‹ De l'instinct et de l'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 9 sur 170 · BUFFON · texte numérisé non relu

BUFFON

« Si je me suis bien expliqué, dilBufToo, on « doit avoir vu que, bien loin de tout ôter aux « animaux, je leur accorde tout, à l’exception de « la pensée et de la rétlexion : ils ont le senti- « ment, ils l’ont même à un plus haut degré que « nous ne l’avons; ils ont aussi la conscience de

« leur existence actuelle, mais ils.n’ont pas celle « de leur existence passée; ils ont des sensations,

« mais il leur manque la faculté de les comparer,

« c’est-à-dire la puissance qui produit les idées; } « car les idées ne sont que des sensations compact rées, ou, pour mieux dire, des associations de « sensations »

Buffon accorde donc aux animaux la vie et le sentiment, comme Descartes; il leur accorde de plus, et ceci est un grand pas de fait sur Descartes, la conscience de leur existence actuelle 1 2 . Mais il leur refuse la pensée, la réflexion, la mémoire

1. Discours sttt la nature des animaux , tome IV, page 4 1 , édition in-4,de l'Imprimerie royale.

2. Descaries a toujours refusé aux bêtes -la conscience de leyrs sensations. « J ai fait voir expressément, dit-il, que mon « opinion n’est pas que les bêtes voient comme nous, lorsque « nous sentons qlie nous voyous. » Tome VJ, page 330.

ET DE L’iMÎELLlGENCE DES ANIMAUX. 15 OU conscience de l'existence passée, èt la faculté de comparer des sensations ou Savoir des idées.

Chacun de ces derniers points mérite un exa- • menàpart, Les animaux ont la conscience de leur existence actuelle, et ils n’ont pas la pensée : mais qu’est-ce que la conscience de l’existence, sinon le discernement, la connaissance, et par conséquent in pensée de l’existence? Peut-il y avoir conscience sans connaissance, et connaissance sans

pensee s

Ils n’ont pas la mémoire. Quoi ! ce chien qui distingue, c’est-à-dire qui reconnaît les lieux qu’il a habités, les chemins qu’il a parcourus ; cerchien que les châtiments corrigent, qui pleure le maître qu’il a perdu, qui va jusqu’à mourir sur sa tombe, ce chien n’â pas la mémoire ?

« Tout semble prouver, dit Bufîon lui-même,

« qu’on ne peut refuser aux animaux la mémoire,

« et une mémoire active, étendue, et peut-être « plus fidèle que la nôtre *. » Et cependant il la leur refuse ; et pourquoi ? parce que son système véut qu’il la leur refuse 1 2 .

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