Lettres philosophiques, etc., p
ik ÉTUDE POSITIVE DE i/lNSTINCT, ETC.
depuis par quelques observateurs habiles, et reçoit enfin, de nos jours, un certain ensemble des travaux de quelques-uns de nos contemporains , notamment des deux Huber sur les insectes et de F. Cuvier sur les mammifères.
La question métaphysique de l'âme des bêtes est née, comme chacun sait, d'une opinion de Descartes. On commençait à se lasser des vieilles querelles sur Àristote. Il fallait à la dispute, ce besoin éternel des écoles, des sujets nouveaux. Descartes vint pour renouveler tout à la fois le champ et la forme de la philosophie. Son opinion sur le pur automatisme des bêtes fit surtout une fortune prodigieuse. La chose vint à ce point qu'il ne fut presque plus permis de se dire cartésien qu'à la condition de soutenir que les bêtes sont des machines. C'est ce que remarque
avec esprit le P. Daniel, dans une de ses Lettres 1 . « Le point essentiel, dit -il, du caret tésianisme, et comme la pierre de touche « dont vous vous servez, vous autres chefs (i de parti, pour reconnaître les fidèles disci- « pies de votre grand maître, c'est la doctrine « des automates, qui fait de pures machines « de tous les animaux, en leur ôtant tout sen- « timent et toute connaissance. Quiconque a « assez d'entêtement pour ne trouver nulle « difficulté à ce paradoxe a aussitôt votre « agrément pour se faire partout honneur du « nom de cartésien. Ce seul point renferme « ou suppose tous les principes et tous les « fondements de la secte... Avec cela il est « impossible de n'être pas cartésien, et sans « cela il est impossible de l'être. »
Mais si, d'un côté, le pur automatisme des bêtes fut soutenu avec chaleur par les vrais cartésiens, il fut combattu, de l'autre, par une foule d'écrivains qui n'apportèrent dans
1. Suite du Voyage du monde de Descaries. — Lettre première touchant la connaissance des bêtes, p. 3.
la dispute ni moins d'ardeur, ni moins de persévérance. De là to^ÉfefKUvres mv Y âme des bêtes, dont les j$HH^ commencent avec Descartes, et dont iSsrttérniers ne finissent guère qu'avec le xvm e siècle.
La plupart de ces livres méritent, d'être lus. Une certaine force philosophique règne dans celui du P. Pardies * , dans celui de Boullier 2 ; il y a de l'esprit dans celui du P. Daniel 3 ; celui du P. Boujeant 4 , qui veut que les bêtes ne soient que dmfëablcs, et qui explique par là comment elles pensent, connaissent et sentent, est un badinage ingénieux.* C'est le contre-pied le plus formel et la critique la plus fine de f opinion de Descartes. Descanes refuse aux bêtes tout esprit; et |e P. Boujeant leur en trouve tant qu'il veut que ce soient des diables qui le leur fournissent.
Mais tous ces livres pèchent par les mê-
iJ.JDiscours de la connaissance des bêtes.