INSTRUCTION PROFESSIONNELLE
On vient do voir par ce qui précède quelles sont les diverses connaissances exigées pour le baccalauréat es lettres et le baccalauréat es sciences. Ainsi que cela a été dit , le baccalauréat es lettres est nécessaire pour donner entrée aux Facultés de théologie, de droit et de médecine. Plusieurs administrations publiques l'imposent maintenant comme condition d'admission dans leur sein. C'est une barrière qu'elles ont raison d'opposer à la foule des prétentions et des recommandations qui les envahit; le service de l'État ne pourra qu'y gagner; même les derniers rangs de ses fonctionnaires ne sauraient se recruter d'hommes trop instruits et trop capables : les gouvernements ne sont jamais forts que de la supériorité absolue ou relative des forces intellectuelles qu'ils absorbent.
Le reproche qu'on fait à l'instruction universitaire est d'être trop uniforme , de n'être pas assez diverse , de ne préparer de sujets que pour les professions libérales , et de ne tenir aucun compte des besoins nouveaux , des tendances et des nécessités industrielles et commerciales de notre temps. En effet, les jeunes gens qui sortent des collèges et qui ne se destinent ni à la médecine , ni à la procédure, ni au barreau, ni à la magistrature, n'apportent trop généralement avec eux, dans le monde , que les ressources d'une instruction peu applicable qui les fait souvent sortir de la condition de leur père et ne leur ouvre pas de carrière.
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S'ils sont fils de propriétaires , à la sortie du collège ils sont capables d'écrire avec verve , peut-être , un article de journal contre la routine de leurs fermiers ignorants ; mais ils sont hors d'état de gérer leur patrimoine, d'aller prendre en main le soin de leurs intérêts négligés, de guider le fermier qu'ils accusent d'ignorance, d'améliorer leur terre ; de juger si un instrument perfectionné remplit les conditions de son programme , si une découverte de la science est applicable à l'exploitation de leurs domaines, si tel exemple, dans une circonstance donnée, est utile ou nuisible à imiter.
S'ils sont fils de parents aisés, qu'ils aient la jouissance de leur fortune ou la disponibilité de capitaux sans emploi , avant que l'expérience leur ait fait payer cbérement ses leçons, ils sont hors d'état de gouverner leur fortune, de faire valoir leurs fonds sans les exposer. Combien de sources abondantes de richesses sont ainsi négligées ou restent inconnues , parce que, pour les mettre en valeur, il faudrait la réunion de capitaux et de lumières, qui seraient moins souvent séparés si l'homme riche , mieux instruit, cessait d'être dans la dépendance et dans la défiance de l'homme industrieux qui n'a rien ; s'il pouvait chercher et trouver des plaisirs dans l'application de ses idées propres, au lieu de n'être qu'un instrument passif, et s'il n'était pas toujours retenu par la crainte que l'on n'abuse de son ignorance pour compromettre sa fortune!
C'est ainsi que naissent d'un système incomplet et arriéré d'enseignement tous les obstacles qui s'opposent à l'amélioration du bien-être social, également mal entendu par les classes riches et les classes pauvres.
Que tous les pères de famille retiennent ceci : leurs enfants n'ont de plaisir à dissiper leur patrimoine que parce qu'on néglige de leur donner les moyens de l'accroître en mettant en valeur leurs facultés intellectuelles , développées par une instruction rationnelle.
La circulation des capitaux n'est si lente, la science du crédit n'est si arriérée , tant de capitaux ne restent on France sans production que parce que l'iioinme qui les possède se défie de son ignorance, ou, en d'autres termes, de rinstrucHon qui a pu le faire briller un instant sur les bancs d'un collège, mais qui, dans le monde, expose sa crédulité à toutes les séductions de l'empirisme et de l'intrigue.
Voilà le mal profond que produit non l'unité, mais l'uniformité trop absolue des études universitaires, à une époque où il n'est plus possible d'acquérir ou de conserver de fortune que par le travail.
Le mal qui vient d être signalé n'est pas encore le plus grand, puisqu'on a seulement fait mention des jeunes gens indépendants parleur fortune.
Il reste à parler de ceux nés de parents peu aisés , mais qui , dans leur tendresse extrême , n'ont épargné aucun sacrifice pour donner à leur fils une instruction classique, dans la fausse conviction qu'une telle instruction supplée la fortune.
Cela serait vrai si l'instruction publique suivait le mouvement des générations, si elle avait toujours pour but et pour résultat de marquer à chacun la place à laquelle il l>eut raisonnablement prétendre.
Mais il n'en est pas ainsi.
Et c'est là ce qu'il faudrait répéter chaque jour, de toutes les manières et sous toutes les formes , aux nombreuses familles qui , après avoir péniblement amassé quelques dizaines de mille francs , les consacrent à l'instruction de leur fils, sans rien garder pour le faire subsister quand il sera sorti du collège, d'une Faculté de médecine ou de droit.
Lorsqu'un écueil rend dangereux les abords d'une côte ou d'un port, le gouvernement y fait placer un fanal : ici rien n'avertit les parents des dangers auxquels ils livrent la destinée de leur fils; aucune voix ne leur crie qu'une
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instruction trop pareille , imprudemment et indistinctement répartie aux enfants de toutes les classes, en jette un grand nombre en aventuriers dans la société , et perpétue au sein du pays les agents destructeurs du bienêtre qui naît de l'ordre et de la paix.
Pauvres jeunes gens !
Séparés de la foule par l'éducation , éloignés des rangs supérieurs par le défaut de fortune , écrasés dans leur sphère intermédiaire par de trop nombreuses rivalités, et contraints, malgré tout, de se montrer sous les dehors de l'aisance , par un dernier sentiment d'égard pour l'instruction qu'ils ont reçue , ces malheureux jeunes gens, s'ils sont ambitieux, capables, courageux, ne se voient d'autre avenir que les bouleversements politiques; s'ils sont laborieux, modestes, ils se résignent à accepter de minces emplois de commis, généralement moins rétribués que les travaux de gens à gages ou à la journée , au-dessus desquels la hiérarchie sociale ne semble les placer que pour se montrer plus exigeante envers eux.
A la place d'un système d'instruction publique qui ne correspond qu'avec l'exercice des professions libérales , il serait à désirer qu'on en mît un autre moins uniforme et moins absolu, plus varié et mieux en harmonie avec chacune des fonctions que tout homme est appelé à exercer dans le double intérêt de son bonheur personnel et de la prospérité nationale.
La France sera promptemcnt délivrée des dangers de cette masse flottante d'hommes détournés des travaux manuels par l'instruction qu'ils ont reçue, égarés par une fausse dignité, ne trouvant de place nulle part, ne pouvant vivre sans travail et sans emploi , lorsque chacun pourra être libre de se donner le genre et la mesure d'instruction qu'il saura convenir à son penchant et à sa fortune , lorsque les connaissances humaines seront méthodiquement classées et distribuées d'après leur ordre
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(l'utilité et dans une proportion calculée avec les besoins inégaux do la multitude.
L'instruction complémentaire , générale ou professionnelle, c'est-à-dire celle dépassant les bornes tracées à Vinstruciion élémentaire , spéciale ou nationale , laquelle, telle que nous l'avons réglée et définie, ne devrait plus s'entendre pour chacun que dans cette acception :
Réunion des connaissances théoriques nécessaires a i.a
PRATIQUE de la CARRIÈRE QUE l'ON DOIT SUIVRE.
C'est de ce point de vue et en présence de notre état social que nous nous sommes demandé ce qu'il fallait faire pour donner à riiumanité des hommes de bonne sève et pleinement développés; à la famille des chefs éclairés capables d'y porter le bien-être et le bon exemple; enfin à la société active des membres utiles augmentant par leur travail la masse des lumières et des richesses.
Les connaissances de première nécessité , ce sont les faits de tous les ordres et leurs rapports avec les besoins de la génération qui s'élève.
Dans cette direction d'études , voici quelles nous ont paru être les meilleures règles à suivre :
Employer le moins de temps possible et ne faire étudier que ce qui est susceptible d'application immédiate. Mettre en harmonie la vie du collège et la vie du monde. — Faire de l'une l'introduction de l'autre.
Faire de l'enfant l'agent principal de sa destinée sociale; lui donner le plus tôt possible des fonctions à remplir, afin qu'il gagne lui-même sa vie à l'âge où aujourd'hui il n'est le plus souvent que le parasite de la maison paternelle.
L'idée qui doit guider les père et mère dans le choix d'une profession, et la meilleure base de ce choix, c'est la connaissance des besoins de localité où l'enfant sera appelé à exercer l'état qu'on lui destine, et le calcul des chances de fortune et de considération que les diverses
lO^' DE L'iNSTRrCTlON PUBLIQUE
professions pouvent présenter dans des circonstancea données.
Depuis 1789, les générations se sont précipitées par torrents vers la Médecine, la Procédure, le Barreau, la Magistrature et l'Administration, comme jtrofessions et non comme objets d'études. Il est temps d'arrêter ce flot où tant d'espérances vont s'engloutir, où vont se perdre tant de jeunes talents. Ces professions sont aujourd'hui encombrées et très-difficilement abordables; les études qu'elles exigent absorbent des sommes qui, si elles étaient employées comme capital d'une profession productive, rapporteraient plus en beaucoup moins de temps.
Dans l'administration, il y a toujours pour le plus mince emploi une foule de concurrents presque impossible à traverser. Le mérite y a moins de chances que la faveur. La jeune génération doit se guérir de la manie des places.
Les professions qui ont de l'avenir sont toutes celles qui tendent à augmenter les lumières, les jouissances et le bien-être. Il faut que les propriétaires et les capitalistes apprennent à faire eux-mêmes fructifier leurs fonds. Que le propriétaire devienne agronome, que le capitaliste quitte l'agiotage pour l'industrie; aujourd'hui que ces professions exigent une haute aptitude et des connaissances étendues, c'est de ce côté que l'on trouvera le plus sûrement considération et fortune.
Ce qui manque aux parents pour bien diriger leurs enfants, c'est précisément cette instruction usuelle, qu'il serait si utile de répandre.
Une statistique comparée et détaillée des besoins de chaque localité en professions et en industries diverses, une sorte de prix-courant du travail régulièrement publiés, seraient les plus puissants remèdes aux crises industrielles et aux misères de l'indigence laborieuse. Si l'on savait avec précision où manque telle industrie, où telle autre prospère, on éviterait la disette et l'encombrement qui, dans notre mouvement industriel, si irrégulier,
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a lieu pour le nombre des producteurs aussi bien que pour la quantité de produits.
Quant au moyen de déterminer les vocations, on no peut guère se fier, à cet égard, ni aux parents, qui sont en général guidés par les convenances de leur position sociale, ni aux enfants, qui, ignorant la diversité des routes, sont inaptes à bien choisir, et n'ont en général que des caprices et non pas un discernement réfléchi. Se montrer docile à l'expérience, ne pas résister à un dégoût prononcé et choisir une carrière ordinaire et modeste pour tout enfant qui ne manifeste pas de hautes facultés , voilà la seule règle à suivre.
Mais, en matière d'instruction et de profession, la règle qui doit dominer toutes les autres considérations, c'est la fortune des parents. C'est une loi souvent aveugle ; mais ce n'est pas en lui résistant qu'on la fera disparaître : c'est en lui obéissant avec intelligence. Le travail bien dirigé donnera du bien-être à tous, lorsque chacun proportionnera l'instruction à ses moyens. « L'éducation n'est utile qu'autant que la fortune s'accorde avec la vocation des parents , — dit J.-J. Rousseau, dans Emile, — en tout autre cas elle est nuisible à l'élève, ne fût-ce que par les préjugés quelle lui a donnés. »
Tout sacrifice extraordinaire fait par une famille pour qu'un enfant franchisse d'un bond deux ou trois degrés de l'échelle sociale est un malheur pour l'enfant, qui éprouve alors des désirs disproportionnés à ses moyens; pour les parents, qui mettent entre eux et lui une trop grande distance ; pour la société, qui possède un membre dont elle n'a pas l'emploi. Sur ce point, nous appelons les prévisions du gouvernement, tous les avis de la presse périodique et les réflexions des pères de famille.
Avant d'aborder la rédaction des divers programmes qui doivent servir de guide aux familles, voici quelques observations générales dont il nous a paru utile de les faire précéder, parce qu'elles ont servi de base à nos doctrines ;
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Premièrement .- — Perfectionner l'instruction de la classe riche, qui demeure trop étrangère à l'étude des principes de l'écononnie politique et à la connaissance des progrès de l'industrie agricole et manufacturière , ce qui a pour effet de priver la France de représentants éclairés, de mandataires compétents, d'hommes d'État supérieurs, l'agriculture d'agronomes habiles , et l'industrie de commanditaires instruits. Constituer enfin une aristocratie nouvelle en harmonie avec nos institutions , qui fonde la hiérarchie sociale sans blesser l'égalité civile.
Deuxièmement .- — Spécialiser l'instruction de la classe moyenne , c'est-à-dire l'approprier à une plus grande diversité de professions. C'est des rangs de la classe moyenne que sortent en foule , pour se précipiter dans les amphithéâtres des écoles de droit et de médecine , dans les études de notaires et d'avoués, dans les ateliers de peintres , dans les bureaux de journaux , tant de jeunes gens qui , faute de ressources pécuniaires , se trouvent jetés dans les villes sans moyens d'existence. Ne jamais exposer les jeunes gens à se trouver ainsi, sans autre avenir que celui d'un talent encore inconnu et souvent douteux, pendant des années entières, seuls aux prises avec l'impérieuse nécessité de subsister et la prétendue obligation d'un certain rang social à maintenir, la folle présomption et le sombre désespoir ; voilà ce à quoi ne songent pas assez les parents de la classe moyenne, qui trop souvent s'épuisent en sacrifices inutiles pour leurs fils, dont ils ne réussissent qu'à rendre le sort constamment précaire, la moralité fréquemment équivoque et la vie malheureusement désordonnée.
Troisièmement .- — Ramener , par une instruction bien entendue et peu coûteuse , la classe laborieuse vers l'industrie, dont elle s'est trop éloignée. Les capitaux ne manquent à l'agriculture que parce qu'elle n'a pas d'hommes instruits et exercés en état d'en faire un emploi judicieux. La loi de sagesse et de progrès légitime
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est (le chercher à s'élever, non pas en déplaçant les positions, maison perfectionnant les professions.
C'est pour atteindre à ce but que nous avons rédigé un certain nombre de programmes, au moyen desquels les familles pourront prononcer sur les connaissances qu'elles voudront faire donner à leurs fils , selon leur condition ou selon la profession qu'ils seront appelés à remplir.
La résolution des parents préalablement arrêtée sur la profession à laquelle leurs (ils seront destinés, le choix entre les divers programmes n'en sera que la conséquence logique.
Les chefs d'institutions, qui admettent depuis longtemps eux-mêmes la nécessité d'un système d'études plus en harmonie avec la tendance de notre époque , empressés de mériter la préférence des parents, ne tarderont plus à se soumettre à leurs intentions nettement formulées.
La concurrence fera vite le reste. Telle est à cet égard notre confiance en elle , que nous lui laissons le soin de perfectionner nos idées.
Les questions bien posées sont à moitié résolues. Entre les champions de la science et ceux de la littérature , la question n'est pas de savoir si la base de l'enseignement doit être littéraire ou scientifique, mais d'établir comment, à partir d'un point convenu, l'instruction doit se spécialiser. Le mal n'est pas parce que les collèges existent, mais parce qu'il n'y a qu'un trop petit nombre d'écoles spéciales destinées à l'agriculture , à l'industrie , au commerce, au génie civil , aux arts et aux métiers.
Ainsi la réforme des études universitaires, dans les termes où nous la plaçons, peut s'opérer, à la rigueur, sans intervention du gouvernement et par la seule volonté des familles. C'est de cette façon que les mœurs doivent toujours être les préludes des lois.
L'instruction élémentaire, — ainsi que nous l'avons définie, étant supposée une dette de l'État, une obligation de la loi commune à tous les Français, il ne restera plus
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au père de lamille qu'à examiner quelles seront les connaissances complémentaires que devra posséder son fils pour exercer avec distinction la profession à laquelle il le destinera.
Le père de famille devra se garder d'attendre que l'instruction de son fils soit terminée pour lui choisir un état.
S'il veut éviter que son fils reçoive une instruction banale, sans direction et sans but , qui rendrait sa destinée incertaine et sa conduite douteuse, voici ce qu'il fera :
11 se rendra compte de l'étendue des sacrifices que l'état de sa fortune lui permettra de faire à l'établissement de son fils ; i'.
Si l'état de sa fortune, ses charges de famille, ou toute autre considération , ne lui permettent pas de pourvoir pendant cinq années au moins à l'existence de son fils après le terme de son instruction, il évitera de lui donner une profession libérale, encombrée, exigeant un long temps pour se faire une clientèle et un renom; il évitera également de lui donner une profession qui demanderait, pour l'achat d'une charge , une somme au-dessus de ses moyens personnels, ou plus considérable que'son fils ne pourrait raisonnablement prétendre la gagner lui-même ;
Afin que son fils ne soit point exposé à la tentation de prendre par vanité un état où le défaut de fortune le ferait échouer, le père s'abstiendra de donner à son fils toute instruction qui pourrait l'abuser sur sa vocation et qui serait de luxe dans toute autre condition ;
11 s'enqucrra, dans l'intérêt de son fils, quelles sont les professions les moins encombrées ; celles qui manquent de sujets capables ; celles qui paraissent avoir le plus d'avenir;
Son choix fait, il s'assurera que son fils n'a point de répugnance marquée pour la carrière qu'il se propose de lui faire suivre;
Ces deux conditions préalablement remplies , il consultera le programme des connaissances préparatoires de
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chaque profession; il iera connaître à cet égard ses intentions formelles au chef de l'institution dans laquelle il placera son fils.
Le père de famille sage et prudent cherchera de honne heure à faire naître et à entretenir dans l'esprit de son fils le désir de lui survivre dans sa profession; il ne négligera aucune occasion de lui en faire apprécier les avantages.
Comme clientèle et comme renom, la même profession, perpétuée de père en fils, a toujours fait jouir ceux qui l'ont exercée d'une considération plus grande que celle qu'ils eussent obtenue en lui préférant une autre condition qui leur aurait paru plus élevée dans la hiérarchie professionnelle.
Ce n'est pas à dire qu'un chef de maison, qui n'a reçu que peu ou point d'instruction, et qui a fait sa fortune par sa seule industrie, ne doive pas donner à son fils une instruction supérieure à la sienne. II doit , au contraire, s'attacher à lui inculquer toutes les connaissances dont sa propre expérience lui aura démontré l'utilité, afin qu'il puisse perfectionner, étendre, élever la profession paternelle.
Ce qui retarde en France les progrès de certaines industries, c'est l'empressement des fils à les abandoimer aussitôt qu'elles ont fait la fortune de leurs pères , au lieu de se servir de leurs capitaux amassés pour leur donner une plus grande importance, une plus grande prospérité, une plus grande perfection. Aussi qu'arrive-t-il? Les industriels sont ascendants, mais les industries sont stationnaires: on les voit sans cesse retomber des mains d'hommes exercés entre celles de gens sans instruction ou sans capacité. Si une longue pratique ou une idée neuve leur a fait faire un progrès, la routine lui succède qui les fait rétrograder. On ne manque pas en France de vanité pour soi , mais on manque de juste orgueil pour sa profession.
De ce qui vient d'être dit, on ne saurait conclure que nous voulions rétablir les démarcations de castes, car
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s'il est un moyen d'amener tous les hommes au même but, — bien-être et considération, — c'est de les conduire par des chemins différents. La foule qui se presse dans une même voie l'obstrue sans avancer.
Ainsi, lorsqu'un fils éprouvera une répugnance trop marquée pour vivre dans la condition de son père, ou lorsque l'amour-propre paternel voudra donner à la destinée de son fils une autre direction , ou bien enfin lorsqu'un père aura plusieurs fils , et qu'il voudra donner à chacun d'eux une profession différente, ce qu'il faut, c'est qu'il puisse le faire en connaissance de cause, c'està-dire qu'après s'être décidé pour telle carrière, il en sache bien les conditions d'admission, et qu'il y puisse préparer convenablement son fils par une instruction spéciale.
Tels sont l'esprit et le but de la série de programmes qui vont suivre, et qui contiendront le résumé de nos idées.
Homme de transition , c'est-à-dire de conservation et de progrès , nos pensées n'ont d'autre prétention que d'être applicables, et n'ambitionnent d'autre récompense que d'être appliquées. Nous ne sommes ni exclusif, ni absolu; plein de confiance dans l'avenir, sans dédain pour le passé, voici ce que nous voulons :
Que Yinslruclion élémentaire générale, ou nationale, passant son niveau sur tous les hommes, mette hors rang les plus intelligents et les plus moraux, maintenant confondus dans la foule , sans moyens de s'y faire reconnaître ;
Que tout homme possède les connaissances nécessaires pour se rendre un compte exact de l'emploi de l'argent et de l'avantage des choses, dans son ménage ou dans sa profession , afin que l'habitude de l'ordre et de la prévoyance maintienne la bonne intelligence dans les familles et fasse pénétrer le bien-être dans les classes laborieuses, que les débauches démoralisent plus encore que les privations ;
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Que ioute instruction complémentaire spéciale^ ou pro- 'FESsiONNELLE, établisse naturellement et de fait la hiérarrliie sociale, sans laquelle il y aura toujours encombrement, perturbation, et assigne à chacun sa place selon ses facultés et ses moyens ;
Oue l'on puisse dire de cette instruction qu'elle est en réalité le meilleur placement qu'on ait pu faire des capitaux par elle absorbés.
Aussitôt que la jeune génération sera dirigée dans cette voie nouvelle de moralité par la prévoyance , et de hiérarchie par rinstruction , elle s'apercevra que la marche la plus rapide et la plus sure n'est pas de détruire pour se faire place , mais (ï améliorer pour dépasser ses rivaux de toute la distance de son mérite.