XI. Tout en faisantaux connaissances scientifiques
INSTMJCnON PUMilEE. m
et indiutridles» comme la géométrie, la physique, rhîstoire naturelle, une part convenable, il favt 8*at* taelier snnoat aux connaissances morales qui impor^ lent davantage, puisque c'est surtout Fàme et Tesprit des enfants qu'un véritable maitre doit former. Ce sont les bases de la vie morale qu'il faut asseoir dans Tàme de DOS jeunes maîtres, «t pour cela, il faat mettre au premier rang dans renseignement des écoles normales rinstmction religieuse, c'est-à-dire, pour parler nette* ment, rinstmction chrétienne. En laissant au curé ou an pasteur du lieu le soin d'insister sur les particularités de chaque confession, il faut faire de l'enseignement de la religion un enseignement spécial qui ait sa place dans chacune des années du cours normal, de sorte qu'à la fin du cours entier les jeunes maîtres, sans être le moins du monde des théologiens^ aient une connaissance claire et précise du christianisme, de son histoire, de ses dogmes et surtout de sa morale. Sans cela, les élèves, devenus maîtres d'école, ne pour* raient donner aucune autre instruaion religieuse que la récitation matérielle du catéchisme, ce qui serait tout à fait insuffisant. J'insiste sur ce point, M. le ministre, qui est le plus important et le plus délicat de tous. Pour savoir ce que doit être une vraie école normale primaire, il faut savoir ce que doit être une simple école élémentaire, celle d'un pauvre village. Les écoles populaires d'une nation doivent 4re pénétrées de l'esprit religieux de cette nation. Mantenant le christianisme, sans distinguer ses différentes con-
S80 l^BOXIÈHE SECnOK.
feMÎODS» e8t41 oh n'est-il pa8 la religion du peuple en France ? Il faut bien Taccorder. Or je demande si on veut respecter la religion du peuple ou la détruire. Si on entreprend de détruire le christianûune, alors, j'en conviens, il faut se garder de le faire enseigner dans les écoles du peuple. Mais si on se propose un tout autre but, il faut bien enseigner aux enfants la religion qui a civilisé leurs pères, et dont Fesprit libéral a préparé et peut seul soutenir toutes nos grandes institutions modernes ; il faut bien aussi permettre au clergé de remplir son premier devoir, celui de survmller renseignement de la religion. Mais pour subir honorablement lépreuve de cette surveillance, le maître d'école doit être en état de donner Tinstructiou religieuse convenable ; autrement les pères de famille, pour être sûrs que leurs enfants reçoivent une bonne éducation religieuse, nous demanderont des ecclésiastiques pour maîtres d'école, ce qui certes vaudrait bien mieux que des maîtres d'école impies, mais aurait aussi des inconvénients graves de plus d'un genre. Moins dont nos écoles doivent être ecclésiastiques, M. le minisire, plus elles doivent êlre chrétiennes. Dans ce cas il faut bien qu'il y ait dans nos écoles normales un enseignement religieux spécial. La religion est, à mes yeux , la base la meilleure, et peut-être même la base unique de Tinstruction populaire. Je connais un peu l'Europe, et nulle part je n'ai vu de bonnes écoles de peuple où manquait la charité chrétienne. LMnstruction primaire fleurit dans trois pays, la Hollande, l'Ecosse et l' Aile-
INSTRUCTION PRlMAIftE. Ml
maigne: or, là elle est profondément religieuse. On dit qn^il en est de même en Amérîqoe. Le peu que j'ai rencontré d'instruction en Italie s'y donne par la main des prêtres. En France, à quelques exceptions près, nos meilleures écoles pour les pauvres sont celles des frères de la doctrine chrétienne. Voilà ce qu'il faut répéter sans cesse à quelques personnes. Qu'elles entrent dans des écoles de pauvres, et qu'elles apprennent ce qu'il faut de patience et de résignation pomr persister dans ce rude métier. A-tron pu trouver de meilleures infirmières que ces bonnes religieuses qui chérissent la pauvreté comme nous aimons la richesse ? 11 est des choses dans les sociétés humaines, M. le ministre , pour lesquelles il faut de la vertu , c'estràdire, quand il s'agit du grand nombre, de la religion. Les écoles moyennes pourront être un objet d'industrie; mais les écoles de campagne, les misérables petites écoles du Midi, de FOuesit, de le Bretagne, des montagnes d'Auvergne, et, sans aller si loin, les basses écoles de nos grandes villes , de Paris , par exemple, n'offiâront jamais à l'industrie qu'un bien faible aliment. Il y aura sans doute quelques philanthropes^ quelques saint Vincent de Paule philosophes, qui, sans esprit religieux, se dévoueront à ces austères fonctions ; mais il ne s'agit pas ici d'avoir quelques maîtres ; nous avons à desservir plus de quarante mille écoles , et pour cela il est sage d'appeler la religion au secours de rinsuffîsance de nos moyens, ne fôt-ce que pour le soulagement du budget. Ou prodiguez les trésors de
l'Étal et les revenus des eomiBunes pour faire des Irai^ tements considérables et même des pensions à ce oon^ veau genre d'industriels appdlés maîtres d'éede, on ne croyez pas ponvoir^oos passer de la charité chrétienne, et de Fesprit de pauvreté ^ d'bumifité , de résignation courageuse et de dignité modeste que le christiamsme bien entendu et bien en8<»gné peut seul donner à des instituteurs du peuple. Plus je pense à tout cela , H. le ministre,, plus je regarde ici les écoles, plus je cause avec les directeurs d'école normale et les conseillers du ministère, plus je me persuade qu'il fiant à tout prix nous entendre avec le clergé pour l'instmction du peuple., et faire de l'enseignement religieux une branche spéciale et très-soignée d'instruction dans nos écoles normales primaires.
Je n'ignore pas, M. le ministre, que ces conseils sonneront mal aux oreilles de plus d'une personne, et qu'à Paris on më trouvera bien dévot. C'est pourtant de Berlin , ce n'est pas de Rome que je vous écris. Celui qui vous parle ainsi est un philosophe, autrefois mal vu et même persécuté par le sacadoce; mais ce {Ailosophe a le cœur au-dessus de ses propres insultes, et il connaît trop l'humanité et l'histoire pour ne pus regarder la religion comme une puissance indestructible, le christianisme bien enseigné comme un moyen de civilisation pour le peuple, et un sontiim nécessaûns pour les individus auxquels la société impose de pénibles et humbles fonctions sans aucun avenir de fortune, sans aucune consolation d'amour-propre.
INSfimCTIOlf PBIMAJRE. «5
Je t^miiie id ce long rapport, M. le ministre. Puî^e-t-il Touft servir dans le tratail important qui TOUS occupe l Déjà mon illustre collègue, M. Cuvier, a fait connaître à la France Torganisation de Finstruotion primaire en Hollande. L'expérience de FAUemagne, et particulièrement de la Prusse, ne doit pas être perdue pour nous. Les rivalités et les susceptibilités nationales seraient ici très-déplacées. La vraie grandeur d'un peuple ne consiste pas à ne ri^ inâter dans les autres, mais à emprunter partout ce qui est bien et à le perfectionner en se Tappropriant. Je repousse autant que personne les imitations artificielles; mais il y aurait ausi$i trop de pusillanimité à rejeter une chose uniquement parce qu'elle a été trouvée bomne par d'autres. Avec la promptitude et la justesse de rinteiHgence frança»e, el l'indestructible unité de notre caractère national, nous pouvons nous assimiler ce qu'il y a de bon chez les autres peuples, sans craindre de cesser jamais d'être nous-môme». Placée au centre de l'Europe, ayant tous les climats, tou^ chant à tous les peuples civilisés et en commerce perpétuel avec eux, la France est essentiellement cosmopolite, et c'est delà même que part sa haute influence. D'ailleurs l'Europe civilisée ne forme aujourd'hui qu'une même famille. Nous imitons beaucoup l'Angleserre dans tout ce qui tient à la vie extérieure , aux arts industriels et mécaniques ; pourquoi donc rougirions-nous d'emprunter quelque chose à la bonne , à l'honnête, à la pieuse, à la savante Allemagne pour ce
tt4 DEUXIÈME SECTION.
qui regarde la vie intérieure et la culture de TÂme?
Pour moi, M. le ministre, je ne me défends point d'une haute estime et d'une affection particulière pour la nation allemande ; et je suis heureux que ma mission lui ait appris que la révolution de juillet, cette révolution aussi nécessaire et aussi juste dans son principe que le droit de légitime défense, cette révolution née de la résistance unanime il'un grand peuple à une agression capricieuse , à la violation ouverte, non pas de droits hypothétiques, mais de libertés légales, de lois écrites et jurées, n'est pas, comme le disent ses ennemis, un retour à l'impiété, à la licence et à la corruption d'une époque fatale , mais le signal au contraire d'un perfectionnement général dans l'opinion et dans les mœurs, puisqu'un des premiers actes de cette révolution a été la sainte entreprise de Pamélioration de l'instruction publique , dont l'instruction populaire est le fondement.
J'aurai l'honneur de vous adresser plus tard deux autres rapports spéciaux et également étendus sur l'état de l'instruction secondaire et de l'instruction supérieure en Prusse. Ils compléteront le rapport général que je vous dois.
Agréez, M. le ministre, etc.