DU NATUREL DES ANIMAUX
11 n’avait pas l’impatience, la pétulance des autres singes; son air était triste, sa démarche grave, ses mouvements mesurés.
Je fus, un jour, le visiter avec un illustre vieillard, observateur fin et profond. Un costume un peu singulier, une démarche lente et débile, un corps voûté, fixèrent, dès notre arrivée, l’attention du jeune animal. li se prêta, avec complaisance, à tout ce qu’on exigea de lui, l’œil toujours attaché sur l’objet de sa curiosité. Nous allions nous retirer, lorsqu’il s’approcha de son nouveau visiteur, prit, avec douceur et malice, le bâton qu’il tenait à la main, et feignant de s’appuyer dessus, courbant son dos, ralentissant son pas, il fit ainsi le tour de la pièce où nous étions, imitant la pose et la marche de mon vieil ami. Il rapporta ensuite le bâton de lui-même, et nous le quittâmes, convaincus que lui aussi savait observer.
' l)£ LA DISTINCTION POSITIVE DES ESPÈCES.
Les anciens semblent ne s’être jamais posé le problème de la distinction des espèces. «On est « presque réduit à deviner, dit G. Cuvier, quand « il s’agit d’appliquer les noms qu’ils ont em- « ployés 1 . » Chose à peine croyable, nous ne savons, rd’une manière certaine, ni quelle était leur panthère , ni quel était leur lynx, ni quel était le singe qu’ils nommaient cynocéphale , etc.
Mais que dis-je ici des anciens? Combien n’y a-t-il pas d’espèces, dans Buffon, sur lesquelles nous avons des doutes ! Combien d’espèces,' même dans G. Cuvier, <lont nous ne sortîmes point sûrs.!
BulTon reproche aux naturalistes de son temps de faire des genres, qu’il appelle très judicieuse-