Les animaux domestiques , tome IV, page 1(W
La question n’est donc pas aussi simple qu’on l’avait cru. A côté des espèces devenues domestiques, il y a les espèces demeurées sauvages. La puissance de l’homme , cause générale, ne suffît, donc pas pour expliquer la dxmesticüè des bêtes, laquélle n'est, en effet, qu’un cas très particulier : le fait est spécial, il a donc une cause propre , et c’est cette cause qu’il fallait chercher.
La domesticité des animaux naît de leur sociabilité.
Il n’est pas une seule espèce devenue domestique qui, naturellement, ne vive en société; et, de tant d’espèces solitaires que l’homme n’aurait - pas eu moins d’intérêt sans doute à s’associer, il n’en est pas une seule qui soit devenue domes- • ■* tique. ■ «
La sociabilité des animaux devient donc ainsi le premief fait ; et ce fait môme demandait un examen nouveau. Buffon en avait à peine effleuré l'étude. Il distingue d’abord , et c’est une vue pleine de justesse , trois espèces de sociétés 1 :
*, 1. Aristote distinguait déjà les animaux qui vivent solitaires,
ceux qui vivent par troupes, ceux qui vivent en société. • Par « animaux qui vivent en société, j’entends, dit-il, ceux qui se «.réunissent pour un travail commun, ce que ne font pas tous « ceux qui vivent en troupes, mais ce que font l'homme,
celles que forment les animaux inférieurs, comme les abeilles; celles que forment les animaux d’un ordre plus élevé, comme les castors , les éléphants, les singes , etc. ; et celles que forme l’espèce humaine. Mais il ne voit dans les premières qu'un assemblage physique ; les secondes lui paraissent dépendre du choix de ceux qui les composent ; les troisièmes ne dépendent que de la raison. « Cette « réunion, dit-il à propos de celles-ci, est de « l’homme l’ouvrage le meilleur; et de sa raiscfn « l’usage le plus sage *. » Ces trois espèces de sociétés ont pourtant une source commune; et toutes, jusqu’à celles que l’homme forme, ne sont, du moins dans leur origine, que l’effet d’un instinct primitif et déterminé.
Une force secrète et primordiale pousse invinciblement les hommes à se réunir. Cet instinct • précède chez l’homme toute réflexion ; il domine jusqu’aux peuples les plus sauvages; et l’idée que l’homme de la nature vit solitaire n’a jamais
« l’abeille, la fourmi, etc. » Histoire des animaux, livre 1, page 9. •
« La brebis et les chèvres, dit-il encore, se couchent par fa- « milles, serrées l’une contre l’autre... Les vaches paissent ■ aussi par compagnie. Elles s’habituent les unes aux autres,
« en sorte que si quelqu’une s’égare, les autres la suivent. * •
Histoire des animaux, livre IX, page 545.