TOME H
t84 DEUXIEME SBCTIOlf.
Nom ferons quelques obserrations sur ee plan : i. Arec la lecture dans les classes moyennes, on
enseigne, d'après JEf^mp^Z (V Ami des écoles primaires)^
les connaissances les plus usuelles.
2. Les leçons de langue consistent , dans la classe inférieure, en exercices logiques et narrations, et dans les classes moyennes , en exercices de langue et de grammaire ( d*après Krause).
3. L'écriture proprement dite n'est enseignée, dans la classe inférieure , qu'aux élèves les plus exercés ; à tous les autres on enseigne le dessin linéaire et la géométrie.
La classe la plus avancée des élèves de l'école normale à employer dans l'école pratique , est divisée en cinq cœtus on divisions, dont chacune se compose de cinq ou six élèves. Chaque division enseigne seulement deux objets , pendant deux mois et demi , et passe ensuite à deux autres objets , de sorte que chacun s'exerce d'une manière pratique successivement dans tous les objets d'enseignement.
On traite , autant qu'il est possible , dans toutes les classes de l'école pratique , le même objet à la même heure. Le maître de l'école normale , qui a préparé d'avance les jeunes maîtres , est présent pendant la leçon ; il les écoute et les observe, les guide pendant la classe , et leur communique ensuite ses observations et son jugement tvut la manière dont ils ont donné la leçon. Sur chaque branche d'instruction il existe un journal pour chaque classe , où l'on inscrit après la
INSTEUCtlON PftlIlAiaE. VM
leçon ce qui a été en«eigD(è. Enfin , autant qnll est possible, le jeune malire, chaigé de la leçon suivante, assiste à celle de son prédécesseur. Par cea moyens^ et surtout par la direction spéciale de toute Tinstruction pratique confiée à un maître deTécole normale, la connexion et la gradation des études se trouvent parfaitement assurées.
11 est nécessaire que chaque élève de Técole normale enseigne successivement toutes les branches dans la classe inférieure ; car le maître d'école primaire , quelque instruit qu'il soil , igoore la partie la pla» indispensable de son état , s'il ne sait pas enseigner le» éléments.
It. SOKTIE DB l'école NORMALE, EXAMENS, CERTIFICAT ET PLACEMENT.
Les élèves quittent Técole normale , après avoir suivi les cours pendant trois ans , car la prolongation de leur séjour serait un obstacle à la réception de nouveaux élèves.
Mais auparavant ils subissent un examen par écrit et de vive voix , comme il est déterminé par rordonnance du niinistre de Tiostruction puUique , des affaires ecclésiastiques et médicales , que nous donnons ici en abrégé.
i i . Tous les élèves des écoles normales primaires du royaume subiront un examen à leur sortie.
« ^. I^ics examens se feront par tous les maîtres de
réeélé normale, et sar tout les objets enseignés dans la maison , en présence et sous la direction d'un ou de plusieurs commissaires délavés du collège des écoles de la province.
€ 5. Une leçon d'épreuves, donnée par chaque élève sortant , constatera jusqu'à quel point H possède déjà Tart d'enseigner.
c 4. Après Texamen et les renseignements exacts donnés sur les élèves sortants par le directeur et tous les maîtres , il est délivré à chacun d'eu)^ un certificat signé par le directeur, les maîtres et les commissaires.
< 5. ije certificat spécifiera les connaissances et les talents de Télève sortant ; il marquera s'il possède Tart d'enseigner , et si son caractère moral le rend propre à Tétat de maître d'école primaire ; il renfermera en outre un jugement général sur toutes ses qualités et son savoir, exprimé par un des termes : parfait, bien, saêiêfaisant , et répondant aux numéros i, 2, 3.
c 6. Un tel certificat m'accorde à l'élève que la faculté provisoire d'^trer en place pour trois ans. Au bout de ce temps il a à se présenter dé nouveau à l'examen de l'école normale. Mais celui qui , en partant de l'établissement , a obtenu le numéro i , et a été attaché dans le cours des trois premières années à Bneéeole publique, ne sera plus d'ordinaire soumis à un second examen. Tous les autres ne pourront entrer en fonction que provisoirement.*
f 7. Ces nouveaux examens ne se feront pas en même temps que ceux des élèves sortants ; mais ton-
llf&TRUCTtON PaniAIttE. . t57
jours coœoie les premiers, en présence e| sons 1» direction de commissaires du collège des écoles*
c 8. Dans les premiers examens on doit principalement s'assurer si les élèves ont bien saisi les leçons de récole normale et appris à les appliquer; les derniers doivent constater seulement Tbabileté pratique du candidat.
c 9. Le résultat de ce nouvel examen sera également, exprimé par un autre certificat joint au premier, et on aora soin d'y spécifier les dispositions du candidat pour la profession de maître d'école. >
G^est pourquoi on donne aux élèves sortants un cer» tificat qui sur la première page décrit leurs talents , leur caractère , leur moralité , et dont les deux pa^es suivantes contiennent le protocole exact du résultat de Texamen sur tous les objets enseignés.
Ceux qui dans Fintervalle des deux examens n'eus pas été ]^acés , devront présenter ce certificat aux surintendants et aux inspecteurs d'école des lieux qu'ils iraient habiter, et , à leur départ , demander un certificat de conduite qu'ils puissent produire lors du second examen. Ceux qui auront été placés dans les trois pre« mières années^, seront tenus de produire les certificats de leurs supérieurs immédiats.
Tous Les élèves ne sauraient être placés immédiate* ment à leur sortie de l'établissement ; mais un grand nombre d'entre eux sont proposés par le directeur aux places vacantes , et demandés par le gouvei^emeit royal et par les surintendants , les magistrats ^ eic^ ;
V» nBDXlftlIB SBCTHHl.
40 8(Mrle qu'au bout d'un an , on peut admettre qu'iU ëe trolivent tous établis.
Je puis répondre , M. le ministre, de la parfaite fidélité de cette description de Fécole normale de Potsdam ; et dans la visite longue et détaillée que j'ai faite moi-même de ce grand établissement, j'ai pu juger que le tableau que je viens de mettre sous vos yeux et qui a été fait en i8â6, était en 1851 au-des- Sûus de la redite.
L'école normale primaire de Potsdam possède aujourd'hui quatre-vingts élèves.: tous sont pensionnaires. La pension est de 48 thalers par an. La moitié des élèves paye cette pension ; les autres ont des bourses * et des demi-bourses. Le directeur et les maîtres, au nombre de cinq , sont tous logés dans la maison. Le directeur a 1 ,060 thalers de traitement, lescinq maîtres eut 550, 480, 400, 220, 200 thalers, non compris les iademnités pour le bois, i80 thalers sont employés par an à l'entretien d'un jardin et d'un jardinier , qui donne des leçons de jardinage. Cent vingt thalers sont consacrés chaque année à la bibliothèque , qui a déjà plus de mille volumes. 11 y a un petit cabinet de minéralogie .et d'histoire naturelle, une collection de semences, un tellurium pour l'histoire du monde terrestre et céleste; il y a aussi un bel orgue , car chacun des élèves doit pouvoir être organiste. Chaque salle d'études a son clavecin , chaque élève un vi<^OD et une petite bibliothèque 'jparticnlière. J'ai dit qu'il y avait quaUift-vingts élèves : il se présente tous les ans
( Instruet. fM. en Allem., I. //, vi«-à-TO la page
■heures.
LUIIBI.
; LMsimucTioif païujuite. it»
lg€ . .
• I centaine d'aspirants, sur lesquels on choisit vingt-
-B^i ou vingt-sq>t élèves , à peu près autant qu'il en
i chaque année. On n'y entre point avant dix-sept
j iix-huit ans , mais on y peut entrer plus tard , et
^i vu des élèves qui ont jusqu'à vingt-quatre ans. '
^~~ subit , pour être admis, un examen qui est un vrai
icours par Tidentilé des matières sur lesquelles il
le et la multitude des aspirants. Pendant les trois
lées de séjour , le service militaire est suspendu. A
fin des trois années, il y a un examen de sortie :
su le subit convenablement , on est reçu candidat à
e place de maître d'école élémentaire ou bourgeoise.
Pour les fautes commises , il y a d'abord admoni-
m du directeur en particulier , puis à la conférence
S maîtres , qui a lieu tous les huit jours ; et si la
lovaise conduite continue , ou fait une enquête et
îlèvje est renvoyé.
L'enseignement est très-solide et en même temps ^s^tendu , comme on a pu le voir par le plan fon- Émental qui se trouve dans la notice précédente , et ir le tableau ci-joint , qui contient le programme des içoos de l'école pour le semestre d'été de 1851. J'ai vu ce programme en action. L'esprit qui a résidé à l'organisation et à la distribution de l'enseipement est excellent , et il gouverne tous les détails. - ^ cours normal , qui est de trois années , se cornose , pour la première année , d'études destinées à uvrir l'esprit en quelque sorte , et à inculquer aux lèves de bonnes méthodes en tous genres et le sentie
9tm DBOXiteE SSCTIOïf.
ment de la voeation dlnstilotenr primaire. Cest là ce qu'on appelle instraction formelle, en opposition à Pinatruetion matérielU, c'est-à-dire plus positive de la seconde année , où les élèves font des études spéciales très-solides et assez élevées , et apprennent beaucoup plus qu'en général ils ne seront forcés d'ensdgner. La troisième année est toute pratique et consacrée à renseignement de Fart d'enseigner. C'est précisément le plan que je m'honore d'avoir suivi dans l'organisation des études de la grande école normale centrale de Paris, pour le recrutement des professeursdes collèges royaux et communaux. A. Potsdam aussi , la troisième année résume les deux autres , et les élèves y sont considérés comme des maîtres. Il y a pour cela, annexée à l'école normale , une école primaire, dans lequelle les élèves de la troisième année donnent des leçons sous la surveillance des maîtres de l'école normale. Les enfanta qui fréquentent cette école primaire |>ayent par an seulement , ou plutôt la ville paye pour eux , 4 tha« 1ers : il y en a cent soixante et dix , qui sont partagés en quatre classes , selon leurs connaissances , entire les vingt ou vingt-cinq élèves de la troisième année , lesquels font sur eux leur apprentissage avec l'ardeur de la jeunesse et de maîtres nouveaux. J'ai assisté à plusieurs de ces leçons , qui étaient très-bien faites. Un maître de l'école normale assiste fréquemment à l'une de ces classes, et la leçon finie, avertit les jeunes maîtres et leur donne des leçons pratiques, dont ceuxci peuvent profiter immédiatentent.
Comme on le voit par le programme , renseigne* ment de la musique est poussé très-loin . Il y a très-peu d'élèves qui n'aient leur violoif , et il sort de là des pianistes et des organistes fort capables. Le chant est partieqlièrement cultivé. L'enseignement embrasse non-seulement un peu de botanique , de minéralogie , de physique , d'histoire naturelle et de zoologie, mars des exercices de psychologie et de logique , qui donnent en quelque sorte aux jeunes gens la philosophie de renseignement primaire dont ils sont chargés. J'ai assisté à plusieurs leçons, entre autres à une leçon (l'histoire et de chronologie , où , par courtoisie , on a int^Togé devant moi les élèves sur Thistoire de France, sur l'époquede Charles IX, de Henri lii et de Henri IV, époque dans laquelle le protestantisme joue un réle important, et ces jeunes gens ont très-bien répondu ; ils étaient fort au courant des dates et des grands faits. Je ne parle point ici des exercices gymnastiques , la Prusse étant le pays classique de ces exercices.
Ce qui m'a le plus frappé, ce sont les cours que Ton appelle en Allemagne cours de méthodique el^de ^iàsiCiiqne (MeihodikuThdDidactik),9iïim que ceux qu'on désigne par le nom de pédagogie {Pœdagogik) ; les premiers, destinera renseignement de l'art d'en* seigner, les seconds à celui de l'art plus difiietle de l'éducation morale. Ces cours sont particulièrement destinés aux maîtres qui viennent se perfectionner à l'école normale ; voilà pourquoi \]» ne sont pas marqués dans le programme ci-dessus , qui donne seule-
f6i DEUXIÈME 6B€TI0If.
mentreitoeignemeDt ordinaire de Pécole. C*e«t presque toujours le directeur qui est chargé de ces cours; il est également chargé, en grande partie, de renseignement de la religion , qui est ici à sa place , c^està-dire, à la première. U ne manque pas d^aiUeun d'exemples en Allemagne de laïques qui enseignent la religion. Comme tous les maîtres d'école, qui nécessairement sont presque tous laïques, sont chargés dans leur école de Tinstruction morale et religieuse, il e^ tout simple que dans Técole normale primaire on puisse enseigner Tart de donner cette instruction sans être ecclésiastique. Cependant personne ne peut mieux qu'un ecclésiastique donner des leçonç de cet art avec Fantorité convenable ; aussi la plupart des directeurs d'école normale sont-ils ou des curés catholiques ou des pasteurs protestants, ou des personnes qui, après avoir étudié ei^ théologie, se consacrent à Tinstruction publique. M. Striez est un ministre du saint Évangile, prédicateur , homme grave et éclairé , qui m'a rappelé M. Schweitzer de l'école normale primaire de Weimar (i). Je dois dire encore que tous les élèves de c^te école avaient l'air contenis , et que leurs manières étaient très-convenables : s'ils avaient apporté quelque rusticité à l'école , ils l'avaient entièrement perdue. Je suis sorti de cet établissement très-satisfait des|élèves , plein d'estime pour leur directeur, et de respect pour le pays où l'instruction populaire est arrivée à ce haut point de prospérité.
(1) Première parUelâu Rapport
INSTRtTGTION PRIMAiRK. M8
Tespère, M. le ministre, que cette masse de documents sur les écoles norroaies primaires de la Prusse ne TOUS sera point inutile pour la meilleure organisa* tioQ des nôtres. J*^ accumulé à dessein les pièces offieieltes, dans la persuasion qu'on ne peut rassembler trop de lumières sur un point duquel dépend Fin- 8troction primaire tout entière: En effet, aussitôt que la loi aura imposé à toule commune une école primaire, en supposant cette loi exécutée , il ne restera plus qu'à fournir aux communes de bons maîtres. Or les écoles normales de Prusse prouvent qu'il est possible, en très-peu d'années , de porter ces établissements à un degré de perfection remarquable ; la pinpart sont postérieures à la loi de 1819, quelques-unes sont de 1825, et trois ou quatre années ont suffi pour les asseoir sur des bases solides et les mettre en état de rendre les plus grands services. Pour cela, il ne faut guère , de la part du ministre, qu'une main ferme et la volonté d'être obéi : le succès dépend d'un très- petit nombre de règles, dans lesquelles , il faut persister inébranlablement.
Je l'ai déjà dit , M. le ministre , comme toute commune doit avoir son école primaire, ainsi tout département doit avoir son école normale primaire. Si la loi qui imposera la première charge aux communes , imposait la seconde aux départements, tout serait bien avancé ; si la loi ne va pas jusque-là , il faut à tout prix obtenir le même résultat par voie administrative , en demandant à chaque conseil général* de
département , par Fintermédiaire des préfets, de voter des fonds pour rétablissement d'ane école normale primaire , sous la condition d*entrer yous-méme dans la dépense totale poar une somme plus ou moins con* sidérable, et de vous charger, 1 '' du traitement annuel du directeur , que vous nommeriez ; S^ de$ livres , cartes et instruments nécessaires aux études. La dépense à laquelle vous vous engageriez par là est digne à tous égards du ministre de rinslruclion .publique : elle vous assure la direction morale et- littéraire de récole. Quant aux dépenses pour le matériel que vous laissez à la charge -du département, si elles sont faites avec intelligence, elles ne seront pas d'abord très-con* sidérables. En principe , il faut que chaque départe* ment ait son école normale primaire ; mais cette école doit être proportionnée à retendue et à la richesse du département , et elle peut être , avec une égale con* venance , petite dans tel dépar^emenl , grande dans tel autre. J'ai déjà exposé (i) et je prends la liberté de développer ici de nouveau la manière très-simple et très-économique d'organiser d'abord une école nor-t maie primaire.
Choisissez dans tout le département l'école primaire
qui va le mieux , celle dont le matJtre est le plus habile
et inspire le plus de confiance. Annexez à cette éco!e
une classe dite normale, oà ce même maître ens^nera
' l'art qu'il possède à un certain nombre de jeunes gens
(1) Premièr^f partie du Rapport.
INSTRUCTION PAQIAIRE. 465
du département qui voudront venir »'y former au métier de maître d'école. Le nombre d'élèves à recevoir pour cette classe normale est très-aisé à déter* miner; il dépend du nombre de maîtres nouveaux dont le département a besoin année moyenne. Ce principe est fondamental. 11 est absurde d'entasser au hasard daiiîs une école normale une foule d'élèves auxquels on ne peut pas d'avance assurer leur placement, ce qui, en bonne justice, ôterait le droit de leur imposer l'engagement de se consacrer un certain nombre d'années à l'instruction primaire. 11 faut donc commencer par bien asseoir au conunencement de chaque année le nombre de maîtres dont on suppose que le déparl,ement aura besoin, et fixer sur cette base le nombre d'élèves que l'on peut admettre, à l'école normale. On ne doit y être admis qu'après un examen fait par une commission nommée par vous.
â'est à celte commission à vous envoyer les résultats de son travail , et il serait bon que la nomination des élèves à l'école normale primaire fût signée par vou^ , comme cela se pratique pour la nomination des élèves à la grande écdle normale pour l'instruction du second degré.
Cette petite écdie normale ne doit jamais être placée dans une très-grande ville , afin qu'on puisse inculquer plus aisément aux élèves l'esprit de pauvreté, d'humilité et de paix qui leur est si nécessaire. Il n'y a pas d'inconvénient à ce que les élèves admis
COUSIN. — INST. PDB. EN ALLEH. — II. 23
mô DBUXltVE SECTION.
•oient externe^, pourvu qu'on les toitineUe d'ailleurs à un règlement spécial de police extérieure. Il n'est pas non plus nécessaire qu'on leur donne à tous des bourses , encore moins des bourses entières. En tout cas , dans une petite ville , il j a des pensions qui ne coûtent guère plus de trois cents francs, de sorte que pour une somme de trois mille francs, sagement répartie en bourses, demi-'bourses et quarts de bourse, on défrayerait aisément une quinzaine d'élèves. Donnez au maître le titre de directeur d*école normale , titre qui , en augmentant sa considératiop , sera déjà pour lui un gain vériuble ; et pour ce surcroît de peine <pie vous lui imposez, donnez4ui un préciput de sept ou huit cents francs. Ajoutez, par année, quatre ou cinq cents francs pour un fonds de livres, de cartes et autres objets d'enseignement , et voilà, pour cinq mille ftrancs au plus, une petite école normale qui sera bien utile au département. Il devra être permis aux élèves de n'y rester, s'ils le veulent , qu'une année, pourvu qu'ils soient en état de subir convenablement les examens de sortie à la. suite desquels se donne le brevet d'instituteur primaire. Oui , M. le ministre, il dépend de vous, avec une circulaire écrite dans ce sens à tous les préfets du royaume, d'avoir, d'ici à quelques mois, quatre-vingt-quatre petites écoles normales primaires en France. Ces quatre-vingt-quatre petites écoles coûteraient toutes , à cinq mille francs chacune , un peu plus de quatre cent mille francs, dont vous pourriez fournir une partie sur les fonds qui vous sont
INSVBOGTION PRIVAiRB. MT
confiés par la chambre pour la propagatkm de Viatstraciion primaire. En s'y prenant ainsi , je le répète, YOQS pouvez avoir dans chaqne département , avant six mois, une excellente petite école n<Mrmale, que d'année en année vous perfectionnerez^ étendres, agrandirez. Mais .vouloir commencer par la fin, fonder d'abord des écoles normales qui Co^^lent cinquante à soixante mille francs chacune, avec autant de maîtres qu'il en faudrait pour soixante élèves, lorsqu'on ignore les besoins annuels du département , et pousser dans ce» voies de luxe des conseils de départements pleins de dévouement , mais sans expérience, c'est s'expoter, M. le ministre , à de graves désappointements , c'ittt écrasa le présent au profit d'un avenir très^outenx. Le plan que je vous propose ne compromet pas Tavenir, et couvre d'alxvd la France d'écoles normales qui suffiront partout aux premiers besoins. C'est an temps, au z^e , avx lumières , à la persévérance à faire le reste^ Il y aura toujours nécessairement une trè»grande différence entre les diffî^en tes écoles normales de nos quatre-vingt-quatre départements; mais le mieux est de ne perfectionner que successivement et à mesure que l'expérience vous éclairera. Cette sage lettteur demande à peine trois <m quatre années pour que toutes ces petites écoles nonrmales soient améli<>rées, et qu'un grand nomtbre deviennent de grandes écoles normales véritables. Qu'est-» ce marintensmt qu'une grande éeole normale 1
La diffi&rence d'une grande et d'une fwtite école
«68 DBOXIÈUE SECTION.
normale consiste en ceci : qu^une petite école normale n^est qu'une annexe d'une école primaire, tandis qu'une grande école normale est un établissement subsistant par lui-même , auquel une école primaire et, s'il est possible, une école élémentaire à la fois et une école moyenne sont annexées. Cette différence est la mesure sensible de toutes les autres. Dans la petite école nor- • maie il n'y a que des externes ou à peine quelques pensionnaires. Dans la grande , il peut y avoir un bon nombre de pensionnaires. Dans Tune, le cours normal peut n'être que d'une seule année ; dans l'autre, le cours normal pourrait être de deux années , comme à Brûbl , et même avec le temps , selon les ressources des départ^nents et le développement de l'instruction populaire, ilpourraitembrasser trois années, comme dans les plus grandes écoles normales de la Prusse , et par exemple, dans celle de Potsdam. C'est aux départements à consulter à la fois leurs ressources • et leurs besoins. Un département qui a besoin par année de vingt maîtres d'école, et qui, outre plusieurs écoles élémentaires, possède 'un certain nombre d'écoles moyennes, peut très-bien recevoir vingt élèves par année , ce qui , en supposant le cours normal de deux ou trois ans , fait quarante ou soixante élèves dans cette école. Alors il faut un pensionnat , un bâtiment considérable , un plus grand nombre de maîtres , plus de bourses , plus de dépenses. Avec les fonds dont vous disposez , M. le ministre , vous entrerez vousmême dans une partie des dépensés que ces nouveaux
INSTRUCTION PRIMAIBE. ^ 960
déYeloppcgonenU réclameront ; mais auparavant , tous jugerez de rutilité de ces développements, et vous coordonnerez le perfectionnementscientifique et moral des écoles normales avec leur agrandissement extérieur ; car ce dernier n'est bon que pour servir le premier. Mais , je ne puis trop le répéter , les perfectionnements, pour être vrais, doivent se fonder sur Texpérience. Il faut tendre sans cesse à de grands résultats , mais il faut bien savoir qu'on ne les obtient effectivement qu'à force de persévérance , et que rien de vraiment grand ne vient en serre chaude.
Aussitôt que nous aurons de grandes écoles normales primaires, et nous en ayons déjà quelques-unes, j'appelle votre attention sur les maximes suivaiftes, qui résultent de Texpérience générale et de tous les documents que j'ai id accumulés.
I. Dans le commencement, donner plutôt des instructions que des règlements ; dans ces instructions n'établir qu'un certain nombre de points essentiels et abandonner le reste au comité départemental; discut.er et délibérer en conseil royal ce petit nombre de points; ne pas les multiplier, mais en exiger inflexiblement l'exécution. Moins ces points seront nombreux , plus ils seront d'une exécution facile , et ils s'appliqueront d'autant mieux à toutes les écoles normales de France; de sorte qu'il y aurait dans toutes u6 fond commun , une unité , qui , passant des écoles normales dans toute l'instruction populaire , fortifie*
^10 BiSUSlÈllE 8BCTIDII. «
raitutileaieBt Tunîté nationaile. En mène temps, cette B&ité ne nuirait pomt aux diversités locales; car le comité départemental serait chargé d'aippKqo^, selon les mœurs et les usages particuliers du département, votre instruction générale, et c'est de la combinaison de cette instruction, partout là même, avec les arrangements partout <Ûvers que la prudence et les lumières du comité et TexpérieDce de chaque année auraient conseillés, que peu à peu sortirait pour chaque école normale de département un règlement plus ou moins définitif, et qui alors pourrait être rendu public. Le plan d'études de la grande école normale de Paris pour le recrutement des collèges royaux et cMuuunaux est le fruit de plus de quinze ans d'expé^ rience« Fondée en 1810, cette école n'a en de règlement écrit qu'en 1815« Noos avons gravement modifié ce règlement en 1830, à la révolution de juillet; et c'est alors seulement que nous avons cru devoir l'imprimer, comme un résumé à peu près définitif ou du moins assez longtemps durable de toutes les pratiques suceessivemenl tentées. Imitons ici celte circonspeetictt, et commençons par une simple instruction mi&tttérielle. Le règlement pour les études et pont la discipline se formera peu à peu. Chaque année le modk^era. L'important est d*exiger un compte rendu de rsmnée et de ses résoitatt, fait ptrle directeur, et trassmis, avec toutes les prèees justificatives nécessaires, par le comité départemental et le préfet, qui donneront leur avis. Alors, mais seulement alors, vous
INSTMHmON PttnUiilRE. ITi
intefrieiidrei, ILkimmislte, avec te e<ms€AI foyàl qai^ chaque année aux vacances, rerrisera ce <9ompte rendv^ el prononeera vsr les perfectioniiements à io* trodiiirer . ^
IL S'attacber vfêmx tout a« choix du directeur. C'est un principe général, en Prusse, qu'autant yaut le direetenr d'uae école noi'iiiale, autant vaut Técole normale ette-ntême^ecmiioe une lifmple école primaîre est tout entiète dans k maire. Ce qui fait une écolç normale, ce n'est point la beattté des bâtiments; il n'est pas mal au contraire qn'on ne: soit pas trop bien ; ce n'est pas même la bonrté du règlement, qui, sans une exécution fidèle et intelligente, n'est qu'un mor^ ceau de papier inutile; une école normale, c'est son direeieiir. Il en est l'âme et la vie ; s'il est habile, il tirera parti ttes moins bons éléments ; s'il ne vaut rien, les meilleurs élémenu resteront stériles. Gardon»nooSf M. le ministre, de faire ici des proviseur» an petit pied. Un directeur doit être chargé de Fensei^ gnement le ptiis important, et donner l'exemple ans antres maîtres. Il faut qu'il ait été longtemps maître, d'abord de différentes classes dansle coars normal, pour qu'il ait une^connaissance générale de l'ensemble; ensnite dans diverse» écoles normales, pour qu'il ait l'expérience dciëlienltés de plus d'un genre; enfin, il ne faudrait l'appeler à la direction d'une grande école normale qu'^sprès Tavoir fait passer par la direction d'écoles normales inférieures, afin de gradner l'avancement
vit OEDXI&ME SECTIO».
sur le mérite, et d'entretenir une honorable émotation. C'est un principe que j'ai cent fois exposé au conseil, de vous charger Tous-méme du traitement du directeur, ainsi que du mobilier littéraire de Técole, afin de gouverner par là plus sûrement Técole et de tenir dans vos mains les rênes de Tinstruction populaire.
m. Une excellente pratique de TÂllemagne est, à la sortie de Técole normale, de placer d'abord les candidats comme adjoints d'un maître d'école, dans une école qui peut avoir deux maîtres. Les jeunes candidats font ainsi au moins une année d'apprentissage, un noviciat utile ; iis prennent de l'âge et de l'expérience, et leur placement ultérieur dépend de la* manière dont ils se sont conduits comme adjoints. En Hollande, c'est par ces adjonctions des meilleurs élèves aux maîtres et sans écoles normales, que* se forment presque exclusivement les maîtres d'école. Je suis loin de regarder ce mode de recrutement comme suffisant et comme assurant assez régulièrement un aussi important service; mais je regarde toute gradation comme utile sous tous les rapports, et je pense qu'on pourrait heureusement introduire une petite hiérarchie dans l'instruction primaire. 1<* Élève de l'école normale à la suite d'un concours, pouvant avoir des rangs > plus ou moins élevés sur les listes d'examen de chaque fin d'année, et sortant de l'école avec tel ou tel numéro ; 2° l'adjonction ; 3® maître d'école successivement dans diverses écoles plus importantes et mieux
INSTRDCTION PRIMAIRE. i7S
rétribuées les unes que les autres ; 4® après des services distingués, maître dans une école normale prî- ^ maire ; 5** enfin directeur d'une pareille école avec la perspective d'arriver peu à peu à la direction d'une école normale nombreuse et riche, qui donnerait une assez belle eiistence, égale à celle de professeur d'un collège royal. L'âme humaine' vit d'avenir; elle est ambitieuse, parce qu'elle est infinie. Ouvrons-lui donc, M. le ministre, une carrière progressive, même dans les plus modestes emplois.
IV. On ne saurait trop se pénétrer de cette vérité que l'instruction payée est mieux suivie que l'instruction gratuite. Il faudrait que la pension entière d'une école normale fût très-modérée pour ,qne les jeunes gens les plus pauvres pussent la payer. Il ne faut domner que des quarts de bourse et même des demibourses , et, sur les quinze élèves admis chaque année au concours , je ne voudrais donner que deux ou trois bourses entières pour les deux ou trois premiers de la liste d'admission, et encore cette bourse entière ne leur serait maintenue la seconde année qu'autant qu'ils se maintiendraient eux-mêmes dans une conduite irréprochable et n*auraient point démérité. Ainsi l'école normale coûterait moins et on y travaillerait davantage. Il serait peut-être bien que vous vous chargeassiez toujours de la bourse du premier admis, comme vous vous chargez du mobilier littéraire et du traitement du directeur.
Vté DEUXIÈME SBGTEOlf.
De même Fécole élémentaire annexée à Técole nor« maie ne doit pa8 être entièrement gratuite, et elle ne doit pas avoir d^autres maîtres que les élèves de Técole norfùaK les plus avancés , sous la direction de leurs propres maîtres. Les bénéfices que donnerait Técole élémentaire d'exercice diminueraient d'autant la dépense totale de l'école normale. Pour Técole moyenne d'exercice, il serait contre le principe même de tonte école moyenne qu'elle fût gratuite. Voilà donc une nouvelle source de profits qui , bien ménagée et exploitée, devrait indemniser le département d'une partie de ses dépenses.
Y. Diviser les études de toutes les écoles normale» en deux parties : la première où l'on considère les élèves comme de purs élèves dont on veut affermir , étendre et régulariser les connaissances ; la seconde , où on les considère comme des maîtres auxquels on enseigne théoriquement et pratiquement l'art d'enseigner. Si le cours normal est d une année, cette dernière partie devra au moins occuper six mois; si le cours normal est de deux ans , elle devra occuper un an ; si de trois ans , elle n'occuperait encore qu'une année. Les élèves de cette dernière année donneraient des leçons dans l'école élémentaire et dans Técole moyenne annexées à l'école normale.
VI. Il fant être plus sévère sur l'examen de sortie que sur celui d'entrée. L'important est d'avoir des
INSTRUCTION PKIMAmE. %n
jeunes gens qui aient de l'intelligence, alors même qu'ils sauraient d'abord peu de chose ; car ils appren* dront vite, tandis que des jeunes gens qui, dès Feutrée, ne manqueraient pas d'un certain acquis, mais seraient d'un esprit lourd ou même faux, ne feront jamais avec le temps que des maîtres très-médiocres. Il ne faut laisser aucune latitude à la commission d'examen pour la sortie ; ici l'intelligence doit se prouver par des connaissances positives , car elle a eu le temps de les acquérir; la négligence seule s'y serait opposée, et cette négligence serait le plus grand de tous les défauts : l'examen de sortie doit porter sur la capacité acquise , non sur les dispositions. Mais dans Texamen d'entrée, je voudrais que la commission jugeât surtout les dis^ positions et l'aptitude, et particulièrement lé caractère et la moralité. Un peu d'arbitraire devrait lui être laissé. Ceci s'applique surtout aux écoles normales dont le cours est de deux^ou trois ans. Trois ans . d'études ne donneront pas d'intelligence, mais ils donneront abondamment toutes les connaissances nécessaires/
VU. Je désire vivement, M. le ministre, qu'il se forme entre les maîtres d'école de chaque canton des conférences comme celles dont je vous ai donné le règlement;' je le désire, mais je l'espère peu, au moinsdansle commencement. De pareilles conférences supposent à la fois un trop grand amour'de sa profes* sion et une trop grande intelligence de l'esprit d'asso-
dation. Ce qui est beaucoup plus aisé à obtenir, e^est que , pendant les vacances des écoles primaires , un certain nombre de maîtres viennent se perfectionner à Técole normale du département , dans telle ou telle branche particulière , et y reçoivent des leçons appropriées à leurs besoins, comme cela se fait en Prusse. Ce serait un temps très-utilement et même très-agréablement employé; car les jeunes maîtres retrouveraient ]k leurs anciens maîtres et d'anciens liens qu'il devrait leur être doux de resserrer. Ce serait chaque année , pour eux, une perspective intéressante. Il ne faudrait pas hésiter à leur accorder pour cet objet quelques frais de route et de séjour. À cet effet, je voudrais que les vacances des écoles primaires, qiii doivent être coordonnées avec Tépoque de certains travaux de la campagne , fussent toujours antérieures à celles des écoles normales primaires , afin que les maîtres des premières pussent venir profiter des leçons de celles-ci, et assister aux examens desortie des élèves de la troisième année, ce qui serait déjà pour les assistants un eicellent exercice, comme il n'y a rien de plus utile pour les régents de nos collèges communaux que de venir assister à Paris aux épreuves du concours de l'agrégation.
Je crois toujours à l'utilité d'avoir un inspecteur d'écoles primaires pour chaque département , lequel passerait la plus grande partie de l'année à parcourir les écoles, à exciter le zèle des maîtres , à diriger celai des comités communaux, et à entretenir partout -une
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utUe hairmoDie entre les maires et les curés au profit de rinstruction populaire. Je n*ai pas besoin de dire que cet inspecteur devrait toujours être quelque ancien maître d'école normale d'un talent et surtout d'un caractère éprouvés. Mais si cette institution, cjui existe, partout en Allemagne , n'était pas goûtée chez nous « on pourrait arriver à peu près au même résultat , en autorisant le directeur, ou, à son défaut, quelques maîtres de l'école normale , pendant les vacances de cette école , à parcourir chaque année une partie des écoles du département, et à faire partout ce que ferait l'inspecteur dont j'ai parlé. Ils y trouveraient de grandes facilités, puisque la plupart des maîtres qu'ils visiteraient leur seraient déjà connus et qu'ils pourraient exercer sur eux une autorité paternelle. D'un autre côté , ils gagneraient eux-mêmes à ces visites et y acquerraient une expérience toujours croissante qui tournerait à l'avantage de l'école normale. En Prusse, vous avez vu qu'outre les visites de l'inspecteur de cercle , les dk>ecteurs des écoles normales font aussi de pareilles tournées plus ou moins étendues , pour lesquelles ils ont de modiques indemnités ; car ce sont de petite voyages où l'agrément est aussi pour eux à côté de l'utilité publique. "• «.
* VIII. Dans l'enseignement, s'attacher plutôt à la solidité qu'à retendue. Il faut que les jeunes maîtres sachent à fond certaines choses plutôt que beaucoup de choses superficiellement. Une instruction vague et