ÉCOLE SPÉCIALE MILITAIRE
A Sainl-Cyr.
Objet et durée de renseignement.
On doit à un auteur français , à Delanoue Bras-de-Fer , qui écrivait en 1387, la première idée d'une école militaire. — Le cardinal Mazarin, en créant le collège qui portait son nom , avait eu l'intention de le constituer en une école militaire; de là vient que les mathématiques y furent démontrées ; on devait aussi y enseigner quelques exercices, mais plutôt gymnastiques que militaires, parce qu'il n'existait pas encore de rudiment d'art militaire. Ll-niversité contraria ce projet, et à la mort du cardinal elle réussit à en faire un collège ordinaii-e , si ce n'est que les mathématiques continuèrent à y avoir une chaire, ce qui n'avait lieu que dans cet établissement seul. A l'instar de Mazarin , Louvois eut l'intention de fonder une école militaire aux Invalides; les causes qui empêchèrent ce projet de se réaliser sont restées inconnues. — L'établissement des cadets gentilshommes fut une suite de ce projet inaccompli. — En 1724, Pâris-Duverney avait conçu le vaste projet d'une école qui eût été plus semblable à l'École Polytechnique actuelle qu'aux écoles militaires proprement dites; car la jurisprudence, la théologie même, y devaient être enseignées. Ce projet avorta. — Un frère de Pâris-Duverney le fit revivre, en 1750, en embrassant un plan moins vaste. 11 le fit goûter de M"^" de Pompadour; elle le mit sous les yeux de Louis XV et provoqua l'édit de 1751.
En 1757, une annexe de l'École Militaire, ou un pensionnat préparatoire, fut formé à La Flèche. On y recevait 250 élèves de huit à quatorze ans , et l'on lirait de là , pour être admis à l'École Militaire , ceux qui montraient des dispositions pour la profession des armes. — En fé-
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vrier 1776 , le nombre des élèves de l'École fut porté à 600, et l'ordre de vendre l'hôtel ayant été donné, ils furent répartis en divers collèges militaires provinciaux établis à Auxerre, Beaumont, Brienne, Dôle, Effiat, Pont-à-Mousson, Pont-le-Yoy, Rebais, Sorrèze, Tournon, Tyron, Vendôme. Une décision de 1776 donna à ces collèges le nom d'Écoles Militaires, mais les élèves qui en sortaient devaient entrer comme cadets gentilshommes dans les régiments. — Cependant l'hôtel de Paris ne fut pas vendu, et en juillet 1777 un corps d'élèves et de cadets s'y rétablit. Les sujets choisis dans les collèges provinciaux étaient annuellement appelés à l'établissement de Paris , après avoir subi un examen. Les membres du corps des cadets établis à l'hôtel de l'École y payaient 2,000 fr. de pension et entraient au service comme officiers. — En 1787, les motifs qui avaient déterminé la suppression de 1776 se reproduisirent; les élèves furent de nouveau renvoyés, au nombre de 700, dans les collèges provinciaux ; enfin, un décret de 1793 ordonne la vente de tous les biens de l'hôtel et des collèges ou prytanées, et un décret du 9 septembre suivant supprima les écoles militaires. Une seule resta établie à Saint-Cyr.
L'École spéciale militaire établie à Saint-Cyr a pour objet d'instruire dans les différentes branches de l'art de la guerre les jeunes gens qui se destinent à la carrière des armes, et qui sont appelés à entrer comme officiers dans les rangs de l'armée lorsqu'ils ont terminé leurs études et satisfait aux examens de sortie.
Examens.
Le numéro de mérite obtenu par les élèves , par suite d'un examen de sortie , leur donne le droit de choisir l'arme dans laquelle ils désirent servir , savoir :
1° Le corps royal d'état-major;
2° La cavalerie ;
3" L'infanterie.
Les élèves qui ne satisfont pas à cet examen peuvent passer à l'École une année de plus, si des circonstances graves leur ont occasionné une suspension forcée de travail.
Condilions d'admission.
Les examens pour les places d'élèves de l'École spéciale militaire sont ouverts chaque année à Paris et dans les principales villes du royaume. Le programme des connaissances exigées est publié chaque année, le l*"" avril au plus tard.
Nul ne peut se présenter au concours s'il n'a précédemment justifié :
1" Qu'il est Français ou naturalisé ;
2" Qu'il aura plus de 18 ans ou moins de 21 au i" octobre de l'année dans laquelle il subira l'examen.
Les sous-officiers et soldats des corps réguliers de l'armée peuvent être admis au concours jusqu'à l'âge de 29 ans , pourvu qu'ils n'aient pas accompli cet âge avant le l" janvier de l'année courante, et qu'ils aient au moins deux ans de service actif sous les drapeaux au l*^"" octobre de la même année.
Les candidats qui remplissent les conditions ci-dessus indiquées doivent se faire inscrire avant le 10 juin à la préfecture du département oii résident leurs familles.
Connaissances préalables.
Les épreuves exigées pour l'admission à l'École spéciale militaire sont de deux sortes :
1" Un examen oral;
2" Des compositions écrites.
Examen oral. — 1" L'arithmétique complète, comprenant le système des nouvelles mesures , l'extraction des racines carrées et cubiques des nombres, les proportions avec leurs applications usuelles, les progressions et lo-
garithmes , l'usage des tables et leurs principales applications. L'examinateur insiste sur la pratique du calcul numérique.
2" L'algèbre, comprenant les quatre opérations fondamentales : la résolution des équations du premier degré à une et plusieurs inconnues , celle des équations de second degré à une seule inconnue et des équations bicarrées.
o° La géométrie élémentaire , ainsi que les calculs numériques qui se rapportent à la mesure des surfaces et des solides.
4" Les préliminaires de géométrie descriptive , jusques et compris le problème de la plus courte distance. L'examinateur exige des candidats la représentation des épures principales revêtues de leur signature et du visa de leurs professeurs avec la date de ce visa pour chaque épure. Il s'assure, par tous les moyens possibles, que ces épures sont bien l'ouvrage des candidats , et exige qu'une d'elles soit refaite sous ses yeux.
5" Notions générales sur la pbysique et la chimie : définition de la pesanteur , du poids , du centre de gravité; densité des corps; détermination des pesanteurs spécifiques; description et usage du thermomètre; description et usage du baromètre; étude de l'oxygène, de l'hydrogène, de l'azote, du carbone et du soufre , ainsi que de leurs combinaisons principales ; analyse de l'air et de l'eau.
G" L'histoire grecque et romaine et l'histoire générale de France , jusqu'au règne de Henri IV inclusivement.
7" Notions générales sur la cosmographie et la géographie : la géographie ancienne et celle de l'Europe plus développées.
8" Les premiers éléments de la langue allemande. Les questions portent principalement sur les verbes irréguliers et les règles de construction. La connaissance de la langue anglaise supplée à celles exigées en allemand,
Compositions. — i" Épreuve pour le dessin.
Les candidats exécutent l'esquisse d'une académie d'après un modèle qui leur est donné. Le temps consacré à ce travail et à l'exécution de l'épure ne peut excéder trois heures.
2" Un calcul numérique dans lequel les candidats ont à faire usage des tables de logarithmes à sept décimales. La durée de cette composition est d'une heure au plus.
3" Une version latine de la force des élèves de seconde dans les collèges royaux , et une narration française dont l'examinateur lui-même adonné le sujet. L'écriture doit être lisible et correcte. Les fautes graves d'orthographe et de langue sont une cause suffisante d'exclusion, qui peut être prononcée par le jury d'admission, sur le vu des compositions écrites des candidats.
Ces deux compositions littéraires doivent être faites sous les yeux de l'examinateur, et la durée de leur ensemble ne peut excéder trois heures.
Le concours pour l'admission à l'École spéciale militaire est ouvert tous les ans à Paris, le 20 juillet, pour les candidats des départements de la Seine, de Seine-et- Marne et d'Eure-et-Loir.
Jl a lieu postérieurement à cette date , dans les principalt'S villes du royaume, auxquelles des arrondissements d'examen sont assignés.
Un avis officiel fait connaître annuellement l'époque à laquelle IMM. les examinateurs doivent être rendus dans ces villes.
Les candidats ne peuvent être examinés que dans l'arrondissement d'examen où le domicile de leur famille est établi, ou bien dans celui où ils ont achevé leur première instruction, pourvu qu'ils y aient étudié au moins une année.
Les candidats militaires sont admis au concours dans la ville d'examen la plus voisine du lieu de leur garnison. Des congés temporaires peuvent être délivrés, à cet ef-
fet, par les lieutenants généraux commandant les divisions militaires.
La voie du sort détermine dans quel ordre les candidats sont examinés.
Pièces à produire « l'appui de l'i)iscriptioii.
1« L'acte de naissance revêtu des formalités prescrites par la loi;
2" Une déclaration signée d'un docteur en médecine ou en chirurgie, attaché à un hospice ou hôpital civil ou militaire, constatant que le jeune homme a eu la petite vérole, ou a été vacciné ou inoculé, et qu'il n'a ni maladie contagieuse ni infirmités qui le rendent impropre au service;
5" La déclaration écrite du lieu d'examen choisi par le candidat.
Les candidats militaires ajoutent à ces pièces un certificat d'immatriculation et de présence sous les drapeaux , délivré par le conseil d'administration du corps et visé par le général commandant la division.
Ceux de ces candidats qui, dénués de fortune ainsi que leurs parents , prétendent à une des hourses annuellement disponihles, le font connaître, au moment de l'inscription, par une demande adressée au ministre de la guerre, et qu'ils rernettent au préfet en même temps que leur état de services. Ils y joignent un certificat délivré par le maire du lieu du domicile de leur famille , énonçant exactement les moyens d'existence , le nombre des enfants et les autres charges des parents.
Les mêmes formalités sont remplies par les fils de militaires qui réclament également l'admission gratuite pour cause de dénument de fortune. La demande est alors appuyée de l'état des services du père du candidat.
Les pièces fournies par les candidats qui ne seraient
point admis à l'École sont ultérieurement renvoyées à la préfecture où l'inscription a été effectuée.
E.\ lUAxNCE. 575
Pièces à pyocluire en entrant à l'Ecole.
Tout candidat qui reçoit son titro d'élève doit se mettre en mesure de fournir au commandant de l'École les pièces ci-après :
1" Un engagement volontaire contracté pour l'arme de l'infanterie ou de la cavalerie , suivant les formes et sous les conditions voulues par la loi du 21 mars 1852 et l'ordonnance royale du 28 avril suivant;
2" Une promesse sous seing privé, par laquelle les parents ou le tuteur de l'élève s'engagent à verser dans la caisse du receveur général du déparlcnient de Seine-cl- Oise le montant de la pension, par trimestre et d'avance, à moins que l'élève n'ait obtenu une bourse ou une demibourse. Dans ce dernier cas , la famille prend l'engagement de faire les frais de la demi-pension seulement.
Débowscs.
Le prix de la pension est de 1,500 fr. par an, non compris 750 fr. pour le trousseau, dont le devis est envoyé aux familles avec la lettre d'admission.
Bourses.
Des places gratuites, susceptibles d'être partagées en demi-places, sont instituées en faveur des élèves fds de militaires ou militaires eux-mêmes , lorsque leur fortune ou celle de leurs parents ne permet pas de pourvoir aux frais de leur éducation. Elles sont accordées de préférence aux orpbelins.
Le nombre de ces places est déterminé d'après l'effectif de l'École, dans la proportion d'une place par vingtcinq élèves.
Trousseau.
Nous avons indiqué au paragraphe Déboursés le prix du
37G DE l'instruction PUBLlyUE
trousseau , dont les articles concernant la lingerie peuvent être fournis en nature.