‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 32 sur 46 · LE FOURMI-LION · texte numérisé non relu

LE FOURMI-LION

triomphe par la patience, la ruse et Tingéniosité au moins apparentes. Il chasse au piège, mais le piège qu'il construit est un chef-d'œuvre.

Après avoir choisi un endroit sablonneux, il y creuse un trou conique ou en forme d'entonnoir, la base en haut, à la surface du sol, le sommet en bas. Il commence par tracer un premier sillon circulaire d'une régularité irréprochable, dont les dimensions sont sensiblement les mêmes pour tous les fourmislions, c'est-à-dire de huit centimètres de diamètre. Entrant alors dans le cercle, il se place contre le bord intérieur, creuse le sol avec ses pattes de devant, rassemble le sable déblayé sur sa tête aplatie, puis, lorsque la charge est suffisante, il imite le mouvement d'épaules de l'homme qui, portant un fardeau, le jette à terre, et rejette ainsi sa charge au dehors du cercle. Il marche à reculons, et, suivant le contour du cercle, il continue son travail jusqu'à ce qu'il ait fait le tour complet. Il creuse alors un second sillon, intérieur, concentrique et tangent au premier, et par conséquent plus petit. Mais au lieu d'avancer dans le même sens, il tourne en sens contraire, peut-être afin de se servir alternativement tantôt des pattes du côté droit, tantôt de celles du côté gauche. Il procède de la même manière, creusant, rejetant les déblais et marchant à reculons. Un troisième sillon également concentrique est ainsi tracé à l'intérieur des deux autres et au contact du second. Il poursuit sa tâche jusqu'à ce qu'il soit par-

venu au centre. Il recommence ensuite en creusant de plus en plus profondément, à mesure qu'il s'approche du centre, de manière à ménager une pente uniforme et à donner au trou la forme conique. Lorsque le puits est adievé, sa plus grande profondeur est d'environ cinq centimètres.

Le fourmi-lion a soin d'enlever tous les grains un peu gros et qui sont pour lui comme des pierres de taille; il les rejette au dehors du trou lorsqu'il en trouve pendant son travail, ce qui exige de sa part des efforts considérables. On le voit quelquefois, nouveau Sisyphe, remonter à plusieurs reprises la pierre qui a roulé plusieurs fois sur les pentes; mais, plus heureux que Sisyphe, il abandonne son travail s'il rencontre dans le sol de fréquents obstacles de la même nature, et s'en va, sur un autre point, chercher un lieu plus propice à son dessein.

Les pentes du trou sont régulières, rapides, unies, tapissées d'un sable fin et uniforme. Le piège est achevé: saforme est toujours lamême,aveclesmêmes dimensions, la même régularité, la même perfection; il emploie les mêmes procédés, les mêmes moyens. Le fourmi-lion fait seul des pièges semblables, les exécute sans instruction préalable, sans expérience

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