UNIVERSITÉS. S
les d'Utrecht et de Leyde. Sans doute , ces deux dernières sont bien près Tune de Tautre; mais il était impossible de songer à supprimer une decesdeux universités, presque également chères à la nation et presque également recommandables parleurs longs services et par les vastes ressources, de toute espèce que plusieurs siècles y ont accumulées. Le gouvernement français entra dans les vues de M. Cuvier; et, en 1814, le gouvernement hollandais , trouvant la réduction commencée 9 l'acheva ; il satisfit, comme il put, aux réclamations des villes de Franeker et d'Harderwyck , en leur donnant des athénées royaux ; il concentra tous ses efforts et toutes ses dépenses sur les trois universités conservées ; il les enrichit de professeurs et d'élèves , et, avec le temps , il en a fait de grands et beaux établissements très-Qorissants, auxquels il ne manque que de s'appuyer sur une instruction secondaire mieux constituée.
Les sept derniers titres de l'ordonnance de 181 d renferment l'organisation des universités; ils traitent successivemeat:
1"* De l'enseig^ment des universités ;
S<» De la collation des grades ;
S"* De l'état des professeurs;
4'' De l'état des étudiants;
S*" Du matériel nécessaire aux diverses parties de l'enseignement ;
ô"* Des divers moyens d'encourager les études ;
7"* De l'administration.
On voit qu'aucun point important n'est oublié dans l'ordonnance de 1815. Nous l'avons montré en action
264 miivBRsiTÉs.
dans la description de Funiversité d*Utrecbt. Nous nous contenterons donc ici de relever ses dispositions essentielles , les imperfections que nous avons pu y découvrir, et surtout les sages mesures qu'il conviendrait d'en emprunter et de nous approprier. Nous suivrons Tordre même des matières adopté par Tordonnance hollandaise.
Titre !•'. — De l'Enseignement.
Comme nous Tavons déjà dit ', tonte université hollandaise est composée de cinq facultés. L'ancienne faculté philosophique , Vordo philosophicus de l'Allemagne, a été divisée , d'après le régime français, en deux facultés distinctes , celle des sciences et celle des lettres. Notre faculté des siences s'appelle ici faculté des sciences mathématiqf^s et physiques; et celle des lettres a le nom de faculté de philosophie spéculative et des lettres.
Il est à remarquer que la faculté de théologie est exclusivement protestante et même calviniste. L'enseignement supérieur de la religion catholique est réservé aux séminaires placés sous la juridiction immédiate des évêques. L^art. 58 le dit formellement, et l'article 59 promet des subsides pour l'enseignement supérieur de la religion chez les luthériens , les memnonites et les remontrants; en effet, une ordonnance postérieure a établi un séminaire luthérien à Amsterdam.
^UtFecht,pag. 121.
CNIYERSIT&S. 265
Cette constitution de renseignement théologique soulève une question extrêmement grave et qui mérite au plus haut degré Inattention de Fhomme d'école et de rtiomme d'État.
Il n'y a pas d'université allemande qui n'ait sa faculté de théologie protestante. Les candidats au ministère du saint Évangile suivent les cours publics de ces facultés. Sortis des gymnases, comme les autres étudiants, ils entrent , avec eux , à l'université : ils en subissent la discipline , et ils jouissent de la liberté qu'elle laisse. Cette liberté est fort grande : mêlés sans cesse aux autres étudiants, les jeunes théologiens courent risque de prendre des manières et des habitudes mondaines , et de tomber même dans des fautes peu en harmonie avec leur futur caractère ; mais il ne faut pas oublier que ces théologiens doivent un jour devenir des pères de famille. Les étourderies de la jeunesse se perdent plus tard dans la sainteté du mariage. Et puis le peuple n'impose point au clergé protestant la même rigidité extérieure qu'au clergé catholique. D'un autre côté, on comprend tout ce qu'il y a d'avantageux pour de futurs ecclésiastiques dans la fréquentation des cours d'une université. Ils y prennent le goût de la haute littérature, profane et sacrée; ils s'exercent à la grande critique historique; ils se familiarisent avec les systèmes philosophiques, et, cequi n'est pas moins précieux, ils s'instruisent à connaître, dans un commerce assidu, l'esprit de leur siècle et de leur nation. C'est ainsi que j'ai vu, dans les universités d'Allemagne , déjeunes ecclésiastiques, passant tour à tour de l'auditoire des professeurs de théologie dans ceux des professeurs de philosophie, de
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philologie et d*histoîre , devenir eux-mêmes des philosophes, des historiens et des philologues du plus grand mérite , capables d'intervenir un jour dans les grandes luttes de la science , au nom' de la religion , et 0'y acquérir une illustration et une autorité qui se réfléchissent sur le clergé tout entier.
Tel est le fondement qui a soutenu et qui soutient encore les facultés de théologie protestante. Ni les gouvernements , ni le clergé , n'ont jamais songé à leur ôter ce lien intime avec les autres facultés universitaires, qui fait à la fois et leur péril et leur force. Mais la même organisation est -elle applicable à renseignement de la théologie catholique? Des hommes qui contractent des obligations tout autrement austères peuvent-ils , à Tâge où se forment les habitudes de toute la vie , être livrés impunément à toutes les tentations de la liberté universitaire? Peut-on d'ailleurs espérer que l'autorité ecclésiastique se dessaisisse du droit de présider elle-même à la formation des jeunes prêtres ; et , quelques garanties qu'on lui puisse ofifrir par des mesures spéciales de discipline, consentira -t- elle jamais de bonne grâce à abandonner à des mains étrangères, pendant trois ou quatre années, ceux en qui repose l'avenir du sacerdoce? Ensuite , toute faculté de théologie, qui fait partie d'une université, tombe par là sous la juridiction civile, et cette juridiction civile, le clergé catholique n'est pas très-disposé à la reconnaître , surtout en pareille matière. Lui qui revendique l'éducation universelle, ne réclamera -t -il pas du moins le privilège exclusif de l'éducation et même de l'instruction ecclésiastique? Sans doute la théorie peut
VÏTITnsiTBS. â67
répondre à ces difficultés ; mais , dans la pratique , elles n'ont jamais été parfaitement résolues. En Allemagne, le gouvernement prussien a fondé aux deux universités de Breslau et de Bonn, à côté d'une faculté de théologie protestante, une faculté de théologie catholique, pour les populations catholiques de la Silésie et des bords du Rhin. A ne parler ici que de la faculté de Bonn , la seule qui me soit bien connue, on a eu la sagesse, en rinstituant, de prendre toutes les précautions qui pouvaient rassurer Fautorité ecclésiastique. Des liens étroits ont été établis entre cette faculté et Tarchevéché de Cologne. L'archevêque retient une forte part d'influence sur le gouvernement spirituel de la faculté. A l'université, les jeunes théologiens sont séparés des autres étudiants et logent dans une maison particulière placée sous la juridiction du doyen. Ce doyen était un homme très -distingué (M. Hermès), capable, parla solidité et la variété de ses connaissances , de donner une grande impulsion à renseignement théologique, et qui, en même temps, était fort agréable à l'archevêque d'alors, M. le comte de Spiegel. J'ai vu les choses aller assez bien sur ce pied. Mais depuis la mort de M. Hermès et de M. de Spiegel , j'entends dire que la faculté de théologie catholique de Bonn est bien déchue. En France, l'empereur établit aussi des facultés de théologie catholique à l'instar de l'ancienne et célèbre faculté de théologie de Paris. Mais celle-ci n'avait jamais été ce qu'on appelle une faculté dans une université, et le modèle était bien différent de la copie. A Paris, l'ancienne faculté de théologie n'étaitautre chose qu'une dénomination commune à deux maisons spéciales, égale-
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ment en possession de conférer des grades théologiques, la maison de Sorbonne et celle de Navarre, toutes deux cloîtrées, toutes deux ayant des pensionnaires, qui y recevaient renseignement et y prenaient leurs grades. Au contraire, les facultés théologiqnes de Tempire étaient des facultés comme les autres. Seulement leurs étudiants devaient être particulièrement les élèves des grands séminaires. L'enseignement destiné à ces séminaristes devait se faire dans la langue même des séminaires, le latin. Enfin les candidats à renseignement devaient être approuvés par Tarchevéque. Malgré tou^ tes ces précautions, les archevêques et les séminaires ne se soumirent jamais qu'avec une extrême répuguance à la fréquentation des facultés de théologie ; et dès que Tempire eût disparu , un conflit s'établit à cet égard entre le clergé et le ministère de l'instruction publique. Les évèques refusèrent presque partout d'envoyer leurs séminaristes , même pour quelques heures de la journée, dans un auditoire et 9ous une discipline qui ne leur appartenaient pas; ils ne consentirent pas à suivre les formes prescrites pour la nomination régulière des professeurs ; en un mot , ils s'appliquèrent à renfermer étroitement l'enseignement théologique dans les limites des séminaires , qu'ils gouvernent exclusivement et où l'œil même de l'autorité civile ne pénètre point. Les grades théologiques, que les facultés pouvaient seules conférer, furent partout abandonnés , les facultés tombèrent peu à peu, et, de fait, aujourd'hui l'enseignement théologique en est en France où il en est légalement en Hollande, sous l'ordonnance delSlS; à proprement parler, il n'y a pas de facultés de théo-
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logie catholique; ce sont les grands séminaires qui en tiennent lieu.
Cet état de choses, qui pouvait suffire à la Hollande de 181i$, presque entièrement protestante, peut-il suffire à la France presque entièrement catholique , où le clergé est en possession d'une si vieille et si vivace influence 9 et où , par conséquent , Téducation du clergé touche aux plus grands intérêts de la société et de rÉtat ? Après y avoir bien réfléchi , je ne le crois pas. Je ne blâme point Tordonnance hollandaise en Hollande ; mais je ne puis pas m'y résigner en France.
Dans mon opinion , les facultés actuelles de théologie sont condamnées à périr , ou plutôt elles sont déjà mortes , et nul eflbrt ne pourra les ranimer. Le gouvernement aura beau décréter, comme il Ta fait, en 1851 , que tel ou tel grade théologique sera désormais nécessaire pour telle ou telle fonction , telle ou telle dignité de TÉglise : cette ordonnance ne sera point exécutée, et elle sera un scandale de plus. On ne soumettra point les évêques ; on ne leur arrachera point des élèves; on n'en obtiendra point des professeurs. Les institutions mixtes, qui participent de deux autorités, veulent un concert parfait de ces deux autorités ; et ici ces deux autorités ne s'entendent pas. Enfln , quand elles s'entendraient , je doute fort que, dans l'état des études théologiques en France , on pût trouver assez de professeurs éminentspour soutenir un certain nombre de facultés. Selon moi , il n'en faudrait qu'une seule , et celle -là, bien organisée, pourrait suffire à tous les besoins et satisfaire à toutes les convenances. Je m'explique,
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Les petits séminaires attirent les jennes gens qui peuvent avoir quelque aptitude à Tétat ecclésiastique ; et ils développent cette aptitude parleur enseignement et par leur régime. Au sortir des petits séminaires, les sujets dont la vocation ecclésiastique parait décidée , entrent dans les grands séminaires. Là se forme le clergé. Il y reçoit une double instruction : d*abord une instruction générale, littéraire, philosophique, et même scientifique jusqu'à un certain point; ensuite Tinstruction cléricale proprement dite ; cette dernière est la véritable fin des grands séminaires. Tout ce que peuvent faire ces établissements , avec des élèves sortis en très-grande partie des rangs inférieurs de la société, et qu'ils reçoivent en général très-médiocrement préparés, c'est de les rendre, au bout de quelques années, passablement instruits, et assez bien façonnés à Texercice des fonctions ecclésiastiques; on ne peut pas leur demander davantage. Mais à quelle école pourraient se former aujourd'hui ces anciens docteurs de Sorbonne et de Navarre, qui étaient les lumières de l'Église gallicane , ou ces profonds savants qui ont donné tant d'excellents ouvrages à la littérature sacrée et profane, ou ces hommes forts par la doctrine et par les teuvres, qui ont administré avec tant d'autorité les affaires temporelles de l'Église ? £n un mot, les grands séminaires forment le gros du clergé ; mais il faudrait songer aussi à l'élite , à la tête de ce grand corps ; il faudrait une institution spéciale, qui fût en quelque sorte l'école normale supérieure du sacerdoce. C'est une institution de ce genre que voulut fonder en Belgique le gouvernement hollandais, sous le nom de collège philosophique.
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Le nom était ridicule , et comme une menace envers rÉglise ; et la chose, en vérité, ne valait guère mieux que le nom. Sous la restauration , en France , un mi^ nistre de Tinstruction publique et des cultes conçut ridée d*une maison des hautes études ecclésiastiques. Les allocations nécessaires à cet établissement ont été faites au budget ; mais tout a manqué par un déplorable conûit de pouvoirs. M. Tévêque d'Uermopolis , ministre des cultes et de Tinstruction publique , soutenait avec raison que la maison des hautes études ecclésiastiques , étant faite pour tout le clergé et devant servir à la France entière , bien que située à Paris , n*était pas un établissement diocésain , et par conséquent ne pouvait relever de Tautorité diocésaine de M, Tarchevéque, mais de Tautorité ecclésiastique générale, c'est-à-dire du ministre. M. Tarchevéque prétendait au contraire que cette maison étant sur son territoire, lui appartenait. Cette prétention n'est pas plus fondée que ne serait celle du recteur de Paris d'avoir dans ses attributions Técole normale, parce que l'école normale est matériellement placée dans l'Académie de Paris. Les exemples surabondent d'établissements généraux, qui à ce titre ne relèvent que de l'autorité générale , c'est-à-dire du gouvernement , quoique placés dans tel ou tel lieu. Il faudrait reprendre cette affaire avec la ferme volonté de la mener à bien ; et pour cela, ce n'est point avec M. l'archevêque de Paris, c'est avec Rome qu'il faudrait la traiter. Rome sait à quel point la grandeur du clergé français importe à la chrétienté tout entière ; et elle ne peut qu'applaudir à un établissement dont le but est le perfectionnement des études
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théologiques, et la formation d'une élite ecclésiastiqne capable de soutenir , dans ces temps difficiles , Tancienne réputation de savoir et de lumières de TÉglise de France. Quant à Torganisation de cet établissement, Yoici les bases que je soumettrais à la sagesse du gouvernement français et du saint-siége.
1^ Nul ne pourrait être admis dans la maison des hautes études ecclésiastiques, qui n'eût achevé son grand séminaire et reçu les ordres.
2<» Dans chaque diocèse, ce serait Tévêque qui choisirait les sujets à envoyer à Paris , sur la désignation du directeur du grand séminaire.
S*" Au sortir de la maison de Paris, rélève serait remis à la disposition de Tévéque qui l'aurait envoyé, et qui pourrait en faire à son gré un maître de conférences de son grand séminaire, un directeur de petit séminaire, un grand vicaire , un membre de son chapitre , etc.
4» La maison des hautes études serait placée sous le gouvernement d'une assemblée d'évêques , parmi lesquels serait M. l'archevêque de Paris, qui pourrait même avoir la présidence. Dans ce conseil ecclésiastique serait de droit un conseiller d'État, désigné à cet effet par le roi pour y représenter la puissance publique. Bien entendu que ce conseiller d'Etat n'aurait de voix qu'en matière administrative.
5<* Ce conseil arrêterait le règlement d'études et de discipline de la maison sous l'autorité de M. le ministre des cultes. Il nommerait ou proposerait le directeur , les maîtres de conférence , l'économe.
6^ Le conseil se réunirait une fois chaque année , à une époque qu'il déterminerait lui-même chaque fois.
UNlVBUSlTl». 273
Cette réunion pourrait durer trois semaines. Là , on entendrait le rapport général du directeur sur les travaux des élèves et Tétat spirituel et matériel de la maison. En conséquence de ce rapport, le conseil prendrait sur les choses et sur les personnes les résolutions qu'il jugerait convenables.
Je m'arrête : ce n'est point ici le lieu d'entrer dans plus de détails , et je me borne à faire des vœux pour que le ministère des cultes n'abandonne point la pensée de cette grande institution qui intéresse à la fois l'Église et l'État, qui seule peut relever le clergé et lui donner, sans violence et par ses propres mains, une direction salutaire. Mais je m'empresse de revenir à la Hollande.
J'ai déjà signalé un autre point par lequel les universités hollandaises diffèrent essentiellement des universités allemandes, la hiérarchie du professorat ^ £n Allemagne, il y a trois ordres de professeurs, et je ne cesserai de vanter cette organisation comme le fondement certain du perpétuel progrès de renseignement et des sciences. Il y a, dans toute université allemande, trois degrés dans le professorat. D'abord se présentent les Pfivat'docenten, jeunes docteurs , qui , après certaines épreuves, reçoivent de leurs facultés respectives l'autorisation de donner des cours dans les auditoires publics de l'université. Ces docteurs sont assez nombreux dans chaque faculté ; jeunes , pleins d'ardeur , ayant leur fortune à faire , ils ne négligent rien pour avoir des auditeurs ; car leur seul traitement est celui
iUtrecbt,pag. m.
974 URITIRSITÉS.
qu'ils tirent de leurs leçons , et c'est snr leurs succès que repose tout leur avenir. Au-dessus de ces jeunes docteurs, sont les professeurs extraordinaires, nos professeurs adjoints ; ceux-ci sortent en très-grande partie des rangs des premiers : ce sont ordinairement ceux d*entre eux qui ont montré le plus de capacité , et qifi par le succès de leurs leçons ou de leurs écrits ont forcé en quelque sorte l'université de se les attacher ; car ils font partie de la faculté, et ils ont un traitement fixe plus ou moins considérable. Viennent enfin les professeurs ordinaires ou titulaires, sortis eux-mêmes, la plupart du temps, des rangs des professeurs adjoints, et parvenus à ce poste et à ce titre par de longues épreuves et des travaux plus ou moins illustres dans renseignement et dans les sciences. Ces professeurs titulaires sont en très-petit nombre, cinq ou six au plus dans chaque faculté. Ce sont les maîtres de la science. La considération publique les environne, et ils jouissent d'assez grands avantages. Cette belle gradation manque à la Hollande comme à la France. £n France, il n'y a qu'une seule faculté, la faculté de médecine, qui ait des agrégés. En Hollande, il n'y a pas même la moindre trace d'une institution de ce genre. Quant aux professeurs extraordinaires, il y en a bien quelquesuns en Hollande et en France , mais ils ne sont pas régulièrement constitués comme en Allemagne. L'article 69 de l'ordonnance de 1815 admet qu'il pourra être établi, surtout à l'université de Leyde, des professeurs extraordinaires , dans des cas exceptionnels ou pour suppléer les professeurs ordinaires qui tomberaient malades. C'est aussi ce qui se pratique en France;
C1VIVERS1TÊ8. 275
comme il n*est pas absolument sans exemple qu'on autorise tel ou tel docteur à faire un cours dans Tauditoire d'une faculté des lettres ou des sciences. Mais ce n*est là ni l'institution des agrégés , ni celle des professeurs adyoints. Règle générale : si vous voulez dans^ un corps du mouvement et de la vie , établissez des degrés, des rangs, des épreuves successives et un avancement gradué. Essayez, beaucoup de monde et n'adoptez personne légèrement. Qu'il soit permis d'entrer dans l'enseignement supérieur sans y être d'abord professeur titulaire; et qu'il soit interdit, sauf des cas très-rares, de commencer par la fin et d'être professeur titulaire à 25 an». Mais encore une fois je ne pourrais que me répéter à cet égard, et je passe au titre 2 de l'ordonnance de 1815 , sur la collation des grades académiques.
Titre ii. — Des Grades académiques.
D'abord nul ne peut être inscrit comme étudiant sans les certificats dont nous avons déjà parlé ' et qui supposent un examen semblable à notre examen de baccalauréat es lettres. J'ai déjà montré que cet examen est loin d'être ce qu'il faudrait qu'il fût , et sa réforme esta mes yeux ce qu'il y a déplus urgent. L'examen d'immatriculation doit être le résumé de toute l'instruction secondaire ; car qui ne peut justifier de posséder l'instruction secondaire dans toutes ses par-
* Voyez , pag. 250.
276 CNIVERSITfiS.
ties essenlielles , ne doit pas être admis à l'instruolion supérieure. Ce principe , une fois introduit dans Texamen d^immatriculation , permettrait de dégager les grades ultérieurs de conditions qui ne leur ont été imposées que parce qu*on ne les avait pas mises au fondement même de tous les grades. Ces grades sont ceux de candidat et de docteur , à peu près notre licence et notre doctorat. Chose étrange! pour le grade de docteur en théologie , on exige entre autres épreuves que le candidat justifie qu*il a fréquenté avec succès des leçons de physique expérimentale, d'astronomie physique, et qu'il possède les principes généraux de réconomie rurale. Peut-être des pasteurs de village doivent- ils ne pas être étrangers à réconomie rurale et à la physique , et il pourrait être convenable d'exiger ces connaissances de tout candidat aux fonctions pastorales. Mais je ne comprends pas qu'on les demande à tout candidat au doctorat en théologie; car ce grade n'est pas nécessaire pour être pasteur de village. Mais pouvez -vous me dire ce que fait ici l'astronomie physique? Ce qu'il y a de vrai dans tout cela, c'est qu'on ne doit pas être admis à étudier en théologie sans posséder toutes les notions scientifiques que donne l'instruction secondaire. Mais une fois ces notions sérieusement constatées à l'examen d'immatriculation, il ne convient plus de les demander au delà.
Ceci ne s'applique point à la médecine , où des connaissances scientifiques , assez développées , sont indispensables. L'ordonnance de 1815 a très-bien établi qu'il faut être candidat es sciences mathématiques et physiques pour se présenter à la candidature en méde-