SB LA BATS
tion : PalladisHaganœsedes, Y oici les résultats de ma visite à cette école , et de mon entretien avec le directeur, M. Gaspard Bax.
!<" Cette école latine est composée de six classes ; et chacune de ces classes renferme elle-même plusieurs divisions.
â<* ici , comme en Allemagne , pour passer d'une division dans une autre de chaque classe, et surtout pour passer d'une classe dans une autre, il y a un examen.
S*" Le cours total de Técole latine est nécessairement de cinq années , et ordinairement on reste deux ans dans la prima, laquelle a trois divisions ou ordres , ordines. Les trois ordines de la prima présentent un ca-* ractère bien remarquable. Comme les élèves de cette classe se destinent presque tous à l'université , on les prépare peu à peu, non-seulement aux études, mais encore à la vie de l'université. On les accoutume à travailler par eux-mêmes , comme ils doivent le faire un jour. Dans la première division , ils choisissent euxmêmes, avec l'approbation du directeur, les sujets de leurs compositions , et ils ne soumettent au professeur qu'une seule composition par semaine; dans la seconde division , une composition par mois ; enfin dans la troisième division , ce sont plutôt des directions générales, des conseils et des conférences, que de véritables cours. Cette méthode a pour effet de développer fortement chaque individu selon sa nature et sa vocation , et de favoriser l'enseignement individuel , auquel on doit tendre le plus possible ; car le but dernier qu'il faut se proposer est de faire des individus distingués , et on ne peut atteindre ce but que par une culture individuelle.
Mais tout ceci est à une condition , à savoir, le petit nombre des élèves. Aussi toute Técole latine de la Haye ne se compose-t-elle que de soixante élèves. Il y en a un assez grand nombre dans la sixième, une vingtaine, par exemple. Ils vont en diminuant de classe en classe, et il n*y en a que dix dans la première. Un habile professeur n'ayant pendant tin an et quelquefois pendant deux ans que dix élèves, peut développer puissamment leur esprit. Les instructions ne sont pas semées au hasard ; elles se rapportent sans cesse aux besoins individuels des élèves. L'instruction est ainsi une éducation, et la classe la plus élevée du gymnase est une transition admirable aux études et à la vie de l'université. Pour moi , je souhaite ardemment que la condition inflexible d'examens rigoureux pour passer d'une classe à l'autre , diminue successivement le nombre beaucoup trop grand des élèves dans nos collèges,- et n'y maintienne que ceux qui se montrent capables de recruter on jour les professions libérales de la société ; et qu'alors, dans les classes supérieures, on puisse exercer une action forte et sérieuse sur l'esprit et sur l'âme de ces jeunes gens , et y graver , par une instruction mêlée d'éducation, des principes de morale, de goût et de philosophie , qui les suivent dans les diverses facultés spéciales qu'ils fréquenteront au sortir du collège.
4<' Il y a à la tête de cette école latine un recteur et un co-recteur, notre proviseur et notre censeur. Ils sont tous deux professeurs , et le recteur est le professeur de la prima. Cela est partout ainsi dans toutes les écoles latines , et il est nécessaire qu'il en soit ainsi ^ dès que la prima est constituée comme je l'ai dit. Il î. 3
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est évident que le professeur de la prima, s'il est tel qu'il doit être , est rame de tout rétablissement.
5<* Mais , pour que le directeur d'un collège soit en même temps professeur , il faut que le collège soit un externat. En eflFet, Técole latine de la Haye est un externat , et toutes les écoles latines du royaume ne contiennent que des externes. Si le gymnase était un pensionnat , le soin de ce pensionnat absorberait nécessairement toute la vigilance et tout le temps du directeur; et ici on ne trouverait aucun savant qui voulût se charger d'une telle fonction.
6® Chacune des classes de l'école latine est gouvernée par un seul et même professeur , qui enseigne à la fois le grec , le latin , etc. ; en un mot , toutes les parties dont se compose le programme de cette classe, excepté les mathématiques. C'est à peu près le système de nos collèges français ; et M. l'inspecteur Wynbeek et M. le recteur Bax tiennent pour ce système et le préfèrent à celui de Tècole latine d'Utrecht, où, dit- on, chaque classe a plusieurs maîtres, chargés chacun de tel ou tel enseignement spécial , et le suivant de classe en classe depuis la sixième jusqu'à la première.
7® La constitution financière de l'école latine de la Haye est très- simple. D'abord le bâtiment de l'école n'est qu'âne assez grande maison où il y a sept à huit chambres dans lesquelles sont distribués une soixantaine d'élèves. Il y a de plus un logement convenable pour le recteur. Le co-recteur n'est pas logé dans l'établissement. Chaque professeur a un traitement fixe, et de plus la rétribution des élèves. Aussi les dépenses annuelles de l'établissement ne sont-elles pas très-con-
sidérables , et elles sont toates payées par la ville. C*est aassi la ville qui nomme les professeurs. L^école latine de la Haye est donc entièrement municipale ; et toutes les écoles latines de Hollande ont ce même régime. H n'y en a qu'un très-petit nombre qui reçoivent quelques subsides du gouvernement , et Ton m*a assuré qu'il n'y en a pas une seule qui soit entièrement défrayée par rétat.
Encore un trait caractéristique de l'esprit de la Hol* lande. L'école latine de la Haye n'a aucun règlement d'études ou de discipline , imprimé ni manuscrit. Elle se conforme au règlement général de toutes les écoles latines , mais elle admet un bon nombre de particularités que le recteur y établit peu à peu et sans bruit. Les curateurs désignés par la ville , car il n'y a pas une école latine qui n'ait son collège de curateurs , comme tout collège communal a chez nous son bureau d*administration ; les curateurs , dis-je , prennent connaissance de ces particularités ; et, s'ils les approuvent, ils laissent faire le recteur, qui n'écrit rien , et tout passe ainsi en silence dans les mœurs et sans règlement. L'inspecteur des écoles latines, en faisant sa tournée , s'aperçoit bien que les choses ne vont pas là comme ailleurs ; mais , s'il n'y voit pas d'inconvénient, lui-même laisse tout aller, de sorte que le digne M. Bax n'a pu me communiquer aucun document imprimé ou manuscrit sur l'école latine de la Haye. Il m'a dit seulement le nom des auteurs grecs et latins dont on se sert dans les différentes classes. Le grec y est très-cultivé, puisque dans la prima on explique l'Electre de Sophocle, plusieurs dialogues de Platon assez difficiles, et
3S LA HAYB.
des parties de la République. Ces explications sont la base du pea d'enseignement philosophique qui se donne dans cette école.
Je ne m'arrêterai pas davantage à Técole latine de la Haye , pas plus que je ne Tai fait aux écoles primaires de cette ville. J'ai voulu seulement, dans cette première visite, m'orienter et pour ainsi dire m'acclimater dans les écoles de Hollande. Il s'agit maintenant de commencer l'étude approfondie d'un certain nombre de grands établissements d'instruction publique , qui se trouvent sur divers points du pays. J'irai d'abord à Harlem , pour y voir une école normale primaire hollandaise , et en même temps quelques écoles de village dans la Nord-Hollande. Mais , en m'engageant dans les provinces septentrionales du royaume, je regrettais bien vivemerft mon excellent guide de la Haye , M. Wynbeek , et je redoutais un peu de me trouver seul au fond de la Nord-Hollande avec des maîtres d'école ignorant le français , moi de mon côté ne sachant pas^ un mot de leur langue , ne pouvant ni interroger les élèves , ni m'entretenir avec les maîtres , et réduit à ne voir guère que l'extérieur des choses, qui est plus trompeur encore dans l'instruction publique que dans tout le reâte. La générosité du gouvernement du roi vint gracieusement dissiper mes craintes : la veille de mon départ, M. Wynbeek, en m'exprimant ses regrets de ne pouvoir m'accompagner lui-même , m'apprit que M. le ministre de l'intérieur avait fait venir de Gouda l'inspecteur de ce district , ancien directeur de l'école normale de Lierre, M. Schreuder, homme très-instruit, sachant fort bien le français , et profondément versé
dans toutes les parties de rinstraction primaire , avec la commission spéciale de m'accompagner partout , et de me servir de guide , d'introducteur et d'interprète. Un pareil fait n'a pas besoin de commentaire : je me borne à le publier.
Le lundi matin, 19 septembre, j'étais avec M. Schreuder sur la route de Harlem , où nous arrivâmes le soir même, après avoir passé une demi -journée à Leyde.
J^arinn*
Entretien avec M. Van den Ende, ancien inspecteur général de rinstruction primaire : De Tinstruction morale et religieuse ; des inspecteurs ; de renseignement mutuel. M. Prînsen, directeur de Técole normale de Harlem. Organisation de cette école : Études ; discipline. — De Pexternat dans les écoles normales. — Exercices pratiques des élèyes de Técole normale dans les diverses écoles de la ville. — Une école de village près d^Harlem. Chant national.
(19— âO SEPTEMBRE.)
Harlem était un des points principaux de mon voyage. Cétait là que je devais rencontrer et que je voulais étudier la seule institution qui n'existât pas en Hollande du temps de M. Cuvier, une école normale primaire.
En 1811 ^ on formait les maîtres d'école comme on
< Rapport de M, Cuvier j pag. 52. a On n'a eu besoin ni de classes normales ni de séminaires pour les maîtres d*é-
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les forme encore aujourd'hui la plupart du temps : dans toutes les écoles publiques on prend les enfants qui montrent le plus d'intelligence; on les garde un peu plus longtemps , et on les dresse à leur futur métier par des leçons spéciales qu'on leur donne le soir , et surtout en les employant successivement dans les différentes classes, d'abord en qualité d'aides avec une très-faible indemnité , puis comme adjoints avec un traitement meilleur, jusqu'à ce qu'enfin ils soient mis à la tète d'une école , lorsqu'il se présente une vacance quelque part. Cette manière de former des instituteurs primaires subsiste aujourd'hui , et elle est excellente. On fait ainsi des maîtres d'école à fort bon marché , et de plus on ne fait que des maîtres d'école : on ne leur apprend que ce qui est nécessaire à leur profession. Nourris dans l'école , ils en contractent toutes les habitudes, ils s'y attachent et ils y passent volontiers toute leur vie ; tandis que des maîtres façonnés à plus grands frais , avec une culture plus recherchée , courent le risque d'être beaucoup moins propres au pénible métier qui les attend , ne s'y résignent que comme à un pis-aller et le quittent le plus tôt possible. Voilà le bon côté de cette méthode , mais elle a aussi de grands inconvénients. Elle est très-favorable à l'esprit de routine. Tous les défauts qui sont une fois dans une école s'y enracinent, l'écolier adoptant d'abord aveu-
cole, ni d^aucun des moyens dispendieux et compliqués imaginés en d*autres pays. C'est dans les écoles primaires elles-mêmes que se forment les maîtres d^écoles primaires et sans exiger aucuns frais particuliers, etc. • \
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glément et reproduisant ensuite avec une fidélité intéressée la manière du mattre duquel ii attend tout ; et de longues générations d'instituteurs peuvent se succéder sans que Tinstruction primaire fasse un seul pas. Il importe sans doute de ne point élever les jeunes maîtres pour une autre profession que la leur ; mais il ne faut pas non plus les tenir comme à la glèbe de Fécole : il faut cultiver leur esprit et leur âme , en faire des hommes éclairés , capables à leur tour d'éclairer les autres , ayant même des manières , sinon élégantes, au moins convenables, donnant ainsi à rétablissement qu'ils dirigent plus de relief, plus d'autorité à leur enseignement, et entretenant de meilleurs rapports avec les magistrats et avec les familles. De là l'idée des écoles normales primaires. Cette idée a partout prévalu en Allemagne ; mais elle n'avait pas encore pénétré en Hollande , quand M. Cuvier fit son inspection et son rapport. Aussi , sans repousser absolument les écoles normales primaires , mon illustre collègue au Conseil royal de l'instruction publique les redoutait un peu, et il leur préférait l'ancienne et judicieuse pratique dont il avait vu de si bons résultats en 1811. Pour moi , partisan déclaré des Sémtnarien fur SchuUehrer de l'Allemagne S j'attachais la plus grande importance aux écoles normales primaires , et j'y plaçais tout l'avenir de l'éducation du peuple. Aujourd'hui l'autorité de la Hollande manquerait à M. Cuvier; car la Hollande , en perfectionnant son système d'instruction pri-
« Rapport, p. 55-56 , p. 200-205, p. 277-296, p. 295
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maire , en est elle-même arrivée aux écoles normales pour la meilleure formation des maîtres d'école. Le gouvernement s'est bien gardé de renoncer à Tancienne méthode, qui est très-bonne; mais, en la maintenant , il a établi en 1816 deux écoles normales primaires , Tune à Harlem pour la partie septentrionale du royaume , Tautre à Lierre , près d'Anvers , pour la Belgique. Il s'en était déjà formé une autre à Groningue , sous les auspices de la Société du bien public ^ ; et de l'aveu de tout le monde , ces institutions nouvelles ont fait un bien infini. Tous les inspecteurs que j'ai rencontrés dans mon voyage m'ont assuré qu'elles avaient , pour ainsi dire , métamorphosé l'état d'instituteur, et donné aux jeunes maîtres un sentiment de la dignité de leur profession , et par là un ton et des manières qui avaient singulièrement profité aux écoles. Ainsi les faits , même en Hollande, sont de mon côté, et le problème est pour moi résolu. Il l'est, mais à deux conditions sans lesquelles je conviens que l'école normale est plus dangereuse qu'utile : 1<> tout en donnant aux jeunes maîtres une culture plus élevée que celle qu'ils auraient pu rencontrer dans aucune école primaire, récole normale doit garder un caractère d'austérité qui prépare les jeunes gens à leurs laborieuses fonctions ; 2° l'école normale doit être essentiellement pratique et mettre continuellement des exercices à côté de l'enseignement théorique. Je mettais donc un grand prix à voir une école nor-
1 Voyez sur cette Société , qui a été si utile à Tinstruction primaire, le rapport de M. Guvier, p. 12.
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maie primaire en Hollande et à juger par moi-même de Fart avec lequel on y aurait conservé tous les ayantages de Tancienne méthode en y ajoutant ceux de la nouvelle. Or, des deux écoles normales primaires de Hollande , celle de Groningue est placée à Textrémitë du royaume par delà le Zuiderzée ; elle n'est pas entièrement établie aux frais de FÉtat , quoique TÉtat intervienne dans ses dépenses , tandis que celle de Harlem , au centre même de la Hollande . est tout à fait une école normale primaire du gouvernement. Fondée en 1816, elle a eu tout le temps de s'affermir, de se développer et de montrer tout ce qu'elle peut être. La réputation de son directeur est très-grande dans tout le pays. M. Prinsen , que M. Cuvier avait déjà distingué comme un excellent instituteur à Harlem et comme auteur d'estimables ouvrages de pédagogie ^, passe pour le modèle des maîtres d'école. ËnOn cette école normale primaire a été formée par les soins et sous les yeux de M. Van den Ende , inspecteur général de l'instruction primaire , l'homme qui , avec le célèbre orientaliste M. Van der Palm ^ , est considéré en Hollande comme un des pères de l'éducation du peuple. Je me souvenais encercle la haute estime que M. Cuvier m'avait témoignée pour M. Van den Ende , et je désirais vivement m'entretenir avec un homme aussi expérimenté sur les matières qui nous sont chcijres à l'un et à l'autre. H ne faut pas oublier non plus que le guide qui m'avait été donné par le gouvernement hol-
* Rapport de M. Cuvier, p. 46, 2/Wd., pag. 16et20.
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landais, M. Schreuder, inspecteur du district de Gouda, avait été lui-même, avant 1850, directeur de l'école normale de Lierre. Je ne manquais donc d'aucun moyen de bien connaître et d'apprécier l'école normale primaire de Harlem.
M. Yan den Ende vit encore, mais l'âge et un grand malheur domestique qui lui est récemment arrivé, l'ont fort abattu. Il a, depuis 1855, donné sa démission de ses fonctions , et il se préparait même à quitter Harlem et à se retirer à la campagne pour y finir sa vie. Je n'ai pu le voir et l'entretenir qu'une seule fois; mais notre conversation a été longue et pleine d'abandon. Il m'a paru touché de mon voyage en Hollande et m'a dit avec une émotion visible : « Monsieur , je vous reçois dans la même chambre où , il y a vingt-cinq ans, j'ai reçu M. Cuvier. » Il a appris de moi , avec une grande satisfaction , que M. Cuvier laisse un frère qui, lui-même, aime beaucoup et entend parfaitement l'instruction du peuple. Il connaissait mes travaux sur les écoles de Prusse , ainsi que les efforts que nous faisons en France depuis 1850. Si j'avais eu besoin d'encouragements pour persévérer, en dépit de tous les obstacles, dans la carrière où je suis entré , je les aurais trouvés dans les paroles du vénérable vieillard. Il m'a rappelé, par sa haute taille, l'air de son visage, le son de sa voix et ses manières affectueuses , un autre vieillard , que j'ai aussi beaucoup aimé, M. Jacobî ^
1 Voyez , sur ce vertueux et ingénieux philosophe , le Manuel de Fhiatoire de la philosophie j de Tennemann, trad. franc., t. II, pag. 350.
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De peur de trop fatiguer M. Van den £nd^, je n'ai voulu consulter son expérience que sur un très-petit nombre de questions , parmi lesquelles je mets au premier rang celle de renseignement religieux dans les écoles primaires. M. Van den Ende m'a dit : <t Oui. les écoles primaires doivent être en général chrétiennes , mais ni protestantes ni catholiques. Elles ne doivent appartenir à aucun culte en particulier et n'enseigner aucun dogme positif. — Il ne faut pas tendre à la division des écoles, et avoir des écoles spéciales catholiques et des écoles spéciales protestantes. Une école du peuple est pour le peuple tout entier. — Oui , vous avez raison , Técole doit être chrétienne , il le faut absolument. La tolérance n'est nullement de l'indifTérence. Il faut développer l'esprit moral et l'esprit religieux des enfants par un bon choix d'histoires bibliques ; surtout il faut que cet enseignement soit mêlé à tous les autres enseignements ; qu'il se retrouve dans la lecture, dans l'écriture, dans l'histoire, etc.
— Je n'approuverais point que le mattre d'école fit aucun enseignement religieux dogmatique : un pareil enseignement appartient aux ministres des différents cultes, en dehors de l'école. J'admets qu'en certains cas le maître d'école fasse réciter le catéchisme , et encore cela n'est pas sans inconvénients.
— Vous êtes en Hollande où l'esprit chrétien est très-répandu, et où en même temps une grande tolérance existe depuis des siècles entre les diverses communions. »
Ainsi , sur ce premier point , le principe de H. Van den Ende est de maintenir fortement l'esprit du chris- 1. 4
tianisme dans les écoles, et pourtant de Vy laisser pénétrer aucun enseignement religieux dogmatique. Pour tout dire , il m'a paru même redouter rinteryention officielle du curé ou du pasteur dans Finspection de récole, intervention à laquelle on attache tant de prix en Allemagne , et sur laquelle j*ai moi-même tant insisté ^
Nous avons ensuite parlé de Finspection des écoles et du mode d'inspection, u Oh ! pour cela , m*a-t-il dit, des hommes spéciaux , des hommes spéciaux !» Il a vivement regretté que notre loi de 1835 n'eût pas institué des inspecteurs spéciaux , nommés par le gouvernement , comme en Hollande et en Allemagne , et comme je Tavais demandé dans mon rapport sur Tiiistruction primaire en Prusse ^ ; et je lui fis un grand plaisir en lui apprenant que depuis nous avions comblé cette lacune et que nous possédions maintenant un inspecteur primaire par département. Il a été charmé de cette nouvelle, et il m'a dit : «Prenez garde au choix de vos inspecteurs : ce sont des hommes qu'il faut chercher une lanterne à la main. )) Il semblait heureux de réloge profondément senti que je lui faisais de la belle institution des commissions provinciales d'instruction primaire, commissions qui s'assemblent trois fois l'année au chef-lieu de la province, et sont composées, non d'amateurs et de philanthropes bénévoles, mais de la réunion de tous les inspecteurs de districts de la
1 Rapport, pag. 220—223 ; et mon Rapport à la Chambre des Pairs sur la loi de 1833.
2 Ihid.y pag. 259, et pag. 391.
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profince. Ces inspecteurs sont des fonctionnaires qui tiennent toute l'instruction primaire entre leurs mains ; car ils sont chargés de surveiller les écoles, et, par conséquent , ils sont à même d'y discerner les enfants qui montrent quelque capacité et peuvent devenir aides on être envoyés dans les écoles normales primaires ; ils retrouvent ces jeunes gens à Texamen de capacité dont ils sont eux-mêmes exclusivement chargés ; ils les retrouvent encore dans le concours nécessaire pour obtenir telle place spéciale , concours que préside toujours un inspecteur ; ils les suivent dans les conférences des maîtres d'école que préside également un inspecteur ; enfin ils ne les perdent point de vue pendant tout le cours de leur carrière.
tt Mais, me dit-il, et votre enseignement mutuel, qu^en faites-vous? £spérez-vous qu'avec un pareil enseignement l'instruction primaire puisse former des hommes? car c'est là sa véritable fin. Les diverses connaissances enseignées dans les écoles ne sont que des moyens dont toute la valeur est dans leur rapport â cette fin. Si on veut l'atteindre , il faut renoncer à l'enseignement mutuel, qui peut bien donner unecer" taine instruction, mais jamais l'éducation; et encore one fois , monsieur , l'éducation est la fin de l'instruction. »
X>n peut juger avec quelle satisfaction je recueillais ces paroles de la bouche d'un juge aussi compétent que M. Yan den £nde. « Rien n'est plus évident, lui disais-je ; et pour moi , philosophe et moraliste , je regarde l'enseignement simultané , à défaut de l'enseignement individuel, qui est impossible, comme la
seule méthode qui convienne à l^éducationd^une créature morale ; mais , je dois Tavouer , renseignement mutuel jouit encore, en France , d'une popularité déplorable. — D'où Tient cela, me dit -il, dans une nation aussi spirituelle que la vôtre? — D'une circonstance fatale, dont les suites durent encore. Sous la restauration, le gouvernement tendait à remettre l'instruction primaire entre les mains du clergé. L'opposition se jeta dans l'extrémité contraire. Quelques hommes bien intentionnés, mais superficiels et tout à fait étrangers à l'instruction publique , ayant été par hasard en Angleterre dans des villes de fabrique à demi barbares , où , à défaut de mieux , on est encore trop heureux d'avoir des écoles lancastériennes , prirent pour un chef-d'œuvre ce qui était l'enfance de l'art , et se laissèrent éblouir par le spectacle de classes innombrables gouvernées par un seul mattre , à l'aide de petits moniteurs pris parmi les élèves. Ce gouvernement d'enfants par des enfants ressemblait à une sorte de self-govemement, et paraissait un utile apprentissage de l'esprit démocratique. De plus, l'instruction chrétienne était impossible avec cette méthode , car il n'y a pas de moniteur , eût-il même douze ans , qui puisse enseigner la religion et la morale : on se trouvait donc conduit à réduire à peu près à rien l'instruction religieuse, à moins qu'on ne donne ce nom à la récitation matérielle du catéchisme , comme on peut le faire en Portugal et en Espagne, et cela semblait un triomphe sur le clergé. D'autres personnes voyaient' dans ce mode d'enseignement une grande économie. Et puis , l'œil était charmé de cet ordre matériel el du
mécanisme des exercices. Les enfants s'y mouvaient au geste d*un autre enfant , comme dans une fabrique ks diverses parties d'un métier par Timpulsion d'une simple manivelle. Ce fut cet enseignement tout matériel qu'on opposa aux écoles ecclésiastiques de la restauration. Ainsi, une extrémité précipite dans une autre ; la théocratie et le despotisme poussent à l'esprit de licence. Malheureusement l'enseignement mutuel a survécu aux luttes qui précédèrent 1850. Cependant l'enseignement simultané fait peu à peu des progrès, et les hommes honnêtes et désintéressés finissent par ouvrir les yeux. En Allemagne, je n'ai pas trouvé un seul pédagogue qui fût partisan de ce mode d'enseignement , et il ne s'est encore offert à moi aucune école mutuelle ni à la Haye ni à Leyde. — Mais , me ditil, sachez, monsieur, que vous n'en trouverez pas une seule dans toute la Hollande. » Et se^ tournant vers M. l'inspecteur Schreuder : u N'est-il pas vrai , lui dit-il , qu'il n'y a pas en Hollande une seule école mutuelle ? n L'inspecteur Schreuder l'affirma. — « Et ce n'est pas, reprit M. Van den Ende, que nous ignorions l'enseignement mutuel. Nous l'avons étudié , et c'est parce que nous l'avons étudié que nous le rejetons. La Société du bien public, que vous devez bien connaître par le rapport de M. Cuvier , a mis au concours la quesltion des avantages et des inconvénients de l'enseignement mutuel et de l'enseignement simultané. L'ouvrage qui a remporté le prix, examine dans le plus petit détail la méthode mutuelle et la convainc d'insuffisance sur tous les points où il s'agit d'éducation ^ d'autorité magistrale et de véritables leçons à incul-
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qner à Tenfance. » L'auteur de cet ouvrage est M. Tinspecteur Visser *.
J'aurais bieu désiré adresser d'autres questions à M. Van den Ende , mais le bon vieillard commençait àî se fatiguer , et je ne poussai pas plus loin la conversation. Je regarde M. Yan den Ende comme un des hommes de l'Europe qui ont le plus fait pour l'éducation du peuple, et je me suis séparé de lui avec la crainte de ne plus le revoir, et le vif regret de ne l'avoir pas connu plus tôt.
' Un des meilleurs inspecteurs primaires de la Frise, que M. Guvier avait déjà remarqué (Rapport, p. 23). Il est mort en 1826. Son ouvrage mériterait d^étre traduit. En voici le titre et les principales divisions : Essai sur les objets d'en^ seignemeut nécessaires dans les écoles de pauvres , et sur les meilleures méthodes d^enseignement, avec une comparaison entre ces méthodes et celle de Bell-Lancaster.
PREMIÈRE PARTIE. — Bes objets d^enseignement absolument nécessaires dans les écoles de pauvres.
Ile PARTIE. — Avantages et désavantages d'en enseignement élevé dans les écoles élémentaires.
Ille PARTIE.— Des meilleures méthodes d*en8eignement dans les écoles de pauvres.