‹ De l'instinct et de l'intelligenceChapitre 41 sur 46 · LOUPS ET RENARDS · texte numérisé non relu

LOUPS ET RENARDS

On ne sera point surpris que le loup et le renard, ces proches parents du chien, montrent parfois de l'intelligence et soient susceptibles d'éducation. D'abord audacieux dans sa jeunesse, confiant dans sa force, le loup devient prudent en vieillissant, s'il a appris à redouter l'homme, mais s'il ne s'approche pas de la demeure des hommes, il conserve son courage et devient même au besoin téméraire.

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Le renard serait également susceptible d'une certaine éducation, et la nécessité de se soustraire aux poursuites des chasseurs le rendrait habile et ingénieux. Nous ne faisons pas allusion à l'instinct qui le porte à enfouir des provisions de nourriture dans diverses cachettes et dans lequel on a voulu voir un acte de prévoyance, opinion presque aussi hasardée que celle qui attribue aux fourmis Tesprit d'ordre et d'économie; nous voulons parler des preuves qu'en maintes occasions les renards auraient données sinon de leur finesse proverbiale, au moins d'une certaine circonspection.

Déjà, la Fontaine, dans sa fable du Renard anglais, — dédiée à madame Harvey, — avait dit en parlant des Anglais :

Leurs renards sont plus fins...

Or, M. Milne Edwards cite un fait récent qui montre que les renards anglais n'ont pas cessé d'être plus fins que les autres. Ceci demande un mot d'explication. Il faut savoir que la chasse au renard est, en Angleterre, un plaisir fort goûté des grands propriétaires. Ils ne cherchent pas à détruire cet animal, mais à s'en amuser. Ils le poursuivent jusqu'à ce qu'il soit forcé, et alors ils lui font grâce de la vie, afin qu'il puisse servir à une nouvelle chasse. A ce

jeu, le renard acquiert de l'adresse et de rexpérience, il finirait, dit-on, par jouer son rôle et par prendre sa part de plaisir. Qui sait, comme disait Montaigne de sa chatte, s'il ne s'amuse pas autant de voir tant de gens et de bêtes à sa poursuite que ceux-ci s'amusent de le poursuivre. Toujours est-il qu'il y a peu d'années, M. Milne Edwards ayant à la ménagerie un trop grand nombre de renards, proposa un échange à un marchands d'animaux de Londres.

Celui-ci s'empressa d'accepter, mais bientôt après il refusa de continuer le marché. Les propriétaires auxquels il avait vendu des renards se plaignirent de ce que les renards français ne savaient pas jouer à la chasse comme les leurs.

Qu'il y a loin de cette expérience acquise par le loup, le renard et quelques autres animaux, résultat de la terreur et de l'effroi des sens, à l'éducation exceptionnellement propre aux hommes et qui est le fruit de la douceur, de la patience , du bon sens et du sens moral ! C'est le corps de la bête qui frémit et qui tremble, qui se trouble sous l'influence des sens provoqués par les phénomènes extérieurs ; c'est la carcasse y comme l'appelait Turenne , qui s'émeut, qui dompte le loup, mais que domptait la belle âme de Turenne, maîtresse du corps qu'elle animait. L'homme seul peut acquérir cette supériorité

intellectuelle et morale, ce bon sens uni à la droiture et à l'élévation des sentiments , qui constitue avec le développement normal du corps , ce qu'on nomme l'éducation. Aussi est-ce par le degré de cette éducation que les hommes se différencient.

l'éléphant

L'œil de l'éléphant, bien que d'une petitesse relative, est assez expressif. Le front large et bombé de l'animal fait illusion, et donne à sa physionomie quelque chose de grave et de réfléchi. « Belle tète, mais de cervelle point. » En effet, le cerveau de cet animal n'occupe pas toute la tète ; il doit ce vaste front à des cavités qui occupent les parois du crâne. Sa force unie à sa docilité le rendent précieux comme animal de transport. Ce colosse massif et lourd sait exécuter des tours d'adresse peu en harmonie avec ses formes puissantes. Lorsqu'on le voit si soumis et si obéissant, on est disposé, assez logiquement d'ailleurs, à penser que ces qualités sont la conséquence de son intelligence. Pourquoi faut-il que nous soyons surpris de voir la force associée à la douceur?

Dans les jardins zoologiques aussi bien que dans les ménageries , les éléphants donnent quelques signes d'intelligence en imitant ce qu'ils voient faire à leurs gardiens, bien qu'on ne cherche pas à le leur apprendre. Ainsi, ils parviennent à ouvrir une porte,

ni M L'INSTINCT ET DE L'INTELLIGENCE.

à déboucher une bouteille, — s'ils y trouvent leur plaisir et leur intérêt, — pour l'avoir seulement vu fiùre quelquefois, et sans qu'on ait attiré leur altentiott sur ces actes. Et d'ailleurs, lors même qu'on le

leur enseignerait cela prouverait-il moins leur capacité d'attention et de réflexion ?

En outre, ils seraient doux et affectueux, capables de reconnaître les bons traitements et de garder rancune des mauvais. On ne saurait aller plus loin sans tomber dans les fables généralement répandues.

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En somme , les signes d'intelligence des animaux ne sont pas, jusqu'à présent au moins, bien développés et surtout généraux. Ils ont des rudiments d'intelligence tout juste assez pour que nous puissions en faire nos auxiliaires On dirait vraiment que les animaux auraient pu vivre avec leur instinct seul, et qu'ils n'ont d'intelligence que ce qu'il leur en faut pour devenir domestiques.

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