‹ De l'Instruction publique en Hollande: Tome 1-2Chapitre 3 sur 51 · ET RÉCOMPENSES · texte numérisé non relu

ET RÉCOMPENSES

écoles où ils furent réellement abolis, la main pesante du redoutable magister, la règle destinée à tracer les lignes, ou la baguette servant à montrer les tableaux y devinrent de nouveaux instruments de torture. Ainsi les moyens de répression furent toujours les mêmes, et les effets ne durent, par conséquent, point changer.

Néanmoins l'usage des tableaux d'honneur et de honte s'introduisit et se maintint dans beaucoup d'écoles , quoique d'une manière très-différente. Dans les unes, on voyait inscrits les noms de presque tous les élèves ; dans les autres , on ne trouvait que deux ou trois noms sur chacun d'eux , et quelquefois les mêmes noms sur tous les deux. Ici l'on inscrivait sur le tableau de honte tout enfant turbulent , paresseux ou négligent ; là on n'employait le tableau d'honneur que pour récompenser les progrès ; d'un côté , on faisait particulièrement usage du tableau d'honneur ; de l'autre , on se servait exclusivement du tableau de honte. Certains instituteurs , incapables d'adopter une direction convenable , mais peu enclins d'ailleurs à l'emploi de mesures trop sévères , firent usage de cartes de bonne et de mauvaise note comme auxiliaires de ces tableaux. Il en résulta que l'emploi du tableau d'honneur devint peu à peu moins fréquent , et que l'on abandonna tout à fait le tableau de honte en certains endroits. Les effets de cette manière d'agir varièrent cependant suivant les écoles. Là où ces distinctions ne sortaient point de l'enceinte de la classe et où l'on n'y attachait pas trop de prix , elles eurent des conséquences beaucoup moins sensibles et moins pernicieuses ; là , au contraire , où l'on y attachait une importance démesurée et où l'on cherchait à leur donner de la publicité en les communiquant aux parents et aux personnes de leur connaissance , on vit se former ces jeunes pédants , ces êtres présomptueux et vains qui sont si à charge à la société et à ceux qui les environ* nent.

Les dix dernières années du même siècle furent très-fécondes en essais qui prouvèrent jusqu'à l'évidence le danger et l'insuffisance des moyens d'éducation employés jusqu'àlors. Dans les écoles où ils continuèrent d'être en vigueur, la formation du caractère fut peu sensible , et les résultats dépendirent de la sagesse et de l'esprit de l'instituteur; mais dans celles où l'on voulut, à l'instar de la méthode lancastérienne , réduire leur usage en système, on se vit obligé d'en abandonner l'application , pour prévenir les conséquences dangereuses auxquelles il conduisait.

Telle est l'énumération des moyens les plus directs employés à cette époque pour la formation du caractère des enfants. Voici maintenant mes observations et mes idées à cet égard :

L'usage du tableau de honte est déraisonnable et en même temps très-pernicieux. Cette punition ne peut manquer d'avoir dans l'école le même effet que produit dans la société l'exposition au carcan j c'est-à-dire d'imprimer dans l'âme de ceux auxquels elle est infligée la conviction qu'ils ont perdu l'estime de leurs semblables : ce qui doit nécessairement les conduire peu à peu du mal au pis. Il en est de même de toutes les peines infamantes , de quelque manière qu'elles soient infligées dans une école. On doit également ranger au nombre des punitions nuisibles ces expressions désagréables et tout propos tenu publiquement dans l'école sur la conduite , le zèle et les progrès d'un élève; moyens qui ne servent qu'à le décourager et à émousser sa sensibilité. J'ai vu dans quelques endroits une autre punition qui prouve , hélas ! combien peu certains instituteurs connaissent les hommes et les enfants qu'ils prétendent élever. C'est l'usage pernicieux de retenir dans l'école, après le temps de la classe, les élèves qui n'ont pas achevé leur devoir ou qui ont mécontenté le maître sous quelque rapport. Eh! faut- il donc faire servir de prison un endroit qui doit être pour les enfants le lieu

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le plus sacré et le plat agréable ? Rien n'est plus contraire ni plus opposé au véritable bat de l'éducation.

Quant aux châtiments corporels , je ne crois pas devoir vous en entretenir. J'ai la satisfaction de pouvoir dire qu'il est rare qu'un instituteur de mon district s'oublie au point d'en faire usage, et je suis certain qu'il n'en est point parmi eux qui ne soient convaincus de l'inconvenance et du danger qu'ils présentent. Je me bornerai seulement à vous rappeler combien ces sortes de punitions sont défendues par la dépêche ministérielle du 21 décembre 1820, Vous pourrez aussi juger combien le gouvernement est disposé à tenir la main aux dispositions prises à cet égard, par la résolution de son excellence le ministre de l'instruction publique , du 2 décembre 1825 , et la circulaire de monsieur le gouverneur de la Gueldre et de la commission d'instruction de cette province. J'ajouterai à cela que je suis aussi peu disposé qu'autorisé à tolérer l'emploi de ces punitions, même les plus faibles.

Si vous me demandez maintenant quelles punitions vous emploierez , je vous répondrai très-peu , de très-douces, de très-humaines , qui soient mûrement pesées et qui restent inconnues.

Très-peu de punitions. L'instituteur qui connaît et qui exerce le mieux et le plus utilement ses importantes fonctions , est celui qui a le moins besoin de punitions , qui ne connaît point de châtiments réels , mais qui, dirigeant et formant l'esprit de son école, agit par ce moyen sur chaque élève; qui enfin prévient et détourne les défauts qu'il peut leur supposer, plutôt qu'il ne punit et ne corrige sévèrement les fautes qu'ils ont commises . C'est un art qu'on acquiert par la connaissance et l'empire de soi-même; mais la peine qu'il réclame est beaucoup moindre et certainement plus agréable que les soins qu'exigent la recherche et l'application de toutes sortes de châtiments et de punitions.

Des punitions très-douces. Ce n'est point la rigueur de la

punition qui prévient le mal ni qui le corrige : l'expérience prouve même le contraire. Les écoles et les sociétés où Ton fait usage des punitions les plus sévères et les plus inhumaines , sont celles aussi où Ton trouve toujours le plus d'opiniâtreté , de barbarie et de cruauté. L'instituteur qui prétend travailler pour la civilisation , doit prouver que ses élèves sont assez civilisés pour se laisser conduire et former par de douces exhortations. Plus vous augmenterez les punitions , plus les infractions se multiplieront ; plus vous rendrez les peines sévères et rigoureuses , plus la désobéissance et l'opiniâtreté s'accroîtront.

Des punitions très-humaines. Si l'on pense que vous exercez le ministère de juge ou les fonctions de bourreau , alors vous réprimez et vous ne corrigez pas. Si vous punissez en colère , on apprend à vous haïr ; si vous punissez avec une froide sévérité , on apprend à vous craindre et à vous regarder d'un œil indifférent. Un enfant ne peut jamais recevoir de vous la moindre réprimande ni la moindre punition sans que vous éprouviez vous-même quelque émotion, parce que vous sentez qu'un de vos semblables, qui a comme vous l'image de "Dieu et la même destination , était en danger de s'égarer. Que jamais votre amour pour un élève ne se montre d'une manière plus évidente que lorsque vous le punissez. Que le chagrin que vous ressentez de sa faute , lui en donne la preuve et la conviction ; c'est ainsi que vous formerez véritablement la jeunesse et que vous la corrigerez.

Des punitions mûrement pesées. La précipitation n'est jamais plus nuisible que dans la direction des enfants et surtout dans l'administration des peines. T a-t-il en effet quelqu'un de plus ridicule et de plus indigne qu'un instituteur qui , à chaque désagrément qu'il éprouve , fait aussitôt sentir les effets de son mécontentement au premier venu ? Délibérer longtemps , réfléchir avec calme , juger avec précision la nature et les circonstances du délit pour

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