‹ De l'instinct et de l'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 47 sur 170 · Essais, livre 11, chapitre Xfl · texte numérisé non relu

Essais, livre 11, chapitre Xfl

li'esprit a aussi son langage où tout est artificiel, créé, convenu, voulu . Quand j’attache un mot à une idée, c’est que je le veux. Je puis le changer pour un autre. Si je sais vingt langues, j’ai vingt mots pour la même idée. Dans ma langue même, j’ai le mot parlé et le mot écrit. Tout est signe pour l’homme ; tout peut lui être langage. Nos monnaies sont des langues, car elles

nous représentent des suites d’idées convenues.

Le cri de l’animal peut bien réveiller une idée, mais il n’est pas le produit d’une idée. Etdoute la différence est lé. Les animaux ne se font pas un langage ; leurs cris ne sont pas des signes convenus, des mots créés : ils ont des voix naturelles ; ils n’ont pas de langue . .

RAISON DE LA NON PERFECTIBILITÉ DE l/ ESPÈCE DANS LES ANIMAUX.

L’animal ne fait jamais de progrès comme

espèce. Les individus font des progrès, ainsi que nous, Savons vu; mais l 'espèce n’en Élit point. La génération d’aujourd’hui n’est point supérieure à celle qui l’a précédée. et ta génération qui doit suivre ne dépassera pas l’actuelle.

L’homme seul fait des progrès comme eépèce , parce que seul il a la réflexion, cette faculté su-

66 UE quelques opinions célèbres prême que j’ai définie : l’action de l’esprit sur

l’esprit < ' .

Or, c’est l’action, c’est l’étude de l’esprit sur^ l’esprit qui produit la méthode , c’est-à-dire l 'art que l’esprit se donne à lui-même pour se conduire ; et c’est cette première découverte de la mç thode qui nous donne toutes les autres.

La méthode est l’instrument de l’esprit comme les instruments ordinaires, les instruments physiques sont les instruments de nos sens. Et elle ajoute à nptre esprit, comme ils ajoutent à nos sens. ‘

L’homme a donc la réflexion que n’a pas l’animal ; et, par la réflexion , il a la méthode; et, par la méthode, il découvre , il invente.

Par la méthode, l’esprit de tous les hommes devient un seul esprit, qui se continue de génération en génération et ne finit point. Une génération commence une découverte, et c’en est une autre qui la termine.

1. « Au-dessus des sensations, des imaginations, et des ap- « pétits naturels, H commence à s'élever en nous .ce qui ' s'ap- « pelle réflexion; e'est-à-<Jire que nous remarquons nos « sensations, nous les comparons arec leurs objets, nous re~ « cherchons les causes de ce qui se fait en nous et hors de • nous; en un mot, nous Ontendorfs et nous raisopnons.c est- « à-dire que nous connaissons la vérité, et que d’une vérité ■ nous allons à unp autre. » Bossuet : De la connamançe de Dieu et de soi- mime.

Les méthodes qlles-mêmes se renouvellent et se perfectionnent sans cesse ; et c’est là le plus grande progrès.

Descartes n’a renouvelé l’esprit humain que parce qu’il a renouvelé la méthode.

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