L'ANESTHÉSIË DES PLANTES. — SENSIBILITÉ GÉNÉRALE
nomme les anesthésiques, éprouvent dés effets semblables.
L'animal ou l'homme auquel on fait respirer pendant un certain temps de l'éther ou du chloroforme, se trouve bientôt plongé dans une sorte de sommeil ; les membres sont résolus^ disent les médecins, c'està-dire que, soulevés, ils retombent; plies, placés dans une position quelconque, ils restent immobiles , sans réaction aucune. Dans cet état on peut faire sur l'animal une expérience ou pratiquer sur l'homme une opération, ni l'un ni l'autre ne ressentent de douleur.
L'action varie d'ailleurs selon les animaux et selon la durée de l'inhalation : il faut de douze à quinze minutes pour anesthésier un chien ; le chat est plus sensible; le lapin, plus encore, elle rat, plus que le lapin. Enfin , aucun animal n'est plus rapidement anesthésié que les oiseaux sous l'influence d'une faible dose d'éther.
Or, certaines plantes soumises à l'action du chloroforme ont été endormies.
Les mouvements si curieux de la sensitive cessent de se produire lorsque cette plante est anesthésiée; dès qu'elle a subi l'influence de l'éther ou du chloroforme, elle perd ses propriétés ou sa sensibilité; elle devient indifférente au contact des corps ; ses folioles restent pendantes et inertes ; elles sont en quelque sorte « résolues ».
Prenez maintenant une plante aquatique et placezla dans un bocal rempli d'eau contenant une certaine quantité d'éther du de chloroforme. Rien ne paraît changé dans la manière de vivre de la plante, on croirait qu'elle est dans son état normal ; mais si Ton recueille les gaz produits , on constate que la plante exhale maintenant de l'acide carbonique et s'approprie de l'oxygène, tandis que dans son état normal elle fixe le carbone de l'acide carbonique et rejette l'oxygène. Si l'on transvase la plante, si on la plonge dans l'eau ordinaire, elle recommence à vivre comme auparavant.
Une graine en voie de germination peut aussi être insensibilisée. Placez une graine de cresson sur une éponge humide — c'est une des semences dont Ja germination est le plus rapide — quelques heures après vous distinguez les rudiments de la tige et de la racine de la plante future. Recouvrez alors l'éponge avec une cloche, et sous la cloche répandez des vapeurs d'éther. Aussitôt le développement de la jeune plante est arrêté : elle n'est pas morte, elle est simplement plongée dans un sommeil léthargique, car si on soulève la cloche, si on renouvelle l'air autour de la plante, elle continue à croître comme avant l'éthérisation.
L'œuf n'étant autre chose qu'une graine d'animal, on doit pouvoir ralentir ou arrêter le développement
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d'un œuf couvé, si on l'a préalablement éthérisé ; c'est, en effet, ce qui a lieu. Toutefois, l'éthérisation est d'autant plus rapide ou plus aisée que la coquille est plus mince et plus poreuse. A plus forte raison Faction est-elle plus vive sur les œufs sans coque.
Nous pourrions multiplier les exemples, car non seulement les expériences ont été faites sur les diverses parties des végétaux, mais sur les végétaux qui diffèrent le plus entre eux par leur manière 4e vivre et par le milieu dans lequel ils vivent. Les anesthésiques apportent toujours un trouble dans la vie de la plante.
Est-il permis de conclure des faits^précédents que la sensibilité est de la même nature chez les animaux et chez les végétaux? Et parce que l'éther agit sur les uns et sur les autres, s'ensuit-il que l'effet produit soit identique? Pour répondre à cette question il faut aller plus avant dans l'examen du phénomène et chercher, jusque dans la cellule végétale ou animale, l'origine, sinon la cause, des changements observés.
C'est donc toujours à la cellule qu'il faut revenir, à ce point de départ de tout être vivant, pour y voir l'action des anesthésiques. Les cellules animales ou végétales éthérisées perdent de leur transparence, et la recouvrent peu de temps après que l'action de l'éther a cessé. En outre, la vie est suspendue tant
que la cellule reste opaque; elle renaît en même temps que la transparence.
C'est donc dans la cellule qu'est le siège de la sensibilité, et ridentité des cellules aussi bien que l'identité du mode d'action des anesthésiques permet d'affirmer que la sensibilité est de même nature chez les végétaux et chez les animaux. Mais, encore une fois, il s'agit de la première phase, du premier acte, si l'on veut, de la sensibilité, et on ne saurait en aucune façon conclure que la plante éprouve du plaisir ou de la douleur.
11 y a donc entre tous les êtres vivants quelque chose de commun, une parenté plus ou moins étroite selon les êtres que l'on considère dans \^^ deux règnes. Les causes qui déterminent dévolution du corps chez les plantes et chez les animaux, les phénomènes auxquels cette évolution donne lieu, sont les mêmes. Il n'existe pas une vie matérielle propre à l'animal et une autre propre à la plante ; la même vie anime tous les êtres vivants. Dès lors rien de surprenant à ce qu'une sensibilité commune et en quelque sorte matérielle soit le partage de tout être vivant.
En serait-il de même de Tinstinct? L'instinct serait-il commun aux végétaux et aux animaux, sinon en totalité, au moins en partie? Les mouvements des