Amusement philosophique sur le langage des bêtes
mes vices : le défaut de faits, les raisonnements à ^de; J^flHir se lasse de voir que la question n'â^^|pas. Et comment avancerait-elle? La question de l'intelligence des bêtes est une question de faits, une question d'étude expérimentale ; ce ne peut être une simple thèse de Métaphysique. Or, tous ces auteurs, à commencer par Descartes, ne sortent jamais de la thèse métaphysique. C'est ce qu'il est aisé de faire voir, et particulièrement dans Descartes. |f|
L'ouvrage où Descartes a parlé le plus amplement de [automatisme dés bêtes est sot Discours sur la méthode; et là il en donne ces deux raisons, toutes deux très-fines et trèsrprofondes : la première, que « jamais « les bêtes ne sauraient user de paroles ni « d'autres signes, comme nous faisons pour « déclarer aux autres nos pensées ; » et la seconde, que « bien que les bêtes fassent plu- « sieurs choses aussi bien et peut-Are mieux « qu'aucun de nous, elles manquent infailli— « blement en quelques autres, par lesquelles
« on découvre qu'elles n'agissent pas par « connaissance, mais seulement par la dispo- « sition de leurs organes 1 . »
a C'est une chose bien remarquable, dit— « il, qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et « si stupides, sans §p excepter même les in- « sensés, qui ne soient capables d'arranger « ensemble diverses paroles et d'en composer « un discours par lequel ils fassent entendre « leurs pensées; eï que, au contraire^ il n'y a « point d'autre animal, tant parfait et tant « heureusement né qu'il puisse être, qui fasse « le semblable... Et ceci ne témoigne pas « seulement, eontinue-t-il, que les bêtes ont « moins de raison que les hommes, mais « qu'elles n'en ont point du tout 2 . »
Il dit ensuite : « C'est aussi une chose « fort remarquable que, bien qu'il y ait plu- « sieurs animaux qui témoignent plus d'in- « dustrie que nous en quelques-unes de leurs « actions, on voit toutefois que les mêmes
4. Discours sur la méthode, cinquième partie; édition des œuvres de Descartes par M. Cousin.
20 DE L'INSTINCT ET DE L'ïNTELLÎGEN CE*
« n'en témoignent point du tout en beaucoup « d'autres : de façon que ce qu'ils font mieux « que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'es- « prit, car, à ce compte, ils en auraient plus « qu'aucun de nous, et feraient mieux en « toute autre chose; mais plutôt qu'ils n'en « ont point, et que c'est la nature qui agit en « eux, selon la disposition de leurs organes : « ainsi qu'on voit qu'une horloge, qui n'est « composée que de roues et de ressorts, peut « compter les heures et mesurer le temps « plus justement que nous avec notre pru- « dence 1 . »
Descartes conclut donc, de ce que les bêtes ne parlent pas, qu'elles sont sans intelligence. Et quand on comprend bien, en effet, ce que c'est que la parole 2 , cette expression, créée par l'homme, de l'intelligence de l'homme, on comprend bien aussi tout ce que la première preuve de Descartes a de force.
Sa seconde preuve est d'une sagacité non
4. Discours sur la méthode, cinquième partie. 2. Voyez, plus loin, le chapitre sur le langage des bètes.
descarîeS. 21
moins profonde. Ces industries singulières des animaux, ces choses qu'ils font mieux que nous, ne prouvent pas en effet pour leur intelligence, elles prouvent contre ; elles montrent, pour me servir des expressions heureuses de Descartes lui-même, que, « au.lieu « que la raison est un instrument universel « qui peut servir en toutes sortes de renCôn- « très, les organes des bêtes ont besqin de quel- « que particulière disposition pour chaqrn ac- « tion particulière *. » Mais ici Descartes confond les insêincts des animaux avec leur intelligence : confusion dans laquelle la plupart des auteurs venus après lui sont également tombés, et. dont le dépouillement est le premier pas qu'ait eu à faire la question qui nous occupe., dès que cette question a été bien vue 2 .
Laissons, pour le moment, cette distinction ; et voyons nettement ce que Descartes entend par automatisme, en parlant des bêtes.
L Discours sur la méthode, cinquième partie.
2. Voyez, plus loin, le chapitre sur la distinction de l'instinct et de l'intelligence dans les bêtes.
<( Il n'y a point de doute, » dit-il dans une de ses Lettres 1 , «qu'un homme» (qu'il place, à la vérité, dans certaines conditions trèsparticulières 2 ) « ne jugerait pas qu'il y eût « dans les bêtes aucun vrai sentiment ni au- « cune vraie passion, comme en nous, mais « seulement que ce seraient des automates « qui, étant composés par la nature, seraient « incomparablement plus accomplis qu'au- « cun de ceux que l'homme fait lui-même. »
Voilà donc l' automatisme des bêtes posé d'une manière absolue.
Mais, dans une autre Lettre*, où il ne s'agit plus de ce que penserait un homme