitôt après on put saisir et attirer au dehors le placenta, qui était déjà dans le vagin.
Le placenta avait son aspect, sa forme et sa texture habituels ; les membranes étaient un peu épaissies, et le cordon ombilical, qui avait une longueur de 60 centimètres, venait s’insérer sur elles à 4 ou 6 centimètres du bord placentaire. A partir de ce point, les vaisseaux étaient séparés et entraient dans le placenta par des points différents.
(1) Loc. cit.
PE
a ET
nfin, en examinant l'endroit où s’était effectuée la rupture des membranes, on s’aperçut que cette rupture avait eu lieu précisément dans lespace compris entre le point d'insertion sur les membranes et le bord placentaire, c'est-à-dire, au lieu de passage des vaisseaux ombilicaux ; on avait trouvé l'origine et la cause de l'hémorrhagie ; au moment de la rupture des membranes, un vaisseau avait été lésé et l’enfant avait succombé à cette hémorrhagie.
Comme on a pu le voir dans les observations précédentes, l’hémorrhagie est la conséquence de la rupture des vaisseaux dans leurs parcours sur les membranes au niveau de la poche des eaux. Les veines sont presque tou- Jours intéressées dans la circonstance probablement par suite de leur plus grande tendance à la dispersion.
Les choses se passent presque toujours de la même manière. La poche des eaux se rompt et un flot de liquide amniotique avec du sang survient en même temps. Suit alors une perte sanguine peu considérable et continue. Mais il est des cas où le tableau clinique présente un aspect différent, ainsi que le témoigne l'observation recueillie par Lemaestre (1) à l'hôpital Saint-Louis :
OBSERVATION 32 (LEMAESTRE).
Le 31 mars 1846, à 7 heures du matin, entre à l’hôpital Saint-Louis, dans le service d’accouchements, la nommée Massa Magdeleine, cartière, âgée de 19 ans ; d’une bonne santé habituellement, elle présente les caractères que l’on assigne au tempérament lymphatique. Les règles qui sont venues pour la première fois à l’âge de 10 ans, ont toujours été régulières et abondantes ; mais il y a deux ans, étant allée aux bains froids alors qu'elle avait bien chaud, et que ses règles venaient de cesser, elle fit une maladie de trois mois, éprouvant de fortes douleurs dans le ventre, pour lesquelles on lui applique six fois des sangsues. Les règles qui s'étaient supprimées pendant ces trois mois revinrent, mais depuis lors moins abondantes et moins régulières.
Il y a un an, elle a fait une fausse couche de trois mois ; neuf jours avant, la malade avait fait une chute sur le siège. A son arrivée à l'hôpital, on pratique le toucher qui fait reconnaître un effacement complet des lèvres du col et une dilatation de l’orifice d’environ 2? centimètres ;
(1) Bulletin de la Société anatomique de Paris, année 1846.