Intelligent ; Réaumur, Condillac, G. Leroy
mitive et propre comme la sensibilité, comme
Y irritabilité, comme Y intelligence. Il y a de
Y instinct jusque dans l'homme : c'est par un instinct particulier que l'enfant tette en venant au monde 1 ; mais, dans l'homme, presque tout se fait par intelligence, et Y intelligence y supplée à Y instinct. L'inverse a lieu pour les dernières classes : Y instinct leur a été accordé comme supplément de Y intelligence.
Le premier pas à faire était donc de séparer
Y instinct es Y intelligence; le second était de séparer, soit pour Y intelligence, soit pour les instincts, les classes et les espèces. Buffon a donné, comme nous avons vu, une première idée de cette échelle graduée des facultés intérieures des animaux. Or, plus on a observé, plus on a senti et mieux on a marqué tous ces degrés, presque infinis, qui placent le mammifère si fort au-dessus de l'oiseau, l'oiseau si fort au - dessus du reptile et du poisson, tous les animaux vertébrés si fortau-
4. J'ai vérifié sur plusieurs animaux ce fait connu, que les petits, rapprochés des mamelles, tettent, môme avant d'être entièrement sortis du sein de leur mère.
dessus des animaux sans vertèbres , et les différentes classes des animaux sans vertèbres à une si grande distance encore les unes des autres. Et ce n'est pas tout : il y a des degrés, il y a des limites pour les familles, pour les genres, ,pour les espèces , comme il y en a pour les classes. Parmi les mammifères, le chien, le cheval, l'éléphant, l'orang-outang, sont fort au-dessus de la brebis, du paresseux, et du castor même, malgré l'instinct singulier qui le distingue, mais qui n'est qu'un instinct. 11 y a des oiseaux qui s'attachent à leur maître, qui reviennent à sa voix, qui imitent jusqu'à son langage. Tous les poissons ne sont pas également stupides, etc. Il y a donc partout des degrés, partout des limites; et ces deux grands faits dominent la question entière de Y intelligence des bêtes, l'un qui sépare X instinct de Y intelligence;, et l'autre qui, soit pour Y intelligence, soit pour les instincts, sépare les classes et les espèces.
Pendant plus d'un siècle, depuis Descartes jusqu'à Buffon 1 , la question de Y intelligence des animaux n'avait été, comme on vient de le voir, qu'une question de pure métaphysique. C'est avec Buffon , c'est avec G. Leroy qu'elle commence à devenir une question positive et d'expérience. C'est ce qu'elle est, plus particulièrement encore, dans F. Cuvier.
Ce qui importe surtout ici , ce sont des faits nets, distincts, des faits séparés par des limites précises.
4 . C'est-à-dire depuis le Discours sur la méthode, publié en 4 637, jusqu'au Discours sur la nature des animaux, publié en 4753.
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Il faut chercher les limites qui séparent l'intelligence des différentes espèces; les limites qui séparent l'instinct de l'intelligence ; les limites qui séparent l'intelligence de l'homme de celle des animaux. Et, ces trois limites posées, la question, si longtemps débattue, de Y intelligence des animaux, prend un nouvel aspect.
D'une part, Descartes et Buffon refusent aux animaux toute intelligence : c'est qu'il leur répugne, et avec raison, d'accorder aux animaux l'intelligence de l'homme; c'est qu'ils ne voient pas la limite qui sépare l'intelligence de l'homme de celle des animaux.
D'autre part, Condillac et G. Leroy accordent aux animaux jusqu'aux opérations intellectuelles les plus élevées : c'est qu'ils se fondent sur des actions qui, en effet, si elles appartenaient à l'intelligence, exigeraient ces opérations ; c'est qu'ils ne voient pas la limite qui sépare l'instinct de l'intelligence.
Le premier résultat, que je note dans les observations de F. Cuvier, marque les limites
de l'intelligence dans les différents ordres des mammifères.
C'est dans les rongeurs que cette intelligence se montre, au plus bas degré; elle est plus développée dans les ruminants; beaucoup plus dans les pachydermes, à la tête desquels il faut placer le cheval et Y éléphant; plus encore dans les carnassiers, à la tête desquels il faut placer le chien, et dans les quadrumanes, à la tête desquels se placent Y orang-outang et le chimpanzé.
Et ce fait de Y intelligence graduée des mammifères, que donne d'un côté l'observation directe, Fanatornie le confirme de l'autre, en montrant la partie du cerveau, siège spécial de l'intelligence dans les animaux 1 , de plus en plus développée, des rongeurs aux ruminants, et des ruminants aux pachydermes, aux carnassiers et aux quadrumanes.
\. C'est-à-dire le cerveau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux). Voyez mon livre intitulé : Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux ; seconde édition, Paris, 1842.
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Le rongeur i ne distingue pas individuellement l'homme qui le soigne de tout autre homme. Le ruminant distingue son maître ; mais un simple changement d'habit suffit pour qu'il le méconnaisse. Un bison du Jardin du Roi avait pour son gardien la soumission la plus complète; ce gardien vint à changer d'habit, et le bison, ne le reconnaissant plus, se jeta sur lui. Le gardien reprit son habit ordinaire, et le bison le reconnut. Deux béliers* accoutumés à vivre ensemble, sont-ils tondus, on les voit aussitôt se précipiter l'un sur l'autre avec fureur.
On connaît l'intelligence de ! 'éléphant , du cheval, parmi les pachydermes. F. Cuvier pense que le cochon, malgré ses appétits grossiers, n'est peut-être pas très-inférieur à l'éléphant pour l'intelligence; il a vu un pécari aussi docile, aussi familier que le chien le plus soumis. Le sanglier s'apprivoise facilement; il reconnaît celui qui le soigne; il lui obéit; il se prête à des exercices.
1 . C'est-à-dire la marmotte, le castor, Y écureuil, le lièvre, etc.
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C'est enfin dans les carnassiers et les quadrumanes que paraît le plus haut degré de l'intelligence parmi les bêtes. Et, de tous les animaux, Y orang-outang est, selon toute apparence, celui qui en a le plus.
Un jeune orang - outang i , étudié par F. Cuvier, avait besoin de société; il s'attachait aux personnes qui le soignaient; il aimait les caresses, donnait de véritables baisers, boudait lorsqu'on ne lui cédait pas, et témoignait sa colère par des cris et en se roulant par terre.
Il se plaisait à grimper sur les arbres et à s'y tenir perché. On fit un jour semblant de vouloir monter à l'un de ces arbres pour aller l'y prendre; mais aussitôt il se mit à secouer l'arbre de toutes ses forces pour effrayer la personne qui s'approchait; cette personne s'éloigna, et il s'arrêta; elle se rapprocha , et il se mit de nouveau à secouer l'arbre. « De quelque manière, dit