‹ De l'instruction publique en HollandeChapitre 6 sur 59 · CHAPITRE ui · texte numérisé non relu

CHAPITRE ui

Discipline, La discipline doit avoir pour but : l« La présence régulière des élèves. 2. Le bon esprit de Técole; confiance, amour. 3. Les progrès des élèves. 4. Corriger leurs défauts. 5. Les habituer à la bonne conduite.

CBAPITRE IV.

1. Temps nécessaire à renseignement. S. Nombre des enfants. 3. Dépenses. — Frais des écoles lanças tériennes. Frais des livres , cahiers , etc. ( à Rotterdam , à Harlem , à Sneek ). Traitements de Tinstituteur et des aides. Prix du mobilier. — Tous ces frais sont plus considérables dans lei écoles lancastériennes que dans les nôtres.

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est à la fois directear de Técole Doroaale de Harlem et inspecteur primaire du district. Pour suffire à cette double fonction , il ne faut pas moins que sou activité et son énergie, et on verra que Fécole normale primaire de Harlem , telle qu'elle est organisée, exige absolument un tel directeur. M. Prinsen peut avoir une soixantaine d'années. C'est un homme de près de six pieds, très -fort et d'une physionomie grave et sévère. Malheureusement pour moi il sait le français , mais il ne le parle pas. M. Schreuder dut nous servir d'interprète. •

Je lui exposai mon but. « Je désire , lui dis-je, connaître d'abord, dans cette conversation, la constitution de l'école normale primaire de Harlem en elle-même et dans ses principes. Ensuite, je vous prierai de me la montrer en action en me permettant de l'inspecter moi-même avec vous. D'abord la règle; puis les résultats.

» Pouvez vous me communiquer le règlement de votre école? — Il n'y a point de règlement : je suis le règlement, n dit-il en souriant.

Voici le résumé, un peu sec, de ma longue conversation avec M. Prinsen, par l'intermédiaire de M. Schreuder.

L'école normale primaire de Harlem est un externat. Chaque élève y jouit d'une bourse roj^ale ou d'une demi -bourse, avec laquelle il s'entretient lui-même dans la ville. Nul ne peut être admis sans avoir au moins quinze ans accomplis.

Outre ces élèves spéciaux, on admet aussi un certain nombre de jeunes gens qui ne reçoivent aucun secours

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de rÉtat, ou des institotears déjà placés qui désirent un complément d'instruction.

Il vient des élèves de toutes les parties du royaume ; ils sont admis sur les rapports des inspecteurs, et nommés directement par le ministre. 11 y a trois mois d'épreuve , pendant lesquels le directeur fait connaissance avec les élèves, éprouve et juge leur capacité. Après ces trois mois, il fait un rapport au ministre, et , sur ce rapport , les élèves sont définitivement admis ; alors commence véritablement pour eux Fécole normale.

Il y a quarante élèves en tout. La durée du cours total est de quatre ans. Gomme il ne s'agit pas seulement de théorie , mais d'exercices , et comme on pré* pare les élèves à obtenir, dans l'examen de capacité, le premier grade , notre degré d'instruction primaire supérieure , et que ce grade en Hollande ne peut être obtenu avant Tâge de vingt -cinq ans, on a supposé que quatre ans n'étaient pas de trop pour parcourir le cercle entier des études et des exercices qui peuvent former le maître d'école accompli. La plupart des élèves restent donc quatre ans à l'école normale ; mais il n'y a point obligation absolue d'y rester tout ce temps ; car, bien qu'on prépare au premier grade, très -peu y prétendent. La grande affaire pour l'État, ce sont les écoles inférieures ; c'est ^surtout pour celles-là que travaille l'école normale , quoiqu'elle donne un enseignement plus élevé.

!• Études. — • Parmi les divers objets d'étude, il en est trois, la pédagogie, l'histoire et la physique qui, étant considérées comme plus difficiles que les autres,

sont enseignées à deux reprises différentes dans retendue du cours normal. Les autres connaissances, comme rhistoire naturelle, la géographie, la calligraphie, le dessin , le chant et les mathématiques , ne sont enseignées qu'une fois et successiyement.

Quant à la religion , elle n'a point d'enseignement dogmatique , propre à telle ou telle communion ; seulement, comme la base de toutes les communions est rhistoire biblique, pn expose régulièrement l'histoire de la Bible , et on y joint toutes les maximes morales qui se présentent à cette occasion. — « Non , il n'y a pas même ici de cours spécial de morale. Je ne conçois pas l'enseignement de la morale ni celui de ce qu'on appelle la religion naturelle. Ce serait de la métaphysique. Mais l'esprit de moralité et de religion est sans cesse excité , nourri , entretenu par tous les maîtres dans toutes les occasions. Tous les maîtres enseignent la morale, et nul ne l'enseigne en particulier. Nous recevons ici des catholiques, des protestants et même des juifs, mais ces derniers assistent seulement aux leçons sur l'Ancien Testament. Les élèves juifs deviennent plus tard les maîtres des écoles spéciales que les juifs entretiennent pour les enfants de leur culte. »

Joignez ces paroles de M. Prinsen à celles de M. Van den Ënde sur le même sujet , et vous aurez le trait le plus saillant de l'instruction primaire en Hollande , à savoir, l'absence de tout enseignement spécial de religion et même de morale dans les écoles de l'un des peuples les plus moraux et les plus religieux de la terre. La pratique allemande est toute différente, et cette différence sort de la nature opposée de ces deux excel-

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lents pays. En Hollande, on fuit tout ce qui a Tair théorique et spéculatif comme un luxe stérile, surtout dans réducation, et on s'attache à la réalité, c'est-à-dire, ici, aux habitudes qu'on s'applique à former par un exercice continuel. Au contraire, en Allemagne, où le génie de la spéculation domine, il n'y a pas une seule école primaire élémentaire où, sous les formes les plus simples, la vérité chrétienne, qui est faite pour les pauvres d'esprit comme pour les savants, ne soit enseignée dans ses principes dogmatiques les plus généraux et dans ses conséquences morales, comme le ferme fondement des mœurs privées et publiques. J'incline du côté de FAllemagne. J'avoue que cette asolue séparation de l'école et de l'église ne me parait pas meilleure que leur confusion. Il y aurait encore ici un juste milieu à saisir, que la Hollande est loin de réaliser. Mais je continue de décrire; je discuterai une autre fois.

M. Prinsen se charge, avec un seul adjoint, des cours les plus importants de l'école normale. Ces cours se font ordinairement le soir. Mais ce n'est pas là le Yéritable enseignement normal. Pendant tout le jour, les élèves sont employés comme aides, comme adjoints et même comme directeurs temporaires , dans les diverses écoles de la ville , selon le degré de capacité auquel ils sont parvenus. Deux mille trois cents enfants fréquentent les écoles delà ville de Harlem et sont on sujet permanent d'exercices pour les élèves de l'école normale. Ces deux mille trois cents enfants sont distribués en un assez grand nombre d'écoles, pour que tons les élèves de l'école normale primaire puissent y être tour à tour exercés. Ce grand nombre d'é-

coles est ici nécessaire , et c'est d'ailleurs un bien. » Il ne faut pas , m'a dit M. Prinsen ; et j'ai été charmé de l'entendre ainsi parler; il ne faut pas que les écoles aient trop d'élèves. Le maître n'agit plus directement sur les élèves , ce qui pourtant est nécessaire pour que chacun d'eux reçoive une vive impression et garde un profond souvenir de l'école. Ensuite , quand chaque école a trop d'élèves , il y a un trop petit nombre d'écoles , et alors les adjoints , obligés d'attendre trop longtemps pour arriver maîtres à leur tour, se découragent, tombent dans la routine ou abandonnent leur carrière. >» 2® Discipline. — C'était là ce que j'avais le plus à cœur d'étudiée, surtout dans une école normale d'externes. J'avais vu d'assez bons externats en Prusse ; mais les meilleures écoles normales primaires , les admirables établissements de Potsdam et de Bruhl, sont des pensionnats ^ En Prusse , on pense généralement que le pensionnat est plus favorable à l'éducation des jeunes maîtres , que le directeur peut exercer sur eux une inOuence plus grande parce qu'elle est plus constante , et qu'en ayant une ou deux écoles de degrés différents annexés à l'école normale, les élèves^'y exercent tout aussi bien que dans les écoles de la ville, séparées de l'établissement. On fait aussi grand cas comme préparation à la vie austère du mattre d'école, de la rude discipline qu'admet le pensionnat. Les élèves n'y ont pas de domestiques et se servent eux-mêmes. Et puis leur émulation est plus excitée dans la vie commune , où les capacités relatives se dessinent

* Rapport, etc., pag. 526.

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mieux. Enfin , il semble que Fesprit chrétien , avec les exercices dont il se nourrit , réclame un pensionnat. Telle est du moins Topinion des plus habiles pédago* gués et la pratique la plus générale de TAllemagne. Il y a pourtant de très- bonnes écoles normales primaires d'externes, et moi-même, dans mon Rapport, j*ai conseillé de commencer en France par des externats ' ; mais j'avoue que les externats me semblent des pisaller, dans certaines circonstances, quand on n'a pas de bâtiments convenables et qu'on vise à l'économie. L'école normale primaire de Harlem excitait donc au plus haut degré ma curiosité , et je voulais savoir dans le plus grand détail comment on y maintient l'ordre , les mœurs , tous les sentiments et toutes les habitudes qui font le bon maître d'école, sans le ressort de la vie commune et cloitrée. Voici ce que m'a dit M. Prinsen.

u D'abord les élèves de l'école normale primait^ n'y entrent que volontairement et pour se perfectionner dans une carrière qu'ils se proposent de parcourir et qui est la plus grande affaire , le plus grand intérêt de leur vie. Ils sont donc d'eux-mêmes portés à l'ordre et n'ont pas besoin de la discipline du pensionnat. Chaque élève est , pour ainsi dire , sous la discipline des dispositions morales qu'il apporte dans l'école. Ensuite celui qui n'a pas ces dispositions et qui ne les montre pas dans les tcois premiers mois , est immédiatement renvoyé. Ceux qui résistent à ces trois mois d'épreuve , savent parfaitement que la moindre faute

< Rapport, etc., pag. 382.

sera très -sévèrement punie, qa*ils dépendent entièrement du directeur, et que leur renvoi serait l'effet du moindre mécontentement qu'il exprimerait. Il leur est défendu de fréquenter aucun lieu public. S'ils sont vus dans un estaminet , ils subissent une réprimande sévère, et à la récidive ils sont renvoyés. Ils ne peuvent s'éloigner une seule nuit de la ville sans la permission du directeur. Ce ne sont pas eux qui choisissent leur logement; c'est le directeur. Il paye même pour eux. Les familles qui reçoivent ces élèves en pension sont elles-mêmes intéressées à entrer dans les vues du directeur. C'est un honneur et un profit pour une famille peu fortunée d'être choisie pour recevoir des élèves de l'école normale. Au moindre soupçon , on leur retire les élèves. Ceux-ci ne sont pas considérés dans les maisons qu'ils habitent comme des étrangers, mais comme des membres de la famille , soumis à toutes ses règles et à toutes ses habitudes. On doit toujours savoir où ils sont , à toute heure de la journée. Le directeur visite les maisons au moins tous les quinze jours. Il s'entend avec la police , qui ne manque pas de l'informer officieusement de tout ce qui arrive à sa connaissance. »

On voit que c'est exactement là le régime des écoles normales primaires d'externes en Prusse ^ On voit en

^ Je regrette de n'avoir pas donné le règlement détaillé d'une école normale primaire d'externes en Prusse. J'aurais pu choisir l'école protestante de Soest ( province de Westphalie) , dont le directeur est M. Ehrlich; ou l'école catholique de Saint- Mathieu , à Trêves, que dirige M. le curé Schuelzgen. Rapport, etc., pag. 288, Mais j'ai fait

même temps k quel prix on remplace ici la facile discipline des pensionnats , combien de précautions sont nécessaires, dont une seule venant à défaillir, toutes les autres sont frappées d'impuissance ; surtout on reconnatt qu'à la tête d'un pareil externat , il faut un homme d'une vigilance , d'une énergie, d'une sévérité éclairée, bien au-dessus de la portée ordinaire ; tandis que le pensionnat, par la vertu qui lui est propre, exige dans le directeur une réunion de qualités moins rares. Aussi M. Prinseq , tel que j'ai appris à le connaître , non -seulement dan? notre conversation , mais en vivant avec lui pendant toute la journée , est un homme parfait pour cette fonction. J'ignore s'il a les connaissances étendues , la riche culture et l'élévation d'esprit de M. Striez , de Potsdani ' ; mais il ne faut pas l'avoir vu longtemps pour reconnaître en lui une admirable énergie physique et morale , une autorité naturelle, une aptitude innée au gouvernement , et quelque chose d'imposant qui me fait admettre volontiers ce qu'il m'a dit : « Oui , la main sur la conscience , je déclare que dans cet ordre de choses tout va bien en général , et que les exemples de désordre sont tellement rares qu'on ne peut pas les considérer comme les résultats du système. )» Je ne pus m'empécher de lui répondre rVous n'êtes pas seulement le règlement de l'école normale de Harlem ; vous êtes le système même de cette école.

connaître Técole normale primaire d*ex ternes de Weimar. Rapport, pag. 52—55.

«/Mrf., pag.381.

M. Schreader, qui nous servait d'interprète et qui a été lui-même à la tète de Fécole normale de Lierre, m'assura également qu'à cette école Texternat n'avait pas eu d'inconvénients ; mais j'aurais pu lui faire à luimême , sans aucune flatterie , la même réponse qu'à M. Prinsen. Avec des directeurs comme M. Prinsen et lui, il n'y a pas de mauvais système. II faut tenir compte aussi du caractère plus tranquille des jeunes Hollandais et de la nature flamande , qui exige une moins forte discipline. Mais ces deux messieurs se sont accordés à me dire que le système de l'externat ne convient que dans une petite ville, et M. Prinsen demandait une ville ou un fort village d'environ deux mille âmes , qui pût avoir environ trois cents enfants à envoyer aux écoles pour servir de sujet d'exercice à l'école normale. Enfin l'un et l'autre avouaient qu'une pareille école normale doit avoir un assez petit nombre d'élèves.

Je ne veux pas omettre ici une des meilleures raisons que ces deux hommes éclairés m'ont donnée à l'appui de l'externat. «Vous prétendez, m'ont- ils dit, que le pensionnat avec sa forte discipline prépare mieux à la vie du maître d'école. Au contraire, nous sommes convaincus qu'un jeune homme qui a passé quelques années dans la vie commune d'une école normale d'internes, se trouve extrêmement embarrassé, quand il sort de là, pour se conduire tout seul; tandis que, dans notre système, le jeune homme apprend à se conduire luimême , à traiter avec les autres ; et la vie qu'il mène est l'apprentissage de la vie qu'il mènera plus tard. » Cette raison est forte , et je conviens que les exemples ne manquent pas, de jeunes gens qui, après avoir été des

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sainU dans un pensionnat , sortis de là , ne savent plus se conduire , font des sottises , du moins sont incapables de se plier à un autre genre de vie que celui de leur couvent.

En résumé , je ne me crois pas obligé de choisir absolument entre les deux systèmes. L'un et l'autre sont bons , selon le pays , selon le temps , et surtout selon rhomme qui est appelé à les mettre en œuvre; car je ne cesserai jamais de le répéter , autant vaut le directeur autant vaut Técole. Mais le directeur d'une école normale primaire d'externes doit être un homme d'un bien grand mérite, ou c'en est fait de tout l'établissement.

Quant au point de vue financier, il est ici fort simple. L'école normale primaire à Harlem coûte à l'État 10,000 florins par an (21,000 fr.) pour quarante élèves, tous frais compris , l'entretien des bâtiments et du mobilier et le traitement de M. Prinsen qui est de 1,600 jQorins. Le directeur a de plus un très -bon logement à récole normale.

Telle est la constitution de l'école normale primaire d'externes delà ville de Harlem. Maintenant il s'agirait d'en faire connaître les résultats et de conduire le lecteur, comme MM. Prinsen et Schreuder m'ont conduit moi-même , dans les écoles de la ville où s'exercent les jeunes maîtres. J'ai vu ces jeunes gens appliqués aux différents services de l'instruction primaire. Ils travaillent sous la direction du maître de chaque école, qui , lui-même, la plupart du temps, est un ancien élève de l'école normale de M. Prinsen. Nous avons parcouru les divers degrés de l'instruction primaire. D'abord une

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école de pauvres, c'est-à-dire une école élémentaire gratuite, puis une Tusschen^school, notre école élémentaire payante , puis enfin des écoles dites françaises , écoles privées qui sont à peu près nos écoles primaires supérieures, les Btirgerschulen de rAllemagne* J*ai été fort content de l'activité et de Fintelligence de ces jeunes maîtres ; mais ce qui m'a le plus frappé, c'est l'autorité de M. Prinsen. Comme directeur de l'école normale primaire, il commande à ces jeunes gens; comme inspecteur du district de Harlem, il commande aux maîtres eux-mêmes , et toutes ces écoles, élèves et maîtres de tous les degrés et de toutes les conditions , lui sont soumis, comme une armée à son général. Tout se meut à sa voix , tout est inspiré de son esprit et de son âme. La méthode pour enseigner à lire, dont il est l'auteur, méthode ingénieuse , mais dans laquelle je ne crois pas devoir entrer, est la méthode universellement reçue. Les neuf tableaux gradués qu'elle emploie, sont appendus dans les écoles , et M. Prinsen , absent ou présent , est toujours là.

J'avais vu en Hollande des écoles primaires de toutes sortes, excepté pourtant des écoles de village. M. Prinsen nous proposa de nous en montrer quelques-unes dans une promenade que nous fîmes aux environs , pour voir aussi cet admirable jardin qui entoure Harlem, et les serres de M. Yan der Hoop d'Amsterdam. Il est difficile de faire une course plus agréable. Les serres de M. Van der Hoop sont très-belles, et j'ai vu là cette culture de fleurs qui est une des curiosités et des richesses de Harlem. Nous avons poussé notre promenade jusqu'aux dunes , du haut desquelles

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nous avons eu pendant quelque temps deux magnifiques spectacles : derrière nous, ce grand lac qu^on appelle la mer de Harlem , le golfe de F Y et le Zuy* derzée , et à l'autre extrémité de Thorizon TOcéan du Nord tout au plus à une demi -lieue.

£n allant et en revenant, nous avons visité plusieurs écoles , et j'avoue qu'ici mon étonnement a été bien autrement grand que dans les écoles delà ville. Je crois bien que M. Prinsen n'aura pas choisi les plus mau* vaises pour nous les montrer; mais choisies à dessein ou offertes à nous par le hasard de la promenade , il est certain que , même en Prusse ou en Saxe , je n'ai jamais vu , je ne dis pas de plus belles , mais d'aussi belles écoles de village. Figurez-vous une maison d'une apparence modeste, mais d'une propreté exquise et vraiment hollandaise, divisée en deux parties : d'un c6té, une assez grande salle capable de contenir à peu près tous les enfants du village , filles et garçons , en état d'aller à l'école; de l'autre côté, le logement du mattre et de sa famille. La salle où se tient l'école est éclairée par en haut avec des ventilateurs des deux côtés. Un certain nombre de tables, où les enfants sont distribués selon le degré de leur instruction : de Tes» pace entre chaque table pour laisser le maître et les élèves circuler facilement. Aux murs sont suspendus les neuf tableaux classiques de M. Prinsen , un grand tableau noir pour les exercices , un modèle des différents poids et mesures selon le système décimal, et, ce que je n'ai pas toujours vu en Allemagne, un second tableau noir où sont tracées des lignes disposées poar recevoir l'écriture de la musique et tes notes qu'on

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veut y tracer pour la leçon du chant. On aura de la peine à le croire, mais j'atteste que ces différents mattrès d'école parlaient passablement le français. On a fait faire devant moi différents exercices dont ces enfants ne se sont point mal tirés. L'un des deux maîtres avait pour aide son propre fils, enfant de quatorze ans*, qu'il destine à le remplacer un jour. Selon l'ancienne méthode , cet enfant n'ayant pas d'autre maître que son père, n'en saurait jamais plus que lui, et, à moins d'avoir l'esprit inventif, il s'arrêterait où son père s'est arrêté ; mais il ira à l'école normale de Harlem , et là non-seulement il recevra une instruction plus élevée , mais il pratiquera dans des écoles différentes où son esprit se développera dans la mesure de ses forces naturelles.

Je ne puis dire combien j'ai été touché d'entendre dans ces petites écoles de village , à la leçon de musique, ce même chant national que j'avais déjà entendu dans les écoles de la Haye et de Harlem. Ce chant est partout le même. Il est simple et noble , il inspire l'amour de la patrie et du prince , et porte à l'âme une foule de sentiments honnêtes. Chaque grande nation doit avoir ainsi un chant national qui se récite depuis les plus grands théâtres jusqu'aux plus humbles écoles, dans les grandes villes et dans les villages. Le Godsave the King des Anglais est un beau chant de ce genre. Pour nous, nous avons des chants révolutionnaires admirables ; mais nous n'avons pas de chant national. l\ serait digne de quelque compositeur honnête homme défaire, sur des paroles nobles sans emphase, un chant qui pût devenir une source d'inspirations morales,

exempt de cette exaltation passionnée qui, sons aucun prétexte, ne doit pénétrer dans les écoles de Tenfance, et tellement pur de tout esprit de parti qu'il pût convenir à tous les temps , à toutes les opinions , à toutes les classes de la société. J'attache une si grande importance à la culture de Tâme par la musique , que si j'étais ministre , je n'hésiterais pas à proposer un prix pour le meilleur chant national approprié aux écoles du peuple.

A propos de musique , je ne dois pas quitter Harlem sans dire un mot de son orgue célèbre. Cet orgue a six mille tuyaux. Je l'ai entendu avec un véritable ravissement dans la vieille et immense église catholique, aujourd'hui temple protestant.

Au milieu de la place publique est la statue de Koster, qu'on regarde ici comme l'inventeur de l'imprimerie.

J'ai quitté vers sept heures du soir, à regret, cette jolie yille où les soins du commerce n'ont pas détruit le goût de la nature, et où, entre M. Van den Ende et M. Prinsen, j'avais sans cesse présente l'image de M. Cuvier qui les a connus et estimés tous les deux, et qui , il y a vingt - cinq ans , loin de sa patrie et de sa famille, s'entretenait, comme moi, dans ces mêmes lieux, sur les mêmes sujets, avec ces deux mêmes hommes respectables dont il m'a parlé si souvent , et auxquels très - probablement j'ai dit aussi un éternel adieu.

^msttrham*

ha yille et le mnsée. — M. Pinspecteur Teissèdre L^Ange. — Les éooles des pauvres. Règlement et description de ces écoles. — De renseignement mutuel et de renseignement simultané. — Écoles intermédiaires. — Enseignement moral et religieux. — L^athénée. — La synagogue des juifs portugais.

(âl SEPTEHBEK.)

Arrirés le mardi soir à Amsterdam par le plus mau* Tais temps du monde, aa milieu de la foire, nous avons eu bien de la peine à y trouver un logement dans une auberge tout hollandaise, où personne ne sait un mot de français, le RondeeL Le lendemain matin, de bonne heure, nous sommes sur pied pour voir un peu ta ville avant de commencer nos visites aux écoles.

Ici enfin je me sens complètement, dépaysé et hors de France. Aspect des lieux, mœurs générales, coutumes particulières, tout est nouveau pour moi. Il faut se figurer une ville de plus de 200,000 âmes, bâtie sur

le confluent de l'Amstel et de ce golfe de la mer du Nord qu'on nomme le Zuyderzée. Elle est donc traversée en tous sens par TÂmstel , et elle a devant elle le Zuyderzée : de là une foule de canaux et un port de mer immense. La ville tout entière est sur pilotis. On pourra juger du travail qu'il a fallu à l'homme pour se faire une pareille demeure, quand on saura que l'ancien hôtel de ville , aujourd'hui le palais du roi, porte sur 15,69S mâts. Amsterdam est la Venise du Nord. Comme celle du Midi , elle présente un caractère tout à fait original : on s'y sent dans un monde à part et dans le siège d'un empire. Mais que la Venise du Nord est laide par un mauvais temps ! La pluie, qui n'avait cessé de tomber depuis quelques jours , inondant les rues , les confondait en quelque sorte avec les canaux. Tout semblait eau , et encore une eau infecte. Les canaux , qui reçoivent toutes les immondices , exhalent toigours une mauvaise odeur; et quand une forte et longue pluie vient à remuer ces cloaques, il en sort des exhalaisons insupportables. Les indigènes n'y font presque pas attention ; mais , je l'avoue , cette odeur méphitique m'a tout d'abord gâté le séjour d'Amsterdam. Cependant je reconnais qu'Amsterdam est une superbe ville. Elle a des quais admirables , plantés de beaux arbres, et bordés de maisons dignes des anciens maîtres de l'Océan. Sur le port on nous a montré la maison de Ruyter : son tombeau est à l'église neuve. La vieille église, autrefois si riche et si belle, est maintenant nue et déserte. Cette immense ^ cathédrale ren-

ï 249 pieds de longueur intérieure sur 225 de largeur.

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ferme les plus étonnants vitraux. Il y en a de mieux colories, par exemple ceux de Sainte-Gudule, à Bruxelles; mais nulle part je n*en ai rencontré d'aussi vastes. Us forment trois magnifiques compositions : TAnnonciation, la Visitation et la Mort de la Vierge. La figure de Marie mourante, assistée par le bien-aimé disciple, m*a rappelé le même sujet dans un tableau d'un ancien maître de Técole flamande, que j'ai vu, en 1817, à Heidelberg, chez M. Sulpice Boisserée. Le Musée d'Amsterdam est peut-être encore plus riche que celui de la Uaye. Je laisse là tous les tableaux étrangers, un Murillo, un Velasquez, trois Craijer, quatre Uolbein. Je néglige toute l'école flamande, Van Eyck, Fourbus, Otto Venins, Rubens, Van Dyck; je ne veux voir, je ne regarde ici que l'école hollandaise. Avant tout , Rembrandt et la Garde de nuit ^ , vaste composition assez mal nommée , et qui représente le capitaine £ock sortant la nuit pour aller tirer aux buttes , accompagné de ses ofiiciers et arquebusiers ; l'un d'eux chargeant son arme, les autres se disposant à en faire autant ; au milieu une jeune fille portant à la ceinture un coq blanc , prix du tireur ; tout cela diversement éclairé , et plein de vie et d'expression. A côté de ce tableau, il faut mettre, pour le naturel et la force, l'assemblée des cinq chefs de la corporation d'Amsterdam , appelée Staal-Hof^, Ils paraissent interrompus dans leur délibération , car tandis que l'un d'eux se lève, les quatre autres portent leurs regards

2 No 256.

tMl AHSTKKJIAH.

vers le spectateur, comme si quelqu'un entrait de ce cèté. J*admire d'un œil plus distrait la décollation de saint Jean -Baptiste du même maître ' , parce qu'elle reporte ma pensée vers une autre époque du monde et vers une autre école, et que je veux rester en Hollande. J'aime mieux m'arréter sur ce beau Van der Heist , qui passe pour la merveille de Técole hollandaise, et qui représente un repas donné par les oflSciers de la garde civique d'Amsterdam , en commémoration de la paix de Munster ^. Je ne pourrais compter la foule desMieris, des Metzu, des Ostade, des Polenburg, des Polter , des Flink , des Teniers , des Gérard Dow , des Berghem, des Ruysdaël et des Backhuysen qui reproduisent si fidèlement et si vivement la Hollande et la vie hollandaise, ses campagnes, ses ports de mer, ses églises , ses scènes domestiques depuis la plus noble 'jusqu'à la plus grossière, et même des scènes d'école K Nous avons eu grand' peine à quitter cet admirable Musée, qu'il aurait fallu une semaine entière pour étudier un peu, et nous sommes allés voir une exposition des tableaux des artistes vivants d'Amster-

1 No 255.

2 No 116.

' G. Bow, no 71. A Tombre d*un épais bocage, une dame richement vêtue , assise , un éventail à la main , et h côté d^elle un brillant cavalier qui semble lui faire une déclaration. Le fond du paysage est de Berghem.

* G. Dow, no 70. Une scène de nuit dans une école. — Le maître assis à son pupitre réprimande un écolier qui va se retirer et qui le regarde timidement. Une jeune fille dit sa leçon ; près d'elle est un sablier et la lumière qui éclaire ce

dam et de toate la Hollande. Qoelqaes marines, une mnltitude de portraits , peu de compositions drstin* gnées. Le tablean qui m*a le plus frappé est celui qui représente la mort du capitaine Barends dans la Nouvelle-Zélande : composition correcte et sévère, figures nobles et expressives. Il y a au|si plusieurs tableaux précieux à l'ancien hôtel de ville, aujourd'hui le palais du roi. Je ne dis rien des chantiers, des bassins, des entrepôts, de la vieille bourse, qui rappelle tant de souvenirs , mais je ne puis passer sous silence la promenade appelée le Plantage, faubourg ou plutôt jardin composé de plusieurs belles allées bordées d'arbres et de jolies maisons où les habitants d'Amsterdam viennent le soir ou le dimanche goûter les douceurs du repos et de la campagne. Chacune de ces maisons a un nom inscrit sur sa façade : Bellevue, Séjour de pais. Repos du c€Bur, etc. Mais il est temps d'arriver aux écoles.

M. Schreuder me conduisit chez M. l'inspecteur du Strict d'Amsterdam , M. Teissèdre L'Ange , pasteur et prédicateur de l'église wallonne, qui était déjà

gronpe. Sur la droite, une autre jeune filk debout, tenant une lumière , et s^entretenant avec un garçon qui écrit sur une ardoise. Au bas du tableau est une lanterne à feuilles de cornes , entr'ouverte , ce qui produit des effets surprenants en demi-teinte. Dans le fond , plusieurs écoliers étudiant à la lumière d'une chandelle , tandis qu'un d'entre eax descend un escalier, tenant une chandelle allumée. En tout, douze figures et cinq lumières différentes qui donnent des effets merveilleux de clair- obscur, avec un naturel et une vérité parfaite.

averti de mon arrivée et qui me reçut avec le plus aimable empressement. Il se mit entièrement à ma dis^ position, et me. demanda ce que je voulais voir à Amsterdam. — Les écoles des pauvres. — Il me dit que lui-même autrefois en avait fait les honneurs à M. Cuvier, et il m^assura qu*elles étaient au moins aussi bonnes qu'à cette époque.

Les écoles d'Amsterdam sont gouvernées par M. L'Ange et par la commission des écoles de la ville. A Amsterdam , comme dans toutes les villes un peu considérables, à côté de l'inspecteur spécial, la loi établit une commission composée d'habitants notables et organisée d'une manière qui choquerait beaucoup toutes nos habitudes , mais qui me parait fort judicieuse et très-pratique. £n général , excepté l'inspecteur , il n'y a point dans cette commission de membres de droit , pas même le bourgmestre. £n effet, le zèle, l'activité, la charité, l'intelligence spéciale de certaines matières sont nécessairement personnelles, et ne peuvent pas être supposées à priori d'après telle ou telle position. Les différents membres sont nommés sur la présentation de leurs collègues, et cela est encore très-bien entendu; car, ainsi, on ne nomme que des membres dont on connaît la capacité, et avec lesquels on est sûr de s'entendre. Enfin , l'inspecteur , qui fait partie de la commission , intervient dans cette présentation ; il y a la plus grande influence, et on peut dire qu'en réalité c'est lui qui présente. De cette manière est assuré l'accord de la commission et de l'inspecteur , accord sans lequel tout bien est impossible. La commission des écoles de la ville et l'inspecteur L'Ange travaillent

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depuis longtemps de concert; et c'est et le temps et .ce concert qui ont produit tous les beaux résultats que M. Cuvier a tant admirés.

Par diverses raisons, il y a, pour les écoles de pauvres d'Amsterdam , une commission spéciale nommée collège des curateurs ; et ce collège avait déjà fait un excellent règlement pour ces écoles, dès Tannée 1798. Pai sous les yeux ce règlement. Il est divisé en vu sections. !<'<' section. De l'admission des enfants aux écoles de pauvres, ii®. Répartition des élèves en trois classes. in«. Heures des classes. iv«. Programme détaillé de l'enseignement, v^'. Des livres. vi<>. Récompenses et punitions, vii*'. Des mattres. Voici un extrait de cette dernière section : u La commission nomme directemet le premier mattre. Les sous-maltres sont nommés à la recommandation du premier maître. On préfère pour premiers maîtres des gens mariés. Le maître qui n'est pas marié prend à ses frais une maltresse d'école qui doit être approuvée par la commission. Le traitement du premier maître est de 900 florins, avec son logement , le feu et la lumière. Sa veuve a droit à une pension annuelle de 250 fl. Le traitement du premier sous-maltre est de 400 fl. Celui du second sous-maltre est de 100 fl. Quand les maîtres reconnaissent à un enfant des dispositions pour l'enseignement , ils le signalent aux curateurs ; ceux-ci s'entendent avec les . parents et accordent chaque mois à l'enfant , dès qu'il a 14 ans, un peu plus que ce qu'il aurait gagné en apprenant un métier, jusqu'à ce qu'il soit capable de devenir un des sous-maltres. » Ce règlement est signé du président du collégedes curateurs, et du secrétaire,

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