De deux pieds et demi à peu près
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Mais voici quelque chose de pius remarquable encore.
C’estque l’intelligence de Y orang-outang , cette intelligence si développée, et développée de si bonne heure, décroît avec l’âge. L'orang-outang , lorsqu’il est jeune, nous étonne par sa pénétration, par sa ruse, par son adresse ; Y orang-outang, devenu adulte, n’est plus qu’un animal grossier, brutal, intraitable. Et il en est dejxms les singes comme de Y orang-outang . Dans'tôùê^^ntelligence décroît à mesure que les forces s'accroissent. L’animal, considéré comme être perfectible, a donc sa borne marquée, non-seulement comme espèce, il l’a comme individu. L’animal qui a le plus d’intelligence n’a toute cette intelligence que dans le jeune âge.
Après avoir posé les limites qui séparent l’intelligence des différentes espèces, F. Cuvier cherche la limite qui sépare Y instinct de Y intelligence. Ici, c’est particulièrement sur le castor que ses observations portent.
Le castor est un mammifère de l’ordre des rongeurs , c’est-à-dire de l’ordre môme qui a le moins d’intelligence, ainsi que nous avons vu ; mais il a , un instinct merveilleux, celui de se construire une cabane, de la bâtir dans l’eau, de faire des chaussées, d’établir des digues, et tout cela avec
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une industrie qui supposerait, en effet, une intelligence très élevée dans cet animal, si cette iny dustrie dépendait de l’intelligence.
Le point essentiel était doncde prouver qu’elle »- . n’en dépend pas; et c’est ce qu’a fait F. Cuvier.
11 a pris des castors très jeunes ; et ces castors, élevés loin de leurs parents, et qui par conséquent n’en ont. rien appris; ces castors, isolés, solitaires , qu’on avait placés dans une cage, tout exprès pour qu’ils n’eüssent pas besoin de bâtir ; ces castors ont bâti, poussés par une force machinale et ayebgle, en. un mot, par Un pur instinct. " • • . v -
L’opposition la plus complète sépare l 'instinct
de Yintelligenéé. \ f
< Tout, dans Y instinct, est aveugle,, nécessaire et invariable; tout, dans Y intelligence , est électif, conditionnel et modifiable.
Le castor qui se bâtit une cabane, l’oiseau qui se construit un<nid, n’agissent que par instinct *
Le chien, le cheval, qui apprennent jusqu’à la signification’ de plusieurs de nos mots et qui nous obéissent, font cela par intelligence.
Tout, dans Yinstinct , est inné : lê castor bâtit sans l’avoir appris; tout y est fatal le castor bâtit, maîtrisé par une fofee constante et irrésistible^ ' J > v
38 ÉTUDE POSITIVE DÉ L’iNSTINCT
Tout, dans 1* intelligence, résulte de l'expêrienoe et de Tinstruc^ion •- le chien n’obôit que parce qu’il l’a appris ; tout y est libre : le chien n’obéit que parce qu’il le veut. * v
^ Enfin, tout, dans {'instinct, est particulier : cette industrie si admirable que le castor met à bâtir sa cabane, il ne peut l’employer qu’à bâtir sa cabane ; et tout, dans Y intelligence, est général : car cette même flexibilité d’attention et de conception que le chien met'à obéir, il pourrait s’en servir pour faire toute autre chose.
Il y a donc, dans les animaux, deux forces distinctes et primitives : f instinct et Y intelligence. Tant que ces deux forces restaient Confondues, tout, dans les actions des animaux, était obscur et contradictoire. Parmi ces actions, les -Unes montraient l’homme supérieur à la brùte , et les autres semblaient faire passer la supériorité du côté de la brute. Contradiction aussi déplorable qu’abSurde î Par la distinction qui sépare les actions aveugles et nécessaires des actions , électives et cohdi'tionnellès, ou, en un seul mot, Y instinct ùq Y intelligence , toute contradiction cesse, la clarté succède à la confusion ■; tontce qui, dans les animaux, -est intelligence, n’y approché, sous aucun rapport, de l’intelligence de l’homme; et tout ce qui, passant pour infelfi-
ET DE L’iNTF.LLTGENCE DES ANIMAUX. *
gence, y paraissait supérieur à l’intelligence rîë l’homme, n’y -est que l’effet d’une force machinale et aveugle. • /’ r
Il ne reste plùsà poser que la limite môme qui sépare l’intelligence de l’homme de celle des animaux . < * ‘ . .*’• i
tes animaux reçoivent par leurs sens des impressions semblables à celles que nous recevons par les nôtres; ils conservent, comme nous, la trace de ces impressions; ces impressions conservées forment, pour eux comme pour nous, des associations nombreuses et variées; ils les combinent,- ils en tirent des rapports, ils en dëduise/it des jugements; ils ont donc de l’intelligence. * • • ; • ■ ■
Mais toute leur intelligence se réduit là. Cette intelligence qu’ils ont ne se considère pas ellemême, ne se voit pas, ne se connaît pas. Ils n’ont pas la réflexion,- cette faculté suprême qu’a l’esprit de l’homme de se replier sur lui-même, et d’étudier l’esprit.
La réflexion, ainsi' définie, est donc la limite qui sêpâre l’intelligence de l’homme de celle des animaux. Il y a là une ligné de démarcation profonde. Cette pensée qüi se considère elle-même, cette intelligence qui se voit et qui s’étudie, cette connaissancé qui se connaît, forment évidemment
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un ordre de phénomènes déterminés, d’une nature tranchée, et auxquels nul animal ne saurait atteindre. C’est là, si l’on peut ainsi dire, le monde purement intellectuel, et ce monde n’ap- 'partient qu’à l’homme. En un mot, les animaux sentent, connaissent, pensent; mais l’homme est le seul de tous lés êtres créés à qui ce pouvoir ait été donné de sentir qu’il sent, de connaître qu’il connaît, et de penser qu’il pense.
DE flüELftl'ES OPINIONS CÉLÈBRES TORCHANT L'INTELLIGENCE DES BÊTES. >