‹ De l'instinct et de l'intelligence des animauxChapitre 7 sur 217 · Discours sur la nature des animaux, t. II, p · texte numérisé non relu

Discours sur la nature des animaux, t. II, p

%. La force des faits le conduit néanmoins à accorder aux animaux une sorte de mémoire (p. 341). Il l'appelle réminiscence; mais qu'y fait le nom? ïl dit aussi qu'elle n'est que le renouvellement des sensations, tandis que la mémoire est la trace des idées. Ainsi, les bètes ont le sentiment, la sensation, la conscience de leur existence , la réminiscence de leurs sensations ; c'est-à-dire qu'aux mots près elles ont une véritable intelligence, mais infiniment au-dessous de la nôtre sans contredit, et qui sûrement ne va pas jusqu'à réfléchir, puisque réfléchir est, pour Buffon, la puissance

Mais écoutons Buffon, lorsqu'il oublie, du moins en partie, son système. « Un naturel « ardent, colère, même féroce et sanguinaire, « rend le chien sauvage redoutable à tous les « animaux,, et cède, dans le chien domestique, « aux sentiments les plus doux, au plaisir de « s'attacher et au désir de plaire ; il vient en « rampant mettre aux pieds de son maître « son courage, sa force, ses talents; il attend « ses ordres pour en faire usage; il le con- « suite y il Y interroge, il le supplie; il entend « les signes de sa volonté; sans avoir, comme « l'homme, la lumière de la pensée, il a toute « la chaleur du sentiment ; il a de plus que « lui la fidélité , la constance dans ses afïec- « tions; nulle ambition , nul intérêt, nul dé- « sir de vengeance , nulle crainte que celle « de déplaire; il est tout zèle, tout ardeur et « tout obéissance ; plus sensible au souvenir

des idées générales et l'intelligence des choses abstraites, La question de l'intelligence des bêtes n'est donc, au fond, que celle de la limite de l'intelligence des bêtes, question de faits et non de mots, et sur laquelle je reviendrai plus loin.

« des bienfaits qu'à celui des outrages , il ne « se rebute pas par les mauvais traitements ; « il les subit, les oublie , ou ne s'en souvient « que pour s'attacher davantage; loin de « s'irriter ou de fuir, il s'expose de lui-même « à de nouvelles épreuves ; il lèche cette main, « instrument de douleur qui vient de le frap- « per; il ne lui oppose que la plainte, et la « désarme enfin par la patience et la soumis- « sion 1 . »

Il est vrai que, jusque dans cet admirable tableau, Buflbn refuse au chien la lumière de la pensée-. Mais comment, sans une certaine pensée, c'est-à-dire sans une certaine intelligence, le chien peut-il consulter, interroger, supplier son maître, entendre les signes de sa volonté? Comment peut-il entendre sans intel-

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