‹ De l'insurrection et de la légitimité;Chapitre 11 sur 24 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Retour sur le passé. État de la France comme la révolution de i85o l’a trouvée. Force indélébile du principe de la légitimité.

Il y a des choses d’habitude que l’on dit de par le monde , et qui , bien que grossièrement fausses , ne laissent pas de produire tout l’effet de la vérité sur la

race moutonnière du siècle. Il est bien entendu , par exemple , quoique chaque jour vienne ôter à cette niaise allégation quelque chose de son empire , de ne parler de la restauration que comme d’une époque de servilité , de misère et de dégradation , dont on n’essaie pas même de vérifier les souvenirs , tant cela ferait mal au cœur! Cependant il faut que j’aie la cruauté de le dire , dut cette rude franchise faire tomber en syncope le patriotisme maladif de nos révolutionnaires de salon : jamais la France n’avait joui de plus de prospérité réelle , d une liberté aussi étendue et d’une gloire aussi vraie , aussi pure , aussi utile , que sous cette restauration tant méprisée, et chaque jour plus regrettée.

Quoique F application du principe ait été généralement faible et mal entendue , quoiqu’une triste succession presque non interrompue de fautes ministérielles ait fini par le faire succomber sous Faction révolutionnaire , le principe en lui-même était trop fort , pour qu’il lui fût possible de ne pas produire les plus merveilleux effets.

Après deux invasions , dont la cause lui était antérieure et dont les effets n’en tombèrent pas moins à sa charge, la restauration parvint à mettre les finances et le crédit sur le pied le plus florissant. La dette chaque jour diminuée dans une progression admirable et la quotité de l’impôt déjà abaissée par plusieurs dégrèvemens successifs , donnaient de la réalité à l’espoir que l’on avait conçu de restituer au commerce , à l’industrie et surtout à l’agriculture , tous les moyens d’a-

mélioration et de fécondité qui devaient porter à leur plu$ haut degré les prospérités de la France.

Sous les régimes précédens , la liberté ne fut plus d’abord qu’un mensonge, à laide duquel les divers gouvernemens révolutionnaires exercèrent insolemment les plus terribles actes d’oppression et de barbarie ; plus tard, on ne prit plus même la peine d’invoquer son nom, et le despotisme le plus absolu vint peser de tout son poids sur la patrie. Ce ne fut que sous la restauration que , par enchantement et comme par un effet naturel de la légitimité et de la nationalité du pouvoir royal , on eut vraiment la possession de cette liberté jusque-là toujours promise et jamais accordée. Si, dans quelques actes isolés , l’administration essayait de lui porter quelque atteinte , à l instant les lois invoquées lui prêtaient leur secours , et l’oppression était vaincue. En ce temps -là on jouissait à la fois de la sécurité que donne la force du pouvoir , et de la liberté qu’assure la protection des lois. Quelque bienfaisant que fût un tel ordre de choses, l’ambition déçue et la vanité blessée conspiraient cependant pour le détruire. Mais quoique l'on conspirât , la liberté restait toujours la même pour tous. Là, point de mesure d’exception qui n’eût été préalablement réglée par la loi; point d’oppression particulière qui ne fût à l’instant réprimée. La liberté était partout , et elle était si grande , qu elle n’a pas peu aidé les conspirateurs à renverser le gouvernement qui la garantissait à la nation.

La gloire que la restauration a fait briller sur le

pays était telle que le comportait un régime de liberté. Moins furibonde et plus généreuse que sous la république ; moins prestigieuse , moins meurtrière et plus sûre que sous l’empire , elle coûta beaucoup moins à la nation, et en définitive elle lui rapporta davantage. La Grèce secourue , l’Espagne délivrée, Alger conquis, sont ses nobles et utiles trophées ; la marine ramenée à son ancienne importance est son plus beau monument.

La sécurité que la France puisait dans cet état de ses forces morales et matérielles , répandait sur le pays une aisance générale , dont on commence seulement à sentir le prix aujourd’hui qu’on l’a perdue. La prospérité publique avait été naturellement la source des prospérités particulières. Un mélange heureux de tout ce qui fait le bonheur des nations avait produit partout un bien-être dont la réalité n’est que trop douloureusement attestée par la comparaison que les masses appauvries et froissées par une révolution qui , dit-on , devait les enrichir, sont portées à établir de ce temps -là avec le temps présent.

L’éclat qui rejaillissait sur nos armes, de laplus noble conquête des temps modernes , avait puissamment excité l’admiration de tous les peuples , et n’avait réveillé que chez un seul une défiance , calmée chez les autres en grande partie par ce sentiment de justice qui se confondait avec le principe même de notre gouvernement. La puissance de notre armée et de notre marine rendue plus éclatante par ce triomphe extraordinaire dans un siècle fécond en événemens extraordinaires , le cercle de nos débouchés commerciaux agrandi , la

piraterie tombée sous nos coups , tout concourait , la veille du jour où succomba le pouvoir légitime , à augmenter la masse déjà si considérable de nos richesses nationales , en ouvrant la voie la plus large à l’écoulement de nos produits agricoles et industriels.

Au moment où la révolution de i83o l’a prise , la France, respectée au dehors , riche et libre dans son intérieur, offrait la brillante image d’une grandeur et d’une prospérité que les plus douces espérances venaient embellir encore. Qu’est devenue cette France si belle? Nous allons le demander au gouvernement du 7 août.

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