CHAPITRE V
De l'Influence de la Mode sur les Sciences , la Littérature et les Beaux-Arts.
JL'htstoire des progrès de l'esprit humain , dans le système des connaissances dont sa perfectibilité le rend susceptible , présente une observation singulière; c'est que la mode en a presque toujours dirigé la marche, et que ses variations en ont constamment marqué les époques.
Dans les sciences , la littérature et les arts , la mode a vivifié toutes les recherches et dirigé tous les esprits. Il n'y a peut-être que l'art de la guerre qui ait échappé à ses vicissitudes. La mode de tuer et de se battre remonte à l'origine des sociétés, et durera probablement jusqu'à la fin du monde : encore la tactique militaire , ou cet art de détruire l'espèce humaine , surtout depuis l'invention de la poudre , a-t-il subi beaucoup de variations où l'on pourrait dire que la mode a fait sentir son inlluence , si l'association de ces deux mots , la mode et la guerre , ne causait pas une sorte d'effroi.
Pour ce qui concerne les sciences, nous ne pouvons guère remonter qu'aux Egyptiens, qui mirent à la mode la philosophie mystérieuse et h morale énigmatique. Elle se perdit , lorsqu'à force de secret il ne fut plus possible d'y rien entendre-, et les Grecs qui voulurent s'en in-
struire, dégoûtés par l'incertitude , lui préférèrent la philosophie raisonneuse. Ils voulurent connaître la nature des choses , les causes de tout , et devinèrent assez mal , au lieu d'observer. Platon est peut-être le seul qui ait raisonné juste : il donna des bases à la morale -, mais il mit tellement en vogue la manie d'alambiquer les idées , qu'elle se conserva dans les écrits philosophiques jusqu'à la destruction de l'empire d'Occident. La mode alors fut de dédaigner les sciences que la barbarie avait effrayées $ et la nuit de l'ignorance couvrit l'Europe presque entière jusqu'au xive. siècle , où la mode remit Aristote sur le trône de la philosophie: Ses disciples furent long-temps , comme des généraux d'armée, chargés de conquérir pour ses opinions les défenseurs les plus intrépides ; et il s'en trouva dans toutes les classes. Florence avait été le lieu de ses premiers triomphes dans le xve. siècle 5 et dans le xvie. , on vit l'université de Paris accumuler tous les trophées de sa gloire. Les parlemens et la justice en firent une affaire d'état, ce qui peut-être fut la cause de sa défaite ; car la mode n'aime pas la violence , et elle s'effarouche quand on lui présente des chaînes. En s'apercevant qu'on s'était occupé beaucoup plus des mots que des choses , et que l'observation et l'expérience avaient été singulière ment négligées dans toutes les disputes , on en revint à soumettre le raisonnement à la lumière que présente la nature clans une route où c'est elle seule qu'il faut étudier. Bacon et Descartes parurent , et tout prit une autre face dans l'empire des connaissances humaines. Les sciences naturelles occupèrent tous les bons esprits : les
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mathématiques , la physique , l'anatomie , Plus* toire naturelle , prirent l'essor en même temps , et la certitude ne fut admise qu'au flambeau de l'expérience. La mode de tout scruter, de tout connaître , de ne rien admettre que d'évident , amena le doute sur ce qui paraissait surpasser l'intelligence humaine -, et la mode de ne croire à rien remplaça la mode de tout examiner. Le xvine. siècle fut atteint de cette maladie , dont la révolution l'a guéri -, et la mode qui domine aujourd'hui est celle des sciences exactes , de l'histoire naturelle , et surtout de la politique. Peut-on deviner celle qui lui succédera ? Telle était aussi la réflexion du baron de Grimm dans sa Correspondance littéraire, qui offre asseî souvent le combat de son bon sens contre sou engouement philosophique, a En étudiant , dit- » il, les révolutions de l'esprit humain, onremar- » que que les instans de lumière ont été exces- » sivement courts ; qu'ils ont été comme l'effet de » quelque effort heureux et merveilleux de la » nature , et l'ouvrage d'un très-petit nombre )> d'hommes de génie , d'abord contredits , ca- » lomniés et persécutés , ensuite approuvés , » adoptés et exaltés , souvent sans meilleure » connaissance de cause , et bientôt après défim gurés par ceux qui se disaient leurs sectateurs » et leurs disciples.... Tout est périodique en » ce monde , tout est mode parmi les hommes : » je crains qu'il ne vienne un temps où les ter- » mes favoris de la philosophie moderne soient » aussi absurdes que le jargon de l'école péri- » patéticienne. Il ne faut pour cela que du temps » et des commentateurs , et peut-être sommes- » nous moins éloignés de cette époque que nous
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» ne le croyons. Alors notre gravitation , notre » attraction , nos forces centrifuges et centri- )> pètes , pourront paraître aussi barbares que » les quiddités et les entéléchies de la philoso- » pbie scolastique; et le mot d'esprit, que nous » mettons à toute sauce , jouera un aussi beau )> rôle que les facultés occultes. Ce sera alors la » tâche d'un nouveau Descartes , de profiter à » propos de la satiété de notre jargon pour le » battre en ruine , de remettre pour un petit » moment les choses à la place des mots , et » d'obliger les subalternes , d'abord d'arrêter un » peu le cours de leurs sottises , et puis de les » reproduire en les parant d'un dictionnaire à » la mode (i).
La littérature offre des variations semblables à celles qu'on observe dans les sciences. Les premiers écrits portent le caractère d'une simplicité et d'une naïveté qui les rend sublimes : c'est l'empreinte du sentiment et de la pensée dans sa pureté originale ; c'est du génie sans esprit , dont les recherches et l'affectation ont fait par la suite de l'esprit sans génie ; c'est la nature dans sa primitive beauté , peinte avec plus de vérité que d'enthousiasme } c'est dans les cercles enchaînés du premier âge , le tableau du bonheur que donnent l'innocence des moeurs et les vertus domestiques ; c'est la bible , c'est Homère , Orphée ou Hésiode. La poésie , si favorable à l'expression des sentimens élevés et des grandes pensées , a long-temps joui de la prérogative de les propager dans la mémoire
(i) Voyez sa Correspondance, vers 1765, tom. V, pag. 27.
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des hommes ; et la langue des Grecs , étant éminemment poétique , semble avoir conservé dans la prose même un charme d'harmonie que les orateurs s'empressèrent de s'attribuer. Longtemps la mode distribua des couronnes dans les jeux olvmpiques : les Muses tragiques devinrent l'objet de ses faveurs; et l'odieuse licence qui fit périr Socrate sous la verge satirique d'Aristophane , fut peut-être la cause qui fit hériter les philosophes et les orateurs des succès dont la poésie avait fait un si funeste usage.
Le penchant des Grecs pour la subtilité métaphysique mit alors en vogue cette dialectique dont le maître et le dominateur absolu fut ce même Aristote , ce génie si profond, si étonnant par l'étendue de ses connaissances , et qui n'a pas fait un seul vers.
Tandis que les Romains, enrichis des dépouilles de l'Orient et de l'Asie , prenaient du goût pour les productions de l'esprit dont la littérature s'enorgueillit, tandis que les encouragcmens et les éloges des maîtres de l'Empire faisaient naître ces chefs-d'œuvre de poésie qui font encore nos délices et sont restés nos modèles , la littérature grecque s'évanouissait en Occident : il n'y restait que ce penchant à disputer sur des matières philosophiques, lequel , se reportant ensuite sur des discussions de 1 école , se propagea jusqu'au moment où des guerriers ignorans s'emparèrent de Ryzance, qui n'était plus défendue que par des théologiens.
Pétrarque remit en honneur les bonnes études , et l'érudition devint à la mode. L'imprimerie n'était point encore : mais des manuscrits précieux furent multipliés par ses soins ; son
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zèle et ses recherches rendirent au jour les plus beaux mouumens littéraires de l'antiquité, ensevelis sous les décombres de la barbarie, comme ces belles statues grecques si long-temps enfouies sous le sol qui les avait portées. Des mœurs , des usages, des circonstances différentes, des gou- \erneniens plus paisibles , des souverains plus éclairés , formèrent d'autres talens , et donnèrent au monde littéraire le Dante et Boccac e , le Tasse et l'Arioste.
La France , déchirée par ses dissensions intestines et par l'ambition de ses ennemis , s'apercevait «à peine qu'elle avait eu une académie sous Charlemagne , et une université sous Louis IX. La mode était alors de ne savoir pas lire; et quand on l'eut appris de nouveau , la mode fut de s'entre-tuer pour des opinions. Enfin Malherbe vint, dont les successeurs nous donnèrent des poètes que le génie rendit célèbres au théâtre, et que la mode relègue aujourd'hui dans le genre descriptif; comme après avoir lait des philosophes raisonnables, elle en a fnit depuis des raisonneurs dangereux. Aujourd'hui ils sont absorbés dans l'idéalisme , et la littérature tout entière va bientôt se trouver en proie à la raison pure des Allemands. Dieu nous préserve cependant d'une pareille mode ! car il n'y a rien de pins vide et de plus vaporeux. L'empire de ce purisme est sérieux et triste ; ses partisans prennent ci tte t< inte qui ne s'accorde guère avec le caractère fiançais. Celui qui court à la célébrité s'accommode mieux d'une facilité qui l'entraîne que d'une sévérité qui le repousse; il se laisse aller , et l'opinion est la souveraine à laquelle il obéit comme tant d'autres.
La mode est presque toujours en opposition avec le bon sens , et c'est peut-être pour cela qu'elle plaît et qu'elle séduit. C'est néanmoins le bon sens qui donne l'immortalité dans le temple de la gloire. Ses gardiens et ses ministres peuvent s'abuser quelquefois sur les titres qu'on lui présente pour y prendre place -, mais il est impossible de corrompre la postérité , qui les rejette ou les confirme.
L'esprit lui-même , quelque supérieur qu'il soit, et dans sa véritable acception, n'est autre chose que le bon sens revêtu des expressions les plus énergiques , les plus fines ou les plus gracieuses. Lorsque Bossuet disait de Fénélon , // a plus d'esprit, que moi, il en a à faire peur , c'était cela même qu'il voulait exprimer; car Fénélon n'avait point encore fait Télémaque. La mémoire et la lecture ne donnent pas de l'esprit : mais le bon sens et le bon goût mettent à contribution l'une et l'autre pour contrefaire l'homme desprit ; il n'est même pas très-rare de rencontrer de l'esprit dans une classe d'individus dont la lecture n'a jamais fatigué la mémoire. « Ce qui fait précisément la puissance de » l'esprit, dit Rivarol, c'est d'exprimer d'une » manière neuve et piquante les pensées les plu? » communes ; car les pensées de cet ordre se » composent des sensations premières souvent » répétées , fondées sur le besoin , fortifiées par » l'usage, eteonséquemment fondamentales dans » 1 homme (1). »
On trouvera peut-être singulier que je regarde la bon sens comme une puissance qui
(1) De L'homme intellectuel et moral , page i58.
doit assigner la place aux ouvrages les plus distingués : cependant c'est une vérité de fait , et que l'histoire littéraire confirme sous tous les rapports. 11 ne faut pas, pour s'en convaincre, entrer dans un long détail. Quels sont les auteurs auxquels , parmi nous , la prééminence est assurée, depuis que nous avons une littérature ? Boilcau , Corneille , Racine , Bossuet , Fénélon, Pascal , Montesquieu , Butîon , et deux ou trois autres. Il est incontestable que ce n'est qu'à la sagesse des pensées, à la raison parfaite revêtue de toute son énergie et de toute sa force , en un mot au bon sens dans toute sa vigueur et tout son éclat , que ces écrivains doivent toute la gloire qu'ils ont répandue sur le siècle qui les a vus naître. La mode a souri de leurs manières antiques , comme elle souriait de l'ampleur surannée de leurs costumes , et avec eux a disparu le génie.
Le style étant de mode comme le fond d'un ouvrage , il est vraiment triste de penser que , parce que ce style ressemble beaucoup à celui des bons écrivains du siècle de Louis XIV , on craindra d'en parler avec éloge ; et que, si quelques personnes de ce goût ancien en pensent du bien , elles n'oseront le dire qu'avec précaution et nen parler qu'avec une sorte de rélicence qui n'inspire pas une grande estime pour ceux qui sont capables de faire , contre leurs propres lumières , un tel sacrifice à l'opinion dominante. Un auteur qui écrirait aujourd'hui un ouvrage entier du style de La Bruyère ou de Fénélon , exciterait autant d'étonnement et de curiosité qu'une jeune femme qui paraîtrait dans un salon ou aux promenades publiques dans le costume
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de madame de la Fayette ou de madame de Sévigné.
Puisqu'il est permis à la mode d'exercer tous ses caprices, il faut convenir que ce doit être plutôt dans le domaine des beaux-arts que dans celui des sciences et de la littérature; au moins faudrait-il qu'elle respectât toujours les règles et le bon goût : mais si , dans les objets sérieux, elle se donne de si fortes licences , doit-on s'étonner de celles qu'elle se permet dans un autre genre ?
La peinture , la sculpture , l'architecture , la musique , la danse , sont des arts aussi anciens que le monde. La mode les a dirigés comme le reste ; et quoique les règles et les principes de ces arts soient puisés dans l'imitation de la nature , les yeux les ont vus d'une manière si différente , le goût a tant varié sur ce qui les concerne , leur enfance a été si longue , leur adolescence si faible , leur bel âge si contrarié , qu'il n'est pas étonnant qu'ils aient été souvent exposés à des vicissitudes dont la singularité ne cesse de paraître ridicule que pour les usages et les costumes qui semblent n'avoir aucune règle fixe dans la nature et l'opinion.
La peinture et la sculpture , quant au fond , ne peuvent guère être en proie aux caprices de la mode , puisqu'elles ne sont que limitation de la nature et l'expression de la vérité : mais , dans la métbode ou la manière , elles ont dû en éprouver beaucoup , et l'on peut voir combien elles en éprouvent encore. Les peintres grecs avaient sûrement une manière différente de la nôtre. Les premiers sculpteurs ou statuaires, à en juger par les monumens égyptiens qui nous
restent , semblent avoir voulu refuser le mou* vement et la vie à tout ce qui sortait de leurs mains , tandis que le ciseau des Grecs prodiguait l'un et l'autre à leurs chefs-d'œuvre. Les statuaires d'Italie n'ont-ils pas eu une mode qu'ils préféraient aux ouvrages de Phidias et de Praxitèle ? Et le Bernin n'a-t-il pas balancé Michel- Ange? Les écoles diilerentes ont toutes des caractères différens , qui ne sout autre chose que des sacrifices à la mode introduite par quelque artiste célèbre. Le style de Gérard et de Girodet ne ressemble point à celui de \ an-Dyek et de Le Brun. Le caprice couronne une tentative nouvelle , et le vétéran qui repose sous de modestes lauriers , n'est pas mis en honneur. Est-ce aux progrès de l'art, ou à la mode, qu'il doit s'en prendre?
L'architecture n'est pas exempte de cette inconstance dans le goût et l'opinion : il serait aisé de le finie voir. A la vérité, l'architecte n'est pas toujours le maître de l'exécution de ses plans : mille considéi'ations peuvent entraver son génie ; et trop souvent de prétendues connaissances de la part de ceux qui ordonnent , laissent retomber sur l'art des défauts qu'on ne doit qu'à la complaisance de l'artiste. Mais qui est-ce qui fascine les yeux et pervertit le goût de l'homme même qui se croit le plus instruit , si ce n'est la mode ? II n'est point de règle pour ce qui plait à une tète absurde; et si elle est secondée par la fortune , elle gâtera plus de talens que l'élude n'en formera de supérieurs.
La musique est dans le même genre, et ce n'est pas en France qu'on pourrait renouveler des discussions à ce sujet ; elles ne seraient
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qu'une preuve de plus en faveur de l'influence très-impérieuse que je me borne à signaler sans l'approfondir. Les œuvres si justement célèbres de Lulli , de Rameau, de Gluck, de Piccini , de Saccbini , de Mozart et de tant d'autres , ont donné lieu à de vives contestations. Est-il besoin de dire à quel tribunal elles ont été jugées en dernier ressort ?
Quant à la danse, on peut l'abandonner à tous les caprices de la mode ; et Vestris , Je dieu de la danse , aurait fait à ce sujet une dissertation d'autant plus convaincante , qu'elle aurait été celle d'une victime célèbre dont l'amourpropre ne craignait pas de comparer ses talens et sa gloire à ceux de Voltaire et de Frédéricle-Grand. En cela du moins rendait-il hommage à la fantasque divinité qui gouverne l'esprit bumain , et qui , comme la fortune, ne se plaît que dans l'inconstance et les plus bizarres révolutions.
J'ai donné très-peu d'étendue à ce ebapitre , qu'on pourrait regarder comme un hors-d'œuvre , s'il ne me paraissait pas nécessaire comme un complément des principes du goût , et un préservatif contre toutes les influences qui pourraient le corrompre. Quoique l'accroissement successif des lumières, l'attrait de la nouveauté, le besoin de ebangement , la satiété de ce qui est bien , et l'instabilité de toutes choses , donnent au torrent de la mode une force contre laquelle il est fort difficile de lutter , cependant la raison et le bon sens peuvent lui opposer quelque résistance ; et ce n'est qu'en signalant les écueils que la sagesse et l'expérience lés font éviter. 11 est dans l'esprit humain une recli-
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tude naturelle , qui ne se pervertit que par les mauvais exemples; et l'instruction, dégagée de leur influence, peut donner le courage de s'y soustraire. Ce n'est point la satire qui produira cet effet, mais la douceur dune critique raisonnée et l'éloquence des bons modèles. Je dis une critique raisonnée ; car ce qu'il y a de plus pernicieux pour ceux qui veulent se former un goût pur , indépendant de tout système et de tout préjugé, c'est l'engouement de certains esprits pour les productions que l'enthousiasme porte ridiculement jusqu'aux nues , et le dédain moqueur de certains autres pour des talens que trop de sévérité décourage , et qui mériteraient de l'indulgence. « La critique, » dit le docteur Rlair, a passé dans l'opinion » d'un grand nombre pour l'art de trouver des » défauts en pratiquant l'insignifiante applica- » tion de quelques termes techniques au moyen » desquels on apprend à chicaner, à pointiller » d'une manière scientifique : mais cette espèce )> de critique n'est en usage que parmi les pé- » dans. La véritable critique est un art libéral » et indulgent -, elle est la fille du bon goût et w du bons sens; elle tend à évaluer judicieuse- » ment le mérite réel des auteurs; elle nous » fait sentir vivement leurs beautés , et nous » garantit en même temps de l'absurde préveu- » lion qui confond trop souvent leurs défauts » et leurs beautés dans son estime ; elle nous » enseigne enfin à n'admirer ou blâmer qua- » près \\n examen réfléchi , et à ne pas suivre » machinalement la foule. »
11 serait bien à désirer que de telles maxi-
nies fussent toujours la règle de nos juges littéraires. La mode en a singulièrement augmenté le nombre : en conseillers la cour abonde , et les plaideurs n'en sont pas plus centens.
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