‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 22 sur 112 · Mueller, 3Ianuel de physiologie, II · texte numérisé non relu

Mueller, 3Ianuel de physiologie, II

riencc fréquente, je sais que le sommeil va venir, et qu'il ne faut point déranger la vision naissante ; je m'y laisse aller; au bout de quelques minutes, elle est complète. Des arcliitectures, des paysages, des figures agissantes, défilent lentement, et parfois persistent, avec une netteté de formes et une plénitude d'être incomparables ; le sommeil est venu, je ne sais plus rien du monde réel où je suis. Plusieurs fois, comme M. Maury, je me suis fait éveiller doucement, à différents moments de cet état, et de cette façon j'en ai pu remarquer les caractères. — L'image intense qui semble un objet extérieur, n'est qu'une continuation plus forte de l'image faible qu'un instant auparavant je reconnaissais comme intérieure ; tel bout de forêt, telle maison, telle personne que j'imaginais vaguement en fermant les yeux, m'est, en une minute, devenue présente avec tous ses détails corporels, jusqu'à se changer en hallucination complète".

1. Maury, Du sommeil^ 3* édition, p. 448 et 453- Nombreux exemples cités à Fappui :

« Dès que l'esprit s'arrête sur une idée, une hallucination hypnagogique correspondante se produit , si l'œil vient à se fermer.... L'état d'hallucination n'est qu'un rarivement de l'idée-image dû à ce que les parties internes des appareils sensoriaux devenus plus délicats et pluîi facilement excitables subissent par l'opération de la conception une répercussion plus forte que dans l'état sain, répercussion cependant de même nature que celle qui accompagne la pensée, »

CHAP. I. NATURK ET RÉDUCTEURS DE L'IMAGE. 105

Puis, en m'éveillant sous la main qui me touche, je sens la figure s'effacer, se décolorer, s'évaporer; ce qui m'avait paru une substance se réduit à une ombre. Maintes fois, j'ai assisté ainsi tour à tour à l'achèvement qui fait de l'image simple une hallucination, et à la dégradation qui fait de l'hallucination une image simple, — Dans ce double passage, on peut noter les différences et découvrir les conditions des deux états.

Nous approchons du réveil. A mesure que l'image devient plus intense, elle devient à la fois plus absorbante et plus indépendante. D'un côté, elle prend peu à peu pour elle toute l'attention ; les bruits et les contacts extérieurs deviennent de moins en moins sensibles; à la fin, ils sont comme s'ils n'étaient pas. D'autre part, elle surgit et persiste d'elle-même ; il nous semble que nous ne sommes plus producteurs, mais spectateurs ; ses transformations sont spontanées, automatiques^, Au maximum de l'attention et de l'automatisme, l'hallucination est parfaite, et c'est justement la perte de ces deux caractères qui la défait. — Nous approchons du réveil. D'un côté, au léger contact de la main qui nous réveille, une partie de notre attention se reporte vers le dehors. D'autre part, la mémoire revenant, les images et les idées renaissantes enveloppent l'i-

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