ARISTOTE
Aristote fait marcher tout ensemble, dans son livre sur les animaux , la zoologie, l’anatomie comparée, l’histoire naturelle proprement dite»
Il a donné à la zoologie les premiers germes de la méthode naturelle; à l’anatomie comparée, le grand principe de la comparaison des organes 1 ; à l’histoire naturelle proprement dite, une foule d’observations que les modernes ont trouvées d’autant plus exactes qu’ils sont devenus pins savants.-
Je ne cherche ici qu’à me faire une idée claire de ce qu’a pensé Aristote touchant l’intelligence des bêtes* • \ ‘ ,
1,. Voyez ce que j'ai dil sur le principe de la comparaison des onjaues, dans mon Histoire des travaux de G. Cuvier, seconde édition, page l£>0.^ *■’ ■*
La philosophie de Descartes est la philosophie des qualités qui tranchent et qui s’excluent. La philosophie d’Aristote est celle des qualités qui t se graduent et qui s’enchaînent.
Longtemps avant d’être dans Leibnitz et dans ' Bonnet, la belle vue de la gradation des êtres ‘ était dans Aristote.
« Le passage des êtres inanimés aux animaux se « fait, dit-il, peu à peu :1a continuité des gradations « couvre les limites qui séparent ces deux classes « d’êtres, et soustrait à l’œil le point qui les di- « vise. Après les êtres inanimés, viennent d’abord « les plantes qui varient en ce que les unes pa- « raissent participer à la vie plus que les autres.
« Le genre entier des plantes semble presque « animé lorsqu’on le compare aux autres corps;
« elles paraissent inanimées, si on les compare •
« aux animaux. Des plantes aux animaux, le ' / « passage n’est point subit et brusque : on tfouve
« dans la mer des corps dont on douterait si ce «sont des animaux ou des plantes... La même ((dégradation insensible, qui donne à certains > « corps plus de vie et de mouvement qu’à d’au»
« très, a lieu pour les fonctions vitales 2 . » >
■ . /< ■'Æl' v~i r * * . '* * .; • •
• 1. Voyez, sur la gradation des Êtres, mon Histoire des (ru-
raux et des idées de Buffon , seconde édition, page 34.
2. Histoire des animaux, traduction de Camus, lirre VIH, v page 461.
TOUCHANT l’jNTELLICENCE DES BÊTES. 43,
Nulle part Descartes n’est plus exclusif, que lorsque, en fait d'intelligence , il donne tout à l'homme, et refuse tout aux bêtes. Aristote voit ici, comme partout, des analogies, des degrés, des nuances. .
« Il se trouve, dit-il, dans la plupart des bêtes,
« des traces de ces affections de l’âme -qui se « montrent dans , l’homme d’uije manière plus « marquée. On y distingue un caractère docile « ou sauvage : la douceur, la férocité, la géné- « rosité, la bassesse, la timidité, la confiance, la * « colère , la malice. . . On aperçoit même dans « plusieurs quelque chose qui ressemble à lapru- « dence réfléchie de l'homme. » — « On peut « appliquer ici, continüe-t-il, ce qui a été dit au « sujet des parties du corps. Certains animaux,
« comparés à l'homme, diffèrent d’avec lui par « excès ou par défaut... Tantôt l’homme, relati- « vement à quelques-unes de ces qualités, a plus « que les bêtes ; tantôt c’est la bête qqi a plus « que l’homme, et il y a d’autres points sur les- « quels on ne peut établir entre eux qu’un rap- « port d’analogie. Comme donc l’hompie a en « partage l’industrie, la raison et la prudence,
« quelques-uns des autres animaux ont aussi une * sorte de faculté naturelle d’un autre genre,
« quoique susceptible de comparaison , qui les «dirige. •» — «Ceci deviendra plus sensible,
, Ai DE QÜELUl'ES OPINIONS CÉLÈBRES
«ajoute-t-il, si l’on considère l’homme dans « son enfance. On y voit comme des indices « et des semences de ses habitudes futures; mais ' <( dans cet âge, son âme ne diffère en rien, pour « ainsi dire . de celle des bêtes. Ce n’est donc « point aller contre la raison de dire qu’il y a «entre l’homme et les animaux des facultés com- « thunes, des facultés voisines et des facultés m «analogues 1 .»
*"' T v Aristote a bien vu la plupart des degrés qui séparent les bêtes. .« La brebis, dit-il, est le plus « imbécile des quadrupèdes 2 . » — « De tous les « animaux sauvages, le plus doux et le plus facile « à apprivoiser est l’éléphant. Il a de 1’iùtelli- '
« gence, et on lui apprend beaucoup de choses...
« SèS sens sont exquis , et il surpasse les autres « animaux en compréhension 3 . »
il a bien vusurtout le degré qui séparé l'homme de lâ brute. ' , " 1 ' ,f
« Un seul animal, dit-il, est capables réflê- ’ ït-chir et de délibérer, c’est l’homme. Il est vrai 6 que plusieurs autres animaux participent à la « facuTtô d’apprendre et à la mémoire, mais lui « seul peut revenir sur ce qu’il a appris 4 . »
• 1; Histoire des animaux, livre Vftf, paga 4&J. • ‘ '
, 2. Livie IX, page 54i>. . « . ,