Ce fait m'a été raconté par un témoin oculaire
simple mur tapissé de papier gris à bandes vertes, la figure en couvre un morceau qu'elle rend invisible ; les sensations que devrait provoquer ce morceau sont donc nulles; cependant, la rétine et probablement les centres optiques sont ébranlés à la façon ordinaire par les rayons gris et verts; en d'autres termes, l'image prépondérante anéantit la portion de sensation qui la contredirait. Si, comme il arrive souvent, le fanlùme se meut, l'image prépondérante, à mesure qu'elle avance et couvre une autre portion du mur, efface et laisse reparaître tour à tour des fragments distincts de sensation. Ce n'est pas alors Il raison qui manque ; car souvent dans cet état l'esprit reste sain et le malade sait que la figure n'est pas réelle ; c'est le réducteur spécial^ à savoir la sensation contradictoire, qui, dans ce conflit, subit elle-même l'effacement au lieu d'ôter à son adversaire l'extériorité.
Des accidents de ce genre sont fréquents après de grandes fatigues d'un sens'. « On sait que les « personnes qui se servent habituellement du « microscope voient quelquefois reparaître spon- « tanément, plusieurs heures après qu'elles ont « quitté leur travail, un objet qu'elles ont exa- (c miné très-longtemps, yt M. Baillarger, ayant
]. Baillarger, Mémoire sur les hallucinations, 460.
CIIAP. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE L'BIAGE. 109
préparé, pendant plusieurs jours et plusieurs heures chaque jour, des cerveaux avec d^ la gaze fine, « vit tout à coup la gaze couvrir à chaque instant « les objets qui étaient devant lui... et cette a hallucination se reproduisit pendant plusieurs « jours. » 11 est clair qu'ici le réducteur spécial manquait; en d'autres termes la rétine ayant en face d'elle un tapis vert ou un fauteuil rouge, certaines lignes de vert ou de rouge, tout en produisant sur elle leur impression physique accoutumée, n'excitaient qu'une sensation nulle. C'est pourquoi un physiologiste allemand, qui a fort bien observé ses propres hallucinations, Gruithuisen \ affirme qu'il a vu les images flottantes couvrir les meubles de l'appartement dans lequel il se trouvait.
D'autres cas montrent le rétablissement partiel de la sensation correctrice. Un halluciné cité par Walter Scott « apercevait un squelette au « pied de son lit. Le médecin, voulant le conc( vaincre de son erreur, se plaça entre le ma- « lade et le point assigné à la vision. L'hallu- « ciné prétendit alors qu'il ne voyait plus le ce corps du squelette, mais que la tête était en- « core visible au-dessus du corps du médecin. » C'est pourquoi la solitude, le silence, l'obscurité, le manque d'attention, toutes les circonstances