Discours sur la nature des animaux, tome IV, page 9GÎ
été qu’un paradoxe de philosophie, partout contredit par l’observation.
Cet instinct , qui gouverne le genre humain, est aussi la première cause des sociétés que forment certaines espèces parmi les animaux ; et, pour ces espèces comme pour nous, il est primitif. Il ne dépend ni de l'intelligence, car la brebis stupide vit en société ', et le lion , l 'ours, le renard , etc., vivent solitaires; ni de l’habitude, car le long séjour des petits auprès des parents ne l’amène pas. L’ours soigne ses petits aussi longtemps et avec autant de tendresse que le chûm , et cependant l’ours est au nombre des animaux les plus solitaires. Il y a plus : cet instinct survit, lors même qu’il n’est pas exercé. F. Cu~ , vier a élevé de jeunes chiens avec des loups très féroces, et le penchant à la sociabilité a toujours reparu dans le chien , dès qu'il a été rendu à la liberté. . .
G. Leroy, cet observateur d’une si profonde sagacité et d’une si longue expérience, avait déjà fait, sur les sociétés des animaux, des remarques aussi fines que curieuses. Il voit le premier degré de ces sociétés dans l’union du loup et de la louve « qui partagent ensemble les soins de la
1. Les insectes forment les sociétés les plus remarquables et les plue nombreuses. -
« famille '. » Le chevreuil et sa femelle « ont, « dit-il, un besoin de s’aimer indépendant de « tout autre 2 . » Enfin, le lapin lui offre une société qui ne se borne plus à une seule famille t qui s’étend à plusieurs familles, ou plutôt « à « tous les êtres de l’espèce qui ont des rapports « de voisinage 3 . »
F. Cuvier va plus loin encore. Il tire la domesticité des animaux de leur sociabilité.
Nous venons de reconnaître trois états distincts : celui des espèces solitaires, les chàts, les martres , les ours , les hyènes , etc.; celui des espèces qui vivent en famille, les loups, les chevreuils , etc.; et celui des espèces qui forment de véritables sociétés, les castors, les éléphants, les singes, les chiens , les phoques, etc.
C’est à l’étude de ces sociétés que s’attache F. Cuvier. Ici l’union subsiste, quoique les intérêts diffèrent. Des centaines d’individus de tout sexe et de tout âge se rapprochent, s'entendent, se subordonnent. « C’est alors, dit F. Cuvier, « que l’instinct social se montre dans toute son c< étendue, avec toute son influence, et qu’il peut
1. Lettres philosophiques sur l'intelligence et la perfectibilité des animaux, page 24 .