‹ De l'instinct et de l'intelligence des animauxChapitre 6 sur 217 · Œuvres de Descartes, t. X, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Descartes, t. X, p

placé dans telle ou telle condition donnée, où il s'agit de sa propre pensée à lui , il dit : « Il faut pourtant remarquer que je parle de « la pensée, non de la vie ou du sentiment; a car je n'ôte la vie à aucun animal... Je ne « leur refuse pas même le sentiment autant « qu'il dépend des organes du corps. Ainsi « mon opinion n'est pas si cruelle aux ani- « maux... »

Ces paroles sont remarquables; et, dans le fond, elles tranchent la question. Descartes n'ôte aux animaux ni la vie, ni le sentiment; il ne leur ôte que la pensée. Ses aiÊbmates sont donc des automates qui vivent , des automates qui sentent ; ce ne sont donc pas de purs automates.

Ainsi donc, une fois le sentiment*accordé aux bêtes , la question change. Ce n'est plus la question du pur automatisme, c'est la question de ce qu'on pourrait appeler Y automatisme mixte y ou Y automatisme de Buffon.

JÏUFF0N.

« Si je me suis bien expliqué, dit Buffon, on dnit avoir vu que, bien loin de tout ôter aux animaux, je leur accorde tout, à l'exception de la pensée et de la réflexion : ils ont le sentiment , ils l'ont même à un plus haut degré que nous ne l'avons; ils ont aussi la conscience de leur existence actuelle, mais ils n'ont pas celle de leur existence passée; ils ont des sensations, mais il leur manque la faculté de les comparer, c'est-à-dire la puissance qui produit les idées ; car les idées ne sont que des sensations comparées, ou, pour mieux

« dire, des associations de sensations 4 . »

Buffon accorde donc aux animaux la vie et le sentiment, comme Descartes; il leur accorde de plus, et ceci est un grand pas de fait sur Descartes, la conscience de leur existence actuelle 2 . Mais il leur refuse la pensée, la réflexion, la mémoire ou conscience de l'existence passée, et la faculté de comparer des sensations ou d'avoir des idées.

Chacun de ces derniers points mérite un examen à part. Les animaux ont la conscience de leur existence actuelle, et ils n'ont pas la pensée : mais qu'est-ce que la conscience de V existence, sinon le discernement, la connaissance, et par conséquent la pensée de l'existence? Peut -il y avoir conscience sans connaissance, et connaissance sans pensée?

^. Discours sur ta nature des animaux, t. TÏ, p. 331 de l'édition que j'ai donnée des Œuvres de Buffon.

2. Descartes a toujours refusé aux bêtes la conscience de leurs sensations. « J'ai fait voir expressément, dit-il, « que mon opinion n'est pas que les botes voient comme « nous, lorsque nous sentons quemous voyons. » T. IV, p. 339.

Ils n'ont pas la mémoire. Quoi! ce chien qui distingue y c'est-à-dire qui reconnaît les lieux qu'il a habités, les chemins qu'il a parcourus ; ce chien que les châtiments corrigent* qui pleure le maître qu'il a perdu, qui va jusqu'à mourir sur sa tombe , ce chien n'a pas la mémoire?

« Tout semble prouver, dit Buffon lui- « même, qu'on ne peut refuser aux animaux « la mémoire, et une mémoire active, éten- « due, et peut-être plus fidèle que la nôtre 1 .» Et cependant il la leur refuse; et pourquoi?

parce que son système veut qu'il la leur refuse 2 .

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