CHAPITRE VIII
Ce qu’il y avait h faire dans le système de [ insurrection. La ïépublique, ou la monarchie 3 l'élection, ou 1 hérédité.
M. de Chateaubriand assure que , le trône légitime
étant renversé , il y avait à choisir entre cinq manières
de gouvernement (1).
Dans le système vrai de la politique , applicable à l’état présent de notre territoire et surtout de nos mœurs et de nos lois , il n’y avait qu’à rester dans l’ordre monarchique , légitimement constitué pour le
(1) De la nouvelle proposition relative au bannissement de Charles X et de sa famille ; pag,. a 5.
maintien et la conservation de la société politique française.
IrSfns le système de l’insurrection , du moment où il fut résolu qu elle était un fait possédant toutes les facultés du droit et que ce droit pouvait produire des gouvernemens , il n’y avait rationnellement que deux choses faisables : rester dans l’ordre monarchique avec les conditions légitimes d’hérédité qui constituent ce système politique, ou proclamer la république avec les conditions d’élection qui lui sont propres.
Il n y a dans le monde que deux systèmes politiques : la monarchie et la république ; en d’autres termes , l’hérédité et l’élection.
Le principe de l’hérédité monarchique admis , on ne peut pas le faire double , c’est-à-dire , on ne peut pas raisonnablement établir que l’hérédité pour la possession du trône soit constituée dans deux lignées : car il ne saurait y avoir deux droits successivement déclarés pour la possession du meme trône ; ou bien il y aurait des prétentions à l’infini; et le grand but de l’hérédité monarchique , comme sou grand mérite , est de rendre vaine par l’unité du droit la diversité tumultueuse des prétentions au pouvoir.
Une fois que 1 hérédité de la couronne est constituée dans une famille , le droit monarchique lui est acquis , non pour la commodité de la famille royale , mais , comme on le voit , par un puissant motif d intérêt national, jusqu’à ce que l’hérédité soit épuisée par l’extinction successive des diverses branches de la race souveraine, chaque héritier du trône venant au
rang qui lui est attribué dans l’ordre de succession déterminé par la coutume.
En renversant le système de l’hérédité monarcwfque pour lui substituer le système de l’élection républicaine, si l’on ne fait pas un acte légal ni utile, du moins fait-on un acte conséquent , puisque c’est un système réel que l’on oppose à un autre système.
Mais si I on proscrivait une hérédité existante pour mettre arbitrairement à la place une autre hérédité, on substituerait des individus à des individus dans un système où les individus ne sont rien et où le principe est tout; on élèverait une prétention à côté d’un droit, et on produirait ainsi la division et l’anarchie avec les formes les plus imposantes de l’ordre. En substituant au titre héréditaire constitué un titre héréditaire nouveau , on établirait en réalité la faculté capricieuse de F élection indéfinie dans un système que l’on aurait voulu fonder sur l’hérédité , et par conséquent avec des formes de perpétuité ; le meme droit en vertu duquel on prétendrait avoir pu légalement renverser l’ancien pouvoir héréditaire , subsistant pour être exercé toutes les fois que l’on voudrait renverser la nouvelle hérédité substituée à l’ancienne , et la remplacer à son tour par une autre hérédité. Il y aurait dans ce faux système hérédité pour la forme ; mais au fond il y aurait élection sans règle et sans frein.
Une république peut exister même avec un roi , pourvu que ce roi ne soit pas héréditaire ; car c est l’élection qui constitue la république , comme l’hérédité constitue la monarchie. Ï1 y avait un roi en Polo-
gne ; et Ton ne disait pas ia monarchie , mais la répub Jique de Pologne.
Toute nation où, par la constitution du pays, le chef de l’Etat est électif, quel que soit d’ailleurs le titre dont il soit revêtu , est une république.
Toute nation où le titre du chef de l’Etat est héréditaire de droit comme de fait, appartient au régime monarchique.
Une nation où le titre du chef de l’Etat , déclaré héréditaire , serait de fait soumis aux chances d’une élection éventuelle , ne serait ni une république ni une monarchie , mais un amalgame anarchique de lélection et de l’hérédité , réunissant les inconvéniens des deux systèmes sans avoir aucun de leurs avantages. Ce serait un juste milieu organisé en manière de gouvernement , avec toutes ses impuissances , toutes ses impossibilités et tous ses périls.
La monarchie , avec ses conditions invariables de légitimité , comme règle , la république comme exception , sont en conséquence les deux seuls systèmes politiques qui aient de la valeur et qui puissent être professés de bonne foi dans un but d’intérêt public , parce qu’ils reposent sur les deux seules bases possibles de gouvernement , l hérédité et l élection , sur les deux seuls principes qui puissent donner vie à la société politique : d’autorité légitime irrévocablement constituée à perpétuité par la volonté générale , ou bien la volonté générale elle-même exerçant directement l’autorité par voie d’élection de mandataires temporaires et révocables. Les autres systèmes n’ayant pour mobile
que des intérêts d’ambition personnelle et n’étant que des combinaisons de coterie , ne sauraient offrir rien de patriotique ni de consciencieux , ni rien produire d’utile et de national.