SEPTEMBRE
La Haye , le siège du gouvernement hollandais , est one grande et belle ville , d*à peu près î)0,000 âmes. On peut la considérer comme divisée en deux parties^ J'unesurtout consacrée au commerce , Tautre à la cour, à la diplomatie et aux affaires publiques. Tout ce quartier est fort agréable : belles rues, grandes places, plantées de superbes arbres; mais nul monument remarquable. Ni le vieux ni le nouveau Palais - Royal , ni l'hôtel de ville , ni même la grande église avec le tombeau de Tamiral Jacques de Wassenaer , ne peuvent arrêter un moment les regards d'un voyageur qui arrive d'Anvers.
Nous avons fait la visite obligée à Scheveningen , village de pécheurs sur le bord de la mer, à une petite
lieue de la Haye. Ici toutes les douceurs de la civilisation; là, les orages de FOcéan : une demi -heure suffit pour se donner le plaisir de ce contraste. La propreté de ce village de pêcheurs est célèbre ; c'est le modèle du village hollandais sur les bords de la mer. A c6té , sur le chemin de Lsyde , est un bois de haute futaie , de trois quarts de lieue de long sur un quart de lieue de large. Ni les Champs-Elysées de Paris, ni le Thiergarten de Berlin , ni le Jardin Anglais de Munich , ne peuvent donner une idée de cette admirable promenade , qui présente tous les sites , tous les aspects. Du c6té de la ville , c'est un parc , peuplé d'animaux de toute espèce ; près du chemin , des allées régulières d'arbres gigantesques ; plus loin c'est comme une forêt primitive, profonde et touffue, où l'on se croirait à cent lieues du monde; puis, tout à coup, une échappée de vue vous découvre dans le ciel la flèche qui surmonte la grande église de la Haye, ou, à travers les dunes , quelques barques sillonnant les flots. A l'extrémité du bois est un grand pavillon , dont l'immense salon est couvert de peintures allégoriques, relatives à l'histoire du prince Frédéric-Henri, pacificateur des Provinces-Unies , mort en 1647.
Ces peintures me ramènent à la Haye, au Musée Royal , la plus considérable collection de tableaux qu'il y ait dans les Pays-Bas, avec celle du Musée d'Amsterdam. La galerie de la Haye est très -riche, même en tableaux étrangers. J'aurais bien voulu pouvoir transporter à celle de Paris trois charmants tableaux français de notre école vraiment nationale du dix-septième siècle: un Poussin, un Claude Lorrain, un
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Bonrgoignon. J*ai ru là d'excellents éehaotDlons de toutes les écoles de Fltalie, et pour Técole espagnole plusieurs Yélasquezet deux beaux Murillo, dont l'un est une Madone qui ne le cède guère à celles de Raphaël, ayec un tout antre caractère. La Madone espagnole n'a pas le charme de la Madone italienne, ce mélange de dignité et de réserve qui peint à la fois et la Vierge et la mère ; mais elle respire une grandeur et une majesté qui ne permettent d'y attacher aucune autre pensée que celle de la mère du Sauveur du monde. L'école allemande est ici représentée par plusieurs Durer et plusieurs Holbein , qui sont tous des portraits historiques doublement précieux. Il était naturel de retrouver à la Haye plusieurs chefs-d'œuvre de l'école flamande, entre autres, quatre Rubens, dont deux sont les portraits de Catherine Printes , la première femme du grand artiste , et d'Hélène Forman , sa seconde femme, avec cinq tableaux de Yan Dyck , dont l'an représente toute la famille Huygens* Mais ce que je cherchais et ce que j'ai le plus examiné à la Haye et à Amsterdam , ce sont les tableaux de l'école hollandaise proprement dite ; c'est là qu'il faut venir étudier cette école. Si Anvers m'avait fait connaître Rubens , c'est à la Haye et à Amsterdam que j'ai appris à connaître Rembrandt.
En Hollande , point d'idéal en quoi que ce soit. S'il n'y avait pas une apparence de fatuité à s'exprimer ainsi, je dirais qu'en Hollande, l'art, comme la philosophie , comme la littérature , comme les mœurs , comme la politique, a quelque chose de prosaïque et de bourgeois : tout y est dirigé vers la pratique et vers
Tatile. La religion dominante est le calvinisme , qui substitue aux grandes spéculations religieuses une foi étroite et sévère, le gouvernement intérieur de Tâme et la règle des mœurs. £n politique , le gouvernement fait sans bruit les affaires du pays. Les savants forment une classe à part qui travaille en silence, moitié par amour de la science, moitié par position. Ils écrivent en latin, c'est-à-dire pour un public très-borné, ou bien en hollandais , langue presque aussi inconnue de TEurope que l'arabe et le persan. Comme la Hollande songe peu à TEurope, de même chaque ville de la Hollande songe peu à la Haye. Le roi est profondément respecté; la royauté n'a point d'ennemis; mais la forme monarchique se fait peu sentir, et souS cette forme subsiste tout entier le vieil esprit de la républi* que batave, le fédéralisme des Provinces -Unies, et le génie municipal. Enfin, par une conséquence du même caractère , dans chaque ville , chacun vit dans son intérieur, et l'esprit de famille est porté encore plus loin qu'en Allemagne. Le Hollandais est une créature sage et bien réglée ; il ne cherche point à briller; en tout il s'attache au vrai et au solide. Il a plus de probité que de générosité , plus de bon sens que d'esprit et d'imagination, plus de constance que d'enthousiasme. Cest un bon peuple plutôt qu'un grand peuple. Son tempérament est un certain flegme qui, dans les individus d'élite , s'élève jusqu'à une fermeté calme mais inébranlable, capable des plus longues et des plus difficiles entreprises. Le représentant le plus fidèle du peuple hollandais, comme son héros le plus illustre, est Guillaume le Taciturne. La maison de Nassau, avec
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ses défauts et ses qualités bien connues, est la Hollande même. Appliquez tout ceci à Tart , et vous aurez , au lieu de Tidéal de Técole italienne , ce qu'on pourrait appeler le réalisme de Técole flamande et surtout de l'école hollandaise ; car Rubens , arec la richesse et le faste de son imagin^ion, à moitié belge , à moitié espagnole , est Tartiste le moins hollandais. L'art , en Hollande, est bourgeois et calviniste, comme en Italie il est aristocratique et sacerdotal. Le pathétique et le charme lui manquent , mais il a de la vérité et du naturel. Il réfléchit la réalité telle qu'elle est , avec une fidélité un peu minutieuse , mais qui a son mérite et un attrait particulier pour ceux qui aiment la nature et qui savent la goûter dans ses scènes les plus modestes et dans ses moindres détails , comme dans ses effets les plus grands.
Le représentant le plus élevé de cette école est Rembrandt : il n'a pas peint seulement la nature extérieure; il a peint aussi la nature humaine ; et il faut venir en Hollande, pour se faire une idée de la richesse et de la variété de ses productions. Je ne connaissais guère de lui que des ouvrages de petite dimension , où le génie duelair-obscur a prodigué des effets merveilleux, mais presque entièrement physiques. Mais j'ai vu à la Haye, et plus tard à Amsterdam, des tableaux de grande dimension et d'un genre plus distingué. La Garde de nuit d'Amsterdam ^ , est une scène de nuit où brille le talent ordinaire de Rembrandt avec une élévation particulière. Cest le capitaine d'une compagnie qui
^ Voyez Amsterdam, p. 63. '
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sort de nuit de sa maison, escorté par ses oflSciers, pour aller au tir. Il est impossible de voir des mines plus guerrières, avec plus de simplicité, ^ensemble est plein de mouvement et même de chaleur , et les principales figures ont toute la noblesse bourgeoise possible. La Leçon 4'anatomie, qui est au Musée de la Haye ^ , est un tableau moins grand , mais peut-être d'un effet plus profond. Il a été gravé plusieurs fois. L'homme mort sur lequel le savant professeur Tulp disserte, est bien mort; on le voit , on n'en peut douter , quoiqu'il n*y ait pas la moindre charge. Tulp fait ses démonstrations , le scalpel à la main , devant plusieurs élèves ou professeurs, formant un demi -cercle. Il y a sur tous ces visages une plénitude de vie qui contraste avec le cadavre immobile et inanimé étendu sur le marbre. Leur savante curiosité est diversement peinte dans la variété de leur attitude , et Tulp est là , à côté de ce cadavre , tout aussi à son aise que s'il était à table avec ses amis. Ce flegme scientifique est admirablement rendu.
Après Rembrandt vient son école, BoP, Ëeckhout^ Van der Helst * ; puis toute l'école des paysagistes et des peintres de chevalet ; des Gérard Dow ^ , des Metzu ^,
i No 385.
2 Nos 18, 19. Portraits de Tamiral Ray ter et de sou fils.
5 No 55.
* No 82. Le portrait de Potter.
6 Nos 42, 43. Une femme devant un enfant au berceau , devant une fenêtre ouverte. Une femme avec une lampe à la fenêtre.
« No» 121, 122, 125.
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des Mîeris ^ , des Ostade ^ , des Potter , parmi lesquels le fameux tableau que nous avons eu longtemps au Musée de Paris ^ , des Berghem * , et des Ruysdaal ^ , où le naturel est joint à une sensibilité exquise ; enfin, un grand nombre de Wouwerman ^ , pleins de chaleur et de finesse; sans parler de beaucoup d'autres ouvrages de pinceaux moins célèbres , qui appartiennent à toutes les époques et à toutes les nuances de Técole hollandaise.
Eu fait d'arts , il faut voir aussi à la Haye , après le Musée Royal, la galerie de tableaux du ministre des affaires étrangères , M. le baron Yerstolk , et surtout sa collection de gravures , une des plus riches qu'il y ait en Europe, non-seulement chez aucun particulier, mais dans les dépôts publics.
J'ai vu aussi dans Tatelier d'un peintre de la ville plusieurs morceaux de vieille sculpture en bois , assez précieux , et que j'aurais bien voulu acheter et ramener à Paris.
Mais il est temps d'arriver à l'objet de mon voyage et de m'occuper de l'organisation générale de l'instruction publique en Hollande ; car c'était là ce que je
ï Le père et le fils. Nos 125, 126, 127, 128. Entre autres, le tableau du jeune garçon placé près d*une fenêtre, et faisant des bulles de savon. Souvent gravé.
«Nos 155, 156.
» No 170.
* No 13. Un paysage d'Italie. 14, 15, 259.
fi Nos 190. Chute d*eau. 191. Côte de mer. 192. Paysage auprès d'Harlem.
S No 249. La grande bataille. 250 ~- 257.
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m*étais proposé de faire à la Haye. Je comptais troaver au siège même du gouvernement les documents qui pouvaient me manquer encore , et surtout les lumières nécessaires pour les bien apprécier. Je comptais particulièrement sur Tobligeance du ministre de Tintérieur, M. le baron van Doom, qui m'avait déjà fait parvenir toutes les pièces que je lui avais demandées. Mais, , malheureusement , le roi n'était pas à la Haye : M. le ministre de Tintérieur était en Allemagne; et, dès mon entrée en Hollande, j'aurais été fort désappointé dans mes projets et dans mes espérances , si M. le baron Mortier, mon collègue à la chambre des Pairs, et ministre de France à la Haye, ne fût venu à mon secours en me procurant la connaissance de l'homme de toute la Hollande qui pouvait m'étre le plus utile, et avec lequel je désirais le plus m'entretenir et de l'instruction publique et de toutes choses : je veux parler de M. le baron Faick.
Ce nom est un des plus respectés qu'il y ait aujourd'hui en Hollande , et il n'est pas inconnu en Europe. M. Falck est, par-dessus tout, un esprit politique, et il a été pendant plusieurs années à la tête de l'instruction publique ; je ne pouvais donc mieux m'adresser pour bien connaître les principes généraux qui pr,ésident à l'instruction publique en Hollande. Quant aux détails et à l'exécution , je voulais voir et juger par moi-même; mais pour l'ensemble et la législation, j'avais besoin d'un guide : je le trouvai dans M. Falck. Mais l'éducation touche à tout ; et même , en ne parlant avec M. Falck que d'écoles primaires, de gymnases et d'universités , il ne m'a pas été bien difficile de dis-
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cerner le caractère de son esprit et sa direction politique. Je sais quelle réserve m*est ici imposée à tous égards , et je ne crois pas y manquer en exprimant hautement la profonde estime que M. Falck m'a inspirée. Il est, à mes yeux, du très -petit nombre de véritables hommes d'Élat qu'il y ait aujourd'hui en Europe, et il ne serait déplacé à la tête des affaires d'aucun pays. C'est l'homme qui a le plus servi le roi à son retour en Hollande. Il a été d'abord secrétaire d'État , puis ministre de l'instruction publique, ensuite ambassadeur à Londres. II occupait ce poste à la révolution de 1850; il l'a quitté depuis quelques années , à la fin de la conférence , et il vit maintenant à la Haye , en qualité de ministre d'État très -considéré, mais non employé. M. Falck est profondément Hollandais; il possède les qualités de sa nation à un degré éminent. Celles que je lui ai d'abord reconnues, sont la rectitude et la fermeté du jugement, plus de force que de souplesse , avec un grand gouvernement de soi-même. Il appartient visiblement à la vieille école de Jean deWitt, et il est surtout attaché à l'honneur et aux intérêts permanents de son pays. 11 n'aime pas, il ne peut pas aimer la révolution de juillet et la France nouvelle, mais fl a l'esprit trop libre et le sens trop ferme pour ne pas reconnaître ce qui est possible et ce qui ne l'est plus. En politique, il m'a paru libéral à la façon de Niebuhr et de Savigny, à la fois patriote et aristocrate dans le sens élevé de ces deux mots ; en philosophie , il est de récole d'Hemsterhuis et de Wyttenbach ; en religion , antiméthodiste. Pour l'instruction publique , ses principes sont tout à fait ceux de la législation existante.
Il est partisan des écoles normales primaires ; et , dans rinstruction supérieure, c'est un ami décidé des vieilles études classiques. Mais je m'aperçois que , sans le vouloir, je me laisse aller au plaisir de tracer ici un portrait qui pourrait bien déplaire à la gravité de M. Falck ; je le supplie d'excuser cette indiscrétion en faveur des sentiments qui me l'inspirent.
Pendant que M. Falck avait la bonté de me donner toutes les explications que je lui demandais sur l'instruction publique, ma bonne étoile ramenait à la Haye M. le ministre de Tintérieur, précisément au moment où je ne pouvais plus me passer de plusieurs documents officiels. M. le ministre de l'intérieur voulut bien me les communiquer de la meilleure grâce du monde. Il fit plus ; il mit, pour ainsi dire, à ma disposition, l'homme de son ministère qui dirige à peu près l'instruction publique , M. Wynbeek , inspecteur des écoles latines et des écoles primaires. J'usai et abusai de l'obligeance de cet estimable fonctionnaire ; je lui pris toutes ses journées , soit en conférences sur les documents qu'il me transmettait , soit en visites à l'école latine et aux écoles primaires de la ville. M. Wynbeek a été pour moi à la Haye ce que M. Schulze avait été à Berlin ^ Je le prie , ainsi que M. le ministre de l'intérieur, de recevoir ici l'expression publique de ma reconnaissance.
Ce serait le lieu de rendre compte de l'organisation
* Rapport sur l'état de Tinstruction publique dans quelques pays de rAllemag^ne, et particulièrement en Prusse , 2« édition, 1833, page 146.
générale de llnstraction en Hollande, et de la législa* tion existante , d*après les pièces officielles qui m*ont été communiquées à la Haye , et d'après les conversations de M. Falck et de M. Wynbeek. Mais le temps que j^ai destiné à ce rapide voyage est trop court pour que je l'abrège encore en lui enlevant les jours qu'exigerait un pareil travail, c'est-à-dire l'exposition et Fexamen de la loi de 1806 sur l'instruction primaire, et de l'ordonnance de 181 1$ sur l'instruction supérieure. Je ne suis pas venu en Hollande pour y composer un semblable mémoire , mais pour en recueillir les matériaux. Je connais maintenant le système de l'instruction publique en ce pays ; je l'emporte avec moi ; plus tard, à mon retour en France , j'en exposerai à loisir et j'en discuterai les principes. Pour le moment , je ne veux , je ne puis montrer ce système qu'en action et dans les résultats qu'il a produits. Ce sont ces résultats que je veux étudier avec tout le soin dont je suis capable , et décrire, à la hâte, il est vrai, mais avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Ici , comme en Allemagne , j'emploierai tout le jour à voir de mon mieux ; le soir, j'écrirai ce que j'aurai vu. Des faits nouveaux et importants , observés avec un peu d'intelligence , et reproduits avec une fidélité sévère , voilà tout ce que je puis demander moi-même à ces notes de voyage que je dérobe chaque soir avec effort à la fatigue de la journée.
Quoique ma principale occupation au siège du gouverjiement hollandais ait été l'étude du système général de rinstruction publique en Hollande, je ne pouvais entièrement négliger les écoles particulières
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qui se présentaient à moi à la Haye. Une ville de 50,000 âmes possède nécessairement tous les degrés d'instruction primaire, et elle ne peut manquer d'avoir un collège. J'ai visité, sous la conduite de M. Wynbeek, le collège de la Haye , qu'on appelle ici école latine , et plusieurs écoles primaires de degrés différents. Je n'approfondis rien: c'est un premier coup d'œil que je jette sur les écoles de Hollande , pour en reconnaître, en quelque sorte , la physionomie extérieure. Dans le cours de ce voyage , j'étudierai en détail chaque genre d'établissement dans ses modèles les plus estimés. Ainsi, pour l'instruction supérieure, je verrai les deux grandes universités d'Utrecht et de Leyde. Pour l'instruction secondaire, je me propose d'examiner surtout l'école latine d'Utrecht, puisque cette école jouit d'une haute réputation. Enfin , pour l'instruction primaire, c'est à Harlem qu'il faut aller voir une école normale hollandaise; à Zwolle ou à Rotterdam, des salles d'asile; à Amsterdam, les écoles pour la classe indigente, appelées ici, comme en Allemagne, écoles des pauvres , et à Utrecht encore, l'école primaire supérieure, qu'on appelle en Hollande école française , parce que le trait distinctif de cette école et la marque de sa supériorité est l'enseignement de la langue française. Entre l'école primaire gratuite, dite école des pauvres {Armenschool), et l'école primaire supérieure, dite école française {Fransche-school)^ où l'on paye souvent trèscher, est l'école intermédiaire (Tusschen-school), ainsi nommée parce qu'elle n'est ni absolument gratuite ni fort coûteuse, qu'on y paye très-peu, mais enfin qu'on y paye quelque chose. On m'assure que je rencontrerai
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dans toutes les villes un peu considérables ces écoles intermédiaires et presque partout dans le même état. A la Haye, j*ai parcouru rapidement ces différents degrés de l'instruction primaire.
Il y a à la Haye quatre écoles de pauvres. M. Wynbeek m^a mené dans la plus considérable de ces écoles. Elle était composée de mille enfants de 5 à là ans. Ils ne payent absolument rien : on n'exige d'eux que d'arriver bien peignés, bien lavés et avec toute la propreté qne permet l'indigence. Ces mille enfants sont réunis dans deux grandes salles , 700 au rez-de-chaussée , et 500 au premier étage , sans distinction de sexe ni de religion. C'est là une de ces écoles qui firent une si grande impression à M. Cuvier à son entrée en Hollande ^ .
Pour me bien prouver qu'on reçoit à cette école , comme dans toutes les autres , des enfants de tous les cultes, M. Wynbeek parcourut avec moi plusieurs bancs en demandant à chaque enfant de dire lui-même à haute voix la religion à laquelle il appartenait : le même banc contenait presque des échantillons de toutes les communions chrétiennes , avec leurs nombreuses variétés , des catholiques, des calvinistes , des luthériens , des remontrants , des anabaptistes , ainsi que des juifs entremêlés au hasard avec des chrétiens. Cette école était déjà pour moi l'image anticipée de la Hollande et de la tolérance sans borne qui y règne.
Une autre particularité remarquable est le mélange
1 Kapport de H. Cuvier, page 9.
des deux sexes , non-seulement dans la même salle , mais quelquefois sur les mêmes bancs.
Il y a 11 maîtres pour cette école, un directeur ou premier maître , quelques adjoints ou sous-maltres, et plusieurs aides, parmi lesquels des aides apprentis. Ces aides ont à peu près de 15 à 20 ans ; les sous-mattres sont un peu plus âgés, et le directeur en chef est un homme grave et d'un âge mùr.
Avec ce grand nombre de maîtres , il va sans dire que renseignement n'est pas mutuel , mais simultané. On suit en général la méthode de Pestalozzi.
J'ai assisté à plusieurs exercices des différentes divisions de cette grande école. J'ai surtout été fort satisfait de la inanière dont les enfants de la classe la plus avancée ont exécuté devant moi un chant national qui m'a paru d'un caractère simple et noble , et parfaitement approprié aux écoles du peuple.
Cette école de pauvres est fort bien tenue. Toutefois, sept cents enfants renfermés dans une seule salle, peuvent former un beau spectacle, mais ne composent point une école d'un gouvernement très-facile. Quand une des divisions est en exercice , elle trouble toujours un peu la division voisine. J'aimerais mieux une école qui ne contint pas plus de 500 ou 400 élèves, avec un maître pour chaque centaine d'enfants. J'ai appris avec plaisir que les trois autres écoles de pauvres de la Haye sont moins nombreuses que celle-là.
Les enfants de la classe indigente fréquentent ces quatre écoles jusqu'à l'âge de 12 ou 15 ans. Alors ils quittent l'école pour prendre un métier; mais, au lieu de les perdre de vue, on les engage à venir jusqu'à
l*âge de 16 ans , assister à une leçon da soir, qai entretient et développe leur instruction. J'ai demandé combien d'enfants, sur ceux qui sortent des écoles de pauvres, fréquentent les écoles du soir. On m'a répondu qu'il y en a à peu près un tiers. Ce sont là nos écoles d'adultes , raisonnablement organisées.
Outre ces quatre écoles gratuites , entretenues aux frais de la ville , il y a quelques autres écoles publiques et payantes , appelées écoles intermédiaires. J'ai vu aussi une école de ce genre : c'est à peu près le même enseignement que celui de l'école des pauvres, mais les deux sexes sont séparés ; et il y a des salles différentes pour les différentes classes.
Enfin , j'ai visité une école française, où l'enseignement est plus élevé et où l'on paye assez cher pour que la bonne bourgeoisie puisse y envoyer ses enfants sans aucune crainte de les voir confondus avec les enfants de la classe indigente. Ici, non -seulement les deux sexes sont divisés et les différentes classes placées dans différentes chambres, mais chaque salle et chaque classe contient un petit nombre d'élèves , ce qui permet au maître d'introduire un peu d'enseignement individuel dans l'enseignement simultané. La division supérieure de cette école est réellement très-avancée , et j'ai assisté à une leçon de français et d'orthographe , où des enfants de là à 15 ans ont fait preuve devant moi d'une connaissance très-solide de notre langue.
M. Wynbeek , qui est à la fois inspecteur des écoles primaires et des écoles latines , a voulu me faire aussi les honneurs de l'école latine de la Haye , qui passe pour excellente. Sur le frontispice est cette inscrip-