‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 15 sur 46 · L'ATTRAPE-MOUCHE. — LES PLANTES CARNIVORES · texte numérisé non relu

L'ATTRAPE-MOUCHE. — LES PLANTES CARNIVORES

plantes, naturels ou provoqués , sont le résultat d'actions physiques, chimiques, physiologiques; rien ne s'oppose dès lors à ce q\ie certains mouvements des animaux s'expliquent de la même manière.

L*attrape-mouche. — Les plantes carnivores. — Les drosères et les népenthes. — Ressemblances entre les plantes et les animaux, La zone frontière.

De nouveaux faits vont contribuer à resserrer les liens entre les deux règnes. Dans ces derniers temps on a reconnu que certaines plantes sont aptes à digérer des substances animales, aussi bien des insectes vivants que des viandes rôties ou des œufs.

Déjà on savait que les dionées ou attrape-mouches saisissent, comme l'indique leur nom, les mouches ([ui viennent imprudemment se poser sur leurs feuilles. L'extrémité de ces feuilles est découpée en deux parties — on dirait deux palettes — bordées de cils raides. Une charnière les réunit, de sorte qu'elles peuvent se rapprocher et s'appliquer l'une contre l'autre. Outre les poils qui les bordent, il existe sur la face même trois piquants longs et déliés d'une irritabilité extrême. Malheur à la mouche qui les heurte ! Son sort est décidé : elle est saisie, garrottée et emprisonnée entre les deux parties de la feuille, qui se sont brusquement rapprochées. Vainement elle

m [DE L'IHSTIRCT ET DE L'INTELLIGENCE.

se débat pour se d^gcrde cette étreinte; tous sesefforts n'aDoutissent qu'à rendre la fermeture plus complète encore. Elle s'épuise; elle succomlje...

L'attrape-moiiche.

Alors, les lobes de la feuille s'écartent et reprennent leur position normale.

11 n'est pas toutefois impossible, comme on le croit, d'arracher les victimes à une mort presque certaine. « Le petit prisonnier n'est point écrasé et brusquement tué, dit le docteur Curtis ; j'ai souvent

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délivré des mouches et des araignées ainsi prises au piège, et qui s'échappaient de toute la vitesse que la crainte ou la joie pouvait leur inspirer. »

La plante dévore-t-elie l'insecte? — On a observé que les insectes morts étaient souvent recouverts d'un liquide épais dans lequel ils étaient en partie dissous. Ne serait-ce pas un commencement de digestion, et l'animal ne servirait-il pas de nourriture à la plante?

Il existe des plantes nommées népenthes dont les fleurs en forme d'urnes sont pleines d'un liquide. Il parait que ces fleurs sont des pièges à insectes. Les bords emmiellés de ces coupes perfides attirent les insectes, ceux-ci viennent sans défiance s'y repaître. A peine sont-ils posés qu'ils glissent et tombent dans la fleur, où ils se noient. La plante va-t-elle s'en nourrir, et de quelle façon? Des expériiénces ont été instituées pour s'assurer des propriétés digestives du liquide contenu dans les fleurs de népenthes (Hooker). Des cubes de blanc d'œuf, ayant des arêtes parfaitement nettes, ont été plongés dans le liquide, et au bout de vingt-quatre heures d'immersion les arêtes étaient rongées et les surfaces converties en gélatine; de menus morceaux de viande ou de fibrine s'y dissolvent peu à peu; le cartilage y est transformé en gélatine. Il semble donc légitime de conclure qu'il existe plusieurs groupes de plantes qui puisent une partie, une faible partie de leur nourriture dans le règne animal.

D*autres planteà voisines des dionées, les drosèreSj et particulièrement celles à feuilles rondes, ont souvent leurs feuilles couvertes de cadavres d'insectes. La face de ces feuilles est garnie de filaments rougeâtres qui portent à leur extrémité une gouttelette d'un liquide visqueux. Le moindre contact d'un corps étranger, et particulièrement d'un insecte, semble irriter les poils : le chétif animal qui s'est posé par mégarde sur la feuille perfide est bientôt enlacé et englué en même temps. Double piège, le filet et la glu, plus dangereux encore pour la mouche que le réseau de l'araignée.

11 s'agissait de savoir si la plante se nourrit d'insectes (Francis Darwin). Dans ce but, un certain nombre de drosères furent nourries de viande rôtie. Tous les quatre ou cinq jours elles recevaient comme ration une becquée de rosbif. Au bout de deux mois elles s'en trouvaient à merveille et se portaient incomparablement mieux que d'autres drosères abritées de manière qu'aucun insecte ne pût s'en approcher. Les tiges, les rameaux des premières étaient plus forts et plus vigoureux, les Veuilles plus nombreuses et d'un vert plus brillant, 3s fleurs plus abondantes et de couleurs plus viv(3s. Jusqu'aux graines, tout a été comparé. Les drobôres nourries artificiellement respiraient la santé tandis que les autres étaient anémiques.

Que penser de ces singulières aptitudes, sinon que

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