Mot de M. Baillarger
mage par leur cortège, entrent en conflit avec elle, lui imposent leur ascendant, la tirent de sa vie solitaire, la ramènent à la vie sociale, la replongent dans sa dépendance habituelle. Ce tiraillement et ce combat font l'étourdissement du révei], et ce qu'on appelle la veille raisonnable n'est que l'équilibre rétabli.
L'image ordinaire n'est donc pas un fait simple, mais double. Elle est une sensation spontanée et consécutive, qui, par le conflit d'une autre sensation non spontanée et primitive, subit un amoindrissement, une restriction et une correction. Elle comprend deux moments, le premier où elle semble située et extérieure , le second où cette extériorité et cette situation lui sont ôtées. Elle est l'œuvre d'une lutte ; sa tendance à paraître extérieure est combattue et vaincue par la tendance contradictoire et plus forte de la sensation que le nerf ébranlé a suscitée au même instant. Sous cet effort elle s'affaiblit, elle s'atténue , elle n'est plus qu'une ombre ; nous l'appelons image, fantôme, apparence, et, si vive ou si claire qu'elle puisse être, il suffit de cette négatioQ qui lui est jointe pour la vider de sa substance, pour la déloger de son emplacement apparent, pour la distinguer de la vraie sensation.
Mais supposez le cas inverse ; admettez que dans la veille aussi bien que dans le sommeil, et
CIIAP. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE L'DIAGE. 1Û7
par exemple dans l'extase ou dans la fougue de l'action, cette sensation, malgré l'ébranlement du nerf, soit absente ou comme absente, c'esf-àdire non remarquée , annulée par la présence et la prépondérance d'une autre idée, image et sensation. Des exemples pareils ne sont pas rares. Au bombardement de Saint- Jean d'Ulloa, une volée de boulets mexicains arrive dans la batterie d'un navire français; un matelot crie : « Rien, tout va bien. » Une seconde après, il s'affaisse évanoui : un boulet lui avait fracassé le bras; dans le premier moment il n'avait rien senti*. — Pareillement, dans un état plus calme, cherchons une sensation ou fragment de sensation qui soit anéanti et ne puisse plus contredire l'image. L'image paraîtra alors située et extérieure; et, quoique déclarée illusoire par les idées environnantes, elle continuera à paraître située et extérieure, parce que la sensation qui seule pourrait lui ôter ce caractère manque ou est comme si elle n'était pas. L'hallucination alors est complète, et ce qui la constitue c'est l'annulation de la sensation ou du fragment de sensation qui seule pourrait la réduire. — Quand un halluciné, les yeux ouverts, voit à trois pas une figure absente et qu'il y a devant lui un