‹ De l'instruction publique en HollandeChapitre 8 sur 59 · AH8TIR0AH · texte numérisé non relu

AH8TIR0AH

les jeunes filles apprennent régulièrement à tricoter : ce sont les femmes des institutears en chef qui les instruisent. Celles d'entre ces jeunes filles quirempor* tent 9 au sortir de Técole, un certificat d*approbation, sont ensuite reçues dans d'autres écoles, uniquement destinées pour les enfants de la classe indigente, et administrées par des dames , qui portent le titre de régentes. On y instruit les filles régulièrement dans toutes sortes d'ouvrages k l'aiguille.

» Enfin, durant les mois d'hiver, on tient aussi école le soir pour les jeunes gens qui , ayant quitté les écoles , et travaillant le jour comme apprentis chez des artisans , désirent entretenir les connaissances qu'ils ont acquises.»

Pour juger par moi-même de la fidélité de cette description, je priai M. L'Ange de me montrer la plus considérable des écoles de pauvres d'Amsterdam, celle qui pouvait me donner l'idée la plus exacte et la plus complète de toutes les autres. Nous sommes donc allés ensemble dans une école de pauvres. £n y entrant, je reconnus d'abord l'original de la description qu'on vient de lire : grande salle , bien aérée ; des tableaux sur les murs ; les enfants , filles et garçons , assez mal vêtus , mais lavés et propres à leur manière , distribués sans distinction de sexe, entre trois divisions, dont chacune est gouvernée par un maître assistant. Ces assistants dépendent de sous -maîtres qui dépendent eux-mêmes du directeur. Il y avait à peu près six cents enfants ; et là salle peut et doit en contenir mille , dès que certaines réparations seront achevées.

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Ici je me permis de dire à M. L'Âage que je soahaitais fort que ces réparations ne fussent jamais achevées, et que six cents enfants étaient bien snfiSsants pour une école , même pour une école de pauvres. De tant d*enfants diversement occupés , il sort nécessairement un certain bruit, sans nul inconvénient peut-être pour la plus faible division , dont les occupations sont presque entièrement matérielles, mais qui donne aux élèves plus avancés de fâcheuses distractions. Au lieu d'une salle immense , mieux vaudraient deux ou trois salles contiguës Tune à l'autre , qui permettraient de séparer les divisions. Encore une fois , il ne s'agit point d'obtenir le spectacle plus ou moins agréable d'une masse d'enfants rassemblés et obéissant à un seul et même maître; il s'agit de procurer la meilleure éducation de chacun d'eux ; et pour cela il ne faut pas seulement établir diverses classes dans l'école , il faut avoir aussi des salles distinctes pour ces différentes classes. A mon avis , cent enfants suffisent bien à une salle , et deux , trois ou quatre salles à une école. Plus d'écoles, et des écoles moins nombreuses; dans chaque école plus de salles, et moins d'enfants dans chacune de ces salles. A cela , M. l'inspecteur L'Ange ne faisait qu'une objection : Mais l'argent, l'argent ! il faut alors plus de bâtiments. Sur ce point même , je ne suis pas de son avis. Il est plus aisé et moins coûteux d'acheter ou d'approprier plusieurs petites maisons qu'une très-grande, surtout dans de grandes villes comme Amsterdam et Paris; ei je citais au digne inspecteur Texemple de Berlin, où nulle école communale de pauvres ne renferme plus

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de trois cents enfants. Et puis Tfaygiène est ici trèsintéressée. Je remarquerai qu'il faisait bien chaud dans cette immense salle , malgré la saison , et que cette chaleur n*était pas fort saine , malgré les fenêtres et toutes les précautions.

Je fus frappé de voir dans un couloir un garçon d*une douzaine d*années enseignant les premiers éléments de la lecture à de tout petits enfants. « Ce petit maître est-il un assistant? demandai-je. — Non, e*est un enfant de Técole , de la classe la plus avancée. — C*est donc un moniteur, et vous pratiquez renseignement mutuel? — A Dieu ne plaise ! mais nous sommes éclectiques , me dit en souriant M. I/Ânge ; nous ne proscrivons aucune pratique utile , à quelque système général qu'elle appartienne. Ainsi , lorsqu'un enfant montre des dispositions , et se propose de devenir un jour assistant et d'entrer dans renseignement primaire (car vous savez que toute école de pauvres est une véritable école normale primaire), nous ne voyons aucun inconvénient à confier à un pareil élève, non pas renseignement , mais la répétition de renseignement des choses les plus faciles. A la rigueur on peut employer des enfants pour certaines répétitions ; mais rinitiative de tout enseignement exige un maître. Nos assistants mêmes, qui sont déjà des maîtres, ne sont chargés que de simples répétitions. »

Et à cette occasion , notre visite achevée , nous nous entretînmes sérieusement de renseignement mutuel et de renseignement simultané. » Monsieur, lui dis-je , connaissez -vous bien renseignement mutuel? avezvous essayé de le pratiquer? et qu'en pensez-vous? —

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Notts connaissons Tenseignenirat mutael; nous en avons fait faire des essais, et nous le regardons comme une méthode absolument insuffisante. €e n*est pas (je me sers ici des expressions mêmes de M. L'Ange ) , ce n*est pas une méthode faite pour des êtres moraux et intelligents; et nous ne nous croyons pas le droit de rappliquer à une école de pauvres plus qu'à toute autre école. Car les pauvres surtout ont besoin d'éducation; et l'enseignement mutuel ne donne pa^Téducation; il donne seulement l'instruction , et il la donne si superficielle, si matérielle en quelque sorte, que véritablement ce n'est pas là une culture pour l'esprit. Du t^nps de la réunion de la Belgique et de la Hollande 9 les libéraux belges vantaient si fort cette mé- Uiode, surtout pour les nombreuses écoles, comme sont les écoles de pauvres , que notre collège des curateurs , attentif à tout ce qui se passe d*un peu remarquable en fait d'instruction populaire, crut devoir laire un essai de la méthode nouvelle ; et le résultat de son examen fut qu'il n'y avait de méthode vraiment rationnelle que la méthode simultanée. Il a, dans un rapport sur nos écoles de pauvres , consigné les motifs de son opinion. » C'est le rapport dont nous avons déjà parlé. Nous nous en sommes servis pour faire connaître les écoles de pauvres d'Amsterdam , et il peut être considéré comme une pièce intéressante du procès qui se débat aujourd'hui devant l'opinion publique entre la méthode mutuelle et la méUiode simultanée. Nous ne croyons donc pas sans utilité d'en donner une courte analyse.

Ce rapport se divise en trois parties : l*' une expo-

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sition fidèle et impartiale du système lancastérieD ; 2» une description de la méthode suivie dans les écoles de pauvres d* Amsterdam ; c'est le morceau que nous avons cité ; 3<> une comparaison de ces deux méthodes, et les motifs de la commission pour préférer la méthode hollandaise à la méthode anglaise.

Dans cette troisième partie on examine d*abord ce qu'on enseigne dans Tune et dans Tautre école ; puis la manière dont on renseigne. Il est évident que dans Fécole hollandaise on enseigne plus de choses. Le rapport va plus loin : il démontre aussi que le mode d'enseignement des mêmes choses y est meilleur. Parmi les divers arguments employés à Tappui de cette thèse, nous nous contenterons de citer celui-ci, qui comprend en quelque sorte tous les autres : « Dans le sys- » tème lancastérien , il ne parait pas que le maître » donne lui-même quelque instruction ; il semble se M borner à la surveillance : au lieu que dans les écoles » d'Amsterdam, l'instituteur en chef prend habituel- » lement part aux leçons. »

Voici plusieurs passages qui se rapportent à cet argument, et que nous recommandons à l'attention de tout véritable ami de l'éducation du peuple.

<( A Amsterdam , les instituteurs sont des hommes expérimentés , et des jeunes gens qui ont fait preuve de talents pour l'enseignement : en Angleterre, ce sont toujours des enfants qui enseignent. Or , s'il est vrai que le maître qui veut enseigner avec fruit doit être lui-même instruit à fond et posséder de bien plus grandes connaissances que celui auquel il sert de précepteur ; surtout s'il est incontestable que , pour bien

enseigner une chose , il ne suffit pas de la savoir soimême, et qu'il faut en outre posséder l'art de communiquer aux autres ce qu'on sait , d'une manière claire, intelligible et convenable au sujet, on doit avouer qu'une instruction donnée , comme à Amsterdam , par des hommes expérimentés et par des jeunes gens qui s'y adonnent de profession , est de beaucoup préférable à l'enseignement mutuel qui se communique d'un enfant à l'autre

n II est vrai que Fentretien des écoles d'Amsterdam coûte plus cher que celui des écoles de Lancaster; mais, en revanche, les élèves ont l'avantage, dans les premières, d'être instruits par des maîtres très -habiles et formés par une expérience acquise dès Içur jeunesse ; ils ont pour leurs exercices de lecture plusieurs petits ouvrages propres à former leur cœur et à enrichir leur esprit; ils écrivent dès le commencement sur du papier , et apprennent ainsi à former de beaux caractères et à écrire couramment. Si on voulait , dans les écoles d'Amsterdam , se borner à n'enseigner que ce qu'on enseigne dans les écoles lancastériennes , on pourrait aisément n'employer pour cela que des apprentis-instituteurs et des aspirants; on pourrait se passer d'un grand nombre de livres pour l'instruction et la lecture , substituer, pour l'écriture , des ardoises aux cahiers , et peut-être alors les écoles d'Amsterdam coûteraient-elles moins cher que celles d'Angleterre, sans qu'on cessât pour cela d'y pousser l'instruction beaucoup plus loin que dans ces dernières. Mais grâce à la munificence des magistrats d'Amsterdam et à la libéralité de ses habitants; grâce à l'intérêt que les uns

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«t les autres prennent à Tayancement de Tinstruetion, les écoles d'Amsterdam n'ont pas manqué et ne manquent pas encore des secours nécessaires pour salarier des maîtres habiles et expérimentés , pour fournir de bons livres aux enfants qu'on y instruit gratuitement, et pour leur apprendre à écrire, non sur des arc^oises, mais avec des plumes et de Tencre, sur de bon papier. » Qu'on ne dise pas que ce qu'on enseigne dans les écoles lancastériennes est suffisant, et que dans celles d'Amsterdam on fait trop pour l'instruction delà classe indigente. S'il est dans les vues de la politique (ce qui nous semble cependant ne plus être le cas) de tenir le petit peuple plongé dans l'ignorance, qu'on renonce alors à toute espèce d'instruction ; car une instruction ébauchée est dangereuse et plus à craindre que celle qu'on perfectionne davantage. L'homme dont la capacité se borne à savoir lire , pourra lire des ouvrages propres à corrompre les mœurs ou à porter à la sédition ; et , faute de lumières suffisantes pour réfléchir et pour apprécier sainement ce qu'il aura lu, il se laissera séduire et entraîner par l'apparence. Nous le répétons , si l'on fait tant que de mettre le petit peuple en état de lire , on doit lui donner en même temps les moyens d'entendre et d'apprécier ce qu'il lit : c'est à quoi tend principalement l'instruction qu'on donne aux enfants des pauvres dans les écoles d'Amsterdam. Tous les livres qu'on y met entre leurs mains , depuis le premier ouvrage élémentaire jusqu'à celui qui doit terminer leur instruction, renferment des leçons et des exemples de vertu , de sagesse et de soumission à leurs supérieurs. Ils apprennent à lire et à comprendre This-

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loire de leur pays et celle qae renferment les livres saints. Ces lectures sont, plus que toute autre chose, capables de porter à Timitation d'actions grandes et vertueuses , unique moyen de former des citoyens utiles à rÉtat. Enfin (et c'est un avantage également précieux pour les écoles d'Amsterdam) ceux d'entre eux qui annoncent des dispositions extraordinaires y trouvent l'occasion de les développer , en se vouant eux-mêmes, comme apprentis, à l'instruction de la jeunesse. Aussi un grand nombre de ces enfants nécessiteux sont-ils déjà parvenus par ce moyen à se tirer de l'indigence et à entrer dans la classe des honnêtes bourgeois. »

Ces considérations, qui président à la direction des écoles de pauvres d'Amsterdam , ne sont pas propres aux curateurs de ces écoles et à M. l'inspecteur L'Ange; elles appartiennent à tous les inspecteurs et à tous les hommes de Hollande qui s'occupent d'instruction primaire. Le gouvernement rencontra en Belgique des préventions en faveur de l'enseignement mutuel. Il se garda bien de les heurter directement, car il les aurait fortifiées; mais il s'appliqua à les éclairer, et on m'assure qu'il y réussissait. Nous reproduirons les paroles mêmes du gouvernement dans un des rapports que, conformément à la loi fondamentale du royaume , il présente chaque année aux états généraux :

« Anvers ^ vient d'établir une école pour les pau- » vres , où l'on suivra les maximes de renseignement » mutuel , système accueilli et applaudi en Angleterre » et en France , mais qui a trouvé de moins vifs ad-

1 Rapport de 1818.

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» mirateurs dans des pays tels qae la Suisse , l'Alle- » magne, TÉcosse, la Hollande, oùréducationdn pre- » mier âge avait depuis longtemps fixé l'attention du » gouvernement. La méthode lancastérienne donne- » t^lle des résultats aussi durables qu'ils sont prompts? }» Utile pour la rapide communication de quelques no- » tions'et connaissances élémentaires, Test -elle égale- » ment pour le développement et Texercice des facultés n morales? Est-il vrai qu'elle convient surtout aux » écoles de pauvres, où cependant cette éducation » morale est d'une importance supérieure à celle de » l'enseignement proprement dit? Ce qu'elle peut lais- N ser à désirer sous ce rapport est-il sufiisammentcom- » pensé par l'économie qu'elle procure à l'égard du » temps et des frais? La comparaison pratique des ef- » fets de l'enseignement mutuel avec ceux des métho- » des antérieurement usitées, doit précéder tout juge- » ment définitif. Des écoles lancastériennes existeront )» à côté des bonnes écoles dont le royaume a depuis » longtemps à se glorifier; et peut-être, au moyen des » emprunts qu'elles se feront réciproquement de leurs n procédés les plus recommandables , verrons -nous » bientôt diminuer l'espace qui les sépare encore aun jourd'hui. Telles, du moins, peuvent être les vues et » les espérances du gouvernement, alors qu'il professe » et qu'il observe une entière impartialité entre tant » de méthodes différentes. Il se borne à les subordon- )» ner toutes au bien public , à les diriger en général » vers le grand but de la propagation des vertus et des » lumières. Il facilite et régularise les moyens de les » pratiquer avec avantage ; et quant à leurs progrès et

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1» à leur perfectionnement , il s*en remet au zèle de » leurs partisans , et au témoignage de Texpérience , » qui ne parle jamais en vain pour une nation gêné- » reuse et réfléchie. »

A ce judicieux et noble langage , on reconnaît l'habile homme d'école et Thomme d'Etat supérieur, dont la signature est au bas de ce rapport , M. Falck, alors ministre de Tinstruction publique.

Après avoir examiné une des meilleures écoles de pauvres , nous allâmes visiter une espèce d'école intermédiaire ou plutôt d'école française, appelée école bourgeoise néerlandaise {Nederduitsche Burgerschool); ainsi nommée pour indiquer qu'on n'y enseigne pas le français. Elle 4 ou '500 élèves, mais ces 4 ou 500 élèves sont répartis en des salles différentes et dans les différents étages de la maison , et je persiste à penser que cette division est un grand élément d'ordre. En fait, je n'ai pas vu en Hollande une seule école primaire payante où un trop grand nombre d'élèves fussent réunis dans une même salle ; et, en vérité, il n'y a point d'économie à cette réunion. Car , si on a une grande salle qui puisse contenir 400 enfants, est-ce une dépense que de pratiquer dans cette même salle, à l'aide de cloisons, deux ou trois divisions avec un couloir commun pour laisser le directeur surveiller aisément les différentes salles ^ ?

1 J*ai sons les yeux le règlement des écoles intermédiaires d'Amsterdam ; il est du 20 novembre 1820. G*est à peu près le même règlement que celui des Tusschen-schoolen de Leyde et de Rotterdam, sur lesquelles j'insisterai davantage.

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Pétais surtout curieux de voir comment s'enseignaient la morale et la religion dans le système hollandais , sans dogmes positifs pour la religion , ni sans abstractions métaphysiques pour la morale. M. L'Ange, ministre du saint Évangile, me répéta ce que m'avaient déjà dit M. Van den Ende et M. Prinsen : il n'y a point de mattre spécial pour cela. On inculque la morale et la religion à toute occasion ; il n'y a d'enseignement positif que celui de l'histoire biblique. Chacun des faits de cette histoire est naturellement la matière de réflexions pieuses qui développent le sentiment moral et le sentiment religieux. De temps en temps , le directeur de l'école s'assure des progrès de chaque élève en ce genre : cette inspection est le véritable enseignement. (( Voycuts , lui dis - je , montrez -moi en action cette manière de procéder. —Avec plaisir, >» me dit- il, et sur-le-champ lui-même fit en hollandais un examen de morale et de religion. M. Schreuder me traduisait successivement les demandes et les réponses. On parcourut ainsi devant moi les principaux faits de l'histoire sainte ; et , dans la division la plus avancée , on fit ressortir la moralité de ces faits. Les élèves répondirent avec plus ou moins de facilité. Je dois le dire : cette épreuve n'a pas dissipé mes doutes ; je préfère toujours la méthode allemande , un enseignement moral et religieux , très-général , où on n'entre pas dans le détail des dogmes particuliers, mais où l'on fait connaître régulièrement les principales vérités de la morale et de ta religion chrétienne avec les traits principaux de son histoire ; et je me souviens de l'impression que me fitàWeimar un enseignement de ce genre

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à Fécole bourgeoise ^ Il me semble que, sans empiéter sur l'Église, le maître â*école peut donner une pareille instruction, qui prépare àrinstruction religieuse positive sans l'anticiper, et par conséquent sans pouvoir indisposer ni le curé ni le pasteur, à deux conditions toutefois, que le curé et le pasteur soient raisonnables, et que le maître d'école se tienne dans de justes limites. Telle est la pratique allemande ; telle est la prescription de la loi française. J'ai partout, dans la préparation de cette loi et dans sa discussion , soutenu c^te opinion , et je la maintiens. Comme on ne se fie pas à renseignement de récriture et de la lecture pour donner aux enfants la connaissance et le goût de l'histoire , de même , il ne faut se fier à aucun autre enseignement pour suppléer à celui de la morale et de la religion. Il faut , sans doute , et cela est fondamental, r^roduire et faire pénétrer cet enseignement dans tous les autres ; mais , pour cela même, il faiil qa*il soit quelque part. La tolérance la plus parfaite doit applaudir à un système qui habitue toutes les opioions religieuses à s'accorder de bonne heure dans les vérités générales, communes à tous les cultes. C'est une précieuse semence de concorde à déposer dans l'âme des enfants. Après cette instruction morale et religieuse » essentiellement chrétienne , mais sans acception des communions particulières , vient en dehors de l'école l'enseignement spécial, propre à chaque communion. 11 est vrai que cette pratique tolérante suppose un pays de tolérance. £n Irlande, elle parait

> Rapport, etc., pag. 52.

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ayoir échoaé, et je m^étais permis de le prédire à mes amis d'Angleterre et d*Écosse. En Prusse , elle réassit parfaitement , et il n*y a pas de pays où elle put réussir mieux qu'en Hollande , où la piété et la tolérance sont depuis si longtemps unies. D'ailleurs, ce ne serait pas un bien grand changement à faire. Il suffirait de recueillir en un seul et même enseignement ce qui se répand et se dissémine dans tous les autres ; il s'agirait, en un mot, d'ajouter à l'histoire de l'Andenet du Nouveau Testament , les résultats que l'Ancien et le Nouveau Testament ont produits, c'est-à-dire les principes généraux de la religion et de la morale chrétienne.

J'insiste sur ce point , parce qu'il me semble trèsimportant de lier, en une certaine mesure , l'école du peuple à l'église, dans le commun intérêt de l'une et de l'autre. On m*assure d'ailleurs , qu'en Hollande l'instruction religieuse de l'enfance a lieu, en dehors de l'école , par les soins des diverses autorités religieuses qui y veillent scrupuleusement. Mais, encore une fois, cette instruction spéciale serait et plus facile et plus solide , si elle avait son fondement dans un enseignement religieux très-général. L'école n'est pas l'église; mais elle y prépare et y conduit ; quelquefois même elle en tient lieu.

Le soir, à dtner chez M. L'Ange , je rencontrai un bon vieillard, M. Mollet, instituteur, et du très -petit nombk*e de quakers qui soient aujourd'hui en Hollande. M. Mollet m'apprit qu'il avait fondé à Amsterdam une école de tout petits enfants , qui peut être considérée comme une salle d'asile. Je suppliai ces deux hommes excellents de développer ce précieux germe et de pro-

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curer à la ville d^Amsterdam un certain nombre de salles d'asile. Je m^efforçai de leur démontrer que toute école de pauvres veut une salle d'asile , bien entendu gratuite, qui y soit annexée et y prépare. Il appartiendrait au collège des curateurs des écoles de pauvres , qui a déjà tant fait pour la classe indigente, de la doter de ce nouveau bienfait.

M. L'Ange était venu à Paris l'année dernière , et il n'avait pas manqué d'aller visiter un certain nombre d'écoles primaires. Il ne tarissait pas sur les défauts de nos écoles d'enseignement mutuel, et lui, qui doit être difficile , convenait q\i'il avait vu des écoles de frères de la doctrine chrétienne très-bien tenues , et donnant d'excellents résultats à l'aide de l'enseignement simultané. Il était assez curieux d'entendre à Amsterdam un catholique (M. Schreuder), un ministre protestant, un quaker et un philosophe s'accordant à faire l'éloge de ces pauvres frères qui , sans bruit , font tant de bien , et qu'un fanatisme d'un nouveau genre essaye en vain de flétrir sous le nom de frères ignorantins. Mais je m'arrête ici pour ne pas brouiller M. l'inspecteur L'Ange , malgré sa rigidité anticatholique et ses trente ans d'expérience de l'éducation du peuple , avec notre philanthropie parisienne.

Quelques heures avant de me rendre à l'invitation de M. L'Ange , je suis allé faire visite à l'établissement d'instruction publique le plus élevé que possède Amsterdam , son Athénée.

Les athénées sont en Hollande une institution singulière , tout à fait propre à ce pays , et qui ne peut être jugée que par rapport aux circonstances qui lui ont

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donné naissance. £n 1815, d'après les observations de H. Guvier, on ne laissa subsister en Hollande que trois universités : celles de Groningue, dTtrecht et de Leyde, et les deux anciennes universités de Franeker et de Harderwyk furent supprimées. Mais, pour dédommager ces deux dernières villes et pour mettre à profit les collections de toute espèce qu'elles possédaient , on y établit une institution qui est à la fois au-dessus du gymnase et au-dessous de Funiversité, en quelque sorte une université au petit pied, c'est-à-dire un certain pombre de chaires dont chacune tient lieu d'une des cinq facultés. C'est. là ce qu'on appelle un athénée. L'athénée prépare à l'université. Les études que l'on y fait sont comptées pour les mêmes études qu'on aurait pu faire à l'université ; mais c'est l'université seule qui confère tous les grades. Les deux athénées d'Harderwyk et de Franeker sont institués par le gouvernement ; ce sont des établissements royaux. Us n'ont pas beaucoup réussi : celui d'Harderwyk n'a pu se soutenir, et il est tombé depuis longtemps ; celui de Franeker ne passe point pour très - Qorissant. A côté de celui-là, il y a en Hollande deux autres athénées dont la destination est la même , avec cette seule différence qu'ils ne sont pas des établissements royaux , mais municipaux : ce sont les deux athénées de Deventer et d'Amsterdam. Celui d'Amsterdam est fort ancien ; il compte plus d'un professeur célèbre, et, dans ces derniers temps, Wyttenbach. D'abord il ne possédait qu'un très-petit nombre de chaires ; mais peu à peu elles se sont multipliées. 11 y a à l'athénée d'Amsterdam deux ordres de professeurs , comme à l'université , les professeurs ordinaires

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et les professeurs extraordinaires. Le traitement fixe da professeur ordinaire est de 1800 florins ; celui du professeur extraordinaire est de 1200; mais le meilleur revenu des professeurs leur vient des élèves. Ici les élèves ne payent point les cours par semestre comme en Allemagne , mais par année; et chaque cours, pendant une année, coûte 60 florins. Il n*y a pas un trèsgrand nombre de professeurs , mais chacun d'eux fait plusieurs cours : par exemple , le célèbre Yan Lennep, successeur de Wyttenbach , enseigne à la fois la littérature latine, la littérature grecque et Thistoire; et comme ces trois branches de connaissances sont nécessaires à tous les élèves pour subir à Tuniversité Texamen de candidat es lettres (notre baccalauréat es lettres), tous les élèves passent par les mains de M. Van Lennep, qui se fait ainsi un revenu considérable. Le nombre des élèves est de cent cinquante à deux cents ; de plus , les différents séminaires d'Amsterdam , qui sont assez nombreux, envoient leurs élèves à Tathénëe. On y reste aussi longtemps qu'on croit devoir le foire pour se préparer au grade universitaire auquel on aspire. Un pareil établissement est très-favorable à la jeunesse d'Amsterdam , et la ville y tient fort. C'est la ville qui paye les professeurs : mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la ville aussi les nomme. Il y a auprès de l'athénée, selon la coutume hollandaise, comme auprès de tonte université et de toute école latine, une commission spéciale appelée collège de curateurs, ordinairement composée de personnages connus par l'intérêt qu'ils portent aux sciences et jouissant d'une grande considération. Ces curateurs, de concert avec l'assem-

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blée des professeurs , règlent Tordre des cours et gouvernent Tathénée. Dès qu'il y a une dépense à faire, ils s'adressent à la ville, au conseil municipal, présidé par le bourgmestre, et ce conseil décide. Quand il s*agit de remplacer un professeur, le collège des curateurs présente trois candidats , parmi lesquels le conseil municipal choisit et nomme. Cette organisation , prise en elle-même, ne vaut pas grand'chose; mais il ne faut pas oublier que la Hollande est un pays de municipalité , que les villes sont fières de leurs établissements d'instruction publique , et sont disposées à tous les sacrifices raisonnables; qu'enfin l'institution des curateurs, hommes spéciaux et capables, corrige ce que peut avoir de vicieux l'intervention du conseil municipal en des matières où il est si peu compétent.

En fait, l'athénée d'Amsterdam est très-florissant : il compte, avec M. Van Lennep , plusieurs professeurs distiigués, parmi lesquels M. den Tex, professeur de jurisprudence, et auteur d'un écrit philosophique qu'il avait bien voulu m'envoyer {De vi musices ad excolendum haminem esentetUiaPlatonis, Tra^'. ad Rh., 1816). Mais, de tous les professeurs d'Amsterdam , celui que je désirais le plus connaître , était M. Roorda , professeur de langues orientales , de théologie et de philosophie , qui commence à se faire une honorable réputation en Hollande, et dont j'avais lu une petite dissertation sur un point curieux et obscur de philosophie ancienne {DisputaHo de antictpatùme , atque Epicureorum et Sioicorumdeanticipattontbusdoctrîna, Lugd. Bat,, 1825). Je savais M. Roorda familier avec la philosophie allemande , et je comptais sur lui pour me servir de

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cicérone philosophique à Amsterdam. Je voulais lui demander de me présenter à M. Kinker, Tauteur d*un excellent exposé de la critique de la raison pure , qui était, avant 1850, professeur de littérature néerlandaise à Funiversité de Liège , et qui vit aujourd'hui à Amsterdam, dans un âge fort avancé, mais toujours occupé de philosophie kantienne. M. Roorda aurait pu mUntroduire dans Tancienne librairie Blaeu , où diverses raisons me font soupçonner qu*il pourrait bien se trouver encore quelques manuscrits de Descartes. Je voulais aussi le prier de m'aider à retrouver sur le Burgwal la maison où est né Spinoza , et à recueillir quelques traces de son séjour à Amsterdam ou dans les environs. Mais tout m'a manqué à la fois : Fathénée était en vacances ; les cours ne devaient recommencer qu^au l*'' octobre; tous les professeurs étaient à la campagne, et je ne pus pas même trouver le portier pour me montrer la maison, les auditoires et la salle d'assemblée où sont les portraits de tous les professeurs de l'athénée, depuis sa fondation jusqu'à nos jours.

Privé de tout guide , je me vis forcé de renoncer à mes recherches cartésiennes : et quant à Spinoza, à défaut de mieux , je me contentai d'aller faire en son honneur une visite à la synagogue des Juifs portugais. Il s'y célébrait ce jour-là une grande fête , celle de la réconciliation avec Dieu. Cette synagogue est assez belle, et elle était remplie jusqu'au faite. Chaque assistant était là couvert d'une espèce de drap blanc , figurant probablement le sac plein de cendres de la contrition , les uns dormant, les autres causant, un grand nombre lisant, et très -peu écoutant le lecteur, qui, sur une

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estrade , faisait une lecture publique , eu attendant le commencement de Foffice. Quel que soit mon profond respect pour toute espèce de culte, et en particulier pour le culte juif, précurseur du nôtre, j'avoue que dans cette synagogue je n'ai pu penser qu'à Spinoza. Assurément , je ne suis pas spinoziste ; et , après Leibnitz et M. de Biran , j'ai , dans mes leçons de 18â9 ^ , parlé du système de Spinoza , avec plus de sévérité que d'indulgence. En confondant le désir avec la volonté, Spinoza a détruit le véritable caractère de la personnalité humaine, et, en général, il a trop effacé la personnalité dans l'existence. Chez lui. Dieu, l'être en soi , l'éternel , l'infini, écrase trop le fini , le relatif, et cette humanité sans laquelle pourtant les attributs les plus profonds et les plus saints de la Divinité sont inintelligibles et inaccessibles. Loin d'être un athée, comme on l'en accuse , Spinoza a tellement le sentiment de Dieu , qu'il en perd le sentiment de l'homme. Cette existence temporaire et bornée , rien de ce qui est fini ne lui parait digne du nom d'existence ; et il n'y a pour lui d'être véritable que l'être éternel. Ce livre, tout hérissé qu'il est , à la manière du temps , de formules géométriques, si aride et si repoussant dans son style , est au fond un hymne mystique , un élan et un soupir de l'âme vers celui qui, seul, peut dire légitimement: Je suis celui qui suis, Spinoza , calomnié , excommunié, persécuté par les juifs comme ayant abandonné leur foi , est essentiellement juif, et bien plus qu'il ne le croyait lui-même. Le Dieu des juifs est un Dieu

iT.I,pag.465.

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terrible. Nalie créatare vivante n*a de prix à ses yeux, et rame de Thomaie lui est comme l'herbe des champs et le sang des bêtes de somme ^ Il appartenait à une antre époque du monde, à des lumières tout autrement hautes que celles du judaïsme, de rétablir le lien du fini et de Tinfini , de séparer l'âme de tous les autres objets , de Tarracher à la nature où elle était comme ensevelie , et , par une médiation et une rédemption sublime , de la mettre en un juste rapport avec Dieu. Spinoza n^a pas connu cette médiation. Pour lui le fini est resté d'un côté, et l'infini de l'autre ; l'infini ne produisant le fini que pour le détruire , sans raison et sans fin. Oui, Spinoza est juif , et quand il priait Jéhovab sur cette pierre que je foule , il le priait sincèrement dans l'esprit de la religion judaïque. Sa vie est le symbole de son système. Adorant l'Éternel , sans cesse en face de rinfini, il a dédaigné ce monde qui passe; il n'a connu ni le plaisir, ni l'action , ni la gloire , car il n'a pas soupçonné la sienne. Jeune, il a voulu connaître l'amonr, mais il ne l'a pas connu , puisqu'il ne l'a pas inspiré. Pauvre et souffrant, sa vie a été l'attente et la méditation de la mort^. Il a vécu dans un faubourg de cette ville on dans un village voisin , ou dans un coin de la Haye , gagnant, à polir des verres , le peu de pain et de lait dont il avait besoin pour se soutenir ; haï , répudié des hommes de sa communion , suspect à tous les autres, détesté de tous les clergés de l'Europe qu'il voulait soumettre à l'État , n'échappant aux persécutions

< Ecclésiaste.

3 Spin. yita €^ meditatio mortis.

98 AM5TSHDAH.

et aux oatrages qu'en cachant sa vie , humble et silencieux , d*une douceur et d'une patience à toute épreuve, passant dans ce monde sans vouloir s'y arrêter, ne songeant à y faire aucun effet, à y laisser aucune trace. Spinoza est un Mouni indien , un Soufî persan , un moine endiousiaste; et Fauteur auquel ressemble le plus ce prétendu athée est Fauteur inconnu de l'Imitation de Jésus'Christ. Ici sa trace est entièrement effacée ; aujourd'hui même dans tout l'éclat de sa gloire , quand ses idées se répandent et retentissent dans le monde entier, personne ne sait son nom, personne ne peut me dire où il a vécu et où il est mort , et je suis certainement le seul dans cette synagogue qui pense à Benott Spinoza.

Avant le dtner, la synagogue ; après le diner , la comédie, non pas la comédie française que donnaient mes chers compatriotes , les artistes de la foire (j'aurai tout le temps d'entendre M. Scribe à Paris) ; mais la comédie nationale et populaire. La pièce que nous avons vue s'appelle Les Sangsues : c'est une farce qui se passe dans la boutique d'un apothicaire.

J'aurais dû rester plusieurs jours à Amsterdam , mais le mauvais temps et l'odeur des canaux me chassèrent ; et le lendemain, à six heures du matin, j'étais, avec mes compagnons de voyage , sur la route d'Amsterdam à Utrecht.

tltmlit.

L*école française. L^inspecteur M. Van Goudoever. — L*école latine. — Étude presque exclusive du grec et du latin.— Maîtres spéciaux appliqués, dans chaque classe, à chaque branche d^études. — Absence dVnseignement philosophique et religieux. — Système de Textemat. — Constitution financière de Pécole latine. — Mode de nomination des professeurs. — Université d*lJtrecht. Sa constitution. — Un examen de candidat es lettres. — Bâtiment de Tuniversité. Salle des promotions. Portraits des professeurs. Annales de Tuniversité. — Souvenirs de Descartes à Utrechté — M. Van Heusde.

(22— â4 SEPTEMBRE.)

La route d'Amsterdam à Utretht est célèbre par son agrément. Elle offre, des deux côtés, une succession non interrompue de charmants paysages, de châteaux, de villas, qui s'avancent jusque sur les bords de la route et du canal , et présentent à Fœil des parterres de fleurs , des corbeilles de roses, et cette fraîcheur de

100 VTHBCHT.

verdure , même en automne , qui manque presque en toute saison à Tltalie. Cette route me rappelle celle de Vérone à Venise , sur les bords de la Breuta , avec la même bordure de maisons de plaisance. Mais ici tout est froid , tout est monotone ; des plaines et toujours des plaines ; tandis que sur les bords de la Brenta , à cette même époque de Taimée , il y a encore une impression de la chaleur de Tété, et les monts Euganéens, avec leurs lignes harmonieuses , encadrent agréablement le tableau. Au reste , la Hollande et Tltalre sont deux extrêmes qu'il ne faut pas plus comparer que Berghem et le Salvator ; mars chacun de ces extrêmes a , du moins , un caractère prononcé.

Utrecht est une belle ville de quarante à quarantecinq mille âmes. Elle est déjà plus élevée que toutes celles^que je viens de parcourir, et Tair y est plus pur et plus vif. J'avoue qu^en quittant Amsterdam j*ai rencontré avec plaisir une ville où j'ai pu respirer tout à mon aise, avec un peu de danger peut -être pour ma poitrine , mais avec sécurité pour mon odorat.

J'ai beaucoup à faire ki. J'y veux voir , pour l'instruction primaire , une école française que l'on m'a beaucoup vantée ; l'école latine, qui passe pour la meilleure de la Hollande; l'université, et M. Van Heusde. Aussi , tandis que mon excellent guide, M. Schreuder, va prévenir de notre arrivée les personnes qu'il nous inqiorte de eonnaltre^ nous montons sur la célèbre tour d'Utrecht , pour nous donner le spectacle de la ville et de ses environs. Utrecht est assise sur deux bras du Rlûn qui W'' traversent dans toute sa longueur, et y forment deux lignes de quais plantés d'arbres, comme

utrbcht. 101

tous les quais de Ja Hollande. Les anciens remparts ont fait place à de charmantes promenades. Point de monuments importants, excepté Thôtel de ville et la cathédrale, dont faisait partie la tour sur laquelle nous sommes établis. Il ne reste de cette cathédrale que le chœur et la croix. La partie de la nef qui était adossée à la tour a été renversée dans une tempête. Cette tour servait probablement de portail. A côté était le palais de révèque , et derrière le chœur , le cloître d'un couvent devenu le bâtiment de l'université. Toutes ces parties, liées entre elles, formaient un édifice immense. Je me félicite presque qu'il n'y ait pas un plus grand nombre de curiosités remarquables à Utrecht, pour pouvoir m'occuper sans distraction de l'objet de mon voyage.

Utrecht possède trois ou quatre écoles de pauvres, plusieurs écoles intermédiaires, et quelques écoles françaises privées. Dans ces derniers temps , la commission des écoles de la ville a eu l'heureuse idée de fonder une école française publique, une véritable Burgerschule allemande , une école primaire supérieure, que pussent fréquenter les enfants des plus honorables familles, et où l'instruction fût meilleure et plus étendue que dans les écoles françaises particulières. C'est la commission elle-même quia établi cette école à l'aide d'une souscription formée dans son sein, et avec un secours donné par le conseil municipal. C'est donc réellement une école publique : elle prospère ; on dit qu'elle sera bientôt en état de rembourser la somme avancée par la commission , et même de ne plus rien coûter à la ville.

IQS IITHBCHT.

Cette école contient deux classes, Tune pour ceux qui commencent , Vautre pour les plus avancés. Dans cette dernière, on reste jusqu'à treize ou quatorze ans. On paye 40 florins dans la classe inférieure et 75 dans la classe supérieure. Dans la même maison, mais dans une autre aile , est une école semblable pour les filles, dont la classe inférieure est seule en activité jusqu'ici.

J'ai examiné avec soin toute cette école > et je Tai trouvée digne de sa bonne réputation.

Du moins, puis -je assurer que je n'ai pas vu une seule école française en Hollande, pas même à la Haye, où la langue française soit aussi bien enseignée et poussée aussi loin que dans l'école d'Utrecht. Les élèves les plus avancés sont assez familiers avec le français pour que j*aie pu les interroger en cette langue et sur le français et sur la géographie et sur l'histoire. J'ai pris les quatre élèves les plus forts , et je leur ai fait des questions assez difficiles. Us lisent fort bien le français, mais dans quels livres? Toujours Numa Pompilius, que j'ai rencontré d'un bout de la Hollande à l'autre, et la traduction française de je ne sais plus quel ouvrage de Miss Edgeworth. En ma qualité de membre de l'Académie française, j'ai partout interposé mon autorité , et j'ai prié messieurs les inspecteurs primaires de vouloir bien introduire dans les écoles des ouvrages français véritablement classiques, par exemple le Télémaque, le Traité de l'existence de Dieu de Fénélon , les Mœurs des premiers Chrétiens, de Fleury, etc. Je me suis permis de leur recommander la petite Grammaire française de Lhomond pour les commençants, et pour les plus forts, l'excellente Grammaire française de

VTBECHT. 103

Gaeroult. Ces jeunes gens m^ont Téritablement étonné par la manière dont ils m^ont répondu sur Fhistoire de France. Ils connaissent à merveille la succession des rois et des principaux événements de chaque règne. Os possèdent parfaitement la géographie de France, et je déclare que j'auraès été très-satisfait si on m*eût aussi bien répondu dans une école du même degré à Paris. J'en ai fait sincèrement mes compliments au directeur de récole et à Tinspecteur M. Van Goudoever, professeur de littérature latine à Tuniversité , homme instruit et actif, qui, par son influence et la juste considération dont il est entouré, a rendu les plus grands services à Tinstruction primaire. Quand cet établissement sera complété par la division supérieure de l'école des filles, ce sera une excellente école bourgeoise. Mais j'ai bien recommandé à M. ¥an Goudoever de faire payer aussi 75 florins au moins dans la division supérieure de l'école de filles; car un prix un peu élevé, sans l'être tropyest le seul moyen de décider la classe moyenne à envoyer ses enfants à une école primaire, par l'assurance qu'ils n'y seront pas confondus avec ceux de la classe indigente. En France , si jamais on veut avoir des écoles bourgeoises et exécuter sérieusement l'article de la loi de 1855 , qui établit des écoles primaires supérieures dans toute ville de plus de 6,000 âmes et dans tout chef-lieu de département , il faudra y attirer , non pas , comme on le croit , par le très-bon marché , mais , au contraire , par un prix convenable qui donne un certain lustre à ces écoles , et mette dans l'esprit des familles qu'elles n'appartiennent à l'instruction primaire que par ce seul endroit ,

104 VTHRGHT.

qa*on n^j eoseigne point le grec ni le latin. Ce jonr-là, la cause des écoles primaires supérieures sera gagnée en France. La ville de Paris songe enfin, après trois ans , à exécuter la loi et à fonder une école primaire supérieure ; si elle veut en croire mon expérience, elle établira une rétribution de 5# à 100 francs par an ; elle donnera à cette école un autre nom que celui d*école primaire supérieure; elle rappellera école moyenne ou école intermédiaire , et elle ne craindra pas d'y élever renseignement et de le faire monter, par une gradation habile , jusqu'à une instruction véritablement libérale , avec des annexes industrielles et commerciales.

L'école latine était à Utrecht l'établissement d'instruction publique que je désirais le plus connaître. Depuis la Haye, je n'avais pas visité d'école latine, et je m'étais toujours réservé pour celle d'Utrecht , que Ton m'avait signalée comme un modèle en ce genre. Les deux écoles latines d'Utrecht et de la Haye, passant pour les deux meilleures du pays, l'examen de l'une et de l'autre sufiisait pour me mettre en possession du véritable état de l'instruction secondaire en Hollande.

Rappelons-nous bien le problème que doit résoudre un gymnase, un collège ; c'est de préparer à l'instruction supérieure, à l'université. En efifet, on n'apprend pas les mathématiques et les langues savantes pour n'en rien faire , mais dans le dessein de se mettre par ce moyen en état d'embrasser les professions pour lesquelles ces diverses connaissances sont nécessaires. Si ce principe est incontestable, il doit servir à constituer rinslruction secondaire et le collège.

vTfticarr. lOS

Supposez un collège où, par exemple, on n^enseigne qae les mathématiques , la chimie , la physique, Thistoire naturelle et les langues vivantes. Ce collège ne prépare point à Toniversité : il ne prépare tout au plus qu'à la faculté de médecine. Mais , dans ce cas , ou iront s'instruire ceux qui , à runiversité , veulent suivre la faculté de jurisprudence ou quelque autre faculté ? 11 leur faudra donc un collège spécial. Mais ces collèges spéciaux awaient Tinconvénient de former d^avance de futurs médecins qui seraient incapables de lire dans leur langue Gallien , Celse , Boerhaave , Stahl, etc., et des jurisconsultes qui n'auraient pas la moindre notion des lois de la nature. Il s'ensuit que le collège, pour préparer aux différentes facultés, doit contenir des enseignements divers, littéraires et scientifiques, lé repousse donc à la fois , ainsi que M. Cuvier ^, d'une part, une instruction secondaire privée qui n'enseignerait pas le grec et le latin, et de l'autre, une instruction secondaire publique qui n'enseignerait que le grec et le latin , et n'enseignerait ni les mathémathiques, ni l'histoire et la géographie, ni les principales langues de l'Europe ; et je demande une instruction secondaire publique et privée , des instituts particuliers et des gymnases , qui réunissent tous ces enseignements. C'est a peu près là le système français; c*est tout à fait le système prussien ^ ; depuis 1815, la Hollande y est plus ou moins entrée.

^ Bapport, etc., pag. 61, etc.

> Mémoire sur l'instruction secondaire en Prusse, 9e édition , 1887 ; pag. 0— 1 1 et pag. 141 .

106 VTKICHT.

Ces principe^ posés, je me permets d*attaqaer Je titre d*école latine. Ce titre était parfaitement vrai jadis, quand , dans Técole latine , on n*enseignait que les études classiques; mais si on y enseigne encore antre chose, ce titre est faux, et la persistance du titre est très-propre à retenir renseignement dans ses anciennes limites.

J*avais trouré bien des lacunes dans le programme des études de Técole latine de la Haye; je les ai retrouvées presque toutes dans celle d'Utrecht. Ainsi , je Tenais de quitter une école primaire où j^avais pu m^entretenir en français sur Thistoire de France , avec des jeunes gens de douze à quatorze ans; et quand je suis arrivé à Técole latine , dans les classes même les plus élevées , les jeunes élèves n'ont pu me répondre en français. L'allemand n'est guère mieux enseigné. Il y a bien quelques leçons sur ces deux langues; mais ces leçons ne sont pas obligatoires, et cette partie du programme est à peu près inexécutée. On ne voit pas même figurer dans ce programme les sciences naturelles et les sciences physiques. Les mathématiques sont un peu plus cultivées , mais sans jouir d'une grande considération. Tout l'intérêt est pour les études classiques. J'incline donc à penser que l'école latine d'Utrecht mérite son, nom ; et bien qu'elle admette déjà une instruction plus étendue que l'ancienne école latine hollandaise, elle n'est encore ni un gymnase allemand ni même un collège français.

C'est du moins une excellente école latine. J'y ai examiné la plus basse classe, la troisième, la seconde et la première. On y soigne, avec beaucoup de raison,

VTRKCHt. 107

renseignement des éléments , et les classes sont parfaitement graduées entre elles. J*ai fait moi-même expliquer en troisième un morceau de Plutarque , dont les élèves se sont bien tirés. La première classe n*est composée que d'une douzaine d*élèTes , et ce nombre me paraît suffisant. J*ai prié quelques-uns de ces jeunes gens de mettre en latin sur-le-champ, devant moi, un morceau de VHécube d*£uripide. Je les ai interrogés en latin sur la partie grammaticale de ce morceau, et ils m'ont répondu, toujours en latin, d'une manière satisfaisante. Je leur ai fait scander un morceau de VÉnéide, et leur ai fait rendre compte de la force des expressions. J'étais bien certain que tout cela était improvisé , puisque c'était moi-même qui faisais les interrogations.

En somme, cette école est bonne, et j'en ai été content; mais, quoiqu'on y enseigne principalement le grec et le latin, je déclare en conscience que le grec et le latin n'y sont pas mieux enseignés, ni poussés même aussi loin que dans les gymnases de l'Allemagne , où pourtant on enseigne encore beaucoup d'autres choses. L'école latine d'Utrecht ne vaut pas mieux , comme école latine, qu'aucun des gymnases que j'ai vus; et en même temps elle renferme un plan d'études moins varié et moins riche. Les écoles latines de Hollande ont donc beaucoup gagné depuis M. Cuvier; mais il leur reste quelque chose à faire pour arriver au point où elles rempliront toute leur destination, et prépareront véritablement à l'université.

Tai d^tout cela à M. Yan Heusde , professeur de littérature grecque et de philosophie à l'université

108 UTRKCHT.

d'Utrecht, un des curateurs de Técole latine, qui avait bien voulu m'en faire les honneurs ; je lui ai dit tout cela, mais sans Fébranler. M. Van Heusde est tout à fait dans les principes de M. Thiersch : il est humaniste et exclusivement humaniste en fait de collège. Pour moi, après avoir vu et comparé la France, Vàllemagne et la Hollande, je demeure convaincu que, dans rinstruction secondaire, les études classiques, les lettres grecques et latines doivent être le principal; car c'est là qu'est la vraie culture de Fesprit et de l'âme; mais qu'en même temps il faut joindre aux bonnes lettres, aux humanités, l'étude des sciences exactes , sans lesquelles il n'y a plus aujourd'hui de vraies lumières , ainsi que l'étude des langues vivantes, sans lesquelles on n'appartient pas à la grande famille civilisée. Lorsqu'on prétend que cette simultanéité d'études est une chimère , et tourne au détriment de chaque branche en particulier, je réponds hautement par l'exemple des gymnases de Berlin que j'ai inspectés moi-même , et je soutiens qu'à Paris , quand on voudra être un peu sévère sur l'ensemble des connaissances au baccalauréat es lettres , on obtiendra le même ensemble dans les études de nos collèges. D'ailleurs ce n'est pas tant la force spéciale de telles ou telles études qu'il faut rechercher dans un collège ; c'est bien plutôt l'harmonie des diverses connaissances; car c'est précisément cette harmonie qui constitue la bonne éducation. Ensuite les diverses facultés de l'université , et plus tard les écoles spéciales, impriment à l'esprit une direction spéciale et cultivent fortement t^le on telle branche des connaissances humaines. Au fond, ai -je

uTRion. 109

ditâM. VanHeasde, savez -vous quel est Tidéal de votre école latine? on collège de jésuites. A Texception du grec, qui était négligé dans les collèges de la Société, les lettres latines y étaient très^cultivées, et à peu près exclusirement cultivées. Qu*est-il sorti de ces collèges ti^ vantés? une génération de beaux esprits superficiels.

Je ne puis pas non plus approuver sans réserve un autre point essentiel de Torganisation de Fècole latilie dTtrecht ; je veux parler des maîtres attachés à telle ou telle branche d*enseignement , et la suivant dans toutes les classes , au lieu d'enseigner dans une seule les diverses branches de connaissances que cette classe comprend. J'accorde cela pour les mathématiques, pour les sciences physiques, pour les langues modernes, pour rhistoire même, comme nous l'avons fait chez nous, peut-être avec plus d'inconvénients que d'avantages. Mais , pour tout le reste , je n'admets pas qu'on doive confier à un maître la poésie latine, à un autre la prose, à un autre Je grec, etc. Mon objection radicale contre ce système est le défaut d'une autorité unique , permanente, continue dans une classe. Ensuite , comment abandonner un élève, depuis la sixième jusqu'à la première, pour une branche importante d'études, à un seul et même professeur, qui, s'il est mal choisi, ou s'il se néglige, ou s'il se fatigue, ruine cette branche d'études depuis le commencement jusqu'à la fin, et pendant les cinq ou six ans de l'école ! Cette pratique est encore imitée des collèges des jésuites, où le professeur de sixième montait, d^année en année, dans les classes supérieures , de manière à suivre ses élèves dans toutes les classes et dans

110 DTRBCHT.

tôat le cours de leurs études. J*ai rappelé à M. Van Ueusde contre ce système, que nous appelions en badinant le système circulatoire de Técole latine d'Utrecht, toutes les objections de détail que j*avais présentées à M. Wynbeek et à M. Bax à la Haye. Elles n'ont pas*eu le même succès auprès de mon savant inte4l|cuteur.

Son grand argument était celui-ci : Un homme ne peut pas posséder également toutes les branches de connaissances qu'on doit enseigner dans une classe. Réponse : Tout au contraire , je soutiens qu'à part les exceptions ci-dessus mentionnées , tout bon professeur de sixième , par exemple , doit savoir tout le grec, tout le latin , toute l'histoire même et toute la géographie dont ses élèves ont besoin. Je ne puis comprendre un professeur de sixième qui ferait expliquer les Fables de Phèdre sans être en état de citer les Fables d'Ésope, et sans faire, devant ses élèves, la comparaison instructive de l'original et de la copie. Séparer le grec et le latin est nécessaire dans une faculté de l'université , mais non pas dans un collège. Si j'osais, j'en dirais presque autant de la géographie et de l'histoire ancienne, et je ne verrais aucun inconvénient à ce que les professeurs de grec et de latin enseignassent l'histoire grecque et l'histoire romaine. Us l'enseigneraient au moins sur des textes positifs; ils mettraient par là beaucoup de faits dans la tête des jeunes gens, et on ne verrait plus de cours d'histoire de collège , appartenant beaucoup plus à la philosophie de l'histoire qu'à l'histoire proprement dite.

Second argument : A la longue, un professeur s'ennuie de rester toujours dans la même classe. Réponse :

UTRSCHT. 111

Mais, à la longue, un professeur peut s'ennuyer aussi den'enseignerjamaisqueles mêmes choses. Le remède unique à cet inconvénient est dans une bonne administration des collèges, qui, surveillant avec soin chaque professeur, tout en le maintenant longtemps dans une classe pour qu'il la possède bien, saisit le moment où la fatigue commence , pour le faire monter dans une classe supérieure, relevant ainsi et variant ses occupations.

Troisième argument : Les hommes chargés d*une branche spéciale la professent mieux. Réponse : L'argument est vrai , mais il ne porte pas , parce que la question n'est pas de savoir si un professj^ur spécial ne professera pas mieux une branche spéciale , mais si un seul et même professeur n'est pas en état de professer très -convenablement plusieurs branches à la fois, et si le résultat dernier que l'on se propose , à savoir , la bonne instruction générale des élèves, n'est pas mieux atteint dans un système que dans l'autre. Ces maîtres spéciaux tirent chacun de leur côté ; et comme ils ne peuvent pas être tous de la même force ni également intéressants, l'équilibre de la classe , ce point si essentiel , est rompu , et le grec est sacrifié au latin ou le latin au grec. Il peut arriver aussi que les branches les moins importantes , si elles sont mieux enseignées , et peut-être avec plus de zèle et de chaleur que de véri- ' table talent, nuisent à d'autres branches plus importantes et plus austères.

u Mais vous, disais -je à M. Van Heusde , qui aimez Umlies maîtres spéciaux poiy chaque branche de connaissances, comment n'avez -vous pas un professeur

^12 UTIBCBT.

de philosophie? Je ne yois point (yenseignement philosophique dansFécolclatiae d'Utrecht. — Iln'yapoint d'enseignement philosophique proprement dit dans aucune de nos écoles latines, me répondit M. Van Heusde, parce qu'à cet âge nous ne croyons pas les jeunes gens capables d'études aussi difficiles; mais les professeurs de littérature grecque et de littérature latine rencontrent et développent beaucoup de maximes philosophiques dans l'explication de certains écrits de Gicéron et de plusieurs dialogues de Platon. Nos jeunes élèves se familiarisent ainsi avec la philosophie ancienne, et sont préparés à l'enseignement philosophique des universités. » Il faut convenir qu'il en est à peu |Nrès de même dans les gymnases de l'Allemagne. Mais j'appris à M. Van Heusde qu'il n'en était plus tout à fait ainsi dans les gymnases de la Prusse, et que dans la première classe il y avait un enseignement philosophique élémentaire K Cette pratique me parait excellente en ellemême et nécessaire. Sans doute, il sort une bonne instruction philosophique du De OffUsiU, du Criton, de VAlcibiade et des dialogues socratiques ; mais il faut coordonner ces maximes et en faire un ensemble, pour que cet ensemble s'exprime dans l'esprit et dans l'âme. £t puis, il convient dlnculquer de bonne heure le sentiment de la dignité de la philosophie, et ceci est un point très -important. Ensuite, si le gymnase est une préparation à l'université , il doit préparer au cours de

1 Mémoire sur instruction secondaire en Prusse, pag.10, 159 et 185. Pour cet enseignement on se sert de Texoellent Manuel cfo philosophie d*Aug. Matthias.

VTRBCHT. 113

philosophie de la faculté des lettres. Il ne faut pas alléguer Fâge de ces jeunes gens , car s'ils sont capables de comprendre VAldbiade de Platon et les idées qui s*y rencontrent, ils peuvent bien comprendre ces mêmes idées arrangées dans un certain ordre. Enfin , en ne plaçant pas dans les collèges un enseignement philosophique élémentaire, on condamne les universités à se charger de cet enseignement , et on abaisse alors , on réduit à une nullité presque absolue la philosophie dans les universités.

Je remarquai aussi qu'il n*y avait aucun enseignement moral et religieux dans l'école latine d'Utrecht. C'est le même système que dans l'enseignement primaire , et M. Yan Heusde me répéta pour l'école latine absolument ce que tous les inspecteurs primaires m'avaient dit pour leurs écoles : Tous les maîtres ici s'appliquent en toute occasion à rappeler les principes de l'Évangile et à inculquer l'esprit de moralité et de piété; mais nous n'avons pas d'enseignement spécial à cet égard; un pareil enseignement n'a lieu qu'en dehors de l'école latine , dans le temple ou dans l'église. Et M. Yan Heusde me donnait de cette coutume les mêmes raisons qu'on m'en avait déjà données , la nécessité de maintenir la tolérance , surtout la nécessité de ne point effaroucher les ministres des différents coites , l'impossibilité de se passer d'eux pour un tel enseignement , et en même temps l'inconvénient de le confier à l'un d'eux en particulier. — Mais pourquoi ne confieriez -vous pas l'enseignement religieux des différents cultes à des ministres de ces cultes? Nul n'aurait à se plaindre , et l'école y gagnerait. —C'est 1. 10

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ce qui se fait , me dit^il , mais hors de Técole^ — A la bonne heure , si cela se fait , mais cela se fait-il réellement? Remarquez que dans les classes supérieures des écoles latines , les enfants ont fait leur première communion, et qu'il n'y a plus pour eux, en dehors de récole , d'exercices religieux obligés ; or, en toute chose , je ne me fie qu'à l'obligé. Si vous m'assurez, que , sans cette obligation , l'esprit de piété est tel en Hollande que vos jeunes gens ne manquent pas de suivre le sermon ou le prêche et des exercices religieux , je m'iqcline et me tais ; mais en Allemagne , il y a au moins autant de piété que chez vous, et pourtant je n'y ai pas vu un gymnase où il n'y ait un enseignement religieux ^ En Allemagne , cet enseignement est quelquefois si général, qu'il cbnvient aux enfants de toutes Jes communions, excepté aux juifs qui naturellement n'assistent point à ces cours. Cet enseignement , habilement réparti dans toutes ks classes, est regardé comme le fondement du gymnase. Il est même poussé si loin, bien entendu sans discussions théologiques, dans la classe supérieure, que longtemps il a dispensé et qu'encore aujourd'hui il dispense quelquefois de renseignement philosophique. En effet , le christianisme peut être considéré comme la philosophie de la jeunesse. Mais vous , dans vos écoles latines , vous n'avez ni enseignement philosophique , ni enseignement religieux. Votre enseignement scientifique n'est pas très-dé veloppé. Vous n'enseignez réellement aucune langue vivante. C'est qu'au fond vous ne voulez dans

1 Mémoire, etc., p. 9, f2, 15, 1^4 et 159.

1JTRECHT. 115

Tos écoles latines que du grec et du latin , conformément à leur titre. Pour moi, je veux dans tout collège un enseignement moral et religieux, paroeque je ne crois pas que les pratiques extérieures du culte , fussent-elles même régulièrement suivies , suffisent à Téducation morale et religieuse de la jeunesse, et que ces exercices, sans un enseignement qui les soutienne et les explique , sont plus dangereux qu'utiles dans un certain développement de Fesprit. Je veux un enseignement moral et religieux très -général et sans acception d'aucune communion dans les écoles primaires, comme base commune de renseignement religieux positif que les dififérents cultes donneront dans Téglise, le temple ou la synagogue. De même, dans le collège, je réclame un enseignement religieux donné dans les murs mêmes du collège aux jeunes gens des différents cultes par les ministres de ces cultes , un enseignement chrétien qui suive les jeunes gens depuis leur entrée jusqu'à leur sortie du collège , qui les pénètre d'un respect éclairé et durable pour les grands monuments du christianisme , pour les grandes vérités qu'il a mises dans le monde , et pour la sublime morale de l'Évangile. Maintenant vous me dites qu'un pareil enseignement est difficile à maintenir dans les limites de la tolérance et de la raison. J'en conviens avec vous ; je conviens encore qu'il vaut mieux que cet enseignement n'ait pas lieu , que s'il était fait dans un esprit de fanatisme ou de prosélytisme , ou de dévotion mesquine et superstitieuse ; mais je vous donne ma parole que j'ai assisté en Allemagne à des leçons de religion , dans les écoles du peuple et dans les

116 VTRECHT.

gymnases , qui m'ont pénétré d'admiration , et ce qui vaut encore mieux , qui m'ont donné à moi-même, au moins pendant cette heure fugitive, tous les sentiments que je voudrais voir s'enraciner dans le cœur de mes semblables.

Nous avons aussi agité la grande question de Fexternat et du pensionnat dans Tinstruction secondaire. Ici tout le monde est unanime contre le pensionnat , et M. y an Heusde m'a parlé comme M. Bax. L'école latine d'Utrecht est un externat comme celle de la Haye S et M n'y a pas en Hollande une seule école latine , un seul gymnase à pensionnat. J'ai demandé quel moyen on avait alors de connaître profondément chaque élève , et d'influer sur ses sentiments ; en un mot 9 de mêler l'éducation à l'instruction. Voici ce qui m*a été répondu : « 1® Le directeur et les professeurs, délivrés des soins qu'entratne le pensionnat , correspondent habituellement avec les pères et les mères de famille. La famille et Técole s'entr'aident. Les mères, en particulier, ont un zèle admirable. â<» Chaque maître s'efforce de cultiver Tâme de ses élèves en ramenant sans cesse dans ses leçons de bonnes maximes, et en saisissant toutes les occasions de se livrer à des réflexions morales, n Ces deux excellentes pratiques existent aussi en Allemagne , où le plus grand nombre des gymnases sont, comme en Hollande, des externats. Et à ce propos , je ne puis m'empêcher de faire remarquer que les deux peuples où l'éducation joue le plus grand rôle dans l'instruction , sont précisément les deux peuples

1 Voyez la Haye , peg. 28.

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qpl préfèrent Texternat au pensionnat, tandis qu*en France où Tinternat prévaut, sur le principe que Tin* ternat seul peut donner l'éducation , Téducation est presque nulle ou beaucoup plus faible que dans les deux autres pays. J*ai moi-même exposé ailleurs les difficultés de toute espèce et les graves dangers du collège à pensionnat ^ D*un autre côté , un pareil collège bi^ dirigé serait une chose si admirable et si utile , ce serait une leçon si efficace et si vive d*ordre , de hiérarchie et de justice , que je ne voudrais pas désarmer la société d'un tel moyen de culture morale et politique. Et puis , en France, la vie domestique est malheureusement si faible , que si nos collèges cessaient d'être des pensionnats , les établissements privés s'enrichiraient seuls de leurs dépouilles, il y aurait autant d'enfants enlevés à leurs familles, avec cette seule différence , qu'au lieu de tomber entre les mains vigilantes de l'État , ils seraient abandonnés à des spéculations particulières bien moins capables encore que le gouvernement de succéder aux droits et aux devoirs de la famille. En résumé , je ne crois pas qu'on puisse résoudre le problème d'une manière absolue. Tout dépend des mœurs du pays, du plus ou moins de force de la vie de famille , et de beaucoup d'autres choses qu'il faut prendre en considération pour fonder à propos un collège de pensionnaires ou d'externes. La seule chose que je n'aie vu réussir nulle part , c'est un pensionnat trop considérable.

Je termine cet exanoteu de l'école d*Utrecht par quel-

1 Rapport, pag. 113.

118 VTRBCHT.

ques mots sur sa constitution intérieure et sur le mode de nomination des professeurs. Pour une centaine d'élèves, il y a sept professeurs, indépendamment des maîtres de français et d'allemand. Parmi les professeurs , deux sont les supérieurs of&ciels des autres , et portent les titres de rectar et canrector, comme en AIl^agne, c'est-à-dire notre proviseur et notre censeur. L'école est sous la surveillance d'un collège de curateurs , comme l'athénée d'Amsterdam. Cette commission a la plus grande confiance dans un de ses membres, M. Van Heusde , le premier homme de l'université et du pays , qui gouverne à peu près l'école latine et la dirige dans l'esprit que nous avons signalé. C'est le collège des curateurs qui propose les candidats pour les places de professeurs au conseil municipal d'Utrecht; ce conseil nomme les professeurs et il les paye. L'état n'intervient ni dans la nomination , ni dans le traitement des professeurs ; et il en est ainsi dans toute la Hollande ^ L'instruction secondaire ne coûte donc presque rien à l'État ; mais aussi l'État n'exerce presque aucune influence sur elle , excepté par la surveillance de l'inspecteur des écoles latines , M. Wynbeek , qui réside à La Haye , et fait de temps en temps quelques tournées. £n réalité , l'instruction secondaire est ici toute municipale, et plus municipale même que l'instruction primaire; car celle-ci est presque tout entière entre les mains des inspecteurs qui la surveillent, composent les commissions d'examen de capacité générale, et président les concours pour les nomina-

* Voyez la Haye, pag. 31 ; et Amsterdam , pag. 93.

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lions spéciales; et ces inspecteurs sont nommés et payés par TÉtat. II y a même des places de mattres d'école de ville et de village, dont TÉtat fait ou complète le traitement , quand la commune et le département n^y suffisent pas. A Tautre extrémité <ie l'instruction publique, dans les universités, TÉtat intervient encore, et il intervient seul : il paye les professeurs et il les nomme. Mais toute l'instruction secondaire est abandonnée aux municipalités , éclairées et dirigées , il est vrai , par des collèges de curateurs. Pour devenir recteur ou professeur, il n'y a pas d'autres conditions que celles de certains grades universitaires; le recteur doit être docteur es lettres , et tout professeur au moins candidat; mais outre les grades, il n'y a pas d'examens spéciaux qui constatent la capacité spéciale d'enseigner en telle ou telle classe ; et il n'y a point de mode régulier de préparer à l'enseignement , comme en Allemagne et chez nous ^ Une ordonnance royale a bien institué des cours de pédagogie dans les trois universités du royaume, pour les jeunes gens qui se destinent à l'enseignement; mais ces cours de pédagogie sont presque entièrement théoriques. A Utrecht, c'est M. Van Goudoever , le professeur de littérature latine, qui est chargé du cours de pédagogie. Or, on voit par le programme des leçons de l'université , que celles-là n'ont lieu que deux fois par semaine ; chacune

^ Mémoire sur Tinstraction secondaire en Prusse, p. 93; séminaires pour les écoles savantes , p. 40 ; examens pour parvenir à un emploi dans Tenseig^nement secondaire. Pour la France, voy . le recueil intitulé : EcoUnormale, etc., 1837 .

ISO UTRXCBT.

est d*ane heure seulement ( et M. Bake, qui est chargé de ce même cours à Leyde , n'y emploie pas plus de temps. Cest déjà quelque chose que l'institution de ces cours ; elle trahit au moins le sentiment d'un besoin réel; mais il y a loin de là aux écoles normales de la Prusse et à notre école normale de Paris. En général , Porganisation de l'instruction secondaire en Hollande est, à mon gré, l'enfance de l'art, et l'ordonnance de 181 S demande une révision sérieuse où l'on fasse à l'État une part bien plus forte dans le gouyernement de l'instruction secondaire. Mais encore une fois, il ne faut pas oublier que la Hollande est une vieille république où il règne encore beaucoup d'esprit républicain , j'entends dans le bon sens du mot. Pour bien apprécier les institutions de ce pays , il ne faut jamais perdre de vue les deux choses qui y dominent, l'esprit municipal et l'esprit de famille. C'est cet esprit qui a produit et qui maintient les collèges d'externes exclusivement municipaux. En France, l'esprit contraire a produit et soutient nos collèges royaux à pensionnat. Mais il est temps de passer de l'instruction secondaire à l'instruction supérieure, de l'école latine à l'université d'Utrecht.

Qui connaît l'ordonnance de 1815 sur les universités connaît Funiversitéd'Utrecht; car, en Hollande, les lois sont exécutées, et les règlements ne vont pas d'unc6té et les faits de l'autre. Une université hollandaise est d'ailleurs presque entièrement une université allemande ^

1 Rapport, etc. Université de léoa. Université de Leipzig, pag. 80etl33.

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Taudis que les écoles latines sont exclasiyement en* tretenues par les villes , comme nos collèges communaux, les universités sont entretenues pas FÉtat et ne relèvent que de TËtat. Auprès de chaque université est un collège de curateurs , encore comme en Allemagne. L'université est gouvernée , pour le train ordinaire des affaires , par le sénat académique , rassemblée de tous lès professeurs ordinaires , et par le recteur élu par cette assemblée et nommé par le roi pour une année, à tour de rôle, dans chaque faculté. Il n'y a pas seulement ici quatre facultés, comme en Allemagne; mais, ce qui vaut mieux, et ce qui est un reste du régime français, il y a cinq facultés. VordophiUhêophicus de l'Allemagne ^ est ici divisé en deux, comme chez nous : les lettres et les sciences. £n revanche , je désirerais que la Hollande , ainsi que la France , eussent dans chaque faculté , outre des professeurs ordinaires et des adjoints, avec des rangs et des traitements différents, déjeunes docteurs admis, à certaines conditions, à faire des cours dins l'auditoire de chaque faculté. Voilà six ans que je demande à tous les ministres qui se succèdent au ministère de l'instruction publique, d'appliquer à toutes les facultés la belle institution des agrégés de la faculté de médecine. Les lecteurs des universités hollandaises ne sont que l'ombre de cette institution ; car ces lecteurs ne font des cours que sur des matières de peu d'importance, tandis que nos agrégés de l'école de médecine , les PrivaP-docentm

1 Rapport, etc. Université de léna. Université de Leipsig, pag. 80 et 133.

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des universités allemandes, font précisément des cours sur les points les plus intéressants que négligent quelquefois les professeurs ordinaires et les adjoints, et par là soutiennent et animent renseignement, et corn* plètent, presque sans aucuns frais, Tencyclopédie scientifique que toute université doit présenter. Mais, j*ai ailleurs ^ assez développé mes idées à cet égard , pour qu'il soit superflu d'y insister davantage.

Ici , comme en Allemagne , personne ne comprend des professeurs ordinaires de l'université, qui doiveni être des hommes depuis longtemps connus et entourés d'une certaine renommée, concourant commed'obscurs maîtres d'école ou comme des jeunes gens, et subissant des épreuves très-hasardeuses, devant des juges qui, à dire vrai, sont et doivent être incapables de les apprécier. En «ffet , que dans une faculté des sciences , par exemple, le professeur unique de mathématiques vienne à mourir, voilà les professeurs d'histoire naturelle, de physique, de chimie, etc., qui se trouvent juges d'un concours pour une chaire de mathématiques , lorsqu'ils ne sont pas ou peuvent ne pas être mathématiciens, et quand celui qui se présente doit leur être infiniment supérieur à tous dans cette branche spéciale de connaissances. Je suppose qu'à notre faculté des lettres , le professeur de géographie savante vienne à nous manquer; comment veut-on que moi, professeur de l'histoire de la philosophie , je sois un juge compétent d'un concours de géographie ? Je refuserais

1 Rapport, etc. Université de léna.Uniyersité de Leipzig, pag. 80 et 133.

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assarément de traduire à ma barre M. Letronne ou M. Walkenaer. Je suis à peine en état d'être leur écolier, loin jde pouvoir être leur juge ; mais j'aurais assez de lumières pour me trouver honoré qu'on me les donnât pour collègues. J'ai encore , il y a longtemps , exprimé mon opinion tout entière à cet égard S «t, grâce à Dieu, l'opinion publique, un moment égarée ou plutôt étourdie par la clameur de la médiocrité remuante, commence à reconnaître que le concours appliqué aux chaires d'université est une véritable dérision. £n Hollande , le collège des curateurs propose , et le roi , c'est-à-dire le ministre nomme. Il en est à peu près de même en Allemagne , où le ministre prend peut-étre un peu plus d'initiative du choix. Je sais bien tout ce qu'on peut dire contre ce mode de nomination; mais tout a ses inconvénients, et les plus grands sont du côté du concours. Au reste , voulezvous une preuve de fait? Pour les chaires de première institution en France , le droit de nomination directe appartient au ministre. Il a été ainsi nommé , depuis 1830, un bon nombre de professeurs, par des ministres très-différents, dans toutes les faeultés. Examinez ces choix ministériels , et comparez -les avec les résultats des concours dans ces mêmes facultés.

Mais voici le point vital de la constitution dë& universités en Hollande et en Allemagne. Le professeur a an traitement fixe convenable, mais il reçoit aussi une rétribution des élèves qui fréquentent ses cours.

1 Réppoi't, etc. Uiiiversité dé léna. Université de Leipzig, pag. 80 et 135.

124 CTISCET.

Je Tai dit ailleurs ^ , et je le répète, c*est là Faiiique moyen d*aToir des professeurs lélés et des auditeurs assidus. Nulle invention ne peut remplacer tette condition fondamentale. Par exemple , Tappel qui se fait ou qui devrait se faire dans nos facultés de droit en France, est une pratique puérile, tyrannique et vaine. Qui oserait proposer de la transporter dans les facultés des sciences et des lettres? La vraie discipline d'un cours , la vraie garantie de Tassuidité est dans la rétribution des élèves. C'est aussi là qu'il faut chercher la garantie d'un auditoire sérieux , qui réagit à son tour sur l'enseignement. Alors plus de cours de luxe , plus de déclamations, de divagations , d'excursions perpétuelles hors du sujet. Tout cela , loin de repousser la jeunesse , l'attire naturellement, lorsqu'elle peut venir écouter tout cela pour rien et uniquement pour son plaisir ; mais si , pour son argent , on ne lui donne que des phrases , les plus belles , si elles sont vides , ne suffiront plus. Le professeur qui voudra un nombreux auditoire, dans le double intérêt de sa renommée et de sa bourse, fera effort pour être solide , substantiel, instructif, comme aujourd'hui je sais des professeurs capables de donner un très-bon enseignement , et qui se tourmentent l'esprit pour faire, contre nature, un enseignement léger, à la portée de leurs bénévoles auditeurs.

Je sais parfaitement que je prêche dans le désert, et que je ne serai point écouté. Cependant je neces-

» Rapport, etc. Université de léna. Université deLeigzig, pag. 80 et 135.

OTBECflT. lâS

serai d*opposer à un asage qui n*a pas trente ans en France , et qui , depuis trente ans , a toiigours été un abus manifeste , la règle et la pratique de toutes les universités du monde et la Toix de Texpérience universelle ^ ^

Je mettais une grande importance à juger par moi-même de la force des études littéraires à l'université d'Utrecht, et, pour cela, je désirais assister à Texamen de candidat es lettres , notre examen du bacca-^ lauréat es lettres. En Hollande , comme chez nous , le grade de candidat ou de bachelier es lettres est indispensable pour prendre des grades dans toutes les autres facultés ; mais il n'est pas la condition de Timmatriculation même : on peut ne prendre le grade de candidat es lettres qu'au bout de deux ans ; en fait on ne le prend guère avant un an ou dix-huit mois, et il suppose qu'on a suivi plusieurs cours à l'université dans la faculté des lettres. L'immatriculation s'accorde â peu près à quiconque la demande, et l'examen d'immatriculation n'est guère qu'une formalité , à ce que m'ont dit la plupart des professeurs. La nécessité d'un examen sérieux pour la candidature es lettres

^ G'toit aussi Tavis de M. Guvier. Il s'exprime plusieurs fois à eét égard de la manière la plus catégorique. Rapport, p. 180. tt Reste à parler des rétributions des élèves. C'est, comme nous Pavons dit , un mobile si puissant et si utile pour Témulation des professeurs et pour attacher les élèves à leurs études , que si nous étions appelés à proposer des améliorations dans notre système de Tintérieur, nous n'hésiterions pas à proposer qu'on rétablit ces rétributions partout. 9

Iâ6 UTBBCHT.

est donc d'autant plus grande. Je demandai à M. Van Heusde de me faire assister à un examen de ce genre, et comme il devait y en avoir un le lendemain , je n'ai pas manqué de m'y trouver, et j'en puis parler en parfaite connaissance de cause.

Avant d'entrer dans le détail de cet examen, je dois dire qu'en Hollande le programme de la candidature es lettres est différent , selon que le candidat se destine à la médecine , ou à la jurisprudence , ou à la théologie , ou aux sciences , ou aux lettres. Mais si les programmes d'examen sont diff^crents , ce doit être précisément pour qu'il soit apporté à chaque examen une sévérité convenable. Cependant M. Van Heusde m'a avoué, comme le fit quelques jours aprèsM.Bake à Leyde, que s'il s'agit de candidats pour les sciences, pour la médecine , et même pour la jurisprudence , Texamen est très-facile et d'une extrême indulgence» C'est un grand mal , qui aggrave celui de la nullité de l'examen d'immatriculation ; et ces deux abus méritent au plus haut degré l'attention du gouvernement. Mais M. Van Heusde prétend qu'on est plus sévère lorsqu'il est question de candidats en théologie et surtout en littérature. Le candidat qui se présentait à l'examen auquel j'ai assisté se destinait à la théologie. Voici comment s'est passé cet examen :

Le jeune homme fréquentait les cours de l'université depuis une année. Il savait qu'il serait interrogé sur la littérature moderne , sur le Banquet de Platon pour la littérature grecque , sur le De OfflciU et sur un poète latin pour la littérature latine, enfin sur l'hébreu. Les juges étaient les quatre professeurs ordi-

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