‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 24 sur 46 · L'INSTINCT DE CONSTRUCTION. — LE CASTOR · texte numérisé non relu

L'INSTINCT DE CONSTRUCTION. — LE CASTOR

Chose singulière, ce castor qui nous paraît si ingénieux, si adroit et, tranchons le mot, si intelligent, ne peut tirer parti de son savoir et de son habileté pour faire autre chose que des barrages; cette société si bien ordonnée ne se forme que pour conjurer un péril possible et unique, le manque de nourriture. Dira-t-on que Tinsuffisance de leurs organes est la cause de cette capacité limitée aune oeuvre? mais, outre que leurs pattes et leurs dents ne sont pas les seuls outils propres à exécuter les travaux auxquels ils se livrent, c'est au contraire r intelligence qui leur manque- Ils n'ont que les organes qui conviennent à leurS' aptitudes limitées. Enfin," ces mêmes castors ne sauraient enseigner leur art à aucun autre animal, même s'il s'en trouvait un j^ui fût pourvu d'organes mieux approprié?. Le savoir du castor est donc intransmissible^ à d'autres espèces et n'appartient qu'à lui. Cet animal fonctionne comme une machine à construire, et à construire seulement des barrages et des huttes d'une certaine nature. L'homme seul invente des outils artificiels; ses organes, si parfaits qu'ils soient pourtant, ne valent pas les outils qu'il crée à l'aide de son intelligence.

Une expérience inattendue a confirmé ce qu'il y a de fataly de propre à Vespèce, d'intransmissible dans l'instinct du castor : c'est à Frédéric Cuvier

qu'elle est due. Il fallait un jeune castor, élevé loin de ses parents, arraché à la mamelle de sa mère et ne connaissant rien des mœurs et des habitudes de ses congénères. On amena, un jour, au Jardin de plantes, un castor tout jeune et qui n'avait rien vu ; on Ty éleva comme un nourrisson. Il grandit, devint adulte en captivité ; bien portant d'ailleurs, grâce aux soins dont il était l'objet. Or, il arriva qu'un jour la nostalgie le prit: il cessa de manger avec appétit, montra quelque inquiétude, devint triste; on craignit de le perdre. Rien ne lui manquait pourtant de ce qui jusqu'alors lui avait suffi. D'abord on le crut malade, mais une pensée soudaine traversa l'esprit de Guvier : il fit mettre à portée de l'animal des fragments de bois, de la terre, de l'eau, en un mot tout ce qu'il faut aux castors pour bâtir. Aussitôt l'animal parut se réveiller; il se mit à l'œuvre, c'est-à-dire à construire, à bâtir avec les matériaux qu'on lui avait fournis : à partir de ce moment il revient à la santé.

Il chercha à se faire une hutte, et pourtant il était abrité;

Il voulut avoir un magasin avec des provisions, et cependant il avait sa subsistance assurée;

Il agissait donc sans motifs.

Il fit sa construction en castor qui sait son affaire, et néanmoins il n'avait rien vu ni rien appris; enfin, pour son coup d'essai il fit un coup de maître. On reconnaît les caractères de l'instinct : tout en

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