LA VALLISNÉRIE SPIRALE
plantes aquatiques nous en offrent des exemples fort curieux. La fleur de la renoncule aquatique s'épanouit ordinairement hors de Teau, mais il arrive quelquefois que le niveau trop élievé du liquide empêche les fleurs de surnager. Dans cette circonstance on ne les voit pas s'épanouir, mais le bouton se gonfle peu à peu, sans s'ouvrir. Il s'emplit d'un gaz ou d'air. Dans ce ballon improvisé le pollen ne peut ni se perdre ni s'altérer par le contact de l'eau, et la fécondation s'opère dès lors sans trouble.
Dans quelques canaux du midi de la France ou dans le Rhône croît une plante qui ne brille ni par son éclat ni par soii parfum, et qui a pourtant provoqué depuis longtemps l'admiration de ceux qui l'ont observée. — C'est la vallisnérie spirale. — Elle croît au fond dé l'eau; ses feuilles, longues et étroites, linéaires, comme disent les botanistes, s'élancent verticalement, à peine balancées par le courant. Ses fleurs, les unes à étamines, les autres à pistils, sont portées par des tiges très différentes: les premières sont groupées sur une tige courte et droite qui les retient au fond de l'eau, les autres sont fixées sur des tiges en hélice ou en tire-bouchon formant de nombreuses spires plus ou moins repliées sur elles-mêmes.
Lorsque le moment de la fécondation va s'opérer,
36 DK L'INSTINCT ET liE L" INTEL LICENCE.
les fleurs à élamines, prêtes à s'épanouir mais encore closes, se détachent de leur tige, s'élèvent et viennent flotter à la surface de l'eau. Aussitôt la tige des fleurs à pistil se déroule, les spires s'écartent et les
fleurs gagnent la surface, tout près des fleurs à pollen. Celles-ci s'entr'ouvrent alors et répandentla poussière fécondante; les pistils la recueillent; la fécondation s'opère. Alors les spires se rapprochent, se resserrent; la tige se replie sur elle-même et ramène ainsi les fleurs à pistil au sein du liquide.
LA SENSITIVF.
La sensitive, si l'on en croyait certains observateurs, aurait par ses mouvements étranges fait supposer qu'elle possède une certaine sensibilité ou un instinct. Nombre de fables ont été ainsi répandues sur celte plante. Yoici la vérité : si Von touche une , feuille, . l'impression se transmet de proche en proche aux feuilles voi- .
sines, et même à toutes les folioles de la plante, si la première feuille a été assez vivement touchée.
Ces folioles, disposées sy-
, , Feuilles de sfusifive.
mélriquement le long
d'un même pétiole, comme les barbes d^me plume, se relèvent, se rapprochent, et s'appliquent, deux par deux, l'une contre l'autre, imitant un livre ouvert qui se fermerait tout seul. En un instant la plante a changé de physionomie; avec sa tige pendante, elle paraît flétrie. Au bout d'un certain temps elle semble renaître ; les folioles se séparent et reprennent peu k peu leurs positions normales. L'expérience peut être renouvelée indéfiniment. Si la plante est vigoureuse.
si la température est élevée, les mouvements sont plus rapides et plus accentués.
On a prétendu qu'elle présente le même aspect pendant la nuit, quand au contraire, la tige est alors rigide. Il n'est pas non plus exact de dire que la sensitive dort pendant toute la nuit; son prétendu sommeil cesse vers dix heures du soir. Alors commence une nouvelle période de redressement qui se termine vers deux heures du matin.
Voilà des mouvements singuliers, d'une délicatesse extrême, qui ont valu à la plante le nom qu'elle porte. Ils peuvent être provoqués accidentellement par le contact d'un corps ou résulter de l'action de la lumière, ils n'en présentent pas moins au premier abord le caractère fatal des instincts, et on comprend jusqu'à un certain point que des botanistes aient voulu voir dans ces mouvements un fait de conscience végétale.
Or, si l'on observe une sensitive, on remarque à la base dix pétiolCy au point où la feuille est fixée à la tige, un léger renflement qu'on a nommé le renflement moteur, parce que de lui dépendraient les mouvements des feuilles. C'est l'état du renflement qui détermine la rigidité et la flaccidité successives et périodiques de la feuille, et voici de quelle manière. M. Paul Bert a reconnu que, par le jeu naturel des fonctions de la plante, une certaine substance, la gr/y-