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LE SINGE

La supériorité organique du singe a pu faire croire à une supériorité d'intelligence. Nous inclinons à croire que le chien, mieux servi par les organes, pourrait être au moins l'égal du singe. Sa forme et sa

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marche à quatre pattes lui font du tort; il est vrai que les singes, même les singes supérieurs, se tiennent péniblement debout. — Au lieu de quatre pieds les singes ont quatre mains, et une face presque humaine. Par le corps ils nous ressemblent à ce point que de Gallien jusqu'à Vésale c'est Tanatomie d» singe qui a servi aux médecins comme équivalent de Tanatomie du corps humain qu'on ne connaissait pas encore. Donc pour ne pas trop accorder au singe, n'oublions pas que sa forme nous en impose, et defions-nous aussi de sqn talent d'imitation qui est une aptitude plus voisine de l-instinct que de l'intelligence.

Voyons les faits : les premières observations modernes quelque peu sérieuses remontent à Buffon. En 1740, on amena à Paris un jeune chimpanzé, — on sait que ces singes habitent l'Afrique intertropicale, qu'ils y vivent par troupe, sur les arbres, et se nourrissent de fruits. Leur taille minimum est d'un mètre trente centimètres environ. — Buffon nous a laissé un récit détaillé des faits et gestes du jeune chimpanzé qu'il eut occasion d'observer. Il mangeait à table comme une personne, se servait avec aisance des ustensiles, se versait à boire, trinquait et buvait, dépliait sa serviette, s'essuyait la bouche, prenait du thé, du café, mettait dans la tasse le sucre nécessaire^ et attendait pour le prendre qu'il fût refroidi.

Il se promenait avec les visiteurs, leur donnait la

main, avec un grand sérieux et comme s'il eût suivi la conversation et connu la pensée des personnes qui se promenaient avec lui. C'est tout.

Dans ces dernières années, le voyageur du Chaillu était parvenu à apprivoiser un jeune chimpanzé dont il avait tué la mère. L'animal l'accompagnait ou le

suivait comme un chien ; M. du Chaillu venait-il à s'asseoir, aussitôt Tomy — c'était le nom du singe — sautait sur lui, s'asseyait sur les genoux de son maître, appuyait sa tête sur ia poitrine de celui-ci, dans la position d'un cnrant qui veut se faire dorloter.

Jusque-là on ne saurait voir des signes d'intelligence. La gourmandise le rendit voleur; il était naturellement adroit, il devint rusé; épiant le mo-

ment où les gens étaient absents, il allait dans leur hutte dérober les fruits. Le matin, il soulevait discrètement la natte qui fermait l'entrée de la cabane de son maître afin de voir si celui-ci dormait. S'il le trouvait endormi, Tomy sautait sur les bananes, mais au moindre bruit il fuyait précipitamment, laissant tout tomber. Quelquefois, il essayait de donner le change et prenait un air de sainte nitouche. Dans ce cas, il faisait preuve d'intelligence. Il disait en luimême : « On m'a défendu de toucher aux fruits; il faut qu'on ignore que je les ai pris, parce que je serai battu si l'on me surprend. Je vais profiter du moment où il n'y a personne. » Ou bien : « Mon maître doit être encore endormi, disait-il ; il ne faut pas que je fasse du bruit car je pourrais le réveiller, je vais aller tout doucement. S'il s'éveille, je mentirai. » Notre singe donna encore des preuves d'intelligence lorsque l'hiver fut venu, et qu'il eut froid pendant la nuit. Il cherchait à se coucher soit avec les nègres, soit avec son maître. Repoussé de tous les côtés, il usa d'un stratagème. Il guettait le moment où tous les nègres étaient endormis et se couchait parmi eux, mais le matin il décampait avant* le réveil des nègres. Quand il ne se réveillait pas à temps il recevait une correction, ce qui ne l'empêchait pas d'ailleurs de recommencer.

Voilà assurément des actes intelligents, mais sontils supérieurs à ceux qu'accomplit le chien? Nous

connaissons sur l'orang-outang (homme des bois) des faits analogues. Frédéric Guvier eut occasion de faire sur lui des observations curieuses qu'il nous a conservées. Il se conduisait comme un enfant; il aimait les caresses et donnait lui-même des marques d'affection. Lorsqu'il souhaitait quelque chose et qu'on lui refusait l'objet de ses désirs, il boudait, pleurait à sa manière, poussant de grands cris, s'arrachant les cheveux, se roulant par terre, comme nous l'avons vu faire maintes fois à un enfant mal élevé.

' Selon son habitude, il perchait. Un jour, on fit semblant de vouloir aller sur l'arbre pour le saisir, il se mit alors à secouer l'arbre afin d'effrayer la personne et de lui inspirer la crainte de tomber. Cette crainte, il lui était sans doute arrivé de là partager dans des circonstances analogues, et il avait conclu que ce qui l'avait effrayé devait effrayer les autres. N'avons-nous pas eu souvent occasion de voir des enfants chercher à nous faire peur, comme ils disent, dans leur langage] naïf. De là à voir, avec Cuvier, la faculté de généraliser, il y a loin !

Flourens et Milne Edwards ont eu également occasion d'étudier les habitudes d'un autre orang-outang. Us ont pu contrôler les faits déjà observés et en signaler de nouveaux. Le gardien de l'orang l'enfermait à clef dans leur chambre commune lorsqu'il

avait à sortir. D'abord, notre singe donna des signes de douleur et de colère, poussant des cris, s'arrachant les cheveux et se heurtant la tête contre le mur, puis il se mita essayer d'ouvrir la porte en poussant et ne put y parvenir. Il observa évidemment son gardien lorsqu'il ouvrait et fermait la porte, car un jour il se mit en devoir de l'imiter. Le bouton de la porte était hors de sa portée; pour l'atteindre, il prit une chaise sur laquelle il grimpa et parvint à ouvrir.

La porte ayant été fermée à clef et la clef placée sur la cheminée, il grimpa à sa balançoire jusqu'à ce qu'il fût à portée de la clef. Enfin, on raccourcit la corde en faisant un nœud, il défit le nœud.

Flourens raconte qu'il alla un jour le voir avec un vieillard dont l'attitude, le costume et la démarche produisirent une vive impression sur notre animal. Ils allaient se retirer, lorsque le jeune orang, toujours nréoccupé, parut enfin céder à un vif désir jusqu'alors contenu : il prit la canne du vieillard, et, s'appuyant dessus, courbant le dos, il se mit à marcher ^ lentement, simulant, avec un rare talent d'imitation^ l'allure de ce vieillard; il fit ainsi le tour de la pièce,, et désormais satisfait d'avoir montré son habileté, il vint rendre la canne qu'il avait empruntée un instant.

On peut être journellement témoin de signes d'intelligence donnés par les singes en les observant. Au

Jardin des plantes, au Jardin d'acclimatation, dans les cages où l'on a coutume de les réunir, cent fois par jour, on pourrait être témoin de faits qui prouvent rîntelligence des singes. Ils montrent dans leurs jeux de la ruse, de l'espièglerie, de la malice; c'est une troupe d'enfants. Ils jouent d'ailleurs volontiers dans leur jeunesse avec les enfants ; ils paraissent les aimer et se plaire en leur compagnie. Et pourtant le chien nous semble plus près de l'enfant que le singe, tant par le degré de l'intelligence que par le caractère. Il y a beaucoup d'affinité entre les chiens et les enfants, ils jouent entre eux en camarades et en aifiis. En outre, aucun animal ne peut rivaliser avec le chien pour l'affection et le dévouement. Enfin, tandis que les singes deviennent méchants, quelquefois féroces, en devenant vieux, les qualités |du chien ne s'affaiblissent pas avec l'âge, il se montre de plus en plus attaché à mesure qu'il vieillit.

Qu'est-ce, après tout, que cette intelligence de l'animal, à quoi se réduisent ses manifestations ? A quelques faits peu importants qui exigent, il est vrai, l'attention, le jugement, la volonté. On iira peut-être que notre supériorité intellectuelle tient à celle de nos organes. Nous dirons le contraire, c'ést-à-dire que les organes sont les serviteurs de l'intelligence et qu'ils sont la conséquence de celle-ci. La vérité

est peut-être que l'un et l'autre réunis sont en quelque sorte un tout indivisible.

Ceux qui n'admettent que le corps ne verront rien au delà des organes, et tout dans leur système doit dépendre de ceux-ci ; pour eux, la perfection plus ou moins grande des organes entraîne comme conséquence la perfection plus ou moins grande des manifestations mentales.

Ceux qui regardent le cerveau comme le lieu-oii se produisent les opérations mentales, sans admettre toutefois que cet organe en soit le producteur ou le sécréteur, ainsi que ceux qui admettent un principe indépendant, une âme qui n'est pas une résultante, ne sauraient admettre que le milieu et les conditions précèdent les manifestations. Tout au plus ils peuvent les modifier.

L'étroite solidarité qui existe entre les organes et les phénomènes dont ils sont le siège, impose en quelque sorte la simultanéité de leur apparition. Oa ne saurait y voir quelque chose d'analogue à la cause et à l'effet. Il n'y a pas succession, il n'y a pas conséquence de l'organe au phénomène qu'il produit' ou au phénomène dont il est le support. Il n'est pas exact de dire : tel animal doit sa supériorité mentale à sa supériorité organique ; il n'est pas non plus exact de dire le contraire. Il est seulement permis de constater que pour un même groupe d'animaux très voisins, les deux supériorités, mentale et corporelle, se rencontrent chez le même individu.

RESUME

Caractères distinctifs de Tinstinct et de l'inteUigence. — L'intelligence chez les animaux et chez Thomme.

Des diverses manifestations des animaux mentales que nous venons de passer en revue, nous pouvons déjà conclure que les caractères de l'intelligence ne sont pas seulement différents de ceux de l'instinct, mais qu'ils leur sont même absolument opposés.

L'instinct est nécessaire : — Tabeille ne peut pas vivre solitaire, ou ne pas coopérer à la construction d'une ruche, l'araignée ne peut pas ne pas faire sa loîle, la chenille ne pas filer son cocon, sans compromettre son existence. — L'intelligence est conditionnelle: elle varie chez les animaux : — le chien est plus intelligent que le chat, — il y a des degrés ; certains animaux même paraissent en être dépourvus, et chez l'homme, on ne s'aperçoit que trop, hélas ! combien elle est peu nécessaire et combien d'hommes parviennent à vivre sans le secours de l'intelligence. Elle est tombée dans les cerveaux humains comme la pluie dans les divers lieux : les uns n'ont reçu qu'une ondée, pour les autres, c'est un orage.

L'instinct est parfait, — de tous les moyens que pourrait employer l'animal pour arriver aux mêmes fins, c'est le meilleur. L'oiseau exécute son nid, le

castor sa cabane, l'abeille sa cellule, excellemment, d'une manière parfaite, irréprochable. — Au contraire, l'intelligence, qui s'éveille, pour ainsi dire, sous l'influence de causes provocatrices, est plus ou moins vive, elle se développe plus ou moins; elle est imparfaite et perfectible. C'est par la culture de notre esprit, par l'expérience, que notre jugement se forme, que notre raison se fortifie, que notre esprit mûrit.

L'instinct est infaillible ei invariable. — L'animal arrive sûrement et du premier coup, par les mêmes moyens, au but qu'il poursuit inconsciemment, il va droit à un but qu'il ne connaît pas et qu'il n'a nul désir d'atteindre. Ainsi les petits chiens vont droit au sein maternel avec les yeux fermés, l'ichneumon fond sur les chenilles sans hésitation, sans qu'il ait reçu un enseignement. — L'intelligence est essentiellement faillible^ l'animal voit le but qu'il vise, qu'il désire atteindre, qu'il essaye d'atteindre. Il emploie divers moyens, il se trompe parfois, rarement il réussit du premier coup. Nous en avons vu des exemples dans les travaux accomplis par les fourmis, et notre expérience ne résulte-t-elle pas des rectifications apportées aux écarts de notre jugement et de notre raison ?

L'instinct est propre à une espèce : — toutes les fourmis rouges possèdent leur instinct guerrier à

Texclusion des autres fourmis, et ce que font les fourmis, les abeilles, qui ont leur instinct propre, ne sauraient le faire, pas plus que les fourmis rouges ne sauraient construire des ruches et faire du miel. — L'intelligence est propre aux individus : — la dose varie chez les individus d'une même espèce; elle varie également d'une espèce à une autre. Lorsque les fourmis exécutent certains travaux qui exigent l'exercice de l'inteUigence, il est très probable que toutes ne sont pas également aptes à les diriger, et qu'il en est quelques-unes dont les autres, reconnaissant la supériorité, suivent les conseils et subissent la direction.

V instinct est particulier: — iln'est applicable qu'à sou objet; il est impropre à l'accomplissement de toute autre tâche, cela est surtout évident lorsque l'animal possède des organes adaptés à son instinct. L'instinct de l'abeille ne lui permet de faire que du miel, et, si habile qu'elle soit pour construire des cellules et les grouper en rayons, elle ne saurait tirer parti de son instinct pour construire le piège du fourmi-lion. — L'intelligence est générale : — elle s'exerce sur des objets divers, le but à atteindre varie et aussi le mode d'exécution et la somme d'efforts à faire. Gela est surtout vrai de l'intelligence humaine.

L'animal est dominé par son instinct, il y obéit fatalement, il ne peut s'y soustraire. Au contraire

son inlelligence est librCj et à l'aide de son intelligence, il perçoit, compare, juge, délibère et veut.

L'instinct est une propriété ; l'intelligence, une faculté.

Après cet examen de l'intelligence des bêtes, n'eston pas en droit de s'écrier avec le Fabuliste :

Qu'on m'aille soutenir après un tel récit,

Que les bêtes n'ont point d'esprit !

Pour moi, si j'en étais le maître, Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants. Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans? Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connaître.

Nous n'hésitons pas à leur accorder autant d'intelligence qu'aux enfants. 11 suffit de voir les enfants jouer avec les animaux pour être convaincu qu'ils se comprennent mutuellement. L'enfant préfère naturellement, nous pouvons dire instinctivement, les animaux dont l'intelligence équivaut à la sienne. Selon que son intelligence sera plus ou moins développée, il se plaira avec tel ou tel animal, il en fera sa société, le compagnon de ses jeux. C'est surtout au chien que l'enfant paraît ressembler le plus pour le degré d'intelligence, le caractère, la gaieté, l'enjouement, la légèreté, la mobilité. Mais chez l'enfant l'intelligence est susceptible de développement ; elle va croître pendant toute la vie, elle s'enrichira en em-

pruntant au fonds commun de l'héritage intellectuel de l'humanité, tandis que le chien restera enfant toute sa vie et enfant ignorant.

Le petit nombre d'actes intelligents qu'on lui voit accomplir montre les limites de son entendement, qui n'est pas étendu même pour le plus intelligent d*entre eux. C'est une intelligence à horizon restreint; on pourrait la comparer à un regard qui ne verrait qu'un seul objet à la fois ou deux on trois objets voisins, tandis que l'intelligence humame serait comparable à un regard qui s'étendrait sur un pays plus ou moins vaste, selon le degré d'intelligence. L'inteUigence des animaux supérieurs ne paraît pas aller au delà de l'objet qui l'occupe, le champ de son activité est circonscrit, les associations d'idées limitées à un petit nombre. Elle est impuissante à généraliser. C'est quelque chose de réduit en quantité et d'inférieur en qualité. Qu'on se figure l'homme sans livres, sans écriture, sans tradition, sans enseignement, les générations se succédant sans laisser de traces et d'héritage intellectuel, et l'humanité vivra intellectuellement au jour le jour; et chaque génération nouvelle édifiera à nouveaux frais une civilisation inférieure et dépassera à peine les sociétés animales.

L'intelligence animale et la nôtre ont des éléments, on pourrait dire des racines communes, mais l'in-

telligence animale reste rudimentaire, parce qu'il n'y a pas comme chez nous la possibilité d'accumuler les connaissances en les emmagasinant, et la possibilité de les communiquer, de les répandre et de les multiplier en faisant de chaque individu un nouveau foyer de rayonnement. Chaque animal pourra se développer dans une certaine mesure, mais le peu qu'il transmettra de ce qu'il aura reçu, c'est surtout par le corps, par l'hérédité, avec son sang, bien plus que par voie d'enseignement. — Ajoutons que dans la transmission des connaissances par les animaux à ceux de leur espèce, il entre au moins autant d'hnitation de la part des nouveaux que d'enseignement de la paii des anciens.

En outre, l'intelligence animale est pour ainsi dire sans initiative, elle ne paraît capable d'activité que sous notre impulsion. C'est nous qui provoquons le développement qu'elle comporte; sans notre action ou notre assistance, elle s'atrophierait; elle a besoin de notre culture comme les plantes. L'animal gue nous avons intérêt à nous approprier porte notre empreinte : nous en moulons pour ainsi dire le corps et l'intelligence. Profilant des accidents naturels, comme la petitesse ou la grandeur de la taille, nous perpétuons ces accidents et nous produisons des races de petites ou de grandes tailles. De même, profitant des aptitudes comme celles pour la chasse, nous pouvons les développer et les perpétuer et créer

des races qui possèdent certaines qualités ou certains défauts naturels du corps ou de l'esprit qui nous sont avantageux* Cet asservissement volontaire qu'on nomme domestication résulte de la culture d'une aptitude sociale de certains animaux. Par elle les animaux domestiques, qui sont d'un si grand profit pour nous, se sont multipliés dans une proportion énorme, comparée à la multiplication des animaux sauvages. Où s'est-il produit quelque chose de comparable chez les animaux à cette action de l'homme sur la nature entière vivante ou inanimée, pour ne parler que de ce fait? Le faucon, qui donne d'excellentes leçons de chasse à ses petits et qui les dresse si bien, a-t-il jamais enseigné son art à* un autre oiseau? a-t-il jamais asservi un oiseau à son usage comme nous l'avons, nous-mêmes, plié à notre service?

Sans doute certains hommes ne sont pas supérieurs à certains animaux, cela n'infirme en rien nos déductions. 11 ne s'agit pas en effet de l'état où peut se trouver l'intelligence d'un homme, mais du degré où il est possible de l'élever. On peut au contraire affirmer que l'intelligence de l'animal n'atteindra pas tel point, ne dépassera pas telle limite. Il y a des sauvages qui ont un vocabulaire fort limité et qui n'ont pas conçu la numération, nous prévoyons néanmoins la possibilité de leur enseigner des rudiments de connaissances, tandis que nous pouvons affirmer que nous n'enseignerons jamais à lire et à compter à un

singe ou à un chien, et assurément ce ne sera pas un singe pu un chien qui renseignera à ses semblables.

Cet empire de l'homme sur la nature a depuis longtemps frappé les hommes ; il n'est pas contestable puisque c'est un fait, et ce qui ne saurait être davantage contesté, c'est qu'il ne le doit pas à des avantages physiques, mais qu'il le tient de son intelligence. Si toute notre dignité vient de la pensée , ainsi que l'a dit Pascal, ajoutons que toul en faisant notre grandeur, elle fait aussi notre force.

Nous avons beau analyser l'intelligence animale, la scruter, chercher ce qu'elle a de commun avec la nôtre, par où elle lui ressemble et par où elle diffère, nous ne parvenons pas à combler l'abîme qui la sépare de l'intelligence humaine. En mettant en regard les races inférieures,les sauvages actuels et les animaux supérieurs, nous ne voyons pas de transition. Nous ne voulons même pas parler des organes et des différences organiques importantes, telles que celles de la tête et des mains, nous nous bornons seulement aux actes intelligents. Or, cette intelligence toute individuelle ne s'exerce pas sur la matière pour créer une industrie ou un art quelconque, ni sur les intelligences de même ordre ou d'ordre inférieur, pour arriver à constituer

des sociétés qui ressemblent même fort peu à des sociétés humaines avec l'ensemble des moyens de défense et des gages de sécurité.

La construction d'une fourmilière, d'une ruche ou d'un nid n'est pas une œuvre d'art ou le résultat d'une industrie : on se souvient de ce qui a été dit à ce sujet et comment l'invariabilité dans l'exécution et dans les moyens employés écarte l'hypothèse d'une intervention volontaire de la part de l'animal.

Et qu'y a-t-il de commun entre ces groupements à mode invariable, femelle , mâles, neutres, — avec égorgement des mâles, etc.—, desfourmis ou des abeilles, et les sociétés humaines si variées dans leurs formes et soumises à des lois qu'elles se donnent et qu'elles modifient ?

Trouve-t-on chez les singes ou chez les chiens les débris d'objets qui accusent un art, une industrie, une science quelconque, plus ou moins analogues à ceux que nous avons recueillis dans les abris ou les tombes de l'homme primitif ?N'est-ce pas le cas d'appliquer à ces animaux supérieurs, en le retournant, l'adage latin : tout ce qui est humain leur est étranger,

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