‹ De l'instruction publique en HollandeChapitre 31 sur 59 · ET RÉCOMPENSES · texte numérisé non relu

ET RÉCOMPENSES

infliger avec justesse la punition convenable : voilà ce que doit faire tout instituteur. Il n^est pas moins insensé de vouloir tout punir. Bien des choses vous sont désagréables, qui ne méritent cependant pas de punition. Ce sont souvent les suites de Pirréflexion de Page et même les conséquences d*une mauvaise direction. Réfléchissez donc avec calme; et quand vous devez punir, que la peine soit, autant que possible, en rapport immédiat et naturel avec le délit.

Des punûiona qui restent ignorées. La peine n*a besoin d'être connue que de l'instituteur et de l'élève. Il en doit être de même de toute réprimande et exhortation. La sensibilité des enfants est plus délicate et plus active que celle des hommes faits , chez qui les peines l'ont beaucoup dimi> nuée. Pensez à l'impression que faisait jadis sur vous une réprimande publique ou la censure de vos défauts. Cette réprimande et cette censure vous ont-elles corrigés ? Quel doit donc être l'efiet de semblables procédés sur l'âme des enfants? C'est à vous d'en juger. Que toute punition ou réprimande ait donc lieu en secret ; qu'elles restent entre vous et l'élève , et inconnues à tous les autres. Les enfants apprendront ainsi à vous respecter et à vous aimer; ils sentiront que vous ne travaillez que pour leur bonheur , et récompenseront, parleur amour et leur reconnaissance, la bonne conduite que vous aurez tenue à leur égard.

Après vous avoir entretenus de la partie de la discipline relative aux fautes plus ou moins grandes des élèves , il me reste à vous parler de cette autre partie qui concerne le zèle et la bonne conduite et qui embrasse l'emploi des encouragements , des récompenses , des distinctions , des marques d'honneur , d'approbation , etc.

Si Ton se bornait jadis à tout régler par des punitions , on est maintenant tombé dans l'excès contraire en n'employant que des récompenses. Autant on s'attachait trop autrefois à l'usage des moyens de répression , autant l'on donne aujourd'hui trop de prix aux moyens d'cneourage*

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ment. Si Ton errait alors dans remploi des panitions si multipliées et adoptées depuis lon^emps, faut-il s*étonner que Ton se trompe dans la distribution des récompenses jadis si rarement usitées? Je vais m*expliquer un pea plus au long sur ce sujet.

Les premières récompenses qn*on employa dans les écoles furent des distributions dUmages et de livres. Si on les eût donnés en cadeaux et non comme récompenses , on eût fait beaucoup de bien et très-peu de mal , dans un temps surtout où les nouveaux livres d'étude et de lecture étaient peu recherchés et peu connus. Mais dans la suite , on vit s'introduire dans nos écoles une mode étrangère , une espèce de récompenses à Taide des sentiments d^honneur et de honte, fondées sur la comparaison mutuelle des élèves entre eux , et qui devaient imprimer dans Tâme des enfants des principes contraires à la morale et à la religion, et agir d'une manière très-défavorable sur le caractère du peuple et le bien-être de la société. Peu à peu ce genre de récompenses devint systématique. Toutes les actions , tous les exercices , toutes les opérations des enfants eurent leur bonne ou leur mauvaise note déterminée. La somme des notes de chaque élève fut mise en parallèle avec celles des autres ; on distribua des marques d'honneur à ceux qui en avaient le plus , et le plus grand nombre de ces marques décida du mérite. De cette manière , le zèle , l'application et la docilité des enfants furent mis réciproquement en concurrencé , et l'on estima les progrès et la conduite de chaque élève d'après les progrès et la conduite de ses condisciples. On adopta ainsi un mode d'évaluation faux, inexact et incertain. La distribution solennelle des marques d'honneur, obtenues par suite de comparaisons faites entre les progrès de tous les élèves et fondées sur le nombre de notes accordées à chaque prelive de sèle , d'application et de bonne conduite , par des moniteurs , des aides ou des sous- maîtres, fut, par les raisons que nous

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