‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 37 sur 46 · LE PERCE-BOIS · texte numérisé non relu

LE PERCE-BOIS

mince couche de bois la sépare. Au fur et à mesure, elle a eu soin de rejeter au dehors, à l'aide de ses pattes, la poussière de bois résultat de son travail. Pourquoi tant d'efforts dépensés si rapidement? Pourquoi cette activité fiévreuse dès le début de la vie de l'insecte? C'est qu'il s'agit pour l'animal d'une besogne importante : la vie de l'insecte est courte, il y a presse pour lui d'assurer avant sa mort le sort de sa postérité; c'est pour déposer ses œufs en sûreté qu'il construit cette galerie ou ce nid.

Le nid est prêt. Aussitôt l'abeille s'en va en campagne à la ré.colte du pollen; elle entre dans les fleurs , se frotte contre les anthères , puis rassemble, à l'aide de ses pattes, le pollen fixé à ses poils, en fait une boule qu'elle vient déposer au fond de la galerie. Sur ce petit tas de pollen elle pond un œuf. La larve qui en sortira trouvera ainsi la pâtée qui lui est destinée.

Ceci fait, l'abeille ramasse au pied du poteau la poussière de bois qu'elle y a fait tomber, l'humecte de salive, et de cette pâte ainsi formée elle fait une cloison mince qui ferme la première case destinée au premier œuf. Elle recommence le même travail au-dessus de cette séparation, dépose une provision de nourriture sur laquelle elle pond un nouvel œuf. Puis elle construit une nouvelle cloison, et continue ainsi jusqu'à ce que toute la galerie soit occupée.

La tâche accomplie, l'abeille meurt sans avoir connu ni ses enfants ni sa mère, morte avant sa naissance. C'est un être isolé au milieu des siens; elle n'a donc rien appris ni rien enseigné. D'elle seule elle a tout tiré, et ses petits feront de même. A leur sortie de l'œuf ils se nourriront de la pâtée qui leur a été préparée, convenabl^e et en quantité suffisante, subiront leurs métamorphoses dans leurs nids obscurs, et, devenus insectes parfaits, ils sortiront en perçant le bois. La sortie a lieu dans l'ordre de la ponte, les abeilles sortent successivement : la première provient du premier œuf pondu, de celui qui occupe le fond de la galerie; la seconde, de l'œuf qui est à l'étage au-dessus, et ainsi de suite. Or, jamais ces insectes ne percent les cloisons qui séparent leurs cases respectives, elles vont droit à la paroi qui les sépare du dehors ; chacune pratique sa porte particulière.

A peine sorties, elles construiront l'abri de leurs larves, toujours dans le bois mort et non dans les troncs d'arbre, toujours sur le même plan, avec la même régularité, la même perfection, à l'aide des mêmes procédés et par les mêmes moyens. Enfin, leurs organes sont appropriés au travail qu'elles exécutent et au but qu'elles atteignent sans l'avoir visé. 11 nous paraît inutile d'insister davantage sur les caractères instinctifs des actes de cet animal.

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