‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 23 sur 46 · L'INSTINCT DE CONSTRUCTION. — LE CASTOR · texte numérisé non relu

L'INSTINCT DE CONSTRUCTION. — LE CASTOR

base est plus large ^ue le sommet, de sorte qu'au lieu d'une paroi verticale, c'est une pente ou un talus qui reçoit la pression du cours d'eau, ce qui en diminue encore l'effet.

Convenons que si tous ces faits sont exacts et s'ils sont dus à l'intelligence du castor, ces animaux, qui n'ont point reçu d'instruction et qui ne possèdent aucune des connaissances scientifiques dont l'acquisition nous coûte tant d'efforts, sont devenus du premier coup des ingénieurs très distingués et des constructeurs fort habiles.

Ils ne construisent d'ailleurs de barrages que là où ils sont nécessaires, c'est-à-dire en travers des cours d'eau à niveau variable. Dans les lacs où le niveau de l'eau reste sensiblement uniforme, ils se bornent à bâtir des huttes. Celles-ci, en forme de dôme plus ou moins régulier, sont divisées en deux parties : un sous-sol qui sert de magasin, — c'est là que les castors entassent les provisions d'écorces ou de tiges qui se maintiennent ainsi fraîches et tendres, — et un rez-de-chaussée. L'entrée est dans l'eau, les castors entrent donc chez eux en plongeant; du sous-sol au rez-de-chaussée il y a une communication à l'intérieur. De la sorte, en cas d'attaque ou de poursuite, l'animal échappe aisément à ses ennemis.

Les castors ne se recherchent et ne forment une société qu'autant qu'ils ont à construire un barrage;

dans ce cas, en effet, l'association des efforts est nécessaire et le but est commun. Dès qu'ils sont réunis, l'entente est parfaite ; ils procèdent dans leurs travaux d*une manière invariable; jeunes et vieux, débutants et vétérans, travaillent avec la même ardeur et la même habileté ; on ne saurait affirmer que les jeunes reçoivent un enseignement de leurs aînés et que ceux-ci se montrent plus expérimentés que ceux-là. — Us se mettent à l'œuvre fatalement, involontairement, et savent bâtir sans l'avoir appris. Leurs travaux, toujours reconnaissables, sont toujours faits sur le même plan et avec la même perfection. Dès que le castor bâtit, il bâlit bien : il n'est pas d'abord manœuvre, puis ouvrier de plus en plus habile; il n'est pas d'abord chargé, comme nos apprentis, d'une besogne inférieure; il n'apprend pas successivement toutes les parties de son métier ou de son art, — ses outils d'ailleurs ne varient pas, — il fait du premier coup tout ce qui concerne son état, et il le fait bien.

L'existence des castors dépend de leur association dans les circonstances où ils la forment, c'està-dire lorsqu'il n'existe pas dans la région qu'ils habitent un lac profond ou un cours d'eau qui ne gèle pas en hiver. Point de niveau constant sans barrage; or si le niveau s'abaisse, si l'eau vient à geler jusqu'au fond pendant l'hiver, la réserve de nourriture est perdue et les castors sont menacés de mort. L'association et la construction sont donc nécessaires.

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